Des hommes et une terre: Blagny sur Meursault et Puligny

Publié le par Patrick Essa

Des hommes et une terre: Blagny sur Meursault et Puligny

Blagny

 

   Dans l’organisation morpho-géologique des Côtes de Beaune et de Nuits les pentes semblent toutes s’élever depuis la plaine pour monter de manière plus ou moins abruptes vers les parties sommitales des coteaux. A Meursault il semble toutefois que le Nord de la Côte des blancs possède une sorte de double mouvements articulant deux zones de pentes entrecoupées d’une barre rocheuse et de quelques zones arbustives. Ces lieux intermédiaires virent  naguère des carrières qui étaient aussi actives que la viticulture et qui modelèrent nettement la forme des cultures actuelles. Ainsi les Perrières/carrières du Sud murisaltien posées sur une butte naturelle - Le Dos d’âne -  proéminente, laissent derrière elles poindre un coteau naturel plus élevé reposant sur un substrat de l’oxfordien. 

 

    L’abbaye de Maizieres a élevé dans le courant du douzième siècle, au cœur de ce secteur, une grange servant de cellier aux bras séculiers et réguliers qu’elle asservissait. Comme dans toute la Bourgogne la propriété monastique a ici façonné les biens et les habitations en mettant en culture des terres constituant des rapports terrestres importants. Il faut toutefois attendre le XIIe siècle pour trouver la première mention de vignes. L’abbaye cistercienne fondée en 1125 à quelques kilomètres plus au Sud sur la commune de Saint-Loup-Géanges reçoit en 1184 le domaine de Blagny des mains du chapitre cathédral de Langres. La charte de donation stipule que les cisterciennes récupèrent l’intégralité des droits sur les « habitants, vignes, bois, eaux, terres cultivées et incultes » de la « Villa de Blagny ». La grange qu’elles y installent deviendra au cours du XIIIe siècle une des plus importantes ressources en vin pour l’abbaye de Maizières. Les guerres de Religion de la fin du XVIe siècle engendrent d’importants dégâts au domaine de Blagny devenu une métairie. Confié par bail à des exploitants locaux, l’ensemble reste rattaché à l’abbaye cistercienne jusqu’à la Révolution. Le domaine sera vendu comme Bien National avant d’être racheté en 1811 par la famille des propriétaires actuels. De l’époque médiévale, il subsiste les corps de bâtiments du logis, la grange ainsi que la chapelle Saint-Denis, construite au XVe s.

 

  Le nom de Blagny est une probable évolution lexicale du nom de Belenos, Dieu païen du soleil et de la santé, révéré par les gaulois qui seraient également à l’origine du nom de Beaune. Des débris antiques de tuiles gallo-romaines découvertes au lieu-dit « Les Ravelles » semblent corroborer ce fait mais il n’est pas certain que ces habitations puissent indiquer que ces lieux étaient cultivés et plantés de vignes. En effet à cette époque la vigne courtisaient beaucoup plus largement la plaine et les endroits faciles d’accès pour permette une culture en forme de pergola. 

 

   Situé sur la commune de Puligny-Montrachet le petit hameau de Blagny voit son vignoble chevaucher à parts quasiment égales les finages de Meursault au Nord et de Puligny au Sud. Sa superficie est de 25 ha sur la commune de Meursault, dont 23 ha classés en premier cru, et de 29 ha sur la commune de Puligny-Montrachet, dont 21 ha classés en premier cru. Soit un total de 54 ha dont 44 ha classés en premier cru. 

   L’analyse factuelle de ce petit vignoble d’altitude - jusqu’à 380 mètres, ce qui est très élevé en ce secteur, ne rend pas grâce à sa spécificité tant les lieux semblent appartenir au passé et à la discrétion d’une histoire immuable qui a toujours mis dans l’ombre la qualité pourtant bien réelle de l’ensemble de ses sols. Meursault positionne son nom après le sien sur l’ensemble de ses premiers crus blancs en un Meursault-Blagny fédérateur qui ne rend pas compte des diverses origines dont il est issu. Puligny, fait mieux, et ne le conserve que pour ses rouges en effaçant même son propre patronyme, ainsi il devient Blagny sans « Puligny » lorsqu’il est issu du pinot noir. En fait on pourrait écrire à bon droit que le rouge de Puligny-Montrachet s’appelle Blagny en dehors d’une ouvrée subsistant dans le Cailleret de Chartron. Mais ce Blagny rouge devient si rare avec l’évolution du vignoble qu’il ne va pas tarder à devenir une véritable légende. Une funeste erreur je crois. 

  On le constate comme dans toute la Bourgogne, les hommes, les décrets et les orientations du commerce influent nettement sur la terre et le potentiel supposé qu’elle devrait avoir. 

   

   Pourtant il apparaît évident que les secteurs de Blagny qui voient le calcaire dur de Comblanchien resurgir sur ces hautes pentes ont le potentiel de générer parmi les crus les plus originaux et complexes du beaunois, où ils n’ont à l’évidence aucun équivalent tant en blanc qu’en rouge .

  Pourquoi?

  Pour tenter de comprendre cette terre altière il faut imaginer qu’un drône le survolant aurait fort à faire pour savoir où cette entité démarre et s’arrête et où les cépages blancs pourraient à bon droit remplacer la terre naturellement dévolue au pinot que cet ensemble argilo-calacaire de l’oxfordien présente. 

  Les anciens voyaient en lui un vin rouge vineux et profond qu’il fallait récolter une bonne semaine après les crus situés sous lui pour profiter de son expression énergique en même temps que dense et centrée sur les fruits noirs. 

 

   Essayons d’isoler ses divers secteurs:

 

  Au Sud Puligny porte donc de rares Blagny rouges qui proviennent des secteurs élevés  du Trezin - en appellation village - où du climat de « Sous le Puits » qui lui est en premier cru. Certains îlots colonisent les parties argileuses des autre Crus mais ils sont - nous en avons parlé plus haut - de plus en plus rares. Ces rouges sont assez fins et délicats en années chaudes mais souffrent parfois d’un déficit de température et de maturité en se révélant un peu austères.

   Le cas des blancs situés sur le finage de Puligny est très différent car ce sont des crus élevés ayant une vraie personnalité de crus vifs et frais pouvant développer une belle richesse de constitution mais sans toutefois aller vers la classe naturelle des crus situés à l’étage en dessous.  Le meilleur d’entre eux me paraît être le toujours extrêmement élégant et raffiné « Chalumeaux » qui dans le prolongement du Champ Canet, en fait juste au dessus de lui, livre très souvent le meilleur des Blagny en ce sens qu’il a une densité et un niveau de maturité régulièrement supérieur qui lui confère grâce à un sol pierreux et une altitude médiane, une profondeur qui le rapproche des parties médianes des Folatières. 

  Le « Hameau de Blagny » forme lui une bande assez homogène située en dessous  de « sous le Puits » et sa tension interne affirmée le rapproche un peu des Dents de Chiens de Saint Aubin avec sans doute un peu plus de finesse et moins de puissance. Il intègre un sous lieu-dit proche des maisons se nommant la Truffière qui lui ressemble beaucoup avec un peu plus de richesse. C’est un ensemble qui a plutôt le caractère d’un bon village d’altitude comme peuvent l’être les Chevalières et les Tessons à Meursault mais qui est assez loin de valoir les Chalumeaux. 

   Dans le prolongement de Truffière le « Champs Gains » de Blagny est un Puligny nerveux et droit qui aime être récolté à juste maturité pour livrer sa partition pure et ses arômes de fleurs blanches finement salins en finale. Ce cru assez étendu est lui aussi plus proche du niveau d’un joli village que d’un cru ayant un standing de premier. Il n’a pas la profondeur des  Chalumeaux mais est sans aucun doute plus dense que le climat de « Garenne » qui est situé juste au dessus de lui. Il ne faut surtout pas le confondre avec le « Clos de la Garenne » qui en deux parties forme une épaule au dessus de la carrière située au dessus du Clos de la Mouchère dans les Perrières de Puligny....il faut suivre! 

  Sous le Puits - qui est un premier cru - et Trezin sont deux « villages » - et sans doute plus « seconds crus » naturels - placés haut sur le coteau et un peu frais. Récoltés plus tardivement ils donnent des vins élégants qui ont en plus un caractère de vins de Combe, soit une nervosité affirmée. Ce sont des crus qui s’ils n’ont pas les faveurs des grands amateurs peuvent se montrer étonnant en années chaudes. Ils sont de ce fait très à l’aise ces dernières années. Mais le petit cru des Murgers des Dents de Chiens sur Saint Aubin leur est au moins égal et même  parfois supérieur, il est situé non loin en contre-bas. 

 

  Sur le finage de Meursault il apparaît que tout soit quasiment classé  en premier cru et avouons le cela est un peu généreux car si les meilleurs secteurs sont extraordinaires et très singuliers, certains parties méritent plus d’être située au niveau de  « villages/seconds crus ».  Il s’agit du cas des « Ravelles » qui très élevées sont situées au dessus de la Jeunelotte. Un endroit frais, pierreux et qui mûrit tardivement pour donner des vins assez fins qui manquent un peu de densité à ce niveau. Le cas des « Sous le Dos d’âne » est un peu différent car situé sous « La pièce sous le Bois » et sous le « Dos d’âne » des Perrières il se situe dans une zone incurvée et plus argileuse qui voit les vents s’engouffrer dans une sorte d’étroit goulot d’étranglement ou la terre peut raviner fortement et où il est bien difficile de la retenir. Le vin ne ressemble en rien aux Meursault qu’il jouxte car il n’en n’a ni la tension ni l’extrême finesse. Un bon village à mon sens, assez éloigné des meilleurs Meursault de ce niveau que sont Tessons, Chevalières ou Limozin. 

 

   Au dessus de « Sous le Dos d’Ane »se trouve le meilleur cru du secteur pour les vins rouges, le formidable « La pièce sous le bois » qui peut générer des crus de pinot Impressionnants de finesse et de profondeur. Ce sont des vins qui vieillissent admirablement et qui ne ressemblent en rien aux autres crus du beaunois. Imaginez plutôt les parties hautes de Chambolle ou de Vosne et vous comprendrez aisément le potentiel incroyable des lieux. Un vrai grand premier cru qui a en plus la particularité de donner des blancs de premier ordre dans les parties hautes mais dans un registre plus salin et iodé que ce que le rouge pourrait laisser penser. Leur caractère n’a toutefois pas la puissance et la vinosité naturelle des autres premières crus de Meursault. 

  La « Jeunelotte » est un ancien Clos qui part des maisons de Blagny pour former une cuvette inclinée dans le sens Ouest-Est assez argileuse, qui trouve une meilleure expression en pinot. Elle n’a pas la densité de « la pièce sous le bois » mais mérite son statut de premier pour la charpente qu’elle autorise aux pinots et pour sa capacité à vieillir avec grâce. Les blancs sont ici un rien moins convaincants même s’ils ne manquent pas de race. 

 

Ecrit par Patrick Essa - 2018

Reproduction interdite 

 

 

 

Des hommes et une terre: Blagny sur Meursault et Puligny
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