Comprendre les crus de Montrachet

Publié le par Patrick Essa

Comprendre les crus de Montrachet

Le vignoble de Puligny-Montrachet

Ecrit par Patrick Essa producteur de Puligny et Chassagne-Montrachet

Les blancs secs de Puligny - c'est un simple constat - sont les plus recherchés de la planète. La raison la plus simple à cet état de fait tient à la remarquable exposition d'un finage restreint. Ici le chardonnay est en son jardin et il n'est pas un arpent qui ne puisse y produire un blanc de haut niveau, du simple aligoté jusqu'au "grand" Montrachet. Enclavé entre Chassagne au Sud, Meursault au Nord et Saint Aubin à l'Ouest, la commune forme un presque carré dont la pente est majoritairement versée Ouest-Est.

Souvent caractérisée comme fort modeste, l'aire d'appellation mesure tout de même près de 225 hectares et, fait notable, la quasi totalité des vignes en coteau est classée en premiers crus ou en grands crus. Le vignoble est abrité des vents par la Montagne du Châtelet de Montmalin et par le Mont Rachet - mont rachis = mont chauve - qui, pelé originellement, par les vents était marqué par une végétation rase s'assimilant partiellement à celle que l'on trouve sur le pourtour méditerranéen. Ces indices végétaux qui sont avérés ont longtemps laissé conclure les observateurs sur un microclimat chaud idéal à la belle maturité régulière de baies en zones septentrionales.

Il me paraît plus juste aujourd'hui d'observer le rôle protecteur des petites montagnes qui surplombent les vignes et qui en les protégeant idéalement des courants chauds et froids autorisent une maturation équilibrée et régulière. Le "génie" de la Côte des blancs n'est à l'évidence pas à chercher uniquement dans sa capacité à capter lumière et chaleur mais bien plus dans le fait que la zone tempère naturellement tous les excès climatiques.

Lieu où le chardonnay continue d'être mûr à 12,6/13,3 degrés quel que puisse être le caractère de l'année lorsqu'il est récolté sur la base de rendements par pieds mesurés, ce secteur du cœur de la Côte des blancs est unique car une des failles qui entaille le système complexe de la Côte de Beaune sépare dans le sens Nord-Sud le vignoble des génériques (Bourgognes et Villages) de celui des crus identifiés.

Si la partie supérieure haute est directement sur le calcaire du Bathonien, les parties médianes plus complexes sont souvent plus marneuses et comprennent des éboulis et des têtes de roches provenant de résurgences calcaires sous jacentes. Ce substrat comprend encore des limons et différents types d'argiles selon les zones.

La partie basse portant certains climats de niveau villages et génériques est posée sur des sols bruns calcaires marqués par des argiles du pliocène. Le trio de tête des blancs de Côte d'Or est toujours caractérisé selon l'intensité de la vivacité de ses crus et Puligny est fréquemment présenté comme ayant celui qui dispose naturellement du plus de tension. Je ne vois pas les choses ainsi car il m'apparaît évident que les limites communales ne rendent pas compte d'un type unique et s'il faut expliquer la réelle nature des climats se pencher sur les divers sols et expositions me paraît plus pertinent. Par ailleurs on ignore très souvent que le village de Puligny se situe sur une nappe phréatique qui n'a jamais permis de bâtir des caves profondes et fraîches comme c'est le cas chez les voisins et il est évident qu'historiquement cet état de fait a donné du sens au caractère constaté dans ces vins élevés sur de moins longues périodes et donc justement et naturellement bâtis sur la fraîcheur.

Les parties basses argileuses sont situées sous les villages et produisent de bons Bourgogne blancs fruités qui sur le secteur Sud peuvent rivaliser avec les villages qui sont au dessus. Cas des Houllieres, des Arties ou de la Combe. Plus au Nord, Champ Perrier, Femelottes et Pré de la Dame sous le village "Reuchaux", sont sur des terres plus argileuses et ils produisent des crus pleins et charnus sur des zones dont il faut maîtriser la vigueur. Quelques lieux-dits génériques se trouvent à l'Est de la N6 et participent quelque peu de cette qualité comme "Les Champans" qui regardent le Sud sur une pente franche dont le bas est toutefois humide. Ce sont des sols plus collants qui ressuient moins vite et qui peuvent avoir les pieds dans l'eau. On peut y observer quelques vignes de pinots.

Un peu plus haut, au niveau du village et sous les premiers et grands crus se situent des villages de bonne qualité dont les meilleurs s'épanouissent aux extrémités du finage. Au Sud les "Enseignières" et au nord les "Charmes" qui sont tout contre les "Charmes dessous" de Meursault. La zone de village est encore assez argileuse et fertile et une des contraintes importantes pour y produire des vins concentrés est de juguler la vigueur des plants, sans quoi les rendements peuvent être très abondants. Les meilleurs producteurs veillent à produire moins de 55 hectolitres par hectare et savent générer de belles cuvées dans les "Nosroyes" les "Levrons" et les "Grands Champs" en particulier.

Les parties élevées du finage sont forts intéressantes car positionnées très hautes sur le coteau avec certains des premiers crus les plus hauts de la Côte des blancs, plus de 320 mètres parfois. Directement sur le Bathonien ces vignes plus froides et tardives ont pourtant un vrai caractère que l'on assimile au nom du hameau voisin: Blagny. Terres mixtes aujourd'hui largement plantées de chardonnay, elles continuent de fournir le très original Blagny rouge qui peut ressembler à certains crus du Nuiton par sa fraîcheur et son profil centré sur les fruits rouges.

Sous le Puits et Garennes sont ainsi des climats qui réussissent parfaitement en année chaude et qui ont toujours - dans les deux couleurs - une superbe énergie. Garenne plus fin en son versant Nord ressemble un peu au Hameau de Blagny et aux Champs Gains juste en dessous mais ces trois là n'arrivent pas au niveau des deux meilleurs crus du secteur posés sur des rendzines, marno-calcaires, Chalumeaux et Truffières qui sans doute comptent parmi les vins les plus élégants et floraux de la commune.

J'ai un faible pour Chalumeaux qui est souvent minoré face aux meilleurs premiers crus mais qui semble mêler la douceur de texture murisaltienne à la finesse innée des zones un rien plus fraîche. Un très grand Puligny!

Le secteur médian - à mi-pente donc - est l'exact pendant du coteau de Meursault avec toutefois une notable nuance, sa pente est plus forte et longue en Folatières et moins élevée dans les autres crus. Un sol brun à blond, caillouteux et marno-calcaires variant selon les climats est quasiment parfait pour l'expression des chardonnays. Cela change quelque peu le caractère de ces crus qui sont toujours magnifiquement constitués et marqués par une vigueur étonnante en même temps que par une structure et une matière unique. Vins de sève ils ne s'épanouissent au niveau de leur race que sur la base de rendements mesurés, sinon ils peuvent se montrer séducteurs mais un peu dilués et sans le caractère que leur morpho géologie leur confère. Chacun d'eux peut être digne d'un grand cru à l'exception du quatuor Perrières, Referts, Clos de la Garenne, Clavoillon qui ne jouent pas tout à fait dans la même division car moins complexes et fins, ils sont au niveau des Champs Gains.

Combettes, Folatières, Champs Canet, Pucelles et Le Cailleret sont tous éblouissants de puissance et de race mais ils ne se ressemblent guère sur le plan organoleptique. Les décrire est un casse tête mais j'imagine toujours Folatières et Pucelles sur le raffinement de texture et l'élégance avec toujours plus de puissance en allant vers le bas de Pucelles et toujours plus de sensations aériennes en montant le coteau Ez Folatières.

Cailleret (et son sous climat Sud Les Demoiselles) est un grand cru naturel qui aurait dû être classé car il ne cède rien au Bâtard et se montre souvent plus fin, Combettes à la classe mêlée des Charmes dessus et Perrières du plat sur Meursault... Il se vendait d'ailleurs en Meursault Combettes jusqu'au 19 ième siècle!

Champ Canet est un vin moins dense, plus spirituel et près plus vite mais est sans doute le plus raffiné de tous à son meilleur.

En résumé je verrais un classement ainsi:

  • Premier cru A: Combettes, Folatières, Pucelles, Le Cailleret, Chaniot (dans Ez Folatières)Champ Canet
  • Premier Cru B: , Chalumeaux, En la Richarde
  • Premier Cru C: Referts, Perrières, Truffières, Clos de la Mouchère (Partie Sud des Perrières)
  • Premier Cru D: Hameau de Blagny, Champs Gains, Garennes, Sous le Puits, Clos de la Garenne, Clavoillon

On les connaît peu mais il subsiste quelques rouges très intéressants sur le finage de Puligny. Le premier est un vin d'altitude, le Blagny rouge qui peut être attractif et gourmand et lorsqu'il est bien vinifié fort plaisant jeune pour ses accents de fruits rouges. N'en attendez pas trop de puissance toutefois. Le second est une rareté et s'épanouit de manière fort confidentiel dans un premier cru: Le Cailleret au Nord du climat. J'en ai dégusté trois ou quatre fois sur des bouteilles ayant plus de 10 ans qui étaient d'une rare et jolie intensité. Très différent du Blagny il se rapproche du Clos Saint Jean de Chassagne. Naguère les climats de Referts et Clavoillon portaient des rouges estimés et si l'on se fie à l'oxyde de fer qui se mêle à ces terroirs un peu plus argileux on ne peut que regretter leur "blanchiement" total actuel. Mais hélas Montrachet et pinot s'accommodent beaucoup moins bien que Montrachet et Chardonnay... Un fait.

Les Grands Crus:

Le cru de Chevalier-Montrachet est au fond assez étendu puisqu'il mesure un peu moins de 8 hectares, mais c'est un vin que l'on déguste peu et surtout que l'on déguste très souvent trop jeune tant ses arômes floraux délicats et son côté étincelant invitent à l'ouverture. Je me souviens avoir dégusté de vieux Chevalier chez Bouchard ou Bernard Clerc et également quelques vieilles bouteilles de M. Deléger et de Niellon, à chaque fois cela fut un enchantement tant la maturation sous verre apporte du poids à ce cru altier et dominateur qui ne révèle jamais mieux son terroir que lorsqu'il a plus de dix annnées de bouteille et qu'il bascule vers des notes de fleur de tilleul, de chèvrefeuille et d'aubépine avec un "je ne sais quoi" d'unique dans sa manière de se donner avec sensualité.

Il est pour moi sans conteste le plus grand vin de BOurgogne lorsqu'il est réussi et abouti, devant Montrachet lui même. Cousin des Genevrières du dessus et de la partie médiane des Folatières, il acquiert en sa partie "terrasse" une énergie de cailloux qui surpasse encore les parties basses pourtant mieux considérées en moyenne.

Le petit cru des Bienvenues-Bâtard est positionné juste sous le Bâtard et contre les Pucelles. Ce climat en faible déclivité est composé de sols calcaires marqués par des argiles assez lourdes. De couleur brune, presque noire, ces terres assez lourdes en surface marquent les vins du côté de la générosité aromatique et leur confèrent un corps puissant qui les rend parfaitement apte à la longue garde.

Ce n'est sans doute pas le grand cru le mieux placé de Puligny et il souffre souvent de la comparaison avec le Chevalier beaucoup plus élégant et fin et le Bâtard qui possède encore plus d'énergie et un profil aromatique souvent plus complexe. Mais sa douceur de texture et son volume de bouche en font un cru accessible et raffiné qui se montre idéal au moment d'accompagner des poissons de rivière cuisinés ou bien entendu de la langouste ou du homard. Il ressemble quelque peu sur le plan stylistique à la partie médiane des Charmes de Meursault.

De nombreux bons producteurs en exploitent des parcelles fort morcelées si l'on excepte la large parcelle du domaine Leflaive. Ainsi les vins de Ramonet, Pernot et Carillon font-ils preuve d'une régularité sans faille qui fait honneur à la grande réputation dont jouit le village de Puligny. J'aime également ceux plus confidentiel du domaine Jean-Claude Bachelet - 600 bouteilles bon an mal an - qui sur les 9 a 42 ca qu'il a en production se permet de tutoyer les meilleurs.

Bâtard-Montrachet: Vin recherché se négociant à prix d'or le très puissant Bâtard semble sur son nom concentrer toute la classe des vins de Montrachet. Cher, peu aisé à trouver, toujours dominateur, il est sans conteste l'un des vins les plus puissants et charpentés de la planète chardonnay. A juste titre.

Les 4 hectares situés sur Chassagne regardent le Sud ou forme un presque plat du côté des Bâtard de Puligny. Plus précoces, posés sur des terres un peu plus claires et caillouteuses cette zone livre les vins les plus sensuels et raffinés du climat avec une note mûre d'une suprême élégance qui n'est pas sans rappeler le grand Montrachet voisin avec encore plus de densité. Il s'agit je crois de la portion grand cru la plus qualitative de Chassagne avec son Montrachet et sans doute aussi la plus personnelle tant un cru issu de ce "Bâtard du Sud" est toujours un émeveillement gustatif.

Les 4 hectares de Puligny-Montrachet sont orientés plein Est sur un secteur quasiment plat regardant très légèrement le levant. Stylistiquement un peu plus fin et moins puissant que celui de son voisin il partage avec lui ce côté très dense et riche qui en font de très haute gastronomie. Le meilleurs secteur étant sans doute celui qui est tout contre Chassagne-Montrachet. A noter l'existence d'un Clos qui est planté dans le sens Nord-Sud et qui quasiment plat est posé sur des terres un peu plus riche. Ce Clos Poirier du nom de la famille propriétaire de la parcelle est aujourd'hui exploité en totalité par le domaine Pierre Morey sur près de 1 hectare.

Le grand cru Montrachet produit certains des plus grands vins blancs secs de Bourgogne et est sans doute celui qui de nos jours se vend le plus cher, tant sa petite surface est courtisée par les vignerons pour sa réputation multiséculaire. Les bourguignons l'ont toujours placé un cran au dessus de leurs autres crus blancs en le désignant un peu comme le grand cru A de Côte d'Or, sa valeur étalon en quelque sorte.

Cependant boire un Montrachet à maturité est devenu une gageure car les quelques 30.000 bouteilles annuelles produites sont toutes quasiment réservées à l'avance par des buveurs qui ne partagent pas toujours leur fortune avec une fine connaissance des blancs de la région et de leur potentiel d'évolution. Objet de luxe destiné à accompagner des repas prestigieux, il glisse fréquemment dans des gosiers peu attentifs ou alors en admiration "par avance".Dommage.

Les quelques exemplaires que j'ai en cave sont toujours ouverts après un prélude qui mêle deux finages et qui se poursuit par d'autres grands crus. Je crois qu'il est important de percevoir le caractère vineux évident de ce cru si éloigné des archétypes blancs mis en lumière aujourd'hui. Souvent très riche, peu acide et de texture visqueuse il a - un peu à la manière d'un Rangen en Alsace- une puissance formelle sidérante qui le rapproche? Au niveau de sa matière, d'une granularité de vin rouge.

Produit sur 8 hectares et partagé par les villages de Chassagne et Puligny-Montrachet, il est marqué par trois zones distinctes. La première, côté Puligny, regarde le levant, est assez peu inclinée et est composée d'un substrat argilo-calcaire brun/rouge. Elle donne les vins les plus équilibrés, fins et sensuels du cru. La seconde qui dispose de même substrat du côté de Chassagne verse vers le sud et est ainsi un peu plus solaire et précoce, elle donne des vins légèrement plus opulents et intenses. Enfin une petite zone incluse tardivement dans le cru et située sur Chassagne, se place au dessus du cru au sud en formant de petits enclos en terrasses, ce sont "les dents de chiens", le sol y est un peu plus pierreux et le caractère du vin s'approche quelque peu de l'élégance du Chevalier tout proche. Soyons prudent toutefois car les différences stylistiques sont ténues. Une propriété assemble ce dernier lieu-dit avec la partie Chassagne (Prieur) et seul les domaines Colin et Amiot produisent du "pur" Dents de Chiens.

Quelqes Premiers Crus en détail...

Le cru de Combettes a très longtemps été vendu en Meursault Combettes tant il ressemble sur le plan stylistique aux premiers crus de cette commune. C'était un usage loyal et constant comme on pouvait le faire avec les Santenots vendu en "Volnay". La création des appellations d'origine a changé la donne et le vin s'est vu classé logiquement sur le finage de Puligny-Montrachet. Le domaine Prieur de Meursault en est toutefois le principal propriétaire - près de 2 hectares - suivi par le domaine Ampeau également de Meursault - 2/3 d'hectare - et par quelques propriétés plus petites dont les plus connues sont Carillon, Sauzet et Maroslavac.

Le sol de Combettes ressemble beaucoup à celui des Charmes dessus de Meursault avec son substrat argilo-calcaire, très pierreux, ses sols bruns clairs et une orientation vers le levant. Les sols ressuient vite et la vigne y est en général précoce ce qui lui confère une grande intensité et une trame souple et glycérinée extrêmement séductrice. C'est un cru de grande garde, capable de défier plusieurs décennies sans perdre le moins du monde son bouquet particulier d'aubépine et ses arômes de fleurs séchées et de fruits blancs, très subtilement noisettés.

Le cru de Folatières est assez étendu et se place juste au dessus des Clavoillons dans une zone de coteau qui s'incline progressivement dans le sens est-ouest.Il mesure 17.63 ha et est marqué par une petite combe qui le surplombe, celle-ci ayant déposé de nombreux colluvions

Les parties basses plus planes donnent des vins généreux, vineux et très profonds qui sont très comparables au Caillerets voisin mais avec plus de délicatesse. Il s'agit sans doute de la meilleure partie "premier cru" du village. Le sous climat de Chaniot situé dans cette zone est même sans aucun doute possible le meilleur secteur potentiel classé en premier cru de la commune. Pierre Bouzereau et JM Gaunoux en produisent des exemples magnifiques.

Le cru est plus pentu à partir des 2/3 supérieurs et également placé sur un substrat plus pauvre et caillouteux qui confère aux vins une tension plus affirmée. Ce caractère d'influence pédologique est souligné par une maturation des fruits un peu plus tardive. Ez Folatières est également marqué par deux sous climats assez hauts sur le coteau: "Peux Bois" et "En la Richarde" qui me paraissent moins qualitatifs et surtout assez différents des Folatières car plus vifs, moins séveux et moins racés.

Terroir très homogène le cru de Pucelles, si l'on exclu le Clos de la Pucelle, qui est légèrement en contre-bas des autres vignes, il fait suite au Clavoillon au nord et aux Bâtard au sud. Assez peu pentu, regardant le levant et composé d'un substrat argilo-calcaire. Ses terres fines, brunes et filtrantes en raison d'une proportion importante de petits cailloux donnent certains des vins les plus fins de la Côte des blancs. Les arômes de menthe sauvage, de poire fraîche et d'agrumes qui le caractérisent en jeunesse sont magnifiés par de subtils arômes de fleurs blanches au cours de la maturation sous verre. C'est un cru de très haut niveau qui partage avec Combettes et Folatières le premier rang de cette classe dans la commune. Je le comparerais volontiers au dessus des Genevrières à Meursault

Par chance de nombreux bons producteurs vinifient ce cru qui encadre le Clos des Meix situé en sa partie basse et en léger dévers vers le Nord Est. Le Clos de la Pucelle commence le finage au nord et est intégralement vinifié par la maison Chartron qui n tire un vin très fin et aromatique une personnalité que lui confère ses terres un peu plus argileuses que le reste du finage. Parmi les autres producteurs je citerais la classe des vins du domaine Marc Morey, le fruit et le côté très racé de ceux de Morey-Coffinet, la densité de la cuvée de Vincent Girardin et la très noble expresion de celui de Philippe Chavy., sans oublier ceux très aériens vinifiés par Franck Grux pour la maison Olivier Leflaive.

Le cru des Referts est positionné juste sous celui des Combettes et encadré par les Charmes "du milieu" de Meursault et les Perrières de Puligny (à ne pas confondre avec ceux de Meursault). Classé premier cru et positionné auprès des meilleurs il est cependant un peu le "mal aimé" de la commune tant son nom - peu élégant il est vrai - n'a pas la résonance magique de ses prestigieux voisins. Il s'agit sans doute d'une erreur funeste car il peut en belle année égaler en intensité et en puissance tous les crus de sa commune. Moins fin que les Pucelles ou les Folatières il a en revanche beaucoup plus de corps et de sève que les premiers crus d'altitude comme Garenne ou Champs Gains. Second "premier cru" en somme!

Son sol argilo-calcaire est traversé par des veines de marne à certains endroits. L'endroit assez peu pentu regarde le sud-est et ses terres profondes et collantes ressuient assez vite. La vigne y pousse bien et sa vigueur doit être jugulée si le vigneron souhaite en faire un vrai vin tellurique exprimant son terroir. J'aime toujours la fougue de ce vin qui se livre assez vite et qui déborde d'arômes de fruits blancs et de fleur de vigne. Variétal s'il est issu de rendement importants il peut évoquer à son meilleur la plénitude des Poruzots du milieu et le caractères des Genevrières du dessous sur Meursault. C'est un vin qui ravira les amateurs de blancs généreux et pleins.

Les plus raffinés sont produits chez Arnaud Ente - fins, tendus, racés - et Jean-Philippe Fichet dans un style un peu plus élégant et aérien. J'apprécie également ceux des domaines Sauzet et Carillon mais ce ne sont sans doute pas leurs meilleures cuvées. Les maison Jadot, Olivier Leflaive, Girardin et Latour en produisent également de très consistants.

Le cru de Cailleret, situé sur la commune de Puligny-Montrachet, est l'exact prolongement naturel du vrai Montrachet, ce dernier étant sans conteste le plus célèbre et plus grand des vins blancs bourguignons. Cette promiscuité aurait sans doute dû lui valoir le statut de grand cru tant son exposition au levant, sa pente douce de pied de coteau et son substrat argilo-calcaire le situe parmi les climats les plus qualitatifs de la commune de Puligny.

C'était sans compter sur le fait que tout comme le Clavoillon voisin il comportait nombre de plants rouges en son sein au moment de la réalisation du classements en grands crus il y a près de 80 ans. On a donc décider de le conserver en première classe en raison de la mixité de cépages que son sous sol pouvait à l'évidence supporter. Cela sans observer que le grand cru voisin disposait lui aussi de ces mêmes potentialités et qu'il "aurait" également été complanté de noirien à une époque éloignée. Mais la mémoire des hommes ne peut suffir à affirmer cela avec absolue certitude.

Le Cailleret rata donc l'ultime accessit et fut longtemps le monopole de la maison Chartron-Dupard qui dans sa "corbeille" possédait également le Clos des Chevaliers en Chevalier-Montrachet et l'intégralité du merveilleux Clos de La Pucelle.

Chartron créa le Clos du Cailleret et en fut l'unique propriètaire jusque dans les années 1990 date à laquelle il vendit quelques parcelles aux domaine Michel Bouzereau, Des Lambrays, Boyer-Martenot et De Montille. Ce cru composé d'un substrat mêlant argile rouge et calcaire est assez caillouteux en profondeur en dépit d'une terre qui foisonne sous le soc des charrues. Les vins y puisent une énergie extraordinaire quel que soit le propriétaire considéré et si j'en juge par celui de la Maison Chartron que je goûte assez souvent il a entièrement le corps et la complexité d'un cru d'exception, à nul autre second.

Cru singulier qui mêle la finesse des Pucelles à la puissance du Montrachet, il envoûte par ses notes florales et sa texture svelte en même temps que très dense.

Le vignoble de Chassagne-Montrachet

Le village de Chassagne pourrait sans doute être désigné comme "le" modèle " archétypique» d’une commune viticole tant il respire la vigne et le vin. Ses maisons disséminées ont quasiment toutes une vue sur le vignoble, son plan torturé semble avoir été dicté par les impératifs culturaux, ses sentiers étroits et ses rues qui toutes finissent aux pieds des coteaux... À Chassagne l'homme semble s'effacer devant les terres qui portent les crus et n'hésite jamais à se recueillir avant de les travailler. Entrer dans le "monde" du Chassagne se fait à bien des égares comme on entre en religion, il faut accepter qu'ici la permanence de la culture et des savoirs-être sont toujours présents à l'intérieur des bouteilles.

Finage étendu, enclavé entre Santenay au Sud, Saint Aubin au Nord-Ouest et Puligny au Nord-est, il mesure un peu plus de 300 hectares. Un rapide coup d'œil sur sa morpho géologie met en évidence la présence d'une combe qui coupe le vignoble en deux à hauteur du secteur des grands crus et une pente régulière orientée plein Est qui s'élève plus fortement sur le haut du coteau Sud. Dernière commune de Côte d'Or au Sud de la Cote de Beaune, elle est directement sous l'influence de la Grande faille qui a effondré la base du Bathonien plus calcaire au niveau du sommet des marnes argoviennes et de celle du Synclinal de Volnay (voir l'analyse de ces phénomènes sur les textes évoquant la Côté Chalonnaise) qui fait resurgir ici les substrats du Lias et les calcaires durs du Jurassique. Pour ces raisons la culture de vignes de pinots noirs et l'extraction de la pierre sont naturellement présentes en ces contrées. Pendant longtemps la commune fut synonyme de quasi exclusifs vins rouges qui n'étaient complétés que par quelques zones de chardonnays identifiées depuis longtemps et circonscrites sur le versant nord près de Puligny et dans les hauts du secteur dit de "la Montagne" entre les finages de Saint Aubin au Nord et de Santenay au Sud.

Je défends ici l'idée évidente qui positionne ce fabuleux terroir comme l'un des meilleurs pour la culture du pinot noir en dehors de secteurs historiquement dévolus au chardonnay. Et je serai assez sévère avec les plantations "blanches" qui colonisent les zones de bas de coteau, plus argileuses ainsi que le secteur qui s'étend de la "Maltroie" aux différents crus du hameau de "Morgeot". On a profité du nom magique de Montrachet pour produire des vins blancs certes excellents et toujours impeccablement vinifiés en faisant diminuer les rouges pour les réduire à une portion congrue qi ne cadre guère avec la géologie de l'endroit. Une simple logique de marché. Mais je crois que certains producteurs du cru en sont conscients et ne serait que parce qu’ils révèrent encore leurs fameux "rouquins" de fin de repas, il est évident que les choses évolueront dans un sens plus juste à l'avenir.

La zone d'appellation "Village": étendue sous les premiers crus cette zone vaste mesure plus de 120 hectares et si l'on excepte le secteur de vignes contigus à celui de Puligny-Montrachet IL devrait être intégralement dévolu à la production de pinots noirs bouquetés et fins alliant gourmandise et accessibilité en jeunesse. Ces terres peu pentues sont assez argileuses et collantes et portent des vins qui peuvent confiner à la lourdeur si leur coupe s'effectue trop tardivement. Vins de fruits, assez amples et enveloppant ils peuvent se montrer intéressant dans les meilleurs lieux dits comme par exemple Les Masures, La Bergerie, Les Chênes, La Canière, le Clos Devant et les Chaumes.

Beaucoup plus intéressante est la partie Nord de ces villages car elle est inclinée vers le Sud ou sur un petit replat - En Encégnière - le sol y est plus caillouteux et clair et les vins ont ici une tension qui les classe nettement parmi les meilleurs villages du beaunois pour le chardonnay. Le meilleur lieu-dit est sans doute celui de Blanchot Dessous en compagnie du très estimé Houillères.

Il y a également une zone haute plus fraîche et calcaire qui regroupe Pimont, Parterre du Clos Saint Jean, Combards Dessus et Peux Bois. Peu étendue, elle donne des vins vifs à matière ténue qui sont excellents en année précoce et qui sont fréquemment assemblés avec les bas pour apporter leur acidité naturelle.

Plusieurs secteurs marquent le finage des premiers crus de Chassagne et tous ne sont pas au même niveau d'excellence si l'on considère leur nature associée au caractère "Chassagne".

Incontestablement les meilleurs se situent dans le prolongement du haut du village de Chassagne à partir des Caillerets jusqu'au Clos Pitois qui touche Santenay. Cette zone d'altitude orientée vers l'Est, en plein coteau, plus élevée, fort pentue, pierreuse et marquée par des bans marneux et calcaire donne des vins éblouissants qui tous peuvent être considéré comme étant parmi les meilleurs de la Côte des blanc. Caillerets, Virondot, Dessus des Fairendes, Romanée, Grandes Ruchottes, Baudines sont des crus de haut vol qui peuvent acquérir une finesse et une énergie de très grande race et qui se révèle souvent plus fin et un peu moins ample que les crus médians de Meursault ou Puligny.

Un second bloc touche la zone des grands crus du Nord et comprend le Blanchots Dessus, les Dents de Chiens, En Remilly et le tout petit et très renommé Vide Bourse qui est plus bas sous le Bâtard. Plus typé du caractère Puligny avec ces notes de fruits blancs caractéristiques, ce sont quatre vins de très haut niveau qui hélas sont extrêmement rares. Ils n'ont toutefois pas la dimension des Grands crus car ils sont près à boire un peu plus précocement et possèdent moins d longueur.

Le troisième bloc va du vignoble de Saint Aubin au Nord Ouest pour terminer contre le Clos Saint Jean originel. Misez sur les très fins Vergers et Chaumées et sur les Saint Jean issus des Rebichet - mais je le concède il faut chercher! - car ce sont les crus les plus élégants de la commune et ils ont souvent une heureuse accessibilité en jeunesse. Terres plus rouges, moins caillouteuses dans les bas, elles peuvent donner des rouges de premier ordre en Macherelles.

le Clos Saint Jean et la Maltroie sont encore plantés de pinot noir pour une large part et donne les rouges parmi les plus sensuels de la Côte de Beaune. Je vous en parle en détail plus bas.

Enfin le secteur de Morgeot plus bas sur le coteau, formant un sorte de croupe qui est aujourd'hui planté majoritairement en blanc devrait toujours produire des rouges exquis comme c'est le cas dans le sous climat de Cardeuse, En Francemont, Boudriotte ou à la Roquemaure. Ce grand terroir à rouge va de paire avec les meilleurs Volnay et Pommard et est en sommeil tant les rouges ici se raréfient.

Les grands crus:

Le grand cru "Montrachet" produit certains des plus grands vins blancs secs de Bourgogne et est sans doute celui qui de nos jours se vend le plus cher, tant sa petite surface est courtisée par les vignerons pour sa réputation multi-séculaire. Les bourguignons l'ont toujours placé un cran au dessus de leurs autres crus blancs en le désignant un peu comme le grand cru A de Côte d'Or, sa valeur étalon en quelque sorte.

Cependant boire un Montrachet à maturité est devenu une gageure car les quelques 30.000 bouteilles annuelles produites sont toutes quasiment réservées à l'avance par des buveurs qui ne partagent pas toujours leur fortune avec une fine connaissance des blancs de la région et de leur potentiel d'évolution. Objet de luxe destiné à accompagner des repas prestigieux, il glisse fréquemment dans des gosiers peu attentifs ou alors en admiration "par avance".Dommage.

Les quelques exemplaires que j'ai en cave sont toujours ouverts après un prélude qui mêle deux finages et qui se poursuit par d'autres grands crus. Je crois qu'il est important de percevoir le carcatère vineux évident de ce cru si éloigné des archétypes blancs mis en lumière aujourd'hui. Souvent très riche, peu acide et de texture visqueuse il a - un peu à la manière d'un Rangen en Alsace- une puissance formelle sidérante qui le rapproche? au niveau de sa matière, d'une granularité de vin rouge.

Produit sur 8 hectares et partagé par les villages de Chassagne et Puligny-Montrachet, il est marqué par trois zones distinctes. La première, côté Puligny, regarde le levant, est assez peu inclinée et est composée d'un substrat argilo-calcaire brun/rouge. Elle donne les vins les plus équilibrés, fins et sensuels du cru. La seconde qui dispose de même substrat du côté de Chassagne verse vers le sud et est ainsi un peu plus solaire et précoce, elle donne des vins légèrement plus opulents et intenses. Enfin une petite zone incluse tardivement dans le cru et située sur Chassagne, se place au dessus du cru au sud en formant de petits enclos en terrasses, ce sont "les dents de chiens", le sol y est un peu plus pierreux et le caractère du vin s'approche quelque peu de l'élégance du Chevalier tout proche. Soyons prudent toutefois car les différences stylistiques sont ténues. Une propriété assemble ce dernier lieu-dit avec la partie Chassagne (Prieur)et seul les domaines Colin et Amiot produisent du "pur" Dents de Chiens.

Criots-Bâtard-Montrachet est le plus petit des grands crus blancs bourguignons si l'on exclu la confidentielle production de Musigny blanc du Comte de Vogüe. Petit bout de terre regardant le sud sur une fin de pente étroite, située sous le Bâtard de Chassagne - ce rectangle magique a été conquis " grand cru" de haute lutte au moment du classement des AOC dans le premier tiers du 20 ième siècle.

Il aurait pu voir son voisin ouest de "Blanchots Dessus" le supplanter car lui est sous le Montrachet et son exposition tout aussi qualitative. Un brin de pente et de surface en plus ont dû l'avantager et sa finesse extrême a fini par le faire adouber.

Le cru mesure 1.57 ha, il est rectangulaire et ses terres sont assez homogènes même si la pente est légèrement plus marquée à l'ouest. Fait d'un substrat calcaire un peu plus marqué par les argiles que les deux autres Bâtard, le cru livre des vins à étonnante sensualité car c'est une zone solaire précoce qui type les vins sur une certaine douceur de texture en même temps que sur une viscosité plus murisaltienne que " Montrachet ".

Mais ne nous y trompons pas, il possède la dimension d'un grand cru lorsque son rendement est mesuré et qu'il peut ainsi puiser dans son sol une énergie tellurique aussi originale que terriblement séductrice jeune. C'est avec "Bienvenues" le cru le plus accessible jeune de la sphère Montrachet et je dois avouer apprécier particulièrement ses subtiles notes florales qui parfois le rapproche de l'équilibre des Genevrières du Dessous ou des Charmes dessus.

Un peu moins puissant et un peu plus épicé que ses voisins il envoûte par sa classe naturelle. Cette petite entité livre des crus que je trouve assez régulier et qui ne semblent pas se singulariser selon leur emplacement. Intuitivement je perçois un rien plus de tension selon que l'on se déplace vers l'Est et plus de puissance et de robustesse si l'on va vers l'ouest... Mais les vinifications comme partout influent sur ces tendances générales.

Bâtard-Montrachet: Vin recherché se négociant à prix d'or le trs puissant Bâtard semble sur son nom concentrer toute la classe des vins de Montrachet. Cher, peu aisé à trouver, toujours dominateur, il est sans conteste l'un des vins les plus puissants et charpentés de la planète chardonnay. A juste titre.

Les 4 hectares situés sur Chassagne regardent le Sud ou forme un presque plat du côté des Bâtard de Puligny. Plus précoces, posés sur des terres un peu plus claires et caillouteuses cette zone livre les vins les plus sensuels et raffinés du climat avec une note mûre d'une suprême élégance qui n'est pas sans rappeler le grand Montrachet voisin avec encore plus de densité. Il s'agit je crois de la portion grand cru la plus qualitative de Chassagne avec son Montrachet et sans doute aussi la plus personnelle tant un cru issu de ce "Bâtard du Sud" est toujours un émeveillement gustatif.

Quelques premiers crus en revue:

Les Caillerets : Entre les premiers crus Morgeot-Fairendes et le Clos Saint Jean, le climat de Caillerets produit quelques uns des meilleurs vins blancs de la commune de Chassagne. Son sol argilo-calcaire orienté idéalement vers le levant sur une pente modérée à assez forte en son sommet est sans aucun doute l'un des substrats les plus qualitatifs de la commune.Mesurant 10 ha 60 ares le cru originel contigü des Fairendes et au dessus des Champs Gains est complété par trois sous lieux dits lui ressemblant nettement: "Vigne Derrière", "Combards" et "Chassagne". Le premier est le prolongement naturel des Caillerets alors que les deux autres sont un peu plus haut sur le coteau, à l'aplomb des maisons du village. Combard un rien plus froid donne des vins plus incisifs et tendus qui doivent en général être coupé plus tardivement. Il est partagé entre les domaines Coffinet et Gagnard.

J'aime ce cru pour sa personnalité proche du grand Montrachet qui le désigne un peu comme son fils spirituel. C'est un vin séveux, plein et dense qui doit absolument vieillir pour se révéler. Il est aujourd'hui dans le peloton de tête des crus de la côte des blancs et comme ses propriétaires en ont souvent de belles parcelles, il n'est pas celui qui se vend aux prix les plus élevés...une affaire en somme! Plus précoce que le Virondot situé au dessus de lui, il a de plus la chance de compter dans ses rangs de nombreux excellents vignerons. .

A noter l'existence d'un Clos du Cailleret qui appartient à Vincent Girardin. Situé contre les premières maisons, il est inclu dans le lieu dit "Vigne Derrière" et ceint d'un mur arborant un joli portail en pierre le signalant.

Le Clos Saint Jean: est situé dans la partie supérieure centre du finage de Chassagne-Montrachet. Historiquement réputé pour l'excellence de ses vins rouges fins et racés, il se décline aujourd'hui dans les deux couleurs avec un égal bonheur. Le Clos Saint Jean originel qui est de taille modeste (environ 1 ha,propriétés des familles Pillot et Morey-Coffinet) englobe - comme il est d'usage en cette commune - quelques autres climats qui lui sont très proches et qui ne gâtent en rien sa haute qualité. Ainsi une partie des lieux-dits "Chassagne" et l'intégralité des Rebichets peuvent-ils revendiquer ce prestigieux patronyme.

On l'a vu les "rouquins" de Chassagne sont des vins d'une rare et mésestimée qualité. Ces crus de pinots peuvent être aussi délicats que certains crus de la Côte de Nuits car le substratum sur lesquels ils reposent leur ressemble fortement. N'oublions pas que nous voyons resurgir en certains endroits de Meursault et surtout ici à Chassagne le calcaire de comblanchien qui marque fortement les strates superficielles nuitonnes et leur confère ce grain de texture et cette énergie inimitable. Longtemps Boudriotte et Clos Saint Jean furent vendus plus chers en rouge que la majeure partie des Côtes de Beaune avec une apogée au milieu du 19° siècle qui les verra être comparé en qualité aux Vougeot et Chambertin eux-même dans l'esprit des négoces en place. Relire les ouvrages de Lavalle et Courtépée à ce sujet.

Aujourd'hui encore je ne suis guère surpris de ce prestigieux "cousinage" car lorsqu'ils sont élevés avec l'ambition des meilleures cuvées, ces vins là peuvent être parmi les meilleurs qu'engendre la Côte de Beaune. J'avoue même qu'ils me me paraissent disposer d'un potentiel "encore plus grand" lorsqu'ils sont issus du pinot noir. Las le marché les préfère de blanc vêtu car ils sont bons, le nom est beau, sonne bien dans toutes les langues et il n'y a rien à faire avec Montrachet sur la "jaquette" l'amateur pense à un vin clair. Cela me chagrine un peu mais je m'incline devant le choix des producteurs qui de toute manière savent bien tout cela!

Les bons producteurs ne manquent pas sur ce climat d'élite. Je citerais en rouge les domaines Lamy-Pillot, Jean-Marc Pillot, Paul Pillot et Morey-Coffinet et en blanc Picard et Guy Amiot. Mais il existe de nombreuses variations de ce cru qui pourraient requérir votre attention. Un des crus les plus homogènes de la commune sans aucun doute.

Chenevottes: est un cru qui mesure près de 11 hectares et qui en dépit de sa surface assez conséquente reste peu connu des amateurs. Il possède cependant un bel atout car ll fait face au Montrachet lui même et se trouve juste à l'entrée du village lorsque l'on vient de Puligny-Montrachet et que l'on coupe la nationale pour s'y diriger. Il a bénéficié sans doute de l'habitude locale de regrouper les climats distincts pour créer une entité unifiiée cohérente et plus représentative. Trois zones exposées plein Est sur des sols faiblement inclinés et marno-calcaires le composent, les Bondues qui forment la partie basse du cru en forme de triangle, les Commes qui bordent la route nationale en une étroite bande de terre argileuse et les Chenevottes proprement dites qui partent des Bondues pour aller mourir contre les Pasquelles et le bord nord des Vergers. Dans ces trois secteurs les vins s'expriment de manière assez aromatique et fine avec une délicatesse affirmée qui confine le vin dans un registre élégant que j'apprécie beaucoup. Minoré souvent par les amateurs et les producteurs, il n'en constitue pas moins une excellente et régulière bouteille.

La Romanée: Petit cru d'altitude situé au nord du finage de Chassagne, la Romanée constitue sans doute l'un des climats les plus qualitatifs de la commune à l'égale des Grands Ruchottes, Farendes, Caillerets ou encore Champs Gains et Blanchots du dessus. Il doit également à son nom célèbre son "aura"particulière et sa relative plus value au regard de ses pairs. Cependant c'est avant tout un terroir qui possède une indéniable personnalité. Il est inclus dans un grand ensemble nommé Grande Montagne mais celui-ci n'est que peu usité sur les bouteilles.

Niché sur une pente assez forte au sommet du coteau, il surplombe les petits clos et la Tête du clos en regardant nettement le levant. Son sol brun calcaire, assez peu profond et mêlés de cailloutis, ressuie très vite et se montre assez précoce en dépit de sa postions haute. Cela confère aux vins une nature énergique et nerveuse et surtout une indicible finesse de texture qui n'est pas sans rappeler les Bouchères de Meursault et même le Chevalier Montrachet. Il est indéniablement destiné aux amateurs de vins blancs ciselés et raffinés qui savent patienter quelques années pour déguster des bouteilles parfaitement polies par une heureuse maturation sous verre. Je le déguste souvent avec un intense plaisir lorsqu'il a plus de cinq années de bouteille et qu'il commence à fondre sa nature fougueuse en affirmant de superbes arômes floraux tendus par une ligne sous jacente quasi saline, mais sans le moindre excès.

Mesurant un peu plus de 4 hectares il est assez peu morcelé et cinq propriétaires se partagent sa production recherchée. Tous vinifient des vins de haut niveau et s'ils se démarquent l'un de l'autre par le caractère des vinifications, les moments de récolte ou encore le matériel végétal et les emplacements considérés, ils possèdent une unité de forme extrêmement rare à ce niveau. Dégustez une Romanée est donc toujours un moment de raffinement qui positionne sans aucun doute cette parcelle parmi les 10 meilleurs premiers crus de la Côte des blancs.

Caractères généraux des producteurs:

  • Château de la Maltroye: J'ai dégusté essentiellement de vieux millésimes de cette maison qui produisait des vins très classiques jusqu'à il y a une dizaine d'année. Je me souviens d'un 85 et d'un 89 d'une race impressionnante, très proche du terroir avec un profil droit et une très belle matière.
  • Morey Coffinet: Le plus grand propriétaire (80 ares) produit un vin étincelant de plénitude sur un corps puissant et des arômes de fruits blancs affirmés. Vin parfaitement mûr et assez accessible par sa tension en jeunesse. il est vraiment de très haut niveau.
  • Vincent Dancer:Les vins sont ici d'une rare élégance, de très juste maturité et ciselés. Les derniers millésimes sont simplement extraordinaires de concentration et de race.
  • Le domaine Paul Pillot est le tenant de vins très subtils, assez peu exubérant en jeunesse mais d'une forte capacité de garde. Toujours très clair, boisé sans excès et d'une pureté d'école, ils sont sans aucun doute destiné aux stylistes qui aiment la finesse.
  • Fontaine-Gagnard

Patrick Essa - Maj 11/2015

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Comprendre les crus de Montrachet

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