Deux vénérables Meursault de André Buisson

Publié le par Patrick Essa

 

Meursault-Genevrières 1979 - André Buisson-Battault: Voilà plusieurs fois que j'entends parler du millésime 79 comme êtant "surtout" de forte production, ce qui dans la bouche des dégustateurs aurait tendance à minorer sa valeur. Soit, il y a eu des productions élevées chez quelques producteurs mais soulignons que le pinot a beaucoup plus "donné" que le chardonnay en moyenne cette année là et que surtout ce dernier cépage a atteint un niveau de complexité et de plénitude infiniment supérieur à la quasi totalité des Côte de Beaune rouges. Parti dans la vie avec une aimable réputation de vin élégant et souple, il n'avait sans doute pas dans l'esprit de ses "créateurs" le potentiel des plus grands. Mais il se révèle aujourd'hui comme un des possibles modèles pour les crus les plus aboutis de la Côte des blancs. Mon modèle en fait! En ces temps de tension et de vivacité, j'ai bien conscience être un peu "en dehors des modes" avec un tel "canon"...j'assume! Car être "out" correspond finalement assez fidèlement à une réalité en ce qui me concerne. -))

    Ce 1979 vinifié par André Buisson est une merveille de finesse et de douceur qui aurait pu être produit par François Jobard, Michel Bouzereau, Bernard Michelot ou Henri Germain tant il est "murisaltien" juqu'au bout des ongles. Un vin qui surpasse la notion de climat pour affirmer la singularité d'un finage conjuguée avec la vision des vignerons de cette époque. Car "oui" le Meursault a évolué, et "oui" celui-ci ne serait sans doute pas "fait comme cela" en ce moment. On l'aurait coupé sur plus de vivacité et moins de rondeurs en lui retirant sa soie de texture pour dynamiser son profil nerveux sous jacent. J'aime pour ma part ces Meursault vénérables qui semblent se rafraîchir en vieillissant car il s'affinent sur la douceur d'une matière serrée. Il leur fallait pour cela de la concentration et une juste maturité sans excès de botrytis et puis un élevage "neutre" sans bois marquant, sans vanilline, sans grillé vulgaire...bref un peu brut,un rien réduit, mais tellement pur au final après aération, trente ans plus tard!

   Voyez sa couleur claire, son grain de texture saillant qui semble posséder des milliards de micro aspérités qui tracent dans votre palais des sillons de douceur. Ce vin là c'est un peu de l'essence de Meursault,cette subtile alchimie entre moëlleux de la matière et sècheresse absolue du liquide. De la viscosité sans sucrosité, du charme sans fard...une immense bouteille qui m'a laissé sans voix pendant plusieurs minutes! Moi je vis pour ces moments là!Hors classe

 

Meursault-Charmes 1962 - André Buisson-Battault: André avait  36 ans lorsqu'il a vinifié ce vin et déjà plus de 20 années d'espérience! Marié à Thérèse Battault qui lui a apporté ce cru de  Charmes - partie médiane - il a toute sa vie produit des vins de grande race  qui comme lui ne savaient pas ce que le mot "artifice" signifiait. Peu de bois, peu de rendements, des vignes labourées avec passion, une vision finalement simple et très exigeante d'un métier qu'il symbolisait à bien des égares. En compagnie des gens de sa génération - Bernard Michelot, Hubert Rougeot, Raymond Ballot, Pierre Matrot, Georges Coche - il a sans doute contribué à faire connaître le nom de son village en le plaçant bien au dessus du sien. Sans communiquer sur son nom de domaine,ou si peu, il a bien avant l'heure sancitifié les climats de sa commune et de la Côte. Une attitude très sage et "pérénnisante" qui au fond ne requièrait pas du recours à un classement UNESCO tout en s'avérant des plus efficaces. Autres temps, autres moeurs.

   1962 est une grande année qui a été un peu mise sous l'éteignoire par les immenses 1959 et 1961. C'est un millésime qui comme 79 s'est toujours exprimé sur la finesse et la douceur de texture et qui n'a cessé d'évoluer avec un grâce ultime. Le déguster en compagnie du Genevrières 79 fut un moment inoubliable tant on s'est alors rendu compte que le temps pouvait complexifier - encore! - en les affinant ces vins nés sans doute un peu discrètement sur le plan aromatique. La couleur était celle d'un vin de cinq ans, le nez frais développait des notes florales proches du chèvrefeuille et la bouche...était la classe faîtes vin! Sans doute l'un des trois meilleurs vins blancs bus dans ma petite vie de dégustateur! Immense....et bien entendu Hors ligne.

 

Publié dans Côte de Beaune Blanc

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