Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Publié le par Patrick Essa

Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Corton Bressandes:Un grand cru de plaine?

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault et producteur de Corton-Charlemagne - 2016 

   10351082_822761297780682_1742277480956534152_n.jpg On imagine aisément les pentes abruptes de la Montagne de Corton, ce rognon de terre coiffé d'une épaisse chevelure de résineux se caractérise par des pentes larges et fortes qui forment une mer de vignes sur lesquelles s'articulent différentes vagues de ceps formant des blocs distincts qui constituent les crus. Ainsi Bressandes est au pied de Clos du Roi et des Renardes, là où les plissements du terrain forment une sorte de long rectangle régulier qui pourraient faire penser à un cru de plaine.

    N'a t'il d'ailleurs pas été cultivé par des gens du plat pays de Bresse?

   La légende est belle mais On ne le sait véritablement car ce nom récurrent dans le beaunois pourrait aussi avoir été attribué par les abbayes et moines réguliers qui ont mis en culture ses lieux selon des quartiers qu'ils ont à coup sûr identifiés. Est-ce un hasard si Bressandes, Clos du Roi, Grèves et Perrières sont tous des noms que l'on retrouve à Beaune la cité voisine? Sans aucun doute non. Mais bien malin qui aujourd'hui saura retrouver les origines de ces noms de crus!

  Bressandes est un cru qui n'a historiquement jamais eu la notoriété des vignes du Roi ou des Renardes mais il est patent que le Clos Charlemagne originel - qui mesurait moins de trois hectares! - non plus! Le Corton d'Aloxe est un vin rouge corsé et à peu près uniquement cela jusqu'au moment ou le phylloxera ravage la colline, soit à la fin du 19ieme siècle. Son vin blanc est modérément estimé et ses Bressandes considérées comme une très bonne cuvée, pas une "grande".

  Toutefois ces classements de "climats" historiques ne sont guère pris en compte par un marché qui évalue ses vins "à la tasse", c'est à dire en fonction de leurs qualité gustatives avérées, ce pour chaque millésime. De surcroît les communes voisinent d'Aloxe prennent l'habitude de vendre leurs meilleures cuvées en Corton et jusqu'au milieu des années 1930 - soit avant la législation des appellations d'origine - le cru de Corton est un cru de sélection et la plupart du temps d'assemblage. Bressandes est avec ces deux voisins du dessus parfois identifiés mais il n'a pas la réputation de ceux-ci et Lavalle au milieu du 19 ieme siècle le positionne en première cuvée alors que Clos du Roi - Corton et Renardes - Corton sont " Hors Lignes". Voilà qui est à l'évidence fort juste.

  Le syndicat d'Aloxe militera d'ailleurs pour un Corton restreint à son finage et avec la volonté avouée de ne pas y associer les finages de Pernand et Ladoix. Cela débouchera sur une guerre de personne et juridique extrêmement nourrie qui verra de nombreux vignerons monter au créneau pour défendre leurs idéaux et bien entendu leurs intérêts. La guerre mondiale, le temps, les changements de génération et sans doute aussi une vision plus productiviste d'après seconde guerre mondiale aboutiront à un très large découpage qui classera la quasi intégralité des grands et premiers crus naturels de la montagne sur la plus haute marche d'un podium n'en comptant qu'une!

    Ainsi Bressandes est sans doute plus un "super premier" qu'un "vrai grand" et les prix où il se vend le positionnent finalement bien mieux que son classement dans la hiérarchie du Beaunoy.

   Mesurant 17,42 hectares il est officieusement le plus grand cru de la Côte de Beaune et sans doute l'un des plus accessibles car sa diffusion est loin d'être confidentielle. Zone orientée plein Est formant un replat au dessus des Maréchaudes il est composé d'une terre ferrugineuse fort caillouteuse. Chargé en potasse le substrat est encore assez filtrant et c'est un secteur qui réssuie vite en évitant aux fruits de se gorger d'eau. À une altitude moyenne de 260 mètres il a incontestablement un potentiel de cru racé et parfumé sur un registre assez élégant dans le contexte de la Montagne.

  Il a aussi pour lui de s'ouvrir assez tôt et de libérer des arômes insinuants de pruneaux et de réglisse finement fumés sur un corps svelte et harmonieux. Cru régulier qui évoque le Champans Volnaysien et plus encore pour ces notes épicées le Pezerolles de Pommard. Mais soyons clair ce cru est avant tout un Corton et il préserve de ce fait une certaine noirceur dans son fruité et un grain tannique un peu sauvage et austère.

 J'aime les vins du domaine Jacques Prieur d'une profondeur toujours incroyable, le style de Nadine Gublin magnifie le Cru et puis aussi les superbes vins du domaine Edmond Cornu de Ladoix et de ceux dont vous observerez les étiquettes en bas de cet article.  Régulièrement des vins sensuels et pleins.

 

Patrick Essa - 2016

citations et reproductions interdites sans autorisation de l'auteur

Cartes: Pitiot, Servant

Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
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Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Publié dans Côte de Beaune Rouge

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Millésimes 2016 en Côte d'Or: premières conclusions

Publié le par Patrick Essa

Millésimes 2016 en Côte d'Or: premières conclusions
Millésimes 2016 en Côte d'Or: premières conclusions
Millésimes 2016 en Côte d'Or: premières conclusions

Millésime 2016 en Côte d'Or
   
    La Bourgogne produira peu de vins en 2016 en raison des gelées et d'un mildiou parfois dévastateur. Dans ces conditions il est évident que les crus conserveront dans leurs ADN les stigmates d'une saison végétative perturbée, inégale et surtout excessive. 

   2016 est ainsi une récolte tardive vendangée entre la fin de Septembre et le début d'Octobre qui a été précédée d'une longue période de sécheresse estivale ayant durablement positionné les vignes en situation de stress hydrique, alors même que la floraison tardive induisait  une situation de croissance des plants durant l'ensemble des mois de Juillet et Août. 


   Gelés le 27 Avril, les secteurs de Marsannay, Gevrey, Chambolle et Vosne dans le Nuiton ainsi que Chassagne, Meursault, Auxey, Monthelie,Volnay, Pommard, Beaune et Savigny dans le beaunois; ont subi par la suite les assauts d'un climat chaotique qui a vu se succéder une  forte période de pluie et une chaleur solaire. 
   Juste derrière les gelées, les fortes pluies de début Mai empêchèrent de positionner les premiers traitements dans des conditions idéales alors que les plants ne présentaient que quelques feuilles étalées. La conséquence immédiate fut une implantation précoce du mildiou dans nombre de parcelles, d'autant que la pression naturelle de l'année était très forte. Ne cachons pas qu'au milieu de Mai nos espoirs de récolte étaient faibles.


   Toutefois à partir du 25 Mai, le soleil a commencé à luire. À partir du quatrième traitement il a été possible de rentrer aisément dans nos rangs de vigne pour placer de bons traitements destinés à juguler un mildiou galopant qui était tombé sur les grappes avant même d'impacter nos feuilles, ce qui est assez rare. Quelques grappes furent perdues avant floraison, mais en revanche cette dernière se déroula vite et bien pour les vignes non gelées au début de Juin et 10/15 jours plus tard pour les parcelles gelées.  
   À partir du 10 Juin les traitements resserrés et curatifs furent efficaces et rétablirent la plupart du temps une végétation saine en jugulant la sporulation du mildiou. Les feuilles en ont gardé une teinte brunie, puis elles se fondirent dans la masse des nouvelles pousses. Au 20 Juin le vignoble avait une allure décente à l'exception de quelques parcelles très marquées par ce mildiou dévastateur. Nombreux - pas tous bien entendu -  sont les vignerons certifiés bio - et les autres! - ayant usé alors de produits systémiques pour sauver ce qu'il restait de leur récolte. Compréhensible et humain.


   Le gel imposa ensuite à tous les producteurs - car bien peu furent ceux n'ayant aucune parcelle touchée - un travail estival harassant pour suivre la pousse lente et pourtant régulière des branches et feuillages. Une "saison de mains" qui pour être totalement aboutie et permettre de préserver le maigre reliquat de grappes  des ceps  gelés et la belle récolte sur les autres ceps fut harassante et demanda jusqu'à 7/8 passages dans chaque vigne pour accoler les branches inégales dans les fils, aérer et positionner les grappes dans les meilleurs conditions. 
   Nombreuses furent les propriétés à terminer leur travail face aux plants dans le courant du mois d'Aout et à continuer de croire que ce labeur ingrat portait en lui la clef qualitative du millésime. 
   Curieusement le temps sec d'Aout se poursuivit en Septembre jusqu'au milieu du mois et selon un schéma inattendu qui vit le temps se refroidir nettement durant les nuits et ainsi favoriser la venue d'un oïdium tardif qui se déclara  véritablement à partir du 5 Septembre. Quelques parcelles furent violemment touchées, en particulier celles dont les traitements furent arrêtés avant la première semaine d'Aout. 


   L'arrêt de croissance des vignes n'intervint qu'à la fin du mois d'août et celui de la charge en sucre seulement autour du 20 Septembre. Comme la pluie est arrivée à point nommé le 18 Septembre Les pinots du nuiton en avance en moyenne sur ceux du beaunois de trois jours d'insolation environ - ce qui est très rare -furent prêts à récolter à partir du 20/23 Septembre sur de bons équilibres, ceux du Beaunois à partir du 22/26 Septembre et selon les cas encore plus tardivement. Ils ont bénéficié d'une arrière saison sèche et ensoleillée et ont ainsi été coupé dans des conditions idéales. 
  Le cas des blancs du beaunois   est assez similaire,leur juste maturité fut atteinte quelques jours après les pluies du 18 Septembre, quelles que soient les façons culturales employées. Les ceps gelés ayant été souvent coupés à la fin du mois pour chercher des équilibres satisfaisants, si ce n'est exceptionnels. 
   
   Dans les deux couleurs et les deux côtes, les raisins sains et marqués par des peaux épaisses, ont donné assez peu de jus au pressurage, de beaux degrés naturels et des concentrations  en extrait sec importante.


   Les peaux des raisins rouges, épaisses, ont naturellement donné de fortes couleurs mais elles ne feront pas oublier les amertumes des raisins chétifs générés par les gelées. Chargés en sucre, ils n'ont toutefois pas toujours atteint leur pleine maturité physiologique et ont généré des amertumes à surveiller lors des cuvaisons. Les raisins des ceps sains ont en revanche une qualité digne des meilleurs millésimes, potentiellement. L'ensemble promet des crus rouges hétérogènes où se côtoieront des Vins évoquant les rouges du beaunois en 1999, denses, dynamiques et parfumés; là où d'autres seront plus austères avec des risques d'arômes végétaux et de tanins trop fermes. Il semble évident cette année que les réussites majeures se trouveront à Morey Saint Denis et sur la colline des Corton, toutes deux quasiment pas touchées par les gelées. Évidemment il y aura aussi de très belles réussites selon les secteurs dans chaque commune avec je crois de grands premiers crus à Volnay, Pommard et Gevrey sur la Côte Saint Jacques. 


   Les blancs ont une tension interne affirmée et je crois que les petits rendements qui les marquent ne doivent pas faire oublier que leurs arômes se sont formés sous des chaleurs importantes avec des pieds en situation de stress. Les peaux épaisses induisent une nature initiale impactée par d'abondants flavones. Sans un travail important sur les lies pour équilibrer leur potentiel amer, ils risquent de développer des notes herbacées et des matières puissantes. On se souviendra des 1998 et 1981 pour les moins intéressants - surtout ceux coupés trop tôt - et des excellents 2009 pour les meilleurs, avec toutefois moins de viscosité et un rien plus de tension. Les villages de Puligny et Saint Aubin me semblent touchés par le doigt de Dieu cette année.

  En Décembre 2016 il apparaît évident que les vins sont conformes aux prévisions initiales et qu'il y a une jolie année qui est entrain de se dessiner. Toutefois apres un 2015 d'anthologie, un retour à un niveau qualitatif normal me paraît de mise avec des vins séduisants qui pourront se déguster dans les premières années de leur vie mais qui n'auront pas le souffle des très Grands Millesimes.
   

Patrick Essa - 2016
    

   

Millésimes 2016 en Côte d'Or: premières conclusions
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