Concours et médailles: En chocolat?

Publié le par Patrick Essa

  

    En dépit d'un titre provocateur mon propos n'est pas de stigmatiser les concours consacrés aux vins mais de comprendre comment ils fonctionnent. Car quel que soit l'angle sous lequel il sont présentés, ils me semblent tous fonctionner peu ou prou avec la même logique et celle-ci je crois échappe très nettement à ceux qui se fient - ou fuient - à ces accessits qui singularisent les cuvées en les distinguant. Je m'en tiendrai donc aux faits simples et bruts, mais croyez moi ils sont assez signifiants.

 

   En premier lieu il faut une "raison" pour organiser une telle manifestation. Cela peut être une distinction globale comme les concours de Mâcon ou celui du salon de l'agriculture, les vins y sont alors perçus comme des vecteurs  symbolisant une production de bouche nationale. Cela peut être une distinction à visée régionale - la Chanteflûte, les Burgondia, le Tastevin - qui a pour objet de valoriser des productions en les "anoblissant" par une médaille, une sorte de sportivisation du "goût local". Cela peut aussi avoir des visées plus internationales car des vins de différentes régions et pays sont réunis sous une bannière liée, par exemple, à un cépage. Cas du concours des meilleurs pinot noirs du Monde organisé en Suisse. Mais à chaque fois les modes opératoires sont identiques. essayons de les détailler ici:

  • Appel, payant le plus souvent, d'échantillons auprès des producteurs en choisissant pour l'organisation de contacter le plus de domaines possible. Par exhaustivité sans doute mais également car il faut de la matière si l'on veut pouvoir opérer des sélections.
  • Organisation dans un lieu prestigieux avec des notables du vin utilisés comme "caution morale" et parfois quelques "people" pour faire monter la sauce et être un peu "glam'"!
  • Choix d'un jury très varié mêlant professionnels du vin et amateurs passionnés.De bons dégustateurs souvent mais n'ayant jamais le même vécu, les mêmes attentes et surtout les mêmes connaissances. Bref le jury n'est jamais organisé de manière à rationnaliser une "note" en opérant des évaluations pertinentes.
  • Mode opératoire très rigoureux sur le plan formel avec forces fiches de tasting et volonté d'objectiver la note selon des items finissant toujours par se "couper" en trois parties: couleur,Nez, Bouche. Dans les faits les différents dégustateurs posent leurs notes et les notes les plus éloignées de la "médiane" obtenue écarts  sont irrémédiablement écartées. Déguste "bien" celui qui est sur un axe "intermédiaire". Point de trop grosses notes et point de jugement trop négatifs...cela s'appelle le "lissage".
  • Traitement très rapide des résultats qui ne peuvent selon une règlementation européenne dépasser les 30% de médailles. Or + Argent + bronze, selon la bonne vieille classification olympique du baron de Coubertin, viennent alors sanctionner les réussites les mieux évaluées.
  • Au final sur 1000 cuvées présentées, environ 300 seront primées et se verront autorisées à arborer le logo du concours en plus de leur étiquette. Cela, quelle que soit la qualité moyenne des vins présentés. En effet les concours obtiennent toujours un nombre de réussites proches de ce qu'ils ont le "droit" de promouvoir.

   Assez curieusement c'est en ayant comme voisin d'un de ces tastings géants un supporter - horripilant!- de ce mode de fonctionnement que m'est apparue la véritable nature des enjeux qui s'y tenaient. Il semblait avoir beaucoup trop d'intérêt à  le défendre "bec et ongle" sous sa forme actuelle pour ne pas être partie prenante de son organisation.

   En même temps je pense que les revues  ne souhaitent pas déplaire à leurs annonceurs car elles vivent avec. Qui se couperait du budget publicité et de la mane qu'apporte la grande distribution en "mettant les pieds dans le plat"!? Il est plus simple de s'en tenir à la sacro-sainte affirmation qui consiste à dire "je n'évalue pas LE vin mais DES bouteilles à un instant donné". Par suite tout est forcément formidable dans le plus beau des mondes.

   Il est plus confortable de fustiger des producteurs qui, isolés, ne peuvent avoir de vrai droit de réponse. Ils courbent la tête et attendent le prochain tasting peut-être un peu plus favorable...sans se questionner sur la pertinence, les compétences et la probité des lieux où ils paient pour essayer de valoriser leurs vins.

   De ce point de vue là ils sont un peu victimes...mais surtout fautifs par manque d'organisation, de compréhension et surtout car ils font confiance à des gens - organisateurs, dégustateurs, serveurs, VIP - qui se réunissent tous selon une cause commune que peu perçoivent dans son ensemble et selon les enjeux UNIQUEMENT commerciaux qu'elle implique.

 

  Pour conclure signifions que la médaille obtenue s'achète et qu'elle est payable évidemment à l'organisateur du concours qui fait donc des profits sur les vins qu'il a permis de mettre en évidence. Les bouteilles pourront donc, à bon droit, arborer fièrement l'accessit qui fait vendre et qui permet à celui qui a attribué la médaille, par le biais de dégustateurs bénévoles, de faire tourner son business...

 

   ...Les concours du vin sont donc des entreprises non phylantropiques à buts mercantiles. Le saviez vous? En doutiez vous?   

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