Climat Grand Cru: Clos de la Roche à Morey Saint Denis

Publié le par Patrick Essa

  Le Clos de la Roche est un vin de cailloux. Sans doute situé - plus encore dans sa partie haute -sur une des zones les plus rocheuses de la côte, il est composé d'un substrat superficiel qui ne mesure en moyenne pas plus de trente centimètres puis il est parsemé de bans rocheux très durs qui épuisent régulièrement les charrues et les fessous qui servent à travailler les sols. Placé dans les marnes calloviennes du tiers inférieur du coteau de Morey, il grimpe en une pente régulière - orientée à l'est - jusqu'au début de l'escarpement bathonien. C'est une terre parfaitement drainée qui ressuie vite et qui mûrit aisément. Elle n'a cependant plus toute la parfaite homogénéité que lui conférait le Clos de la roche originel. Celui-ci mesurait alors 4 ha 57 a 40 ca et d'après Denis Morelot au début du 19° siècle rivalisait en qualité avec le Clos de Tart.

 

   La création de son appellation d'origine contrôlée en 1936 a englobé de nombreuses parcelles avoisinantes comme cela a été le cas en Echezeaux à Vosne par exemple. Ces terres d'excellentes qualités et tout à fait dignes d'être classées en "grand cru" ont cependant des caractères différents et il est toujours passionnant de déguster ce cru en connaissant son origine, voire son assemblage de diverses origines. La finesse aérienne du bas des Mont luisants, les très parfumés Fremières, Froichots et Mauchamps, le côté altier des Chaffots et la sève des Chabiots composent un puzzle d'arômes souvent envoûtant en dégustation comparative, y compris dans les vins "nouveaux". Le Clos de la Roche initial a gardé cette plénitude de constitution et ce côté épicé et sauvage unique, qu'il faut absolument avoir dégusté à maturité pour évaluer les ultimes potentialités de ce cru d'exception. Ce Clos de la Roche originel est assez peu étendu et si l'on s'en tient au cadastre de Lavalle il n'englobe que moins de 5 hectares de ce cru. A ma connaissance seul le domaine Raphet en produit un "pur" car les autres englobent tous des parcelles contigües. C'est le cas de Ponsot, Dujac, Leroy,Remy, Duband et Rousseau. Notons toutefois que Duband et Leroy n'ont qu'une faible proportion d'un autre lieu-dit. et que le plus important producteur de ce cru originel est Ponsot avec près de 1 ha 65a.

 

   Mesurant aujourd'hui 16ha 90a 27ca comprises entre les Latricères, les Combottes et le Clos saint Denis, le Clos de la Roche donne régulièrement des vins athlétiques, fougueux et très vineux qui portent en eux de violents arômes d'épices (poivre, cannelle et girofle) et de fruits noirs. C'est un vin de longue garde, toujours constitué sur une acidité juste et une richesse tannique qui n'exclu nullement la finesse. Improbable mélange du Tart et du Chambertin, il est un peu le Mouton-Rotschild de la Côte de Nuits: "A nul autre second!"

    C'est un cru qui a la chance de compter de nombreux excellents producteurs parmi ceux qui le vinifient. Je citerais Virgile Lignier et Armand Rousseau pour la finesse du grain de texture; Hubert Lignier pour la race absolue de ce cru épicé et droit et bien entendu le domaine Ponsot qui sur ses trois hectares livre année après années un vin naturel, tellurique et d'une délicatesse rare. Il existe également de très bons Clos de la Roche au domaine Pierre Amiot, au domaine Arlaud, chez l'excellent Jérôme Castagnier, au domaine Duband, au domaine Raphet et dans l'esprit "vendanges entières" chez Dujac.

Publié dans Côte de Nuits

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Vincent 03/08/2013 14:26


Bonjour Patrick,


Je viens de lire Le Clos des Monts Luisants de JF Bazin. Pourrais-tu éclairer ma lanterne sur les climats "village" et "premier cru" des
Monts Luisants ? Je l'ai dégusté plusieurs fois en blanc mais jamais en rouge.


Merci pour ton partage de connaissance.


Vincent