Corton Perrières, Corton Grèves, Corton Clos des Fiètres

Publié le par Patrick Essa

Corton Perrières, Corton Grèves, Corton Clos des Fiètres
Corton Perrières, Corton Grèves, Corton Clos des Fiètres

Corton Perrières, Corton Grèves, Corton Clos des Fiètres 

 

  Parmi les légendes colportées sans fondement dans le monde du vin, l’improbable austérité constitutive des Corton me paraît être largement erronée, tant celle-ci est le plus souvent à associer aux dates de récolte et aux manières de vinifier dont usent les producteurs pour élaborer leurs vins. Ainsi Corton serait un vin dur et long à se faire ayant de manière concomitante une longévité proverbiale. Comme si une austérité initiale signifiait une maturation sous verre longue et idéale! Évidemment cela est parfaitement naïf et surtout faux car Corton est vaste et multiple et car pas un de ses climats ne semblent avoir la même manière de s’exprimer. 

    Ainsi Perrières qui encadre une ancienne et importante carrière de marbre n’est il pas plus représentatif de la dureté de son substrat que Grèves le voisin n’est un cru militant. Ses associations sols-caractères sont d’ailleurs l’un des écueils majeurs à la compréhension des crus de ce coteau car comme ailleurs le vin vinifié est surtout singularisé par la manière dont la viticulture est menée. En effet les équilibres gustatifs dépendent plus de la réalité analytique des fruits récoltés et par suite de la manière de l’obtenir selon les « disciplines » culturales envisagées. Bien entendu le sol répond aux exigences de celui qui le cultive et sans doute à t’il en lui une part non négligeable de l’identité possible du vin. Ainsi il en edt en quelque sorte l’ADN mais aucunement son géniteur. 

   Aujourd’hui la carrière des Perrières est devenue la formidable cuverie de Grancey appartenant à la maison Latour, principale propriétaire de ce formidable coteau de Corton. Pensée sans ostentation dans le courant du 19 ième siècle par le marquis de Jean Gabriel de Cordoüe, achevée en 1834, elle incluait alors les solutions techniques les plus en avance de leurs temps, celles-ci étant d’ailleurs à bien des égares plus exigeantes que celles des nôtres car les raisins des vendanges étaient évidemment moins susceptibles d’être refroidis ou pompés sans climatiseur et sans électricité!  Sa conception selon plusieurs niveaux - imaginez cinq étages différents! - acheminant les raisins en wagonnets dans les cuves par le haut puis faisant descendre par gravité les moûts et vins avant de les élever et les mettre en bouteille,  est encore aujourd’hui un modèle qui doit nous conduire à réfléchir aux solutions les plus efficaces et simples à mettre en œuvre car ce sont toujours celles-ci qui sont les plus respectueuses de la matière première et de sa « mise en œuvre ». En plein phylloxera les Latour rachètent ainsi ces Vignes - dont les Perrières et les Grèves - à la toute fin du 19 ième siècle au Comte de Grancey qui avait épousé la fille du Marquis de Cordoüe, Eugénie en 1839. Respectueuse elle créera des années plus tard, une fois le vignoble parfaitement reconstitué, la fameuse cuvée d’assemblage de Corton-Grancey, en grande partie faites des anciennes vignes du Comte. 

 

 Le Corton Grèves est de taille restreinte puisqu’il mesure 2ha 31a 69ca. Seuls quatre producteurs exploitent les lieux mais la maison Latour ne l’isole pas car la cuvée entre entièrement dans le Corton-Grancey et les Hospices de Beaune assemblent leur parcelle dans la cuvée du « Docteur Peste ». La maison Jadot et le domaine des Croix depuis quelques millésimes produisent sur ce sol maigre, caillouteux et assez peu argileux au plan superficiel des vins assez fins- surtout le second-  et plutôt construits sur l’élégance. En fait dans un registre assez éloigné de cette fameuse image du Corton rude. 

   Je le rapproche souvent des « Bressandes » voisines et bizarrement plus que du grain de texture des Perrières qui est pourtant situé sur le même étage que lui au Sud et au dessus de lui à l’Ouest. C’est un vin rare et méconnu qui vous surprendra  je crois par sa race formelle. Son nom trouve un écho à Beaune dans un climat qui n’est que premier cru mais qui curieusement est beaucoup plus célèbre que lui. Évidemment le nom de Grèves n’est pas une extrapolation d’une révolte vigneronne mais plus simplement un lien proche  de sa nature graveleuse et grénue.

 

 

Le Corton-Perrières mesure près de 10 ha mais se partage en deux zones distinctes qui sans aucun doute typent fortement son expression. Ce climat caillouteux qui enchâsse la cuverie  de Grancey comporte donc en sa partie haute un sol maigre, brun clair, peu argileux où les plants ont tendance à souffrir ce qui naturellement les poussent à produire peu. De ce fait il mûrit assez précocement et se montre d’une maturité affirmée lorsqu’il n’est pas récolté trop précocement et son grain de texture toujours souple en font un des vins les plus délicatement fins du secteur. 

Une seconde zone se trouvent au Sud de la cuverie de Grancey et sur une pente douce inclinée au levant et ayant des terres un peu plus profondes donnent des vins plus corsés Plusieurs producteurs en tirent un vin de haut niveau et vous trouverez de splendides vins au domaine Meuneveaux ou très récemment vinifiés par  Lorraine Senard du domaine Comte Senard. 

   

  Le Corton Clos des Fiètres est sans aucun doute le plus méconnu de tous les vins de la colline. Sa taille minuscule - 1,10 ha - et le fait qu’il soit pour partie inclus dans la cuvée « Charlotte Dumay » des Hospices de Beaune en font un vin très difficile à trouver. 

  Touchant le village et faisant suite au coteau des Perrières avec une inclinaison légèrement Sud il est constitué en fait d’une terre assez riche qui autrefois a dû servir de cimetières car le terme Fiètre provient de l’ancien français « Fiertre » signifiant « Châsse ». On a par ailleurs découvert ici comme aux Cras à Meursault trois sarcophages carolingiens. 

   Quelques domaines le produisent avec constance sur de petites parcelles. Le premier d’entre eux est la maison appartenant au très grand groupe Picard « au Pied du Mont Chauve », les deux autres étant situés à Meursault, le domaine Vincent Bouzereau et le domaine Fouquerand qui le déclinent en blanc et en rouge. Sa nature mixte autorise de très beaux vins dans les deux couleurs. 

  

Patrick Essa - 2018

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