Journal du millésime 2019 - Avril

Publié le par Patrick Essa

Textes écrits sans aucune « retouche » au fil des jours de la saison 2019

 

26 Mars - Journal du millésime 2019 (1)

La saison est prête à démarrer. 
   Les chiffres font immédiatement penser aux années très précoces qu’ont été 07,11,18. Des années qui par ailleurs ne se ressemblent pas du tout car 2007 avait des niveaux d’acidité étonnants en blanc alors que les rouges en ont cruellement manqués, 2011 fut très précoce et peu alcoologène et les rouges ont été entachés souvent de faux goûts de pyrazine et sont peu intéressants, 2018 est une année bénie des Dieu, à tous les niveaux.
   On observe surtout une faiblesse marquée des chutes de pluie en raison d’un mois  de Février très solaire. Cependant nous avons du vent et les nuits sont fraîches. Le débourrement est de ce fait différé aux prochaines pluies et à la prochaine période de douceur. 
   Vraisemblablement autour du 10 Avril la majeure partie des vignes verront des feuilles « pointer », plus tôt dans les jeunes plants et les zones humides et/ou solaires.
   La météo a longue vue n’annonce pas de grands froids jusqu’au 25 Avril et peu de pluie.  Une partie de la saison se jouera donc entre le 25/04 et le 15/05...comme presque tous les ans en fait!
   Optimisme de mise pour moi.

 

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2 Avril - Journal du millésime 2019 (2)

Éolienne oui. Le feu dans la lande non. 

   Bon, on nous annonce -2 Jeudi dans la nuit. Mais franchement je ne crois pas un instant à la gelée de grande envergure. On va avoir quelque bourres « friées » c’est certain. Mais avant l’ebourgeonnage rien de bien méchant. 
On nous annonce ensuite un Avril assez frais et sans gelées.
   Je ne suis pas devin mais je reste serein. Eh oui nous travaillons avec le climat. On ne peut toujours invoquer son côté aléatoire.
   Nous avons modestement contribué - avec d’autres -  à l’achat d’une éolienne pour protéger le bas des Coutures - nos Bourgogne  rouges - mais nous ne participerons pas à l’allumage de bottes de paille qui nous paraissent aussi excessives qu’inutiles.

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3 Avril - Journal du millésime 2019 (2 bis)

En mode « devin optimiste »  je verrais bien cela comme échéancier de la vigne en 2019

Premières feuilles le 10 Avril floraison le 5 Juin, vendanges le 15 Septembre 

  Sinon on annonce -1/-2 cette nuit...mais pour moi il n’y a rien de gravissime à cette époque.  Je vous le dis je suis optimiste. On ne gèle pas les années de vent. Depuis trente ans que je tiens mon éphéméride, je n’ai jamais observé cela.

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6 Avril - Journal du Millésime 2019 (3)

Précocité?

   Selon mon éphéméride et les annotations  complétées de photos, Voici le stade où se trouvait la vigne en 2012 le même jour. 
  Nous avions fini par récolter à la mi Septembre après avoir essuyé la grêle à la fin de Juillet. 
   2003, 2007 et 2011 étaient plus précoces au niveau du débourrement...mais aucune de ces quatre années n’a connu une cinétique similaire. 
   Les cépages se caractérisent par des » périodes végétatives » assez stables à partir du moment où le débourrement est lancé.
  A ce titre le pinot a une cinétique plus courte de quelques jours car il débourre en général un peu après le chardonnay pour parvenir à complète maturité un peu plus précocement. Raison pour laquelle dans les pays de blancs les zones gélives sont - plutôt étaient  -  complantées de pinots. 
   Il est d’ailleurs assez notable de constater que le gel est indifférent aux réchauffements constatés ces dernières années. Il frappe toujours aux mêmes endroits et ne se laisse véritablement juguler par aucune techniques. 
   Nous entrerons en lune rousse le cinq Mai pour 29 jours jusqu’au 2 Juin, elle intègrera  les fameux Saint de glace - 11/12/13 Mai - qui signalent empiriquement  la fin des risques liés au gel. 
   Cette année je le redis, à moins d’un début de Mai catastrophique aux premiers moments de la Lune Rousse nous ne gèlerons pas.

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9 Avril - Journal du Millésime 2019 (4)

Les choses sérieuses commencent...

  A Meursault après  une première petite « alerte gelée » il y a une semaine, la vraie crainte - que je pensais  éviter selon les météos à quinze jours - arrive beaucoup plus sérieusement ce WE. -2 annoncé avec -4 près du sol dans les zones gélives et des bourgeons cette fois suffisamment avancés pour griller à la moindre luminosité. 
   Hors Lundi est annoncé très clair dès les premières lueurs.
  Gardons notre calme et observons que tant qu’il n’y a pas gelée il ne sert à rien de partir en atermoiements excessifs. Je n’allumerai pas d’avantage les bottes de paille. Et accepterai stoïquement  que la nature ne nous fasse pas « gagner » trois années de suite. 
  On observera aussi que le stade moyen d’avancée du vignoble n’est pas si précoce que cela au regard des 8 derniers millésimes. Certes eux, en moyenne, en avance si l’on se base sur cent ans de mesures.

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25 Avril - Journal du millésime 2019 (5)

   Il semble désormais acquis que les gelées les plus fortes ont eu lieu lors de la nuit du 5 Avril dans les parcelles historiquement gélives et lorsque leur pousse était avancée. Ce qui était dans le coton a en général résisté même s’il y a de ci de là des pertes à observer.
  Dans l’ensemble toutefois les vignes ont bien résisté et tout cela pourra être compensé par un ébourgeonnage attentif et plus mesuré dans les secteurs touchés.
   L’année suit un rythme « normal » mais il faut être prudent car 2018 était également partie ainsi et le temps qui a suivi en avait fait une année précoce. 
  Pour l’instant nous observons de 1 à quatre feuilles sur les jeunes pousses de chardonnay et des feuilles qui sortent en pinots. Nous devrions traiter au cours de la seconde  semaine de Mai avec un peu de soufre et de faibles doses de cuivre.

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28 Avril - Le Gel du 5 Avril: 4 semaines après, que constatons nous dans les vignes du domaine Buisson-Charles?

   Nous n’avons pas protégé nos vignes des gelées, en disposant par exemple des bougies de paraffine.  
   Évidemment  avec une température négative pendant plus de 8 heures elles ont souffert.
  Le sol et le végétal étaient ce 5 Avril humides et la température a atteint -3,5 degrés au sol vers 6 heures du matin. Il en a résulté une forte crainte mais également le sentiment que dans les zones historiquement gélives c’est un des aléas climatiques qui arrive avec une certaine rémanence. Plus fort sans doute depuis 2016, mais finalement en dehors de ce millésime moins meurtrier que prévu.
  Pour bien expliquer ce qui s’est véritablement passé au domaine Buisson-Charles, voici les photos de la vigne que nous cultivons squi est la plus sensible à ces gelées. 
   On observera sur les deux premières photos la végétation « chétive » de la partie basse de la vigne de « Vigne Blanche ». La majeure partie des bourgeons (75% ) n’a pas gelé mais en revanche ceux-ci - naturellement plus tardifs que le haut - ont été freiné dans l’évolution de leur pousse et ont largement désormais 15 jours de retard sur la partie haute de la vigne (Photos 3 et 4) qui elle comme à son habitude n’a pas gelé. En trente ans cette partie haute n’a jamais gelé alors que la partie basse a vu sa récolte altérée 6 fois ( 81,91,98,2001,2008,2016) en raison du froid. Il est d’ailleurs notable d’observer qu’avant ébourgeonnage la perte « sèche » sur la parcelle n’excédera pas 10/15% selon les comptages que j’ai pu effectuer ce matin. En effet sur les 8/10 bourgeons fructifères laissés par la taille en Guyot simple, nous ferons comme chaque année un ébourgeonnage nous permettant d’en conserver 6. Certains ceps n’en porteront que 3 à 5 mais aucun ne sera intégralement gelé. 
  Nous observons aussi que les sorties de raisins - qui commencent à être apparents - sont mesurées. 
  2019 ne sera pas quoi qu’il arrive  au domaine Buisson-Charles, une année à rendements élevés. Évidemment je parle ici du potentiel des fruits qui sont sur pieds après ce gel. La saison est encore longue et de nombreuses péripéties peuvent l’émailler. 

   Ces explications me paraissent nécessaires et enfin objectivées et « justes » pour nos clients,importateurs, particuliers, cavistes et amis car la mesure et les informations avérées et fiables me paraissent plus pertinentes que les craintes mises en ligne avec fougue selon un discernement embué par la peur.

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30 Avril - Journal du Millésime 2019 (6)

En Tessons la vie renaît, les inflorescences pointent et paraissent mesurées Pour livrer des quantités potentielles parfaites à l’élaboration de vins de hauts niveaux. 
   La vigne à cette époque est d’une beauté formelle à couper le souffle. Sans doute est-elle à l’épitomé de sa séduction car gracile, elle est aussi fragile et a besoin d’attention. Hors  ce Samedi avec -1,5 degrés au sol annoncés faisant suite à une pluie fine les deux jours précédents...elle court quelques risques. Heureusement le vent vient toujours du Nord et soufflera assez fort. 
  Sans doute les derniers risques liés au gel, mais la lune rousse est fidèle à son caractère de feu et de glace...

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3 Mai - Journal du millésime 2019 (7): la lune rousse est là.
   
La date de Pâques est calculée d’après le Concile de Nicée qui a eu lieu  en 325. Entre autres décisions, il décida que cette fête religieuse aurait lieu le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps, le 21 mars. Dès lors, Pâques tombe au plus tôt le 22 mars et au plus tard le 25 avril.

   Cette année 2019 de Pâques tardive,  la lunaison qui suit cette fête l’est également et elle est dites « rousse » car, cuivrée, elle est basse sur l’horizon et annonciatrice de temps froids.

  Rien de bien neuf sous le soleil donc puisque ce 5 Mai voit son cycle commencer sous des auspices frais qui nous montrent des températures flirtant avec le 0 au niveau des points de rosée. (Voir le diagramme de météo France)Soit dans les fameux TAF ( trous à froid) qui accumulent la fraîcheur et génèrent des gelées blanches alors même que les températures positives sous abris sont/peuvent être  positives. 
  Les zones gélives sont évidemment dans ces fameux TAF.
  Mais un vent de Nord, une pousse assez avancée  et des températures un peu supérieures ou égales  à 0 au sol devraient nous préserver.
  Acceptons en l’augure...

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5 Mai - Journal du millésime 2019 (8)

Ébourgeonner...mais qu’est-que c’est au juste?

   La saison de l’ébourgeonnage démarrera peut-être par une gelée ce 5 Mai. La froide lune rousse qui commence éclaircira peut être « naturellement » les bourgeons et les inflorescences qui pointent désormais. 

  Mais elle n’empêchera pas nos employés de passer dans les vignes à partir du 6/05 pour enlever les bourgeons excédentaires - les doubles bourres, les départs vers le bas et les branches chétives - afin de permettre aux branches fructifères de mieux pousser et de donner une récolte mesurée.
   Ce travail de longue haleine est également nécessaire pour nettoyer le pied du cep de bourgeons parasites mal placés - où d’en conserver un pour mieux rajeunir le cep au moment de la taille - tout en modérant le rendement selon les choix que nous opérons. En général au domaine nous conservons deux bourgeons sur la taille et 4 sur la baguette ce qui donne entre 8 et 10 grappes potentielles par pieds. 
   Avant ce temps important de régulation de la végétation nous avons fini de labourer toutes les vignes, de retendre tous les fils,  de remplacer les piquets  cassés et de tondre les contours des vignes pour faire de la place à nos petits enjambeurs de traitement et de labour.

  Observez sur ces photos le moment de la pousse  - photo 1 - où nous commençons à intervenir, un cep non ébourgeonné - photo 2 - et le même cep qui a subi son nettoyage de printemps pour être prêt à faire mûrir parfaitement ses inflorescences - photo 3 - en livrant des raisins mûrs sans être gêné par trop de végétations auprès de lui.

  Évidemment le travail sur la plante  est loin alors d’être terminé mais je vous en conterai les différentes évolutions au fil de la saison.

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Eau et écologie 

Cette année nos traitements se feront avec l’eau de pluie. Une installation très simple récupère celle-ci depuis les chêneaux de nos toits et nous permet de disposer d’une eau naturellement venue du ciel. La cuve est pleine et se remplit au fil des précipitations durant la saison.
Simple, efficace, économique.

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