Comprendre les vins de Meursault - Partie 1: Les Meursault "Village"

Publié le par Patrick Essa

Comprendre les vins de Meursault - Partie 1: Les Meursault "Village"

Le Finage de Meursault - Variété des crus

Par Patrick Essa - vigneron à Meursault

  Depuis toujours le nom de Meursault évoque pour les dégustateurs du monde entier un vin blanc ample, gras, concentré sur des saveurs de noisettes, qui vieillit avec bonheur et procure du plaisir sur des poissons en sauce ou des volailles blanches.

  Sans renier cette " image d'Epinal ", il est sans doute possible de « dépasser le mythe » et sa transmission orale, les fausses vérités et les interprétations imprécises pour défricher et comprendre en profondeur ce terroir qui mérite plus qu'une somme de lieux communs, même s'ils ont sans doute forgé une partie de sa légende.

  L'imaginaire dans le vin est souvent de type agrégatif : Les connaissances nouvelles s'additionnant à celles déjà possédées. De nombreux auteurs ont parlé de Meursault depuis le 17°siècle : Courtépée et Béquillet, le docteur Lavalle, Danguy et Aubertin, Rodier et plus près de nous Anny et Paul Sadrin ou encore Henri Cannard. Chacun a œuvré en relisant les précédents et en se fondant sur des affirmations qui n'ont guère été contestées au fil des siècles car le respect des canons anciens qui singularisent les crus a souvent valeur de « sacralisation ». Au final la permanence du discours est plus le fait d'un manque de recherche ou de questionnement que d'une stabilité qui rendrait ce vignoble intemporel.

  Meursault a évolué, a changé comme toute la Bourgogne - nous en reparlerons au fil du temps - et le village et ses vins sont ancrés dans le présent autant qu'ils puisent dans le passé, des racines dans lesquelles la sève de la tradition circule.

  Notre propos est donc de comprendre le vignoble depuis le présent pour relire l'histoire et mettre en lumière les faits du passés qui peuvent éclairer la situation actuelle.

  Il est évident que ce travail engage l'auteur et ses connaissances, chacun pourra à loisir compléter ou contester tel ou tel fait ou analyse, il reste que l'éclairage apporté ici n'est que le fait d'un dégustateur devenu producteur et négociant sur la commune et qui tire ses conclusions de sa propre expérience, en toute indépendance d'espri

   La première chose qui frappe lorsque l'on arrive à Meursault est son clocher haut perché qui domine l'église Saint Nicolas, cela donne une allure majestueuse au village qui sied à ses pieds, cela procure également une grande fierté aux Murisaltiens qui aiment leur bourg aussi discrètement que passionnément.
  De nombreuses maisons de maître apparaissent aux 4 coins du village. Les familles nobles et bourgeoises les ont construites souvent au cours des 18° et 19° siècles, elles étaient propriétaires et négociantes et ont contribué à l'essor du village.
Les grands murs qui bordent les maisons et enclavent les propriétés en des clos hermétiques aux regards sont le signe d'un passé glorieux et prospère et d'un goût affirmé pour l'austérité et le classicisme. Nous sommes en terre de tradition, la mémoire est préservée à l'intérieur de ces hautes clôtures en pierre, il est difficile d'y pénétrer sans être introduit et il est impossible de comprendre les gens qui y habitent sans comprendre pourquoi existent ces enceintes,,,

   L'intimité des familles de Meursault n'est percée que dans le cadre de la famille qui est ici le noyau central de l'esprit du village, on est uni par les liens du sang, par des principes de vie, mais aussi par la terre, les savoir faire, les méthodes de vinification. Il existe des codes sociaux qui tissent les liens entre les habitants du village, chacun est à sa place, il est très difficile de pénétrer une sphère qui n'est pas la sienne. Tout cela n'exclu pas le respect entre les Murisaltiens mais vous ne verrez que très rarement un propriétaire fréquenter son ouvrier en dehors du travail. (Il est des contre exemples bien sûr mais mon propos est général).
Comme dans toute la Bourgogne viticole une des valeurs « majeures » de ce microcosme social est le travail, toute personne laborieuse et dur au travail, est réputée pour cela et en tire un prestige insoupçonné ailleurs, c'est une forme de reconnaissance pour les " petites gens " (on comprendra aisément qu'il n'y a pas le moindre mépris de ma part pour cette expression), de l'admiration parfois même... . La terre, sa culture difficile tout au long des siècles, les efforts qui y sont liés, sont à l'origine de cette manière d'être car il a fallu des bras pour mettre en valeur le vignoble et donner du lustre aux habitations. Cependant après l'ouvrage chacun aime à donner une entité à son pré carré, celui-ci est alors clos et impénétrable.
Il est cependant de tradition de recevoir les visiteurs et de leur assurer une explication simple et claire des vins de la commune. Les vignerons ont toujours ouvert leurs portes pour vendre, ils ont aussi su garder des contacts très suivis avec les clients les plus connaisseurs et sympathiques. Il n'est pas rare de croiser des invités de toute nationalité dans les caves et les dégustateurs avertis sont appréciés pour échanger les points de vue sur telle ou telle cuvée. Ainsi, les expériences de dégustation qui se poursuivent tard avec de vieux flacons sont probablement le moyen le plus sûr de comprendre le village et ses vins.

La description des crus si dessous est uniquement fondée sur un passé de dégustateur, sans aucun lien avec les caractéristiques communément admises des crus que l'on retrouve dans la plupart des ouvrages de référence. Elle recoupe certaines conclusions antérieures mais donne aussi à réfléchir sur des définitions aromatiques et typiques précises qui tiennent compte de la position des parcelles dans les crus.

Le terroir de Meursault est très étendu, il compte 352 hectares de vignes sises entre Puligny-Montrachet, Auxey-Duresses et Volnay. Les surfaces exactes sont peu importantes mais il vous suffit de savoir qu'il faut environ 20 minutes en courant à une allure modérée pour traverser le vignoble, cela replace celui-ci dans des proportions très bourguignonnes.

Les premiers crus n'occupent guère plus de la surface du château Lafite à Pauillac. Cette étroite bande de terre et comprise entre 260 et 300 mètres d'altitude et l'on est dans une zone ou la déclivité va de modérée (presque plate) dans les Charmes du bas, à très " pentues " dans certaines parties des Perrières des Bouchères ainsi que dans le dessus des Genevrières ,Goutte d'Or et Poruzots. Avant de les décrire précisément nous nous attacherons à définir le caractère des lieux-dits de niveau village car ceux-ci plus étendus portent en eux une part de l’esprit des vins de la commune, certains même – très qualitatifs – sont isolés et donnent leurs noms à des bouteilles très recherchées, un fait quasiment unique dans la Côte des blancs.

Les climats de niveau « village » du finage de Meursault:

Le classement des parcelles, en dehors des premiers crus n'existent pas, pourtant il est d'usage de considérer certaines d'entre elles comme de véritables seconds crus, elles apparaissent sur les étiquettes avec de plus en plus d'insistance car le fait de les mentionner rend le vin plus marchand, un peu plus cher bien souvent car plus rare et sans aucun doute supérieur.
Nous pouvons les envisager en différents quartiers géographiques

 Au sud en direction de Puligny :

Dans ce secteur les terrains sont très réputés et le milieu du coteau est intégralement classé en premier cru, cependant au niveau des appellations villages, tout contre eux, se trouve le Limozin qui constitue un excellent lieu-dit très proche de Genevrières du dessous et des Poruzots du milieu, il allie puissance et complexité et fait partie des climats qui méritent sans conteste d'être individualisé.(voir l'analyse particuliere qui lui est consacrée ci-dessous). Le Limozin a la tenue et le caractère d'un Genevrières du bas en sa partie haute et ses terres très courtisées produisent sans doute avec les différents Tessons le meilleur des "seconds crus naturels" de la commune quoique dans un registre fort différent. Là où Tessons est tendu et racé, Limozin se montre velouté, ample et enveloppant surtout s'il est issu de vieilles vignes, et elles ne manquent pas dans le secteur! Son style mêle richesse et harmonie sur des belles notes de fruits blancs. Son sol argilo-calcaire est composé de terres blondes mêlées de petits cailloux en partie haute et de sols plus profonds en sa partie basse non loin du lavoir communal. L'endroit est très légèrement incliné vers le levant, solaire et mûrit précocement. IL faut en général le récolter assez tôt pour préserver une tension interne affirmée, sinon il peut se montrer quelque peu capiteux, puissant, voire un peu opulent. Il s'agit sans doute d'un des "seconds crus" les plus « séveux » de cette commune dont le finage génère des fruits naturellement riche en glycérol.

Vous pouvez également miser sur les Narvaux du dessous qui sont placés au dessus des Genevrières du dessus, ils sont minéraux et fins . Les qualités des Pelles , des Crotots, des Gruyaches et des Buissons Certaut les destinent plutôt a être asssemblés pour en faire des villages complets. Nous parlerons encore des Terres Blanches et des Luraules qui pourraient constituer des troisièmes crus de bon niveau voire mieux dans la partie haute des Luraules : les vins sont aromatiques et vieillissent bien.

Plus au Sud une grande partie du climat des Gruyaches a été intégrée dans les Charmes lors du classement des premiers crus au début des années cinquante. Les parcelles restantes de ce cru sont moins bien exposées et susceptibles de voir des eaux stagner à certains endroits. Certains producteurs ont ici réalisé d'importants travaux de drainages pour assainir les parcelles et les améliorer qualitativement.

Le climat des Pellans situé juste sous les Charmes du bas termine l'AOC village en direction de Puligny-Montrachet, il est assez hétérogène car incliné en pente douce vers le nord à partir de la moitié du lieu-dit en direction de Meursault. Les parties "hautes" sont en revanche très qualitatives car les terres y sont moins profondes et plus filtrantes. On produit ici des génériques de belle tenue, charnus, charpentés et amples. J'aime beaucoup ce cru dense qui est très typique de l'appellation et qui est également capable de magnifier une cuvée d'assemblage en lui donnant du corps, de la profondeur et de la sève.

Au nord en direction de Volnay :

Depuis toujours les terres de ce côté de la commune ont été plantées - sauf à de rares exceptions en forme d'ilot - en pinot noirien. Les appellations d'origines contrôlées instituées au début des années trente et la progression des ventes en bouteilles vers l'étranger, ont quelque peu changé les données de plantation : Meursault est devenu un village synonyme de vins blancs à l'exportation, sa réputation ancienne pour ses crus issus du chardonnay a été mise en avant, et le côté sud de la commune - sans même parler des Santenots - qui portait des rouges remarquables, a été replanté au fil du temps en vignes blanches.

Les bourguignons ne sont pas des rêveurs et la possibilité de mieux vendre une appellation est déterminante dans le choix du cépage,voir à ce titre le cas des merveilleux rouges de Chassagne qui disparaissent peu à peu - mais aussi aujourd'hui explique le type particulier des blancs produits de ce côté-ci : Ce sont des blancs plantés sur des terrains dont la valeur agrologique est remarquable, mais hélas sur des terres mixtes plutôt destinées au noirien.

La parcelle la plus célèbre est connue sous le nom de la Désirée depuis au moins deux siècles, elle est enclavée dans le climat des Petures qui peut aussi donner en rouge l'appellation Volnay Santenots. Tout est simple en Bourgogne si l'on connaît le parcellaire... Il s'agit donc d'un blnac de niveau "village" revendiqué dans une terre de premier cru rouge portant le nom d'une comme voisine !: Volnay-Santenots. Il est toutefois remarquable et sa puissance lui assure un bon vieillissement , mais ne lui demandez pas d'avoir la finesse des premiers crus du côté nord.

Viennent ensuite le Clos de la Barre , le Clos du Cromin et le Clos des Mouches, les deux premiers sont des blancs massifs et de bonne expression, ils sont très aromatiques et sont prêts à boire assez rapidement. Le clos des Mouches est planté en rouge , nous y reviendront dans le paragraphe consacré aux vins rouges de la commune. Les autres parcelles les plus remarquables sont les Perchots, les Peutes vignes, les Corbins, les Criots, les Marcausses, les Vignes Blanches et en la Barre. Le dernier est sans conteste le meilleur lieu dit et celui qui « mériterait » à mon sens le plus d'être cité sur une étiquette, sa profondeur et son bouquet en font un Meursault village ayant de l'allure. Les autres me paraissent devoir être assemblés, ils expriment de manières moins originales les qualités du Meursault, mais en complément d'autres lieux dits ils peuvent apporter de la puissance et des saveurs mûres, les vignerons qui les assemblent obtiennent souvent de très belles cuvées de village sans mention de lieu-dit.

Le coteau blanchit et de moins en moins de Meursault rouges parsèment ces lieux-dits. Certains d'entre eux sont désormais isolés par les producteurs qui en ont assez pour fidéliser une clientèle. Ils contribuent largement à les faire connaître au delà des frontières et le prix des terres grimpe en flêche! Ainsi trouve t'on de forts belles cuvées de Criots, des Corbins ronds et puissants .En revanche je ne connais point de Perchots, de Marcausses et de Peutes vignes (les vilaines vignes en patois!)...demain peut-être, qui sait!?

Je suis plus réservé sur l'important Clos du Cromin qui année après année produit des vins friands et généreux mais parfois également un peu trop simples surtout en sa partie basse composée de terres argileuses assez lourdes. Les vignes de l'extrémité nord proches de la Désirée, plus pentues, plus hautes et plus caillouteuse me paraissent avoir un meilleur potentiel. En moyenne c'est une cuvée de troisème classe, pas plus.

Au dessus de ce clos, au dessus du camping de Meursault se trouve un très petit, peu connu et sous-estimé lieu-dit : le Pré de Manche. Terres caillouteuses, assez pentues selon l'endroit et légèrement "versées" au sud. Il faut en avoir déguster une cuvée pour comprendre toute sa qualité. Un registre nerveux, sec et racé qui n'est pas sans évoquer la tension et la forme des Perrières, sans en posséder toute la plénitude bien entendu.Il ferait un bon "troisième" dans le haut du classement.

La Barre et le Clos de la Barre sont proches de la seconde classe et je vous recommande de gôuter chez ceux qui l'isolent pour vous convaincre de sa densité. Les Perchots (prononcez "perchottes") suivent de près. Une "troisième haute" qui culmine je pense dans le Clos car le secteur y est un peu plus caillouteux et souvent précoce.

Au centre sur le coteau de Meursault :

Le coteau qui surplombe le village à l'ouest est le plus apte à produire des " Meursault village " de qualité . Presque tous les lieux dits de cette zone méritent d'être mentionnés sur les étiquettes car tous possèdent un type particulier, reconnaissable dans une dégustation à l'aveugle : une identité propre s'en dégage.
A ce propos signalons qu'il n'existe pas un type de Meursault mais bel et bien plusieurs définition d'une même expression aromatique : différents tableaux provenant d'un même peintre...Il est dès lors utile de mentionner chacun d'eux en essayant d'en donner une définition gustative :

 

Le plus connu d'entre eux, car il est isolé par tous les vignerons est sans doute " le Tessons ", c'est un cru qui est chaque année très proche des premiers crus, il était placé en première cuvée au siècle précédent par le docteur Lavalle et les vignerons de la commune le situe toujours en tête des climats non premier cru avec le Limozin. Il est toujours très minéral avec un nez de silex (de pierre à fusils), il s'ouvre assez rapidement et peut se garder 25 ans sans problème lorsqu'il est vinifié dans une année d'équilibre. Sa structure est dense et serrée sur un volume puissant mais élégant. C'est réellement un très beau cru.

Une partie du coteau orienté plein Est à Meursault n'a pas eu le classement premier cru décrété au début des années 50 du siècle précédent. Après que les différents syndicats communaux aient refusés de se mettre d'accord pour définir une aire en grand cru juste avant la seconde guerre mondiale, préférant miser sur le seul nom de Meursault, la commune s'est retrouvée avec le principal coteau blanc de Côte d'Or à délimiter selon une logique excluant les classements des autres communes et avec la volonté de créer un équilibre de production entre les zones "premier cru", "village" et "régionale".

Sur un plan qualitatif Les Chevalières , les Rougeots et les Casses têtes le suivent de très près accompagnés du haut des grands Charrons et de la partie la nord ouest des Tillets. Les Chevalières sont d'une finesse et d'une élégance rare en année chaude, mais on récolte toujours un peu plus tard dans ce secteur qui est un rien plus froid à cause des vents qui proviennent de la Combe d'Auxey-Duresses.

Les zones hautes et plus froides:

A/ les zones hautes:

Certains climats se trouvent placés sur le second mouvement du coteau de Meursault qui fait une sorte de replat au dessus des premiers crus avant de reprendre une forme plus pentue. Ce replat très pierreux était souvent creusé de carrière d'extraction de pierres de tailles. Aujourd'hui les carriers ont disparu du coteau - ils subsistent non loin à Chassagne - et certaines zones d'extraction ont été comblées pour "porter" à nouveau de la vigne. Dans la zone qui prolonge ces carrières on trouve en partant depuis Puligny une partie du domaine communal planté il y a 20 ans. Ce sont les Chaumes "côté Blagny", assez hautes, très pierreuses, de maturités tardives, elles sont souvent assemblées en raison de leur jeune âge et de leurs valeurs variables selon les secteurs. Des vins frais, tendus et assez linéaires.

Ensuite se trouve un très important lieu-dit: Les Narvaux. Sol de tout premier ordre dans sa partie basse, il est capable d'égaler le Tessons à cet endroit, mais il perd de sa force au fur et à mesure de son positionnement haut sur le coteau. Très proche de l'esprit des Genevrières du haut, il n'en possède toutefois pas la puissance. C'est un vin d'une très grande longévité qui peut évoluer sur des décennies. Les murisaltiens qui en possèdent assez l'isolent systématiquement et le tienne pour un "second cru" naturel.

Faisant suite aux Gorges de Narvaux et Narvaux du milieu on trouve les Tillets et les Cloux, lieux-dits qui se ressemblent car ils sont exposés plein est sur des terres hautes remises en valeur dans l'entre deux-guerres par ceux qui parmi les vignerons possédaient un double attelage équin pour y accéder...c'est aussi cela la vraie valeur culturelle des terres! Les vins sont très fins, élégants et possèdent une distinction naturelle en année un peu chaude qui peut aller vers des sommets. Des vins souvent assez longs à se faire, tendus et possédant une énergie rare.

De l'autre côté de la route de la Montagne Saint Christophe en direction d'Auxey-Duresses, se trouvent les lieux-dits Vireuils du bas et Vireuils du dessus. Le bas est assez proche des Cloux et le dessus préfigurent déjà les terres plus hautes des Hautes Côtes et de saint Romain avec des vins plus droits et acides qu'il faut cueillir un peu plus tardivement. Si le bas est parfois isolé, le dessus participe souvent aux cuvées d'assemblage avec les crus de plaine plus bouquetés.

B/ les zones plus froides:

Sous l'influence directe de la Combe d'Auxey - et donc des vents qu'elle génère- on trouve deux lieux-dits d'excellents niveaux: Les Luchets donnent des vins assez proches des Chevalières de la partie haute, mais un rien plus froid, plus tendu et avec une très belle énergie interne. Les Meix-Chavaux sont assez vastes et la meilleure partie est sans doute le bord sud du Clos des Meix-Chavaux car elle est disposée sur un sol pierreux de laverottes qui se délitent et elle peut être aussi qualitative que les Chevalières voisinent.

Face à ces lieux-dits on trouve sur un coteau très original situé sous le pré de Manche: les Murgers de Monthelie. Les vignes regardent l'ouest, sont sous l'influence des vents de la Combe d'Auxey mais très dégagées et moins pentues que le coteau d'en face, bénéficient aussi d'une cuvette solaire assez chaude qui les fait parvenir à maturité assez vite au regard de leur situation. De nombreux Meursault "séveux" et racés naissent dans cette zone.

C /Les zones défrichées dans le courant des années 90:

En plus de la partie "Chaumes côté Blagny" toute une série de nouvelles plantations est plantée sur l'ancienne "petite montagne " de Meursault qui était autrefois une zone de friches arbustives ou la vigne n'avait pas droit de cité. Les engins modernes et la volonté de mettre en valeur ce patrimoine ont depuis permis de positionner des ceps là où autrefois ils étaient proscrits. Une étroite bande de vignes court donc désormais depuis le dessus des Goutte d'Or jusque sur le dessus des Chevalières et dans un autre secteur au Sud situé au dessus des Perrières. Ces zones "Chaumes" sont de qualités variables et ne méritent en général pas plus que l'AOC village sans nom de lieu-dit spécifique, mais le temps les fera sans doute rejoindre dans quelques années des lieux-dits plus prestigieux, contigus...ce qui sera une funeste erreur, tant ils sont en général différents des parcelles qu'ils jouxtent. Les meilleurs sont toutefois placés au dessus des Chevalières et des Tessons. Mais il faut connaître les endroits au cas par cas et pour le consommateur ce n'est pas aisé. Il est cependant certain qu'aujourd'hui la plupart de ces vins sont assemblés à d'autres cuvées.

Analyses particulières de quelques climats

Les Petits et Grands Charrons

S'il est un lieu où les murisaltiens aiment se promener par beau temps, il s'agit bien du Charron. Cette petite route rectiligne longeant le coteau des meilleurs seconds crus de la commune synthétise à elle seule l'esprit paisible de ses villageois, qui y flânent souvent en famille les jours de repos.Probable ancienne route romaine, ce modeste chemin de vigne, aujourd'hui goudronné, a de tous temps vu passer les chariots de vignerons et de marchands. À une époque où toute motricité était générée par des attelages - charraux en ancien français - ce passage obligé pour accéder aux vignes depuis le village était fort fréquenté. Une sente très ancienne - le chemin des Rougeots - le coupe en son milieu et conduit assez abruptement sur la partie haute du coteau vers le lieu-dit des Vireuils.

Le Charron est vaste et se découpe en deux entités cadastralement distinctes: le grand et le petit Charrons. Curieusement ces qualificatifs, un peu comme en Musigny, ne déterminent pas une qualité mais sont à relier à la taille des sous-climats.

Le Grands Charrons - qui accuse un pluriel assez singulier - part des Luraules pour se terminer vers les Petits Charrons au Nord, il se situe juste sous les Tessons et tout en se montrant moins pentu, plus argileux et moins pierreux, il présente une nature calcaire évidente et un rougeoiement de sa terre plus marqué selon que l'on s'élève sur la pente. Ce substrat ferrugineux marque tout le secteur et éloigne nettement ses vins des premiers crus aux terres plus blondes. Ainsi Charrons n'a que peu de lien gustatif avec la Goutte d'Or non loin car cette dernière est beaucoup plus calcaire et voit la roche affleurer en certains endroits. Nombre de domaines ont ici des cuvées toujours très soignées.

Au sein des Grands Charrons se trouve une entité de très grande qualité qui forme un Clos d'un peu moins de un hectare juste sous les Tessons du Sud. Le Château de Meursault en a fait très récemment une cuvée "monopole" qui constitue à mon sens la meilleure partie potentielle du climat. Juste sous la vigne des Tessons que j'exploite pour le domaine Buisson-Charles, je puis attester que l'endroit qui fait face au clocher du village sur une pente régulière est idéalement positionné pour générer des vins très racés.

Plus au Nord-Ouest les Petits Charrons sont également très qualitatifs et si l'on devait les distinguer des "Grands" je crois que je les verrais un rien plus fins et moins puissants. Ils annoncent sans doute déjà la nature plus fraîche et délicate des Chevalières et possèdent toujours un éclat intense des leur jeunesse.

Les Casses-Têtes

Petit cru au nom curieux, Casse-Têtes est sans doute le plus discret des magnifiques terroirs à blanc de la côte de Meursault. Au milieu du finage murisaltien, non loin des Tessons au Nord et contre le bas des Narvaux au Sud, il est divisé en petites parcelles de faibles longueurs et donc de petites tailles. Aucun propriétaire n'en possède plus de 35 ares et de ce fait sa production est rarissime. Toutefois sa régularité est rarement prise en défaut.

Au dessus de la ligne rocheuse émergente qui coupe le coteau de Meursault en deux entités haute et basse, ce lieu-dit minuscule borde les anciennes carrières d'où l'on extrayait la pierre pour bâtir les maisons de maître du village et sans aucun doute la splendide Eglise paroissiale Saint Nicolas.

"Minéral" est un terme qui le qualifie avec justesse à plus d'un titre. Son nom d'abord, qui émane probablement des efforts que les vignerons ont consenti pour casser les têtes de roches qui affleurent sur son sol très calcaire et pierreux. Sa situation ensuite, qui, à mi-pente exclusivement et sur une pente modeste surplombant dangereusement les carrières de taille lui confère une tension et une fraîcheur évoquant les notes iodées et salines des reliquats de sels minéraux qui transparaissent dans le cru. Son équilibre enfin, toujours longiligne et épuré il semble être ciselé par les couteaux des anciens carriers qui œuvraient en contre-bas.

À ce titre il est le plus proche "cousin" aromatique du grand Perrières car comme lui, il requière une longue patience pour affirmer l'ensemble de ses qualités organoleptiques et diffuser son message naturel frais et nerveux en même temps que ses arômes pénétrant de chèvrefeuille, de noisette fraîche et de fleur de tilleul.

À Saint Aubin son quasi homonyme des "Castets" semble plus souple en moyenne et surtout moins profond mais les deux termes rappellent que ces secteurs devaient être pourvoyeurs de pierres que l'on cassait pour les voies romaines non loin qui menaient de Chalon à Beaune et Autun.

Il n'est de mauvais Casse-Têtes, aussi je vous laisse le soin de les chercher avec ferveur. Sachez toutefois que la cuvée Tête de Murgers de Patrick Javiller en contient une petite proportion associée à des raisins privent d'un autre lieu-dit, les Murgers de Monthelie...qui sont évidemment sur Meursault. Un casse-tête les noms en Bourgogne? Je vous l'accorde!

Le Rougeot :

Au milieu d'un coteau orienté à l'Est, la terre chargée d'oxyde de fer se pare en superficie de reflets bruns rouges dans ce petit climat d'élite qui sans aucun doute, est l'un des plus complets de la commune de Meursault.

Secteur triangulaire encadré par les Chevalières et les Tessons, il se situe à mi coteau sur une pente assez forte qui fait face à la butte sur laquelle repose le bourg historique. Il participe à la beauté des lieux grâce à son clos de pierres taillées et sa maison de quatre heures qui sur deux étages fait exactement face au clocher de l'Eglise Saint Nicolas.

Petit, le Rougeot n'en possède pas moins trois secteurs distincts qui selon leurs emplacements sont sous l'influence des climats qu'ils jouxtent.

Le clos proprement dit - qui a longtemps inclus quelques pinots - se place sous l'égide morpho-geologique du Tessons voisin et cousine largement avec lui. Ancienne propriété Sarraut il est aujourd'hui - très curieusement non revendiqué ou très rarement par les négociants Verget et Deux Montille - et il enrichit quelques cuvées négociantes beaunoises. Ce vrai Clos est pourtant sans aucun doute possible l'entité blanche entièrement ceinte de mur la plus qualitative de la commune après le Clos des Perrières! Terres rougeoyantes et ferrugineuses, chargées en oxyde de fer mêlée de calcaire, le substratum est très qualitatif.

Juste en dessous de lui, en forme de triangle, la partie basse est moins pentue, un peu plus argileuse et plantée selon un triangle presque parfait dans le sens Est Ouest. Le domaine Coche produit ici un cru de haut vol un rien plus chaleureux et précoce que les parcelles hautes et en ce sens il évoque la nature du merveilleux petit Clos des Grands Charrons du Château de Meursault. "Le" vin du lieu dit, celui qui en a décuplé la notoriété.

Enfin contre le Clos, sur le même étage que lui et en direction des Chevalières trois propriétaires se partagent exactement un petit hectare idéal fait de petites laves qui se délitent etplus sous influence des vents de la combe d'Auxey, égale la race et la finesse des meilleurs Chevalières. Le domaine Potinet-Ampeau isole ici un vin qui vieillit parfaitement.

Son nom provient vraisemblablement de la couleur de son sol car la théorie consistant à l'associer à la maladie de Brenner ( ou Rougeot parasitaire ) ne tient pas. En effet celle-ci a été nommée ainsi bien après l'apparition du nom du lieu-dit.

Les Narvaux:

  Parmi les climats non classés "premier cru" de Meursault, celui de Narvaux est probablement le plus complexe. Au dessus des Genevrières et Bouchères, il se prolonge jusqu'aux roches escarpées qui coiffent le coteau. Son préfixe "Nar" évoque une situation haute, sombre et ombragée , quand le terme de "Vaux" rappelle une petite vallée sèche, un peu à la façon chablisienne. Ainsi, placé au dessus du secteur des carrières qui ont été exploitées sur le coteau jusque dans le courant du 20ieme siècle, il fait figure de climat frais, pentu et caillouteux et affirme une nature murisaltienne très séduisante.

  Situé dans la partie haute Sud du finage de Meursault le cru présente au moins trois climats distincts qui possèdent des caractères singuliers:

  Le meilleur est sans doute celui des Narvaux du bas - cadastré Narvaux Dessous - qui sans aucun doute a été le premier mis en culture et surtout qui à lui seul porte la forte notoriété que le crus possède dans le village. Idéalement situé au dessus de Genevrières et Poruzots, sa pente assez forte et son substrat calcaire prononcé en font un quasi premier cru qui a cet endroit égale le Tessons. Très murisaltien en ce qu'il combine douceur de texture, fraîcheur et subtile élégance, ce cru bouqueté et fin aime la durée pour se révéler et séduit par son allonge remarquable. Il aime les années précoces mais sait montrer en année tardive une lumineuse tension interne.

  Au dessus de lui au Nord se trouve les Gorges de Narvaux, qui sous l'influence morpho-géologique des roches du Mont Melian et des arbres résineux qui le coiffent est plus tardif et ne possède pas toute l'envergure de la partie basse. Mais ne le négligez pas toutefois, car il est fort capable de séduire les palais appréciant les vins nerveux et étirés sur des finales plus salines. Un autre grain, une autre expression une question de style lié à l'équilibre. On notera dans ce secteur une curieuse vigne plantée en terrasses comme on le fait dans les Hautes Côtes parfois. Sans doute le point haut de l'appellation Meursault.

  Les Narvaux Dessus situés au Sud des Gorges de Narvaux mêlent les caractères des deux autres sous lieux-dits et me paraissent également assez proches des Tillets pour leur corps svelte et leurs récurrents arômes d'agrumes sanguines et en particulier de mandarine.

N'oublions pas que les deux secteurs les plus élevés des Narvaux furent longtemps parsemés de topes non cultivées, de petites vignes de raisins ordinaires destinés à la consommation journalière - blanche et rouge - des vignerons et de nombreux Murgers de pierre dont il subsiste encore quelques exemples. Cet ensemble formait donc un paysage hétérogène ou de nombreux petits exploitants possédaient un pré-carré. Aujourd'hui entre cabottes, Murgers, sentiers d'accès et arbustes , les formes de cette "petite montagne" qui englobe les zones non plantées des " Chaumes de Narvaux" constitue un lieu extrêmement paisible, isolé et agréable...

Le Limozin

Parmi les climats disposés en coteau, il en est quelques uns qui laissent émerger une source naturelle. Utile, cette résurgence de pied de coteau fut utilisée de temps immémoriaux pour créer un lavoir encore à l'heure actuelle extrêmement bien entretenu par les respectueux villageois de Meursault qui l'utilisèrent jusque dans l'entre deux guerres.

Celui-ci, assez retiré des habitations voyait les ménagères venir à lui au matin calme par le chemin de Puligny. Une autre époque, un autre moyen de transpirer et de pratiquer l'exercice physique, et assurément pas moins bon que les salles de sport pleines de microbes!

Ce petit écoulement naturel rendait les environs quelque peu fangeux, cela transparaît dans le nom de sa terre si l'on considère la racine latine du mot "Limas" qui signifie "boueux" et qui par extension a fini par donner le nom de Limosin ou Limozin au fil des siècles.

Cette terre est composée de deux entités aujourd'hui. La partie basse, à l'Est de la source, forme une petite butte à pente Sud-Nord qui verse au septentrion, elle est depuis les années 1950 classée en Bourgogne blanc et a pris le nom de " Murgers de Limozin". Un endroit de haute qualité qui permet aux vins de préserver une tension remarquable en donnant des vins forts proches des Meursault.

Au dessus du Lavoir, entre Poruzots, Genevrières, Charmes et Buisson-Certaut le Meursault Limozin se demande un peu pourquoi il n'a pas été classé en premier cru. Tout - ou presque - sur le plan morpho-grologique le prédisposait à devenir un premier cru dans les années 50, sauf que les vignerons de la commune ne l'ont sans doute jamais considéré à ce rang.

Pourquoi me direz vous? Eh bien sans doute en raison de son sol un rien trop argileux dans la partie basse, et puis aussi car la partie médiane en forme de cuvette n'a pas la classe des parties sises juste sous le collecteur d'eau des Genevrières et surtout de celles du bord Nord qui touche le Porusots. Plantées sur un axe Nord-Sud les meilleures parcelles de ce climat sur le bord Sud ont à cet endroit la densité des Charmes du milieu et sont certainement aussi bien exposées que les Charmes du dessous. En allant vers les bas de Porusots et les Crotots, le vin gagne en puissance ce qu'il perd en élégance mais possède une complexité qui égale souvent celles des Genevrières du bas. En ces endroits Limozin est un premier cru naturel je crois. Pour tous les amateurs il constitue donc toujours une excellente affaire.

Archétype du Meursault, profond, vineux et concentré, Limozin est un vin de sève qui immanquablement évoque la noisette fraîche et les fruits jaunes sur un corps svelte et des matières dynamiques. Il accompagne à merveille le foie gras ou les poissons de rivière...un must!.

Meursault Les Chevalières

Le nom est joli et évoque dans nos imaginaires une situation haute sur le coteau, un carré de vignes "chevauchant" en quelque sorte le village mais il provient plus sûrement de la présence d'équidés qui pouvaient y paître au Moyen Âge ou de chevaux empruntant la voix romaine qui passait à ses pieds allant des Chevalières aux Charrons et d'Autun à Chalon.

Sous l'influence légère des vents d'Ouest venant de la Combe d'Auxey-Duresses ce secteur part de la base du coteau murisaltien pour s'élever jusqu'aux Vireuils en longeant les bords sud du Clos des Meix-Chavaux et des Luchets et le Nord des Petits Charrons et Rougeots.

Terre mixte très caillouteuse en partie haute et plus argileuse dans sa zone basse, elle autorise la production de vins extrêmements délicats et parfumés qui ont un caractère murisaltien affirmé sur près de 9 hectares.

Il est d'usage de dissocier les parties hautes des parties basses en accordant plus d'éclat aux premières. Toutefois à la dégustation ces différences ne sont pas toujours très évidentes, d'autant que certains domaines ont des parcelles dans les deux secteurs et les assemblent.

Ces dernières années ont été très favorables à la qualité de ce terroir frais en raison de la précocité des millésimes et d'un cycle de réchauffement climatique évident. Les bouteilles ont de ce fait très souvent la stature d'un joli premier cru et si les vins atteignent des prix élevés, ils ne sont pas encore équivalents à ceux des premiers crus. Une excellente affaire donc.

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault - 2017

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Cartes Pitiot-Servant

 

Comprendre les vins de Meursault - Partie 1: Les Meursault "Village"
Comprendre les vins de Meursault - Partie 1: Les Meursault "Village"
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Publié dans Meursault

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