Comprendre les vignobles de Corton et Corton-Charlemagne

Publié le par Patrick Essa

Comprendre les vignobles de Corton et Corton-Charlemagne

Le vignoble de Corton

 

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault et producteur de Corton-Charlemagne - 2016

    Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.  

 

Aloxe Corton

 

 

    Aloxe-Corton Aloxe est le diamant de la Côte de Beaune. Seule commune à produire des crus rouges et blancs au plus haut niveau de la hiérarchie et à joindre son nom de village au cru de Corton, elle possède avec Chablis la plus grande surface de grands crus de Bourgogne. Certes Pernand et Ladoix participent quelque peu de sa gloire, mais les meilleures zones sont possession de la commune et il n’est, à mon sens de meilleurs Corton-Charlemagne et Corton rouges. Pourtant le village d'Aloxe reste discret et le prix de ses vins est de manière très heureuse parmi les plus raisonnables de Côte d'Or.

 

    Quels sont donc les éléments qui expliquent cet étonnant paradoxe tout en positionnant ces vins dans une classe à part entre premiers et grands crus des autres communes?

 

   En premier lieu, sa diversité et son étendue. La colline forme une sorte de rognon flanqué de pentes fortes et très régulières en son sommet et d'étages médians et bas plus adoucis. Exposée Est, Sud et Ouest ce coteau arrondi bénéficie d'influences éoliennes diverses et de secteurs frais et chauds. Difficile dans ces conditions de trouver ici une vraie unité en dehors du substratum des sols. Un grand cru vaste qui tout comme le Clos de Vougeot - qui est beaucoup moins pentu que lui cependant - se doit d'être appréhendé selon des secteurs bien identifiés.

 

  En second lieu la puissance du négoce Beaunois qui est ici largement propriétaire et qui a  contribué il y a 80 ans à classer une large part du site en grand cru pour obtenir des approvisionnements réguliers et très qualitatifs. Certes la plupart des vignes sont dignes de leur statut mais quelques secteurs trop élevés et/ou trop tardifs sont peu en phase avec le potentiel qu'une terre de grands crus doit avoir.

 

  En troisième lieu les volumes de productions produits ne rendent en rien le Corton rare et difficile à acquérir. Si la qualité est là bien souvent, sa notoriété n'est pas au niveau des micros parcelles du Nuiton ou des blancs de Montrachet. Plus de 120 hectares portant le patronyme de Corton le rangerait presque au rang de cru "prêt à porter" face - par exemple - au 1.4 ha des Criots Bâtard "hautes coutures" par exemple!

 

 

 Un peu d'histoire:

   L'empereur Othon possédait ici au Moyen âge un important "curtis", ce Curtis d'Othon se contracta au fil des siècles en "Cor'thon" pour baptiser une colline qui appartint par la suite pour partie à Charlemagne. Un lignage peu certain, véhiculé par une tradition orale dont on ne sait si le fondement est avéré mais quoi qu'il en soit un nom absolument magique pour ce cru qui à partir du 16 ième siècle a toujours été considéré comme le meilleur rouge de Bourgogne avec le Chambertin et comme son blanc le plus corsé. Voltaire en commandait en fûts et les grandes Cours d'Europe en raffolaient. Parmi les noms les plus sonores et mélodieux associés aux vins, Corton se tailla alors une part de roi...ou d'empereur! Sa réputation est antérieure à celle de la Romanée ou du Montrachet de plusieurs siècles, il est à lui seul une page de l'histoire des plus grands crus bourguignons.

 

  Un soupçon de géologie:

  La montagne de Corton abrite entièrement le finage d'Aloxe qui se trouve en son centre et qui mesure 255 hectares. A la manière d'un mille feuilles les strates qui composent ce vignoble diffèrent nettement de bas en haut selon que l'on monte graduellement l'échelle des crus. A chaque étage une spécificité géologique, et un grain différents conférés aux vins. Les parties basses qui abritent les villages correspondent à l'étage géologique du Bathonien supérieur. Ces endroits présentent des sols argileux qui ressuient lentement et qui sont en certaines zones mêlés de silice comme dans les Chaillots. Les pieds de coteaux encore assez pentus dans le secteur des Valozières et des Maréchaudes sont marqués par l'oxyde de fer, les sols rougissent, se font plus caillouteux et plus filtrants. La vigne souffre plus ici, produit moins et les raisins sont plus concentrés. Enfin les grands crus qui vont de zones basses quasi planes - ou faiblement inclinées - à des pentes plus élevées et abruptes. Plus on monte et plus les calcaires sont présents. De types noduleux ou gréseux jusqu'au marnes Argoviennes en partie haute, ces sols d'oolithe sont un idéal substrat pour des vins de grande longévité car la terre est ici toujours mêlée d'argiles, de cailloux et est assez profonde jusque dans les parties hautes.

 

 Quelques éléments géophysiques:

  Si sa Montagne forme une sorte de rognon, les parcelles qui appartiennent à Aloxe regardent le Sud ou le Sud-est, elles sont de ce fait précoces et chose importante, sous l'influence des vents qui proviennent de la Combe de Pernand. Les maladies de la vigne  sont de ce fait moins funestes sur le coteau et il est permis de les traiter avec modération mais hélas les courants d'air génèrent parfois - comme en 2013 - des orages de grêle dévastateurs. Plus large coteau de Bourgogne orienté au Sud, il a de ce fait même un caractère solaire évident, surtout pour le sublime "vrai" Corton-Charlemagne du secteur "Le" Charlemagne, à bien des égares inégalés pour sa puissance et sa longévité.   

 

 

 

 Corton Grand Cru:

 

    Ces vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniens, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun. Les blancs quant à eux sont sans conteste les plus vineux et les plus riches de Bourgogne et demandent une patience infinie avant de se livrer pleinement. Ils ne sont jamais meilleur qu'après 25 ans de maturation et certains exemples de bouteilles centenaires peuvent encore aujourd'hui défier le temps.  Placé sur des sols argilo-calcaires bruns mêlés d'oolithe ferrugineuse et de fragments d'ammonite de l'oxfordien, le pinot noir s'épanouit ici sur un substratum de première qualité. Le coteau est exposé au levant, bien drainé, pentu en sa partie haute (Le Corton, Pougets, Perrières, Grèves) et moins incliné à partir des parcelles médianes et basses qui regardent l'Est (Renardes, Bressandes et Clos du roi). C'est un des endroits qui procure le plus de robustesse au très délicat pinot noir et il semble que de tout temps on l'ait considéré comme un très grand vin de garde.



Clos du Roi : "un vin « sèveux », minéral et droit qui développe des notes de réglisse et d'épices au vieillissement. Garde assurée mais finesse de toucher de bouche dès le plus jeune âge."

 

  Je n'ai que peu de goût pour les légendes invérifiables qui embellissent la vérité pour en tirer profit. Celles qui entourent le Corton sont innombrables et la constance avec laquelle elles mettent en avant "l'historicité romantique" de cette grande colline devrait être négligée et combattue.

   En conséquence je vous livre ici quelques faits historiques avérés:

 

       images--6-.jpgNous sommes certain que les coteaux d'Aloxe, Pernant et Ladouée ( sic)sont en culture depuis le septième siècle car les évêchés environnant conservent des traces d'échanges de biens ou de frais liés à leur entretien. Comme souvent alors, les biens ecclésiastiques sont octroyés par le pouvoir en place et travaillés par des bras paysans. Ainsi, en 858, Modoin évêque d'Autun, cède ses terres de famille noble à la cathédrale qu'il dirige et ce sont les bras du vigneron Jonas qui s'occupent de celles-ci. Dès cette époque les coteaux sont divisés en quartiers qui correspondent à des entités cultivées par les ordres ecclésiastiques, la propriété nobiliaire et celle moins conséquente des notables bourgeois.

   Il y a dès lors des lots - clos ou non - qui sont propriétés ducales car la Bourgogne est sous la domination de ceux ci. Peu enclins à poser genoux à terre devant leur suzerain roi de France en laissant des revenus leur échapper, ils afferment ses terres en les faisant cultiver pour en vendre le fruit et en consommer le vin. Il est ainsi assez vain d'imaginer qu'ils nomment ces terres " Clos des Ducs " à ce moment là. D'autant qu'Aloxe ne possède aucune construction ducale et que le vin est acheminé par chariots à l'hôtel des Ducs de Beaune, la voisine. On comprend aisément que le raccourci communément admis consistant à signifier que ces derniers soient devenus les " Clos des Roi " que nous connaissons aujourd'hui n'a guère de sens. Ce sont des vignes ayant appartenu au roi après avoir été celles des Ducs... nuance.

   L'histoire nous apprend que les grands Ducs de Bourgogne dominent la région de 1363 à 1477 soit une période - la Toison d'Or - qui est éloignée des empereurs carolingiens de près de sic cents ans! Charlemagne est couronné en 800 et son père possède ces terres d'Aloxe par l'entremise de la Cathédrale de Saulieu dont il est suzerain. On pourrait imaginer ici que la générosité carolingienne a conduit ses rois à doter les établissements ecclésiastiques. Que nenni! C'est essentiellement Charles Martel - grand père de Charlemagne - qui a confisqué des terres aux bourguignons pour les attribuer aux religieux de Saint Andoche de Saulieu car il leur reprochait de s'être trop tièdement battus face aux Sarrazins à Poitiers! On le voit la grande histoire résiste aux images d'Epinale naïves qui seront créées de toute pièce quelques siècles plus tard.

   Sur le plan cultural on observe avec acuité que c'est au cours de cette époque que le cépage "gouais" - fort rustique - évolue progressivement vers le pineault ou pineau fin bien plus souvent baptisé "noirien" du Beaunoy. La terre de Corton est progressivement défrichée et représente pour la part ducale environ 100 ouvrées (4 hectares) en exploitation à la mort de Charles le Téméraire en 1477. Louis le onzième - probablement sans véritablement le savoir tant la domination politique lui est plus importante - voit alors ses terres cultivables lui échoir, les paysans restant évidemment en place et rien ne change véritablement pour eux en dehors de la "destination" de ses fruits du "Courton" comme on l'appelle alors. Cela se fait difficilement car la couronne royale n'est pas la bienvenue en ces contrées.

   Le Clos du Roi n'est à ce moment qu'un simple lieu-dit dont l'usage est essentiellement oral et qui est considéré avec Renardes et la partie basse du Corton originel (les vignes situées au dessus de ces deux climats sans aller jusqu'aux vignes sous le bois qui sont méprisées) comme la meilleure partie des vins d'Aloxe car elle regarde directement le levant et se trouve en terre de "milieu" sur le coteau. Près de 300 années de misère s'écoulent et les vignes royales sont bien mal entretenues jusqu'à la révolution française qui se fera un devoir de revendre les biens nobiliaires - et donc royaux - non sans entériner, pour mieux vendre la parcelle, des usages constants et loyaux attribuant officiellement à la parcelle le nom de "Clos du Roi-Corton". La parcelle passe toutefois de 4 à près de 10 hectares circonscrit entre Pougets Languettes, Bressandes et Renardes... Et n'a probablement jamais été ceinte d'un vrai mur! Comme en Conti des Sans-Culottes se servent de la " noblesse" d' une terre pour la vendre plus chère selon 7 lots identiques. Pour le moins surprenant!

 

   Dans le courant du Dix Neuvième siècle le banquier Ouvrard - qui possède le Clos de Vougeot entier et la Conti entre autres! - réussira à remembrer la quasi intégralité du cru puis il sera divisé à la fin de ce même siècle qui le connaîtra sous le nom de Clos du Roi - Corton uniquement. Puis le phylloxera passera par là avant de voir le Corton replanté en rège rectiligne sur des portes greffes américains et d'être classé grand cru au milieu des années 1930. Ainsi pour la première fois, juste avant la seconde guerre mondiale, naît le Corton Clos du Roi. Et pourquoi ne pas l'avoir nommé Clos du Roi Corton? Et bien simplement car le Corton est situé sur 3 communes et que son identité première est le cru, qui est dès lors mis en avant...simple non!!?? J'en vois certain sourire...

 

  Clos du Roi mesure 10,74 hectares et forme un - quasi - parfait rectangle orienté à l'Est sur une pente ferme comprise entre 270,04 et 320,52 mètres. Son sol du bathonien chargé en oxyde de fer et fait de laves qui se délitent confère aux vins une nature rude et athlétique qui évoque le Champans de Volnay ou le Rugiens de Pommard avec une noirceur de fruit plus prononcée et une impression de plénitude encore plus forte parfois. Climat très homogène, parfaitement drainé et moins marqué par le calcaire que ceux du nuiton, il livre une partition sombre, ombrageuse et d'une rare intensité tannique et demande de la patience. Peu de crus ont cette forme austère et cette ligne générale puissante qui pourtant n'a absolument rien de terrienne. En effet les Corton sont des vins solaires qui captent à merveille la lumière et les vents grâce à une altitude élevée à ce niveau d'appellation et grâce à la bonne inclinaison de son coteau large, régulier et parfaitement filtrant qui draine les eaux de pluies et capte les sels minéraux qu'elles libèrent.

   Clos du Roi est un vin paradoxal car sa maturité de climat solaire n'est pas celle d'un cru chaleureux, tout au contraire, sa situation médiane laisse poindre des accents aromatiques fruités qui jouent sur un registre discret en faisant bonne place à une expression épicée d'une très fine subtilité. Les zones marneuses et cette terre imprégnée de potasse expliqueraient elles ce caractère quelque peu sauvage? Sans doute car ce vin de race, altier et dominateur est destiné à la maturation sous verre. Il ne pardonne jamais aux vinificateurs qui le sous-estiment et veulent forcer sa nature en cherchant le muscle ou - à contrario - en développant artificiellement une expression euphémisée d'une incongrue et inutile délicatesse. La vendange entière lui sied à merveille et sa chance est de souvent être complanté de plants fins qui autorisent ce mode opératoire complexe à mettre en œuvre mais si gratifiant lorsque cela est réussi. Je me souviens d'un éblouissant Clos du Roi 97 de Sénard qui transcendait encore la dimension du climat et puis d'autres jeunes, vieux, très vieux parés des atours nuancés et finement "réglissés/ligneux" de raisin non égrappés qui peuvent illuminer une cuvée.

    De nombreux grands crus possèdent des terres de nature et de valeurs agrologiques variables, ce n'est pas véritablement le cas en Clos du Roi, même si la partie supérieure est plus fortement inclinée et qu'elle ressuie plus vite. Le sol de "laverottes" est assez homogène, sombre et semble marquer tous les vins d'une  égale signature avec une profondeur de texture digne des meilleurs Richebourgs vosniers mais sans ses accents floraux et son infinie douceur. Cru du Beaunoy très affirmé il ne ressemble en rien à ses pairs du Nuiton et pourrait même, je crois, perturber le dégustateur qui y est habitué car sa complexité provient des ses aspérités tanniques et de son équilibre très original centré sur une musculature saillante, une acidité discrète et une expression aromatique qui met les fruits frais en retrait. Point de griotte ou de fraise des bois à Corton mais en revanche cette sensaton de croquer dans une mûre sauvage qui vient juste d'arriver à maturité en y associant des effluves de poivre et de cannelle...Corton est un grand seigneur et Clos du Roi son représentant le plus vibrant du côté de la puissance maîtrisée car il n'a pas la sauvagerie de Renardes voisines.

  Je vous recommande ceux de Sénard, De Montille et Chandon de Briaille. Tous ont en commun le caractère  séveux de ce grand cru de très haut niveau.  


Bressandes : Un mélange de puissance et de délicatesse et une trame dense sur des notes de fruits noirs. Aérien et bouqueté il puise sa richesse dans un substrat argilo calcaire de premier ordre et une exposition plein Est merveilleuse.

On imagine aisément les pentes abruptes de la Montagne de Corton, ce rognon de terre coiffé d'une épaisse chevelure de résineux se caractérise par des pentes larges et fortes qui forment une mer de vignes sur lesquelles s'articulent différentes vagues de ceps formant des blocs distincts qui constituent les crus. Ainsi Bressandes est au pied de Clos du Roi et Renardes, là où les plissements du terrain forment une sorte de long rectangle régulier qui pourraient faire penser à un cru de plaine.

    N'a t'il d'ailleurs pas été cultivé par des gens du plat pays de Bresse?  

    La légende est belle mais On ne le sait véritablement car ce nom récurrent dans le beaunois pourrait aussi avoir été attribué par les abbayes et moines réguliers qui ont mis en culture ses lieux selon des quartiers qu'ils ont à coup sûr identifiés. Est-ce un hasard si Bressandes, Clos du Roi, Grèves et Perrières sont tous des noms que l'on retrouve à Beaune la cité voisine? Sans aucun doute non. Mais bien malin qui aujourd'hui saura retrouver les origines de ces noms de crus!  

   Bressandes est un cru qui n'a historiquement jamais eu la notoriété des vignes du Roi ou des Renardes mais il est patent que le Clos Charlemagne originel - qui mesurait moins de trois hectares! - non plus! Le Corton d'Aloxe est un vin rouge corsé et à peu près uniquement cela jusqu'au moment ou le phylloxera ravage la colline, soit à la fin du 19ieme siècle. Son vin blanc est modérément estimé et ses Bressandes considérées comme une très bonne cuvée, pas une "grande".  

  Toutefois ces classements de "climats" historiques ne sont guère pris en compte par un marché qui évalue ses vins "à la tasse", c'est à dire en fonction de leurs qualité gustatives avérées, ce pour chaque millésime. De surcroît les communes voisinent d'Aloxe prennent l'habitude de vendre leurs meilleures cuvées en Corton et jusqu'au milieu des années 1930 - soit avant la législation des appellations d'origine - le cru de Corton est un cru de sélection et la plupart du temps d'assemblage. Bressandes est avec ces deux voisins du dessus parfois identifiés mais il n'a pas la réputation de ceux-ci et Lavalle au milieu du 19 ieme siècle le positionne en première cuvée alors que Clos du Roi - Corton et Renardes - Corton sont " Hors Lignes". Voilà qui est à l'évidence fort juste.  

   Le syndicat d'Aloxe militera d'ailleurs pour un Corton restreint à son finage et avec la volonté avouée de ne pas y associer les finages de Pernand et Ladoix. Cela débouchera sur une guerre de personne et juridique extrêmement nourrie qui verra de nombreux vignerons monter au créneau pour défendre leurs idéaux et bien entendu leurs intérêts. La guerre mondiale, le temps, les changements de génération et sans doute aussi une vision productiviste d'après guerre aboutiront à un très large découpage qui classera la quasi intégralité des grands et premiers crus naturels de la montagne sur la plus haute marche d'un podium n'en comptant qu'une!  

  Ainsi Bressandes est sans doute plus un "super premier" qu'un "vrai grand" et les prix où il se vend le positionnent finalement bien mieux que son classement dans la hiérarchie du Beaunoy.  

      Mesurant 17,42 hectares il est officieusement le plus grand cru de la Côte de Beaune et sans doute l'un des plus accessibles car sa diffusion est loin d'être confidentielle. Zone orientée plein Est formant un replat au dessus des Marechaudes il est composé d'une terre ferrugineuse fort caillouteuse. Chargé en potasse le substrat est encore assez filtrant et c'est un secteur qui réssuie vite en évitant aux fruits de se gorger d'eau. À une altitude moyenne de 260 mètres il a incontestablement un potentiel de cru racé et parfumé sur un registre assez élégant dans le contexte de la Montagne. Il a aussi pour lui de s'ouvrir assez tôt et de libérer des arômes insinuants de pruneaux et de réglisse finement fumés sur un corps svelte et harmonieux. Cru régulier qui évoque le Champans Volnaysien et plus encore pour ces notes épicées le Pezerolles de Pommard. Mais soyons clair ce cru est avant tout un Corton et il préserve de ce fait une certaine noirceur dans son fruité et un grain tannique un peu sauvage et austère.    J'aime les vins du domaine Jacques Prieur et du domaine Edmond Cornu de Ladoix. Régulièrement des crus sensuels et pleins.

 

 

Renardes :  C' est le plus racé et le plus personnel des crus de la montagne de corton. Une capacité de garde qui le place dans les crus les plus inoxydables de bourgogne.Sauvage et fumé il est masculin et demande un peu de temps avant de se livrer. Positionné au milieu du coteau sur le finage d'Aloxe Corton, il borde les Cortons positionnés sur Ladoix au Nord et surplombe le très qualitatif Bressandes. Zone de faible pente, caillouteuses, marquées par des argiles à larges feuillets et bénéficiant d'une superbe orientation vers l'Est, il mûrit toujours bien et ne souffre que fort peu souvent de la pourriture.  

    Pour illustrer mon propos j'ai ouvert deux vins de propriétaires situés à Chorey les Beaune, un 2010 de Maillard et un 2011 de François Gay.Bien entendu ils ne viennent que conforter de nombreuses impressions anciennes dont les bouteilles couvrent la période 1929 -2012.

 

   corton-charlemagne.jpgCe qui est fascinant est sans aucun doute la permanence aromatique de ce vin qui est invariablement marqué par des notes épicées mêlées à une très subtile animalité sous jacente. Ce petit côté sauvage ne dérive jamais - lorsque la bouteille est aboutie - vers des accents foxés vulgaires qui tirent l'olfaction vers la venaison ou la fourrure humide, il s'agit alors de défauts de vinifications ou plus souvent d'une évolution déficiente en raison d'un bouchon défectueux ou  d'une mauvaise entreposition.

 

    Un Renardes est avant tout un vin puissant et dominateur à l'épaisseur tannique affirmée et au grain tactile dégrossi sans être parfaitement poli, surtout lorsqu'il est jeune. Ce vin de sève demande à fondre sa matière et les deux exemples qui me servent en sont de vibrant témmoins. Sur une année concentrée comme 2010 ou plus fluide comme 2011 le cru conserve ce côté un peu anguleux sans pour autant perdre sa race affirmée. Moins "Côte de Beaune" qu'un Savigny ou un Volnay, il n'a pas non plus l'expression fraîche des crus du nuiton sis en milieu de pente, il fait un peu penser - au niveau de son équilibre -  à certain Hermitages - dont le Méal - produit beaucoup plus au Sud.On le servira avec des gibiers en sauce et même si la mode est aujourd'hui passée il fait un excellent compagnon pour le fromage.   

  Je le tiens pour l'un des cinq vins rouges de Bourgogne ayant la plus grande longévité potentielle.  

Grands Millésimes: 1929,1947,1959,1964,1966,1976,1985,1990,1999,2005

Producteurs dont j'apprécie les vins: Maillard, François Gay, Delarche,Gaunoux, Anne Parent

 

 

 

 

Les Grèves: plus fins et délicats, un vin sensuel et aromatique qui s'ouvre un peu plus vite que les autres crus.

 

Les Perrières: droit et minéral, très racé et d'une puissance considérable. Un très beau Corton à rechercher.

 

La Vigne au Saint, Les Meix, Les Combes,les Fiètres et les Chaumes sont plus bas sous ou contre  les maisons du village et sont plus proches de jolis premiers crus car ils n'ont pas toute la puissance de leurs aînés. Ils sont souvent assemblés. Ici le classement a été je crois un peu généreux. Mais j'en ai bu de fort bon à l'âge de 10 ans surtout issus de la Vigne au Saint.

 

Les cuvées sont également souvent assemblées en dehors des trois meilleurs vins que sont Clos du roi, Renardes et Bressandes, elles ne portent alors que le simple nom de Corton. Il est par ailleurs assez évident que les meilleurs Corton rouges naissent tous sur la commune d'Aloxe.

 

 

Les premiers crus:

 

Ils se divisent en deux zones distinctes. La première - qui est la plus favorable - regarde l'Est et se situe juste sous les meilleurs Corton dans des parties en faible déclivité qui regardent l'Est. Ses sols sont excellents mais un peu plus collants et argileux. Les vins y puisent un joli caractère épicé et une certaine austérité en jeunesse. Les Meix, mais surtout Fournières, Chaillots et Valozières donnent des vins masculins et sèveux qui se vendent souvent à bon prix. J'aime particulièrement les Valozières qui est souvent meilleur que les Corton de bas de coteau regardant le Sud.

 Une seconde zone comprend Guérets et Vercots positionnés sur une butte bien orientée Sud-Est et des sols un peu moins lourds que ses voisins de niveau village aux terres plus humides et fraîches. De bons vins , solides qui ont plus le type Pernand de la zone Vergelesses. 

 

Les villages:

 

Le secteur est assez homogène et restreint. Terres argileuses, lourdes et peu pierreuses, elles peuvent être un peu trop généreuses et diluent les beaux arômes fruités en année d'abondance. Mais si l'on observe des rendements mesurés , les vins y sont toujours très "pinot" un peu rudes et de bonne longévité. Meilleurs secteurs: la boulotte, la partie village des Valozières, le Suchot et le dessus des Crapoussuets.

 

 

 

Le Grand cru Corton-Charlemagne

 

     Les Corton-Charlemagne sont en général plantés sur les versants sud, sud-est et sud-ouest de la "Montagne" et forment une bande médiane haute qui monte jusqu'aux sapins qui coiffent le coteaux. Plusieurs sous lieux-dits le composent mais les plus recherchés sont proche de la fameuse croix du Charlemagne : En Charlemagne,Languettes, Pougets. Quelques zones existent également du côté de Ladoix et dans la partie qui regarde l'ouest sur Pernand, mais celles-ci sont un peu moins qualitatives en dépit de leur statut de grand cru. Il convient donc de connaître avec précision le parcellaire de ces presques 100 hectares de vignes, sans négliger la qualité de la viticulture qui l'accompagne.

    La colline est très pentue et marquée en ces endroits par des sols clairs, caillouteux et filtrants du jurassique supérieur. Ces terres blondes exposées sud donnent des vins d'une force interne ahurissante qui peuvent parfois évoquer la trame tannique d'un vin rouge en déclinant des arômes épicés extrêmement originaux. Le fait de pouvoir planter différents types de pinots - blancs, liébaut, beurot- en complément du chardonnay dominant, voire d'associer l'aligoté - un usage ancestral- marque encore plus ce vin vibrant et unique lorsqu'il est réussi. Las, l'oenologie moderne a beaucoup niveller le cru ces 15 dernières années en demandant aux vignerons de couper plus précocément leurs parcelles. Le vin y a sans doute perdu un peu de son âme vineuse, tout en se "recentrant" sur des canons plus actuels liés à la tension acide. Je suis parfois dérouté par le conformisme de l'appellation sur ces dernières millésimes, mais il reste que lorsque le vin est réussi, il peut dominer de la tête et des épaules n'importe quel très grand vin blanc.

     Deux appellations peu usitées complètent cette sphère grand cru blanche. Le Corton blanc naît sur des sols dévolus initialement aux blancs qui n'ont pas droit à l'appellation Charlemagne comme par exemple les vins blancs issus des Renardes ou du Clos du Roi. Les vins y sont très vineux et un peu plus lourds et parfumés. Et puis le très confidentiel "Charlemagne" sans adjonction du mot Corton devant et qui provient des vins du secteur "Le" charlemagne sur Aloxe. Celui-ci est en tous point comparable au Corton Charly et seul le négociant Jadot en produit à ma connaissance.

 

 

Pernand-Vergelesses

 

 

Le secteur de Pernand porte - en compagnie de quelques petites zones de Ladoix et Savigny - la qualité des blancs produits au nord de la ville de Beaune tout en produisant des vins rouges de belle  qualité. Très différent des crus produits sur la Côte des blancs qui s'étend de Meursault à Chassagne-Montrachet, les vins ont une expression droite et incisive qui tranche nettement avec les chardonnays plus riches et denses de la partie sud. Ce sont des vins de Combe, plus frais et marqués par une certaine austérité initiale qui est parfois accentuée par la présence en faible proportion du pinot blanc, beurot ou même de l'aligoté dans la complatation des parcelles. Les endroits les plus qualitatifs sont en général ceux qui regardent le nord-est - Vergelesses, Fichots - mais il existe également une zone disposée sur les contreforts de la "Montagne" de Frétille qui exprime une nature un peu plus solaire car regardant le sud en combinant une certaine finesse de texture avec un bel équilibre minéral.  

 

 

Les crus de niveau "Village"

 

    le finage de l'AOC communale "Pernand" est situé  dans une sortie de Combe un  peu froide car sous une influence éolienne est-ouest. Ces terroirs de pieds de coteaux ou de dessus de coteaux sont en général un peu plus tardifs que le Charlemagne voisin. Ce sont pourtant des zones aux substrats très qualitatifs. Les sols argilo-calcaires mêlés d'oolithe blanche et à certains endroits de marne marquent fortement les vins en leur procurant de fins arômes de fruits blancs, une jolie tension interne et une vraie finesse de constitution. En ce sens ils cousinent un peu avec certains vins du chablisien dans le secteur de la rive droite, Montée de Tonnerre en particulier. Depuis longtemps une tradition locale mêle les pinots beurots et blancs aux différents plants de chardonnay. On rencontre également un peu d'aligoté dans les zones les plus hautes et les terres blanches. Cela procure à ces vins une vinosité variétale qui équilibre les trames vives et strictes de ces formidables vins méconnus. En général ils constituent avec Auxey-Duresses et Saint Romain  parmi les meilleurs vins blancs d'appellation village de la Côte d'Or car souvent plus personnels, plus originaux que ceux des zones plus huppées.

 

  Les premiers crus

 

 

Le cru des Vergelesses:

 

   Presque en face du Corton-Charlemagne qui regarde le sud,  Ile de Vergelesses s'étale en pente assez douce dans une zone orientée Est-Nord Est qui prolonge le coteau nord de Savigny Les Beaune. Entièrement situé sur le finage de Pernand ce climat exigü est l'un des plus qualitatifs de la Côte de Beaune et il s'exprime selon une nature élégante et racée  qui l'éloigne nettement du profil plus immédiatement fruité des Savigny si proches. Son sol brun calcaire et draînant est situé au dessous du premier cru Les  Vergelesses de Savigny - qui inclu en son milieu la fameuse Bataillère - et juste au dessus des Basses Vergelesses de Pernand qui prennent alors le nom simple de "Vergelesses".

  Ce casse-tête très bourguignon conduit à signifier que - cas quasiment unique en Côte d'Or- les finages des deux communes sont "coupés" dans le sens de la hauteur du coteau: En haut Savigny, en bas Pernand et avec le même nom de Vergelesses un vin de cailloux à Savigny et un vin de terres argileuses à Pernand! Voilà une partie de l'explication qui implique que des blancs sont mis en valeur à Savigny - commune très "rouge" - sur ce climat alors que le pinot est très majoritaire en Vergelesses sur Pernand, commune réputée essentiellement pour ses blancs! Vous me suivez toujours? -)

  Ile de Vergelesses est au coeur de ce secteur et s'il est localement très réputé car des flacons ayant plusieurs dizaines d'années et se goûtant parfaitement existent encore, il n'a pas la notoriété du Corton voisin. Funeste erreur car le Corton ne lui est certainement supérieur qu'en Bressandes, Renardes et Clos du Roi et me parâit même  moins régulier que lui. Je l'avoue sans peine, il fait partie de mon panthéon "secret" personnel et j'en ai de nombreux exemples en cave.

 

Les autres premiers crus du village:

 

       Les Fichots: Situé sous les iles de Vergelesses et contre les basses Vergelesses, le cru termine à l'ouest le coteau qui est situé entre les finages de Savigny et Pernand. Orienté quelque peu vers e Nord-Est il est assez souvent planté de pinots fins qui livrent ici une partition austère qui rapproche le cru de certains secteurs élevé situés sur Beaune. Ce, en dépit de sa position relativement basse sur le coteau. Plus ferme que les Vergelesses, moins fin aussi, il est en revanche plus puissant que lui et vieillit parfaitement.

       Le Creux de la Net: il forme une unité géographique avec les Caradeux et commence à regarder le Nord dans les yeux. Cru d'altitude, de maturité froide et de belle tension, il se présente souvent assez austère. Ses terres blondes mêlées de cailloux aiment les pinots mais certains ilots de blancs subsistent.

      En Caradeux: Assez proche du précédent mais sans doute plus puissant et de plus longue garde.

      les "nouveaux premiers crus" : Sous Frétille a été récemment classé en premier cru et si cet accessit est un peu flatteur aux regards de la qualité supérieure des parcelles placées face à lui, il ne fait qu'enterriner un usage qui consistait largement à isoler le finage lors des vinifications. Le Clos du village et le Clos Berthet ont également bénéficié de cette revalorisation au début du 21° siècle.

 

 

 

Patrick Essa - 2014

citations et reproductions interdites sans autorisation de l'auteur

Cartes: Pitiot, Servant

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