Millésimes 2016 en Côte d'Or: Mise à jour, Mai 2017

Publié le par Patrick Essa

Millésimes 2016 en Côte d'Or: Mise à jour, Mai 2017
Millésimes 2016 en Côte d'Or: Mise à jour, Mai 2017
Millésimes 2016 en Côte d'Or: Mise à jour, Mai 2017

Millésime 2016 en Côte d'Or
   
    La Bourgogne produira peu de vins en 2016 en raison des gelées et d'un mildiou parfois dévastateur. Dans ces conditions il est évident que les crus conserveront dans leurs ADN les stigmates d'une saison végétative perturbée, inégale et surtout excessive. 

   2016 est ainsi une récolte tardive vendangée entre la fin de Septembre et le début d'Octobre qui a été précédée d'une longue période de sécheresse estivale ayant durablement positionné les vignes en situation de stress hydrique, alors même que la floraison tardive induisait  uine situation de croissance des plants durant l'ensemble des mois de Juillet et Août. 


   Gelés le 27 Avril, les secteurs de Marsannay, Gevrey, Chambolle et Vosne dans le Nuiton ainsi que Chassagne, Meursault, Auxey, Monthelie,Volnay, Pommard, Beaune et Savigny dans le beaunois; ont subi par la suite les assauts d'un climat chaotique qui a vu se succéder une  forte période de pluie et une chaleur solaire. 
   Juste derrière les gelées, les fortes pluies de début Mai empêchèrent de positionner les premiers traitements dans des conditions idéales alors que les plants ne présentaient que quelques feuilles étalées. La conséquence immédiate fut une implantation précoce du mildiou dans nombre de parcelles, d'autant que la pression naturelle de l'année était très forte. Ne cachons pas qu'au milieu de Mai nos espoirs de récolte étaient faibles.


   Toutefois à partir du 25 Mai, le soleil a commencé à luire. À partir du quatrième traitement il a été possible de rentrer aisément dans nos rangs de vignes pour placer de bons traitements destinés à juguler un mildiou galopant qui était tombé sur les grappes avant même d'impacter nos feuilles, ce qui est assez rare. Quelques grappes furent perdues avant floraison, mais en revanche cette dernière se déroula vite et bien pour les vignes non gelées au début de Juin et 10/15 jours plus tard pour les parcelles gelées.  
   À partir du 10 Juin les traitements resserrés et curatifs furent efficaces et rétablirent la plupart du temps une végétation saine en jugulant la sporulation du mildiou. Les feuilles en ont gardé une teinte brunie, puis elles se fondirent dans la masse des nouvelles pousses. Au 20 Juin le vignoble avait une allure décente à l'exception de quelques parcelles très marquées par ce mildiou dévastateur. Nombreux - pas tous bien entendu -  sont les vignerons certifiés bio - et les autres! - ayant usé alors de produits systémiques pour sauver ce qu'il restait de leur récolte. Compréhensible et humain.


   Le gel imposa ensuite à tous les producteurs - car bien peu furent ceux n'ayant aucune parcelle touchée - un travail estival harassant pour suivre la pousse lente et pourtant régulière des branches et feuillages. Une "saison de mains" qui pour être totalement aboutie et permettre de préserver le maigre reliquat de grappes  des ceps  gelés et la belle récolte sur les autres ceps fut harassante et demanda jusqu'à 7/8 passages dans chaque vigne pour accoler les branches inégales dans les fils, aérer et positionner les grappes dans les meilleurs conditions. 
   Nombreuses furent les propriétés à terminer leur travail face aux plants dans le courant du mois d'Aout et à continuer de croire que ce labeur ingrat portait en lui la clef qualitative du millésime. 
   Curieusement le temps sec d'Aout se poursuivit en Septembre jusqu'au milieu du mois et selon un schéma inattendu qui vit le temps se refroidir nettement durant les nuits et ainsi favoriser la venue d'un oïdium tardif qui se déclara  véritablement à partir du 5 Septembre. Quelques parcelles furent violemment touchées, en particulier celles dont les traitements furent arrêtés avant la première semaine d'Aout. 


   L'arrêt de croissance des vignes n'intervint qu'à la fin du mois d'août et celui de la charge en sucre seulement autour du 20 Septembre. Comme la pluie est arrivée à point nommé le 18 Septembre Les pinots du nuiton en avance en moyenne sur ceux du beaunois de trois jours d'insolation environ - ce qui est très rare -furent prêts à récolter à partir du 20/23 Septembre sur de bons équilibres, ceux du Beaunois à partir du 22/26 Septembre et selon les cas encore plus tardivement. Ils ont bénéficié d'une arrière saison sèche et ensoleillée et ont ainsi été coupé dans des conditions idéales. 
  Le cas des blancs du beaunois   est assez similaire,leur juste maturité fut atteinte quelques jours après les pluies du 18 Septembre, quelles que soient les façons culturales employées. Les ceps gelés ayant été souvent coupés à la fin du mois pour chercher des équilibres satisfaisants, si ce n'est exceptionnels. 
   
   Dans les deux couleurs et les deux côtes, les raisins sains et marqués par des peaux épaisses, ont donné assez peu de jus au pressurage, de beaux degrés naturels et des concentrations  en extraits secs importantes.


   Les peaux des raisins rouges, épaisses, ont naturellement donné de fortes couleurs mais elles ne feront pas oublier les goûts verts des raisins chétifs générés par les gelées. Chargés en sucre, ils n'ont toutefois pas toujours atteint leur pleine maturité physiologique et ont généré des amertumes à surveiller lors des cuvaisons. Les raisins des ceps sains ont en revanche une qualité digne des meilleurs millésimes, potentiellement. L'ensemble promet des crus rouges hétérogènes où se côtoieront des Vins évoquant les rouges du beaunois en 1999, denses, dynamiques et parfumés; là où d'autres seront plus austères avec des risques d'arômes végétaux et de tanins trop fermes. Il semble évident cette année que les réussites majeures se trouveront à Morey Saint Denis et sur la colline des Corton, toutes deux quasiment pas touchées par les gelées. Évidemment il y aura aussi de très belles réussites selon les secteurs dans chaque commune avec je crois de grands premiers crus à Volnay, Pommard et Gevrey sur la Côte Saint Jacques. 


   Les blancs ont une tension interne affirmée et je crois que les petits rendements qui les marquent ne doivent pas faire oublier que leurs arômes se sont formés sous des chaleurs importantes avec des pieds en situation de stress. Les peaux épaisses induisent une nature initiale impactée par d'abondants flavones. Sans un travail important sur les lies pour équilibrer leur potentiel amer, ils risquent de développer des notes herbacées et des matières puissantes. On se souviendra des 1998 et 1981 pour les moins intéressants - surtout ceux coupés trop tôt - et des excellents 2014 pour les meilleurs, avec toutefois moins de viscosité et un rien plus de tension. Les villages de Puligny et Saint Aubin me semblent touchés par le doigt de Dieu cette année.

  En Décembre 2016 il apparaît évident que les vins sont conformes aux prévisions initiales et qu'il y a une jolie année qui est entrain de se dessiner. Toutefois apres un 2015 d'anthologie, un retour à un niveau qualitatif normal me paraît de mise avec des vins séduisants qui pourront se déguster dans les premières années de leur vie mais qui n'auront pas le souffle des très Grands Millesimes.

  En Février 2017 les crus semblent évoluer doucement vers des profils assez généreux. Rouges frais et tanniques avec des matières de bon aloi qui commencent à faire leurs fermentations Malo-lactiques ou qui les ont terminées avant l'entrée de l'hiver. Les derniers crus à fermenter semblent avoir plus de fond. Je les vois assez compact et rappelant des Millesimes comme les meilleurs  1998 ou 1991 et dans ces deux cas de jolis Côtes de Nuits sont nés et aujourd'hui sont encore fringants. La Côte de Beaune non gelée produira des Blancs de bon niveau qui seront les dignes successeurs des 2013/2014 je pense. Pas le millesime du siècle mais une qualité des plus honnête qui fera la part belle aux équilibres acides assez élevés et donc à des matières ciselées. Je crois beaucoup aux vertus de l'élevage et surtout à celles des assemblages et lorsque cela sera possible nous ferons par exemple au domaine Buisson-Charles des cuvées mêlant  les Vignes non gelées récoltées plus tôt et les Vignes gelées récoltées en fin de campagne. Cela  génèrera de sains équilibres et lissera les profils aromatiques. Il n'est pas exclu que le travail sur des lies assez fournies soit un plus non négligeable dans les Blancs et je pense que les rouges auront besoin de temps en fûts.

Au mois de Mai 2017 les vins semblent plus prometteurs que ce qu'ils laissaient penser de prime abord. Apres les Malo-lactiques les Blancs présentent une juste acidité sur des matières concentrées. Les prises de bois sont discrètes et les Crus y puisent beaucoup de naturel en même temps qu'un corps svelte et musclé. Les secteurs Blancs  non gelés évoquent les profils des 2014 avec un peu plus de maturité et une acidité un poil moins soutenue. Les amertumes parfois présentes sur les Crus gelés au départ se sont quelque peu estompées mais pas complètement. Il leur faudra un élevage long. Les rouges sont étonnants de classe et se montrent parfois au niveau des 2015 avec cette matière mûre et en même temps dynamique qui marque les belles années. Je suis assez surpris de cette belle évolution et je dois dire que Corton Clos du Roi et Volnay-Santenots impressionnent les degustateurs sur fûts au delà de mes espérances. Le premier est terminé et le second achevé sa Malo-lactique en se montrant aussi riche que 2005 et 2015.

en Août 2017 tous les vins du domaine  Buisson-Charles ont achevé leurs fermentations Malo-lactiques sans que nous ayons eu besoin d'influer sur le cours naturel de celles-ci. Les réductions légères ont desormais totalement disparu et force est de constater que le fruité des Blancs est d'une rare précision et se combine à de jolies notes florales qui  cette année évoquent des senteurs très discrète  de verveine et de menthe sauvage en même temps que de tilleul. Les 2009 avaient un peu ce nez original et plus loin dans le passé les excellents 92 et 89. Les quatres  cuvées rouges ont une consistance remarquable et des couleurs assez sombres qui indiquent que les vins sont stables après les FML. Les valeurs de SO2 libre sont très basses - environ 2 à 10 mg/l H2SO4 et pourtant leur bouquet est très distingué et absent de toutes traces d'élevage. Le fruit est aussi éclatant qu'en 2015 et je crois que ce sont eux qui dans les secteurs non gelés portent les plus belles promesses de l'année. A l'heure où je. Pis écris les vendanges 2017 se profilent - environ le 7/10 Septembre et pour l'heure tout se passe sans accident climatique majeur. Nous allons produire une jolie récolte avec des rendements lesurés. Bonnnes vibrations.

 A suivre.

 
   

Patrick Essa - 2016/2017
    

   

Millésimes 2016 en Côte d'Or: Mise à jour, Mai 2017
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Comprendre les Premiers Crus de Chambolle-Musigny

Publié le par Patrick Essa

Comprendre les Premiers Crus de Chambolle-Musigny

Les premiers crus de Chambolle-Musigny

Par Patrick Essa - 2017

   Avant la création des appellations d'origine, les premiers crus de Chambolle en dehors des Charmes et Amoureuses étaient régulièrement assemblés sans que leurs noms ne figurent jamais sur les étiquettes. Parfois vendus en "premiers crus" simples ils ont jusqu'aux début des années 70 été largement diffusés sous le simple vocable de Chambolle-Musigny car le nom était suffisamment marchand et se suffisait aisément à lui seul...et au vu de leur nombre on comprend aisément pourquoi ces cuvées avaient en général de la tenue et une incroyable capacité à se bonifier sur le pôle de la douceur dans le temps. C'était vrai hier et cela l'est encore mais selon des codes et usages différents. Aujourd'hui les classer par origine géographique ne suffit pas à rendre compte de leurs singulières qualités car - fait assez unique - ils ne se ressemblent pas en fonction de leur situation morpho-géologique générale, entendez par là, leurs positions proches sur le coteaux ou sur le cône de déjection.

   Ainsi le coteau Nord qui prolonge le Musigny comprend Les Chabiots et Les Borniques qui souvent lorsqu'ils sont isolés engendrent des vins tendus et friands tout à fait digne de l'esprit du Musigny non loin avec une sève qui peut être unique. Leur drame vient peut être de leur extrême morcellement et de leur fréquent assemblage avec d'autres premiers crus et bien entendu du fait qu'ils ne sont pas aussi bien lotis au niveau de leur nom que Charmes ou Amoureuses. Les Borniques sont la propriété des familles Drouhin, Roblot et Hudelot mais les seuls producteurs qui revendiquent véritablement ce nom sont Frédéric Magnien et Vincent Jeanniard qui achètent les raisins à ces familles. Drouhin et Lecheneaut en ont dans leurs cuvées nommées "premiers crus". Le cas des Chabiots est différent car le domaine Serveau possède 80 ares sur les 1,5 ha du cru et produit historiquement la seule cuvée qui possède tous les caractères du cru. Situé à Morey il vinifie une très jolie cuvée fine et élégante qui se négocie à un prix encore sage, elle est souvent au même niveau que les Amoureuses du domaine que j'ai pu déguster.

  En dessous des Chabiots et contre les Amoureuses, se trouvent Les Hauts Doix (du terme Douy signifiant source) plus souples et immédiatement aromatiques. Le sol pierreux des deux premiers répond ici aux argiles plus prononcées des Hauts Doix placés juste au dessus des sources de la Vouge. Vin raffiné et exubérant, le Haut Doix brille par son accessibilité et ses notes de fruits rouges prononcées. Très "Chambolle" il cousine avec Charmes en moins dense et plus délicat. Le cru est propriété quasi exclusive des familles Groffier et Peirazeau. Le premier domaine en tire un vin d'une race sidérante. Une des plus belles cuvées de la commune qui doit beaucoup au talent de Serge Groffier et de son fils Nicolas. On observera plus loin et en détail dans mon article les nettes différences qui existent entre le Musigny et les Amoureuses mais il faut également évoquer le cas de La Combe d'Orveaux, zone classée en premier cru juste au dessus des Petits Musignys et qui très curieusement n'a ni la distinction de ceux-ci, ni la puissance des Musigny de Jacques Prieur qui eux aussi sont dans ce secteur "Orveaux" mais sur une terre un rien plus argileuse, moins élevée et versant vers le septentrion. Il s'agit toutefois d'un premier cru de haut niveau que vous rechercherez chez Taupenot-Merme, chez Perrot-Minot ou encore chez Bruno Clavelier. Trois cuvées impeccables de raffinement qui réussissent particulièrement en années solaires. Grands 1999,2002 et 2009.

  Sur le cône de déjection qui a été formé par des dépots de limons anciens provenant de la combe - aujourd'hui sèche - de Chambolle en amont se situent des climats d'une distinction et d'une finesse étonnante qui confinent sans doute à l'expression ultime du soyeux potentiel du pinot noir. Vous lirez une analyse plus détaillée des Charmes ci-dessous mais il vous sera loisible d'apprécier le grain fin des Feusselottes et leurs accents épicés à la manière des Brûlées vosniers, le style discret et très élégant des Chatelots, formidables chez Ghislaine Barthod, la race indéniable du minuscule Derrière la Grange, une inoubliable cuvée chez Christian Amiot, ou de son voisin plus vaste des Gruenchers et le petit Grands Murs entre Plantes et Feusselottes. Tous méritent d'être individualisés mais le fait est qu'ils peuvent être encore plus éblouissants assemblés. Vous vous intéresserez aux Feusselottes de La Pousse d'Or et de Cecile Tremblay. Je suis souvent moins convaincu par les Beaux Bruns qui doit plus à son nom et au savoir faire de quelques vignerons qu'à la nature de son terroir un peu plus collant et lourd qui termine les dépôts du cône de déjection de la Combe de Chambolle. Les vins sont ici un peu moins aériens et annoncent la corpulence plus marquée de ceux de Morey. Thierry Mortet en produit un de belle tenue.

Encadrant les Charmes trois petits crus confidentiels se distinguent par leur finesse de constitution. Fait quasi unique en Côte d'Or le premier cru les Plantes est coupé en deux par les Charmes et est ainsi constitué d'un bord Sud qui touche les Chabiots et le village Les Barottes et d'un bord Nord qui est contre les Combottes. Sans doute était il d'un seul tenant avant que l'on décide de classer sa meilleure part en Charmes. A sa suite Les Combottes et les Échanges du dessus se ressemblent et donnent de très beaux vins parfumés et charnus chez - respectivement - Georges Roumier et Leymarie.

Prolongeant ce bloc entre Châtelots et Baudes on trouve quatre petites entités: Gruenchers, Laverottes, Noirots et Groseilles auquel on peut associer le minuscule Les Carrières. Ces crus sont très bons et ont en commun un réel caractère communal fait de finesse et d'élégance. Le secteur verse légèrement vers le levant et ses sols argilo-calcaires mêlés à des sables dans les parties hautes inclinent nettement à ce caractère typiquement "Chambolle" fait de soyeux et de douceur tannique. Formidables Gruenchers chez Barthod et Dujac et Noirots très racés chez François Legros. Et si vous avez la chance de tomber sur les Groseilles de Digioia Royer...n'hésitez pas!

   Près de cette zone, en direction de Morey se trouvent deux perles de très haute qualité, Les Sentiers (voir ci dessous) et le fort restreint mais incroyablement dense et parfumé Les Baudes. Génial petit cru sis sous Bonnes Mares qui parfois joue dans la même catégorie et qui entre mains expertes a la plupart du temps le niveau d'un grand premier cru avec un je ne sais quoi de plus que tous les autres à mon sens, si l'on excepte Amoureuses.

Prolongeant Bonnes-Mares trois crus de coteaux surplombent le cône de déjection et impressionnent par leur expression sensuelle en même temps que par un grain fin et une maturité de fruit étonnante et régulière. Les Véroilles sont intriquées aux Bonnes Mares et si aujourd'hui leurs mérites en sont amoindris car les terres hautes ont été quelques peu délaissées après le phgylloxera , il reste un petit bout de terre vinifié par Ghislaine Barthod en premier cru avec une maestria incomparable. Un très grand vin rare. Fuées derrière lui au Sud est dans un secteur plus sablonneux et commence à verser vers le levant, il allie texture dense et souplesse racée et peut être d'une étonannte accessibilité en jeunesse. Misez sur ceux de JF Mugnier. Les Cras sont dans une zone plus argileuse, un peu plus élevée au dessus des maisons et regardent le Sud en êtant sous l'influenece des vents de la Combe. Georges Roumier produit ici une cuvée digne de certains grands crus et signe l'un des plus beaux vins de la commune, année après année.

 Les Amoureuses:Le premier cru "Amoureuses" est l'un des plus célèbres que compte la Bourgogne pour le pinot noir. Archétype déclaré du vin "de dentelle et de velours", il se positionne depuis des décennies comme le vin le plus fin et élégant de Chambolle, qui est elle même la commune évoquant avec le plus d'éclat délicatesse et subtilité. Ce petit climat qui mesure 5 ha 40 a 13 ca fait suite au glorieux Musigny en sa partie haute tout en surplombant le Clos de la Perrière situé sur le finage de Vougeot. Son exposition assez élevée, un rien fraîche et regardant le levant procure aux vins une douceur de texture unique et, plus que tout, l'exhaltation d'un fruit à nul autre pareil. Qui a bu une Amoureuses de noble origine dans sa vie de dégustateur ne peut oublier ces arômes de violette et de griotte pénétrants.

Reposant sur des sols bruns calcaires mêlés à des éboulis et des limons provenant du cône de déjection de la combe adjacente, la vigne trouve ici un substrat moins chargé en argile que sur le reste de la côte du nuiton et génère des fruits marqués par un supplément de finesse et de grâce. Il subsiste dans la partie haute de ce finage quelques zones où l'on a extrait de la pierre car la roche mère affleure à certains endroits. La route qui mène au Clos de Vougeot coupe le lieu-dit en sa partie haute et environ 1 hectares du cru est directement aligné aux grands Musigny entre les deux merveilleux - et si méconnus - petits climats de Borniques et Chabiots.(voir carte) Parmi les excellents producteurs du climat je vous recommande particulièrement les domaines suivants:

* Groffier: un vin fruité et souple qui a toujours une indicible finesse. Un hectare idéalement situé et une vinification soignée qui préserve le naturel du terroir.

* Mugnier: Très subtil et délicat. La matière n'est jamais forcée et le vin de dentelle est toujours là. Un régal.

* Roumier: un vin plus puissant et fin avec une énergie rare. Mais attention il faut le boire après dix ans sans quoi il peut se montrer plus ferme que ses pairs.

* De Vogüe: Un registre plus ferme, plus austère mais également d'une extrême concentration. Des grands vins de garde.

* Drouhin: Très délicat, fin et fruité. Le charme dès la naissance.

* Christian Amiot-Servelle: Proche de Vogüe, des vins d'attente, séveux et concentrés qui savent s'épanouir vers la finesse sur le long terme.

 

Les Charmes: Avec les Amoureuses, Charmes est la plus connue des "entités" classées en premier cru et sans aucun doute l'une des plus célèbres. Comme elle prolonge Amoureuses au Nord on pourrait imaginer lui attribuer une certaine identité de forme et de structure. Il n'en est rien. Le cru ne possède ni toute la douceur de son célèbre voisin ni son raffinement armatique unique. Les pentes se font ici plus douces, le sol est un peu moins marqués par le calcaire et plus marneux et cela confère à ce cru une nature un peu plus rude et ferme. Toutefois nous sommes à Chambolle et ce gradian de tannicité supplémentaire ne doit pas vous faire imaginer que le vin est austère et astringent. Non, il conserve une certaine rondeur et ce goût de petits fruits rouges mêlés à des notes florales qui est assez unique.

Sans doute les parties hautes - quasiment planes - et médianes - un peu plus inclinées vers le levant - donnent elles les vins les plus délicats et fins du climat mais à ma connaissance il n'existe aucun "Charmes" commun.Très éloigné de son cousin de Gevrey, il ressemble plus stylistiquement au fond aux Charmes murisaltiens, pourtant blancs mais tout comme lui fait de tension et de finesse mêlée. J'ai toujours apprécié les crus altiers et nerveux de Christian Amiot-Servelle dans ce secteur et également ceux très élégant vinifié par Ghislaine Barthod et le domaine Bertheau.

Les Sentiers: Les Sentiers sont un des meilleurs premier cru de la commune de Chambolle-Musigny. Idéalement placés sous le grand cru Bonnes Mares dans le secteur nord de l'appellation Chambolle, ils mêlent la finesse caractéristique des crus cambuléens à l'énergie et à la densité des cuvées de Morey. Moins brutal que les Baudes qui sont dans le même secteur ce petit cru énegique a très souvent une texture soyeuse et se montre particulièrement régulier. Situé dans une zone en pente douce qui regarde le levant sur des terres argilo-calcaires assez profondes et filtrantes, il me fait parfois penser aux Millandes de Morey et à la partie médiane du Clos de Vougeot. C'est de plus un cru très régulier qui est vinifié par de nombreux producteurs de qualité : Groffier, Marchand frères, Stéphane Magnien, Arlaud entres autres...

Les Groseilles et le cas des mini-premiers crus: Le vignoble de Chambolle est l'un des plus morcelé de Côte d'Or, il est constitué de crus de petites superficies qui sont assez souvent assemblés pour produire des cuvées rondes fort complètes. De ce fait certains climats ne sont que fort peu revendiqués. Qui connaît les Plantes, les Combottes ou les Châtelots!? Si Groseilles est un de ces petit secteur "discret", il est pourtant idéalement placé entre les Beaux Bruns et les Gruenchers. Son exposition plein Est en pente douce permet aux vignes qui y sont plantées de donner des fruits assez précoces et comme son substrat est assez riche - argile et calcaire du cône de déjection - ils souffrent rarement de la sècheresse. La production y est de ce fait régulière et génère avec constance des vins équilibrés qui ont une certaine charpente qui n'est pas sans évoquer les crus de Morey et Gevrey. Mais point d'exagération du côté des similitudes, nous sommes à Chambolle et il n'est aucune zone de ce village ou la finesse ne finisse par reprendre ses droits. Puissance et "féminitude" donc... Parmi les bons producteurs de ce finage peu connu, le petit domaine Digioia Royer produit depuis quelques années certains des meilleurs vins de l'appellation et possède quelques ares de Groseilles.

Patrick Essa - 2017

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