Grand Cru de Morey Saint Denis: Le Clos des Lambrays

Publié le par Patrick Essa

Grand Cru de Morey Saint Denis: Le Clos des Lambrays

Le Clos des Lambrays  à Morey Saint Denis

 

   En 1982 le Clos des Lambrays se voit attribuer le titre suprême de Grand Cru que se propriétaires n'avaient pas revendiqué lors des classements des années trente. Un accessit mérité qui ne faisait que remettre l'église au milieu du village et donc le Lambrays en bonne place aux côtés des trois autres Clos grands crus de sa commune. 

  

  A1B22_Clos_des_Lambrays_1.JPG Le Clos a appertenu à la famille Cosson de 1938 à 1979. Madame Renée Cosson, banquière parisienne, fut soucieuse de tirer la quintessence de ses très vielles vignes, elle a produit jusqu'au milieu des années 50 des vins qui se positionnaient - sans être classés en grand cru - parmi le meilleur de la production bourguignonne. Ils étaient vinifiés par son ami Albert Rodier - frère du co-fondateur des chevaliers du Tastevin, Camille Rodier - qui gérait aussi une maison de négoce nuitonne. le Clos des Lambrays lui doit assurément une partie de sa légende même si celle-ci est plus à relier avec son caractère fantasque hors norme qu'à l'impeccable régularité de son cru.

La légende du Clos est au fond assez récente car on ne trouve pas trace de celui-ci dans les écrits du début du 19° siècle. Il naît semble t'il sous ce nom alors que Louis Joly le possède. Il le baptise en associant les Lambrays aux Bouchots et Larreys voisins et en lui attribuant le nom de Clos des Lambrays à une époque où les origines précises et revendicables sont plus nébuleuses qu'aujourd'hui. Selon le livre exceptionnel de Danguy et Aubertin, il semble même que Le cru incorporait également le très élevé Clos de la Bidaude qui surplombe le Clos des Lambrays d'aujourd'hui. En 1855 il mesure selon Lavalle un peu moins de 7 hectares et bien difficile de dire à quoi cette surface correspondait exactement alors. Il me semble que ces Lambrays excluaient les parties basses actuelles , ce qui au fond semble assez logique.

  Le terroir est cependant exceptionnel et la famille Rodier qui rachète celui-ci en 1866 continue d'exploiter sous ce nom ce "grand cru classé" avant que des revers de fortune ne pousse Albert Rodier à le vendre à notre chère banquière parisienne Cosson. A partir de 1938 et jusqu'au début des années soixantes la propriété s'enferme derrière ses murs et vit hors du temps. Elle ne diffuse ses vins qu'après quatre à cinq années d'élevage en fûts usagés et produit toute une série de vins hors normes - glorieux 37 et 47 - qui se vendent au compte goutte...ou pas du tout!

   De manière concomittente l'état du vignoble dépérit et s'il subsistait jusque dans les années 70 des vignes franches de pieds, elles achèvent leurs vies dans le courant de cette décennie. Le clos est alors racheté par la famille Saïer et deux autres actionnaires en 1979 et depuis lors confié aux soins exigeants de l'excellent et méticuleux Thierry Broin.il y aura des changements de propriétaires et d'actionnaires dans le courant des années 90 puis un rachat par LVMH en 2014 mais l'équipe technique en place n'a que peu varié depuis lors, même si les méthodes culturales et les process de vinifications ont largement évolués ...comme partout en ces contrées! 

   Le terroir des Lambrays couvre une superficie exacte de 8 ha 66 a 02 ca et il varie nettement selon la situation qu'il ocupe dans le coteau. Les parties basses très argileuses apportent le corps, le fruit, les notes épicées et la relative accessibilité au cru. Les parties médianes plus inclinées vers l'est, solaires, sont composées de terres argilo-calcaires, bien ventilées qui autorisent une parfaite maturation des raisins et des états sanitaires idéaux. Elles apportent un côté racé, droit et très "séveux" au grand vin et s'approchent très nettement du caractère du Clos de Tart avec peut être une fine variation du côté de la fraîcheur. Le dessus plus marneux, mûrit un peu plus tardivement et complexifie les Lambrays au niveau de la finesse en apportant une certaine tension à l'ensemble. Ainsi le cru est-il avant tout unique par l'assemblage de ses différentes composantes morpho-géologiques, en cela il diffère très nettement du "mini" Clos des Lambrays (5 ares) de la famille Taupenot-Merme - par ailleurs excellent également - car celui-ci est uniquement positionné dans le bas du cru sur la partie basse nord - le rectangle blanc et rouge de la photo - du sous climat Le Meix Rentier. En résumé :

 

20140421-185632.jpg

  

 Aujourd’hui, le « Clos des Lambrays » représente donc 8ha 66a 02ca hectares.Il est composé de 3 lieux dits :

 

  • Les Larrets ou Clos des Lambrays : c’est la partie historique du clos (exactement 5ha 71a 87ca), la seule classée en Première Cuvée par le docteur Jules Lavalle en 1855 (au même titre que Bonnes Mares et Clos de la roche, mais jugée « inférieure » au Clos de Tart par le même docteur). Le terroir est marneux sur le haut du clos et nettement argilo-calcaire sur le bas.

  • Les Meix Rentier : situé dans le bas du clos, et coupé des Lambrays par un petit chemin de terre (exactement 1ha 13a 05ca). Classé en Troisième Cuvée par Jules Lavalle en 1855.

  • Les Bouchots : la partie Nord du Clos (exactement 1ha 99a 10ca). Classé seulement en Quatrième Cuvée en 1855 par Lavalle (niveau « village »).

 

    Sur le plan formel "le" Lambrays est un vin sombre et profond qui mortifie la nature du pinot noir pour s'envoler vers des accents finement fumés et réglissés avec toujours une heureuse dynamique interne. Cueilli assez fréquemment tôt selon les étages de son relief, il se démarque nettement du Tart en étant plus accessible que lui mais en se conservant aussi longtemps. Il est "loup" jusqu'au bout des ongles et les habitants de Morey - dont c'est le surnom - le tienne pour un de leur fleuron sans toutefois que la position dominante du Tart ne soit jamais remise en cause. Du bon sens.

Patrick Essa - 2016

reproduction interdite

Grand Cru de Morey Saint Denis: Le Clos des Lambrays

Commenter cet article

Guillaume 20/10/2013 18:27


Merci pour cet excellent article très bien documenté. La "mini" parcelle du domaine Taupenot-Merme est effectivement tout-à-fait remarquable en terme de qualité.