Et si on parlait du Beaujolais?

Publié le par Patrick Essa

Beaujolais!

 

  Je lis avec beaucoup d'attention les débats incessants sur les interprétations des terroirs en Beaujolais car j'aime ces vins et leurs finages.

   Je pense toutefois que le manque d'unité de cette région provient essentiellement des différentes formes de vinifications et d'élevages utilisés. Le gamay placé sur les beaux terroirs de granit peut gommer l'origine du sol si le vigneron use systématiquement de macérations semi-carboniques et de vinifications excessivement thermo-régulées. Le fruit prend le pas sur l'expression racée conférée par les sols et la douceur de texture est plus recherchée que l'expression "climatique". Celle que l'on associerait à un cru individualisé. De même la durée des élevages et les contenants utilisés marquent sensiblement les vins au sein d'une même appellation et il est peu aisé de définir des constantes gustatives selon une aire de production.

  Je déguste quasiment tous les ans la série des Beaujolais présentées à la revue Bourgogne Aujourd'hui. J'aime faire ce déplacement à la maison des vins du Beaujolais - comme celui qui me conduira bientôt dans le mâconnais - car j'attends beaucoup des crus de cette région et de la vague de renouveau qui l'anime. Mais force est de constater que les nombreux archétypes mis en marché présentent une disparité étonnante pour le consommateur. Le vin d'expression centré sur le terroir de Bouland, Burgaud ou Desvignes ne semble pas forcément "frère" ou "cousin" de celui qui est élevé sous bois par le château des Jacques, encore moins de celui plus directement traditionnel d'une maison comme Boulon. En somme la patte du vigneron fait office de principal marqueur organoleptique. Un fait.

  Si certaines grandes orientations se dégagent en fonction des origines, elles ne sont à rechercher bien souvent qu'au sein d'une même gamme chez un même vigneron. Comparez les Morgon de la fille de Louis Claude Desvignes avec ceux de Daniel Bouland ou avec les crus de Pierre Marie Chermette dans une dégustation, vous aurez un mal fou à leur trouver des "similitudes" évidentes, surtout si l'on considère des vins jeunes.

   J'attends au fond que la région se dote d'un cahier des charges qui la démarque de la Bourgogne du Nord en se positionnant comme la grande région rouge de la Bourgogne du Sud:

  • En lui interdisant de déclasser ses Beaujolais villages en Bourgogne rouge. Le gamay ne doit pas entrer dans les cuvées de Bourgogne générique et se concentrer sur l'appellation Beaujolais .
  • En définissant des premiers crus identifiables parmi les villages classés et en limitant les rendements par pieds dans ces crus.
  • En définissant un modèle de vinification susceptible de donner une vraie unité à la région et en laissant à celui-ci assez de variabilité pour que chacun puisse s'y adpater selon sa sensibilité.
  • En développant une politique de crus ambitieuse qui positionne ses vins de grands terroirs comme des vins de haut niveau. Capables de rivaliser avec les meilleurs sur la longévité et l'expression.
  • En diminuant progressivement la production des primeurs qui plombe l'image de la région en la confinant dans une "niche" bas de gamme qu'elle ne mérite pas.
  • En définissant progressivement et en douceur des zones témoins susceptibles de porter le cépage syrah à son meilleur car les terroirs du secteur souffrent de la médiocre qualité variétale du gamay. Une politqiue sur vingt années qu'il faut commencer à initier sur les expositions Est.

+ Quelques dégustations sélectives réalisées pour degustateurs.com:

+ Les articles du site concernant les domaines cités dans le texte:

 

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