L'habit ne fait pas le moine...

Publié le par Le Blog de Patrick Essa

Ce matin j'ai reçu un groupe fort sympathique de parisiens passionnés par la chose vineuse, pas forcément "grands connaisseurs" mais plutôt épicuriens curieux, amateurs de bonne chair et de belles quilles. Au début de la dégustation je tends mes verres aux époux et à leurs conjointes et je perçois immédiatement une pointe de gêne chez l'une d'elle...elle finira par m'avouer ne boire "que" du vin rouge. Il est certain que se déplacer à Meursault lorsque l'on apprécie uniquement les grands rouges de Bordeaux et de la Côte de nuits crée immanquablement une sorte de "problème". Voilà que j'allais ferrailler toute la matinée pour essayer de la convaincre que les blancs peuvent aussi être de grands vins et que la couleur n'est certes pas un gage de défaut ou de qualité. La suite m'a prouvé qu'avec un peu d'intelligence on peut faire évoluer ses goûts, belle preuve d'ouverture d'esprit, madame!

  A la lumière des  rendez-vous quotidiens que j'honore en cave il me semble assez fréquent que de nombreuses personnes affirment ne pas aimer telle ou telle couleur de vin. "Non merci je ne bois pas de rouge" ou " j'attends les rouges car je préfère"...combien cela a le don de m'agacer. Qui peut me dire d'où vient cette idée stupide qu'un vin puisse être supérieur ou inférieur en fonction de la profondeur de sa robe ou de ses pâles reflets or verts. Il s'agit d'un parti pris lié à des représentations culturelles mal explicitées et d'une forme latente de non compréhension de ce qu'est véritablement la "chose vineuse". Car entre nous je vous l'annonce peu de ses dégustateurs pourraient distinguer un blanc d'un rouge dans un verre sans teint, une expérience que j'ai maintes fois vérifiées de visu...enfin si l'on peut dire!

  

  De la même manière, il est devenu suspect de présenter en dégustations comparatives des vins blancs non filtrés et non collés qui ont été élevés sous bois avec une généreuse proportion de lies. Pourquoi donc me direz-vous? Eh bien simplement car ils se présentent très souvent un peu plus "tachés" un peu plus "jaune or" et un peu moins scintillant que les autres. A l'heure où les amateurs et professionnels traquent le moindre indice qui pourrait les conduire vers une oxydation prématurée, ils ne jurent que par les vins délavés, sans couleur et d'une impression incisive magnifiant dans leur esprit leur capacité à ne pas "mourir avant d'être ouvert". Donc on lave plus blanc en dépouillant ses vins par des opérations de nettoyage interventionnistes - collage, enzymage, pré filtration, filtration- qui les laisse exsangue mais si "cristallin"... Les vins rouges en revanche se doivent de montrer des couleurs "profondes" sans quoi ils passeront inévitablement pour dilués, peu capables de se garder et surtout sans complexité.

 

  Pauvre de nous, aveuglés que nous sommes par l'image première perçue dans le verre, tant il est vrai que très souvent "l'habit ne fait pas le moine"...

 

 

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