La Tâche 2002 - Domaine de La Romanée Conti

Publié le par Patrick Essa



 



   Le domaine de La Romanée Conti est un mythe qui fonde la qualité des vins ultimes, un nom qui fait rêver la planète vin, devant même Yquem, Ausone ou Pétrus. Il produit des vins chers, contingentés et inaccessibles à la plupart des acheteurs car tout ce qu'il distribue est immédiatement considéré comme valeur étalon et la demande dépasse plusieurs dizaines de fois l'offre qu'il met en vente. Son offre? Schématiquement 25 hectares produisant entre 80 et 130.000 bouteilles dont les prix à la propriété oscillent entre 200 et 1000 euros si l'on a la chance d'être admis comme allocataire et que l'on accepte de panacher sa commande avec mesure...
   La Bourgogne a ainsi sa vitrine très haut de gamme et respecte avec ferveur sa prééminence depuis plus de deux siècles. Aujourd'hui toutefois les "amis" de Bordeaux sont parvenus à vendre des productions de plus de cent hectares plus chères que cette Romanée Conti, Ainsi aujourd'hui tous les premiers crus classés et assimilés partent des chais avec entre 20 et 30% de plus-values que la Romanée Conti produite sur moins de deux hectares. Celle-ci reste toutefois la première sur le marché de la revente et de loin...et son nom ne semble pas le moins du monde souffrir de cette concurrence de l'instant. Le Domaine serait-il au dessus des règles définies par le marché? Sans doute!
   Une visite à Vosne dans les chais qui jouxtent la Saint Vivant suffit à convaincre le visiteur  qu'il entre en en terre de tradition, où les excès et le superflu n'ont pas le moindre droit de cité. Permanence du style et de forme qui n'exclut pas les progrès et les évolutions ancrant également les lieux dans le présent...Les ordinateurs ne sont jamais loin de la pierre en sommes!
  

   La Tâche est le second plus grand vin de Bourgogne après la Conti, si l'on se fie à sa réputation locale. Devant Musigny, Chambertin, Tart et Richebourg elle donne souvent tout le meilleur Bourgogne possible avec une originalité aromatique que je n'hésiterais pas à placer en tête de tous les vins de la planète, à l'égale de la merveilleuse Landonne de Guigal. Pourtant c'est un climat qui a changé. Intégrant il y a près de cent ans à sa forme originelle - qui ne mesurait qu'un peu plus d'un hectare - la quasi totalité du climat des Gaudichots. Cette terre argileuse de fin de coteau, presque plane est donc devenu plus caillouteuse, pentue et sans doute marquée par une nervosité plus fraîche à cette époque. Un choix qui certes entérinait des usages vieux de plusieurs décennies mais qui toutefois à considérablement changé la figure de ce Climat hors norme. Désormais il mesure près de 7 hectares et donne entre 15.00 et 20.000 bouteilles par an. Plus grand que Lafleur à Pomerol, aussi large que le Clos de Tart et le Clos Saint Denis, près de dix fois la petite Romanée de Liger-Belair. En sommes, ce n'est pas à proprement parler un vin rare mais un vin très "recherché". Une nuance qui plaide en sa faveur...

   Les terres sombres de ce cru ferrigineux ont livré en 2002 un vin qui repositionne la nature variétale du pinot noir très en retrait. Dégusté à l'aveugle en compagnie de l'Echezeaux du même millésime, il était également beaucoup moins proche que lui de ces notes de griottes amères mêlées à la caroube qui signent la plupart du temps les vins du domaine. Ce profil d'élevage un peu saillant qui évoque fine réduction et boisé de haute qualité un peu torréfié, en même temps que vendanges entières partielles était ici totalement absent pour laisser poindre un nez de bâton de réglisse dominant. J'avoue avoir un petit instant pensé _ décidément - à la Landonne de Guigal, avant de vite revenir sur...le Chambertin! La couleur assez soutenue était rubis, de turbidité assez forte, le vin a manifestement été fort peu filtré, peut être pas assez. Ce fait donne une dimension rugueuse aux tanins en même temps qu'une imprécision aromatique étonnante que l'Echezeaux moins riche n'avait pas. Bien sûr la bouche épicée, finement mentholée et marquées par les fruits noirs mûrs et une trace verte ligneuse était complexe et longue, mais à ce niveau le flacon devrait être plus pur. Bonne bouteille toutefois qui possède la race du cru mais qui manifestement ne révèle qu'une partie du potentiel de cet immense terroir. Très bien +


Et puis aussi:

La Tâche 2004 - Domaine de la Romanée Conti

 

Dégustée sur Fûts en 2005:

La Tâche 2004 : Comme tous les ans le cru brille de mille feux et semble proprement en dehors du cadre temporel afférant aux autres climats. Il possède avec éclat cette intensité terrienne qui livre ce profil si caractéristique qui décline la merise, l’amande et le réglisse sur un substrat quasiment « ferrugineux ». Les tanins sont plus saillants, la bouche plus imposante pour  un ensemble qui paraît nerveux et enveloppant à la fois. J’ai admiré son profil droit et sa prise de bois parfaite, sa longueur incroyable et sa complexité quasiment inexplicable. Un vin hors norme, ébouriffant qui vous met les sens à l’envers ! Excellent+

Dégustée en bouteilles en 2011:

  Le vin encore en élevage m'avait vraiment enthousiasmé par sa texture, sa pureté et sa richesse. Quelques années plus tard il se montre plus civilisé, plus fin et pour tout dire encore assez discret. Sa robe rubis, de profondeur honorable montre une très légère évolution vers l'acajou et une turbidité basse. Le nez un peu réducteur et torréfié met un peu de temps à s'ouvrir vers des notes de mûre et de pruneau mais celles-ci sont alors insinuantes. J'aime la bouche droite, fraîche et encore nerveuse qui exhalte le fruit et porte une part assez discrète de ce grand terroir par ces arômes épicés. Un bon cru issu d'une année qui décidément ne restera pas dans les annales. Longueur satisfaisante.  Très bien.

  Deux perceptions distinctes, sincères et...différentes. Pas simple le vin!

Publié dans Côte de Nuits

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article