Le Champagne m'ennuie

Publié le par Patrick Essa

  

  J'ai vécu à Epernay et à Sillery et enseigné au lycée Léon Bourgeois de cette cité...avenue de Champagne! Dans le vieux gymnase nous entendions même le bruit des remueurs de la maison de Castellane toute proche. Ainsi ai-je de bons souvenirs de cette région, de mes footings entre le Sillery, Mailly et le Cran de Ludes où je courais carte en main pour situer les finages et apprécier la qualité des communes classées 100%, des gens qui m'ont accueillis, des paysages variés et même de certaines bulles dégustées. Car oui je tiens à le dire clairement, j'ai vraiment essayé de comprendre la Champagne et son esprit en savourant patiemment les vins qui y étaient produits.

   Mais hélas plus de vingt années plus tard, je n'ai que des déceptions à faire valoir. Combien de bulles acides, trop dosées, lactiques, passées, diluées ai-je dû avaler pour "faire plaisir" lors d'appéritifs sans intérêt. Combien de sourires forcés et d'opinions passées sous silence, combien de fois ai-je rêvé d'un blanc sec quand on me tendait une coupe plus ou moins sucrées. Le Champagne est le vin qui m'a le plus déçu et même agacé ces dernières années...après le rosé! Et puis ces sourires béats devant des cuvées "prestige" ternes et acqueuses, dont la seule qualité est l'intensité de leur cordon et la contenance qu'elles autorisent en tenant la coupe...

  Je l'avoue, plus j'avance dans la connaissance des vins et plus je m'éloigne de cette région qui s'autorise tout pour faire de l'argent. Les plus grands rendements, la possibilité d'assembler, de sucrer, d'acidifier, de faire les deux, de couper des années, de couper des couleurs, de mélanger les provenances, de massacrer ses sols en les traitant comme des bêtes de somme qu'il faut surcharger d'engrais pour surproduire, de récolter pas mûr et de définir la qualité des cuvées en fonction de la couleur des étiquettes...Quand donc un critique gastronmique sérieux et pas noyauté par les budgets publicités ASTRONOMIQUES des "bulleux" osera t'il l'écrire!? Jamais, clairement.

   Je sais j'exagère, mais si peu au fond. Le pire est que les rendements ne sont pas plus faibles dans les grandes cuvées qui se démarquent essentiellement par leurs prix. Un Champagne n'est jamais complètement mauvais mais il est 99% du temps inintéressant et standardisé. Voilà des flacons qui représentent en quelque sorte le "prêt à porter" bas et milieu de gamme du vin, il se vend au moment des fêtes et des enterrements pour faire mousser la connerie de ceux qui le servent à chaque instant sans raison autre que de faire "péter"!

   J'ai bu trois Champagnes dignes de ce nom cette année et un grand vin...qui vaut plus de 200 euros alors qu'il est issu de rendements proches de 100 hl / ha! A côté de cela 10 flacons "convenables" et une brouette de flotte perlante gazéifiée à l'hélium par mes invités souhaitant me voir sourire. Je ne l'accepterai simplement plus! Ceux qui m'ouvriront dorénavant un canon de CO2 ont particulièrement intérêt à faire attention à mes réactions gazeuses aussi épidermiques que terrifiques...

 

NB: il y a pire...le Champagne rosé!

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