Des hommes et une terre: Le Meursault-Poruzot

Publié le par Patrick Essa

Des hommes et une terre: Le Meursault-Poruzot
Des hommes et une terre: Le Meursault-Poruzot

Le Poruzot ou Les Poruzots ou Porusots

 

  Les vocables qui désignent la pierre sont nombreux en Bourgogne, terre de carriers. Des Cras aux Crais en passant par Caillerets ou Perrières, Le cailloux transparait dans ces noms divers qui évoquent Le sol superficiel que le vigneron observait lors de son labeur.

   Ce trait de caractère descriptif et évocateur n’a pour autant jamais eu de lien avec la nature des vins qui en étaient issu. Il ne serait venu à personne l’idée que la pierre pouvait transparaître dans les arômes que l’on considérait comme typique de ces lieux. Cette vision romantique destinée à relier le liquide au solide n’a aucune valeur à l’aune du passé des vins de Bourgogne.

    En fait, plus logiquement, l’œil déterminait le nom d’un lieu pour découper les lopins de terre exploités sur les coteaux, non la singularité observée du vin qui en était issu. Un sens aigu de l’observation permettait alors de valider l’idée que ces « Porroux » (climat que l’on retrouve à Morey) devenus par extension Poruzots - terres pierreuses - étaient aptes à porter ce cépage chardonnay que l’on provignait avec difficultés tant les sols résistaient à la pioche qui tentait de les ouvrir.

   Ainsi comme  partout en Bourgogne ne cherchez pas dans ces étymologies les résurgences calcaires de minéraux désagrégés, point de « vin de cailloux » ou de « cœur aromatique » d’éclats de silex, simplement des bras qui peinaient à domestiquer ce sol maigre et dur, idéal pour que le plant produise de manière mesurée sur des équilibres conférant une réelle stabilité gustative au Cru. Une simple et si évidente vision de cultivateur soucieux de pérenniser son travail. 

  Ce  Cru de Poruzots fut longtemps - avant les appellations d’origine - associés par extension aux plus prestigieux et connus Goutte d’Or ou Genevrières voisins, mais quelques fois revendiqués sous son nom il était alors la plupart du temps issu des parcelles des Dessus, les plus prisées de temps immémoriaux.

     Durant tout le moyen-âge les plants de blancs furent ici provignés par un marcottage incluant le non greffage et les espacements étroits et anarchiques. Ce cépage blanc ancien et peu déterminé et stable à l’origine, évolua au fil du temps vers une parfaite adaptation aux terres du secteur et s’imposa comme le seul permettant de produire des blancs destinés à la garde et aux très longs élevages, plus encore que le vin vermeil qui présidait alors dans les rouges et qui se voulait plus immédiatement spirituel et accessible et embouteillé de ce fait plus tôt que les blancs.

En fait il est notable d’observer qu’avant le greffage le plant de chardonnay a connu ici sa mutation génétique, qu’il a en quelque sorte été façonné par le secteur et que sa période végétative - son cycle de pousse -  fût déterminée sur ces terres par le climat de la Côte des blancs et plus encore celui du maconnais. Les vieux plants de chardonnays qui subsistent encore à Meursault en attestent car ils ressemblent bien peu aux clones que les pépiniéristes vendent aujourd’hui et qui trop souvent se montrent plus variétaux et très, trop, exubérant.

   Si le premier cru Poruzot n'est pas le plus connu, encore moins le plus réputé de Meursault, sa qualité est pourtant bien réelle. Positionné entre les Bouchères ( Bouches-Chères) et les Genevrières il occupe une zone de plein coteau argilo-calcaire, idéalement exposée vers l'Est. Son sol brun assez clair, rougeoyant en certaines zones élevées, caillouteux et parfaitement drainés, marque les vins du côté de la densité et de la tension, c'est un climat qui évoque nettement l’imaginaire et la nature très classique que l'on associe aux vins de Meursault. Plus encore peut être que les Charmes qui sont plus disparates. 

  Il souffre quand même d'un certain manque d'unité et si la partie haute est tout à fait digne des meilleurs Genevrières du dessus, les zones médianes et basses ne participent pas tout à fait de cette haute qualité. Sans démériter, la partie "dessous" qui est séparée du "dessus" par le chemin qui mène à Puligny est moins inclinée et marquée par un substrat un peu plus sombre, moins caillouteux et plus argileux. Les vins y sont un rien plus lourds et immédiats mais n'ont pas l'ultime raffinement des "Grands Poruzots" qui prolongent les Genevrières dessus jusqu'aux Bouches-Chères. La zone intermédiaire placée sous les Bouchères sur une fin de coteau assez étroite peut se révéler très qualitative mais ressemble plus fortement à la Goutte d'Or voisine sans en avoir toute la puissance.

   Son nom, peut-être  moins élégant et la petite surface de ce premier cru en font souvent un vin méconnu et une bouteille discrète et encore souvent accessible. J'aime sa nature énergique et son grain fin et aérien qui le situe parmi les plus vifs et salins de la Côte des blancs et ses subtils arômes mentholés sont souvent envoûtant. Recherchez le.

 

Patrick Essa - 2018

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