Climat Grand Cru: le Clos de Vougeot à Vougeot

Publié le par Le Blog de Patrick Essa

      La commune est constituée d’un sol presque entièrement classé en premier et grand cru ou il est plus facile de trouver une bouteille de Clos de Vougeot qu’un vin issu d’une parcelle « village ». La seigneurie de Gilly et l’abbaye de Cîteaux ont longtemps contrôlé ces terres, estimées de temps immémoriaux au rang des meilleures parcelles de la Côte. On pense même que l’idée du grand vin de Bourgogne a pris racine en cette contrée très tôt mise en culture non loin de la source de la Vouge. De l’eau, une terre en pente douce exposée au levant et de sols filtrants qui ressuient vite les pluies… les moines avaient un sens éprouvé des potentialités d’une terre, c’est certain.

 

 

 

 

 

Aujourd’hui le finage en vigne est modeste (moins de 80 hectares), jouxte les maisons de Gilly les Cîteaux et se trouvent pris « en tenaille » entre le chemin de Chambolle-Musigny au sud et le mur nord du Clos de Vougeot. Les sols très divers sont un véritable casse-tête pour l’amateur de Bourgogne qui a souvent du mal à s’y retrouver pour choisir un Vougeot à sa mesure. Pour simplifier un peu la lecture de ce terroir complexe il convient de séparer la partie du Clos de Vougeot proprement dîtes de celle des premiers crus et villages placés sous les carrières qui constituent aujourd’hui le Clos de la Perrière du domaine Bertagna.

 

 

Le Clos de Vougeot est une entité créée par l’homme, longtemps cultivée comme un seul et même tout par un unique propriétaire, les cisterciens ou M. Ouvrard au 19°siècle. C’est assurément à cette période qu’elle a connue la gloire ultime d’être considérée au rang des trois meilleurs grands crus de la Côte (classement de Lavalle en 1855). Cependant de nos jours plus de 80 Clos de Vougeot naissent chaque année sur de terres variées, il est évident que cela marque leur nature et autorise sans doute une révision de leurs canons esthétiques.

 

Je pense qu’il faut naturellement dissocier les terres hautes sises proches du Château, et qui vont jusqu’au lieu dit « petit maupertui » au sud et « musigni»et « montiotte hautes » au nord, elles sont plus caillouteuses et maigres et procurent naturellement une tension minérale très racée aux vins qui en proviennent, tout en les marquant de cette inimitable touche fumée mêlée d'épices sur un nez de rose ancienne qui fait la marque des plus nobles crus du secteur. Ensuite au lieu de couper le clos selon la hauteur topographique du sol comme il est communément admis je me risquerais à le couper selon une ligne est-ouest pour distinguer la partie basse du sud et la partie basse et médiane du nord, très différentes dans leurs expressions. La première donne les Clos de Vougeot les plus rustiques et terriens, mais aussi parmi les plus charpentés, la seconde plus haute, plus filtrante, placée sur des terres un peu moins argileuses et plus solaires donnent des crus « séveux », velouté et d’une immédiate séduction aromatique, sans toutefois "l’étincelle de génie" du haut. Je placerais la parcelle Jadot actuelle comme la ligne départageant ces deux « identités ».Mais encore faudrait-il pour être parfaitement juste mettre dans une classe à part le coin sud de la vigne "Garenne" qui forme une vague avec un envers derrière le château et qui appartient aux domaines Confuron, Noëllat et château de la Tour

 

 

 

 

Les premiers crus sont peu nombreux et possèdent des qualités diverses. Le meilleur est sans aucun doute « les Petits Vougeots » qui possède la tenue d’une jolie cuvée de Chambolle-Musigny. Le sol est pierreux au edessus du climat et nettement plus argileux en bas, légèrement incliné à l’est et placé dans le prolongement nord du clos. Juste au dessus se trouve le Clos de la Perrière ( mais en fait inclu dedans cadastralement parlant) qui livre des vins tendus et minéraux possédant de la finesse. Le chardonnay possède dasn les Petits Vougeots un joli potentiel, comme dans le Clos Blanc placé en dessous. De ces deux crus blancs le moins connu a souvent ma préférence pour son côté plus aérien. Les Cras devraient il me semble être classés en AOC communale car ils manquent singulièrement de complexité et d’étoffe et sont d’ailleurs assez peu souvent revendiqués.

 

 

2/ Caractères des domaines et des crus :

 

 

A/ les producteurs du village :

 

 

Domaine de la Vougeraie : Unité créée par le domaine Boisset et dirigée jusqu'en 2005 par la canadien Pascal Marchand. Elle dispose d’un des patrimoines fonciers les plus remarquables de la commune. Il correspond en partie aux anciennes vignes de la maison l’héritier Guyot et inclut – en plus d’une parcelle de Clos de Vougeot sise en « Montiotte haute » contre le mur nord du clos – l’intégralité du Clos blanc.

 

Les vins sont aujourd’hui vinifiés avec une maîtrise parfaite qui génère de rouges pleins, riches et denses où les tanins abondants et le bois dominent souvent en vin jeune. Pascal aime ce style serré et dense qui requière plusieurs années de garde avant de libérer son potentiel. Le Clos est souvent d’une concentration incroyable. Les blancs sont aromatiques et assez boisés. Ils développent de arômes puissants et entêtants et séduiront les amateurs d’opulence. Le clos du Prieuré – un village provenant d’une parcelle placée au pied de la Vouge- est souvent élégant et fin et se livre avec une très belle tension. La culture est biodynamique.

 

 

Domaine du Château de la Tour : Le seul clos de Vougeot vinifié intra-muros est souvent d’une rare plénitude. Concentré, fin et toujours très noblement bouqueté il tire la quintessence des sols multiples de la partie médiane nord du clos (« Dix journaux » et « Marei bas » mais aussi un peu de « Montiotte médiane »). Vers le haut une petite bande appelée « plante Hamel » possède la finesse mêlée des Echezeaux et du Musigny de la combe d’Orveaux, elle complète à merveille cet ensemble d’une unité rare qui se rapproche sans doute du « vrai » Clos de Vougeot originel par sa texture et sa composition. Une cuvée de Vieilles vignes est aussi vinifiée mais sa diffusion est confidentielle.

 

 

Domaine Bertagna : Propriété de la famille allemande Reh. Les vins sont aujourd’hui vinifiés dans un style moderne et accessible qui fait la part belle à la séduction immédiate. Le Clos de Vougeot provient d’une parcelle de 31 ares sise au nord médian du Clos à cheval entre les Dix journaux et les « Montiottes hautes ».C’est un vin charnu et fin qui dispose également d’une belle capacité de maturation.

 

Le domaine possède également trois premiers crus. Les petits Vougeots, toujours minéraux et fluide sur une grande finesse de constitution. Le Clos de la Perrière, plus austère, dense et serré qui réclame du temps pour fondre sa matière riche et bouquetée. Enfin les Cras plus immédiats et ronds, mais moins amples et complexes. La partie blanche des Petits Vougeots détient sans doute l’un des meilleurs potentiels des crus blancs de la Côte de Nuits.

 

 

Domaine Leymarie-Ceci : petit domaine - aujourd'hui vendu - peu connu mais qui était de belle régularité. Il produisait des vins très classiques et fins qui ravirent les amateurs de classicisme et les amoureux de Bourgogne séveux et gorgé de fruit. Son clos de Vougeot provenait d’une vigne du sud haut dans le « Petit Maupertui » (51 ares) et se plaçait carrément dans les meilleures cuvées du cru année après années, mais qui le savait !

 

 

 

Domaine Hudelot-Noellat : Trois parcelles de clos de Vougeot formant un ensemble de 43 ares avec deux sublimes parcelles médianes hautes en « Plante l’Abbé » et « Chioures » et une autre – centrale basse – dans les « Baudes saint Martin » ; Le vin est très proche de celui de Leymarie, toujours rubis et harmonieux, jouant l’élégance avant de s’échapper vers la puissance. A destiner aux amoureux de vins à table. Une parcelle de petits Vougeots donne ici un vin d’une suavité indicible, très proche des Hauts Doix et Amoureuses voisins de Chambolle. Pierre Navrocki s’est occupé du domaine jusqu’en 2003 et a su lui insuffler une énergie rare.Le domaine est géographiquement sur Chambolle mais il touche dans les faits les maisons de Vougeot.

 

 

B/ les autres producteurs 

 

Domaine Engel à Vosne romanée : Un hectare 37 ares dans le haut du clos de Vougeot (quartier de « Marei haut ») pour un vin d’une grande élégance, possédant toujours une distinction superlative. Sans doute le meilleur vin – le plus régulier en fait -de ce célèbre domaine qui hélas a connu la disparition de son propriétaire - Philippe Engel - Il y a quelques années. Il a depuis été racheté par François Pinault et se nomme désormais domaine Eugénie.

 

 

 

Domaine Robert Arnoux à Vosne Romanée : Le style du domaine est très reconnaissable, des vins très soyeux, velouté, sans aucune aspérité et possédant des tanins très souples. La Bourgogne s’éloigne aujourd’hui nettement de cette école stylistique qui a tant fait pour la renommée de ce vins et c’est sans doute une grande erreur. Pascal Lachaux vinifie à la perfection cette parcelle placée tout en haut du clos dans le « Grand Maupertui ». Les derniers millésimes sont tous d’une race et d’une harmonie exemplaire et méritent votre attention. Les prix sont élevés…comme il est de coutume à Vosne !

 

 

 

Domaine Anne Gros à Vosne Romanée : L’étiquette du domaine le mentionne ce Clos vient du Grand Maupertui. Le vin est issu d’une très vieille vigne parfaitement travaillée qui donne ici bon an mal an un vin d’une puissance étonnante. Charpenté, il ne manque cependant pas de subtilité et ses notes fumées, terriennes se mêlent souvent aux fruits noirs. Anne Gros est une styliste et aime les vins délicats et concentrés.

 

 

 

Domaine Gros frères et sœurs à Vosne Romanée : Sans doute l’une des meilleures parcelles du clos. Placée dans le « Musigni », elle cousine avec son prestigieux voisin. Le bois neuf la farde souvent un peu trop en vin jeune mais elle acquière avec le temps une dimension étonnante. Le vin est à la fois puissant et racé, très minéral et presque sauvage, et d’une longueur impressionnante. Le 99 était ici un chef d’œuvre.

 

 

 

Domaine Anne-Françoise Gros à Vosne Romanée : Les vins de ce domaine ont toujours un caractère épicé et des tanins très souples. Boisé fin mais présent, extraction mesurée, chair soyeuse. Les vins ont de l’étoffe et de la longueur.

 

 

 

Domaine Lamarche à Vosne Romanée : Si souvent mis en évidence pour la Grande Rue qu’il possède en monopole, François Lamarche produit également un Clos de Vougeot superbement bien placé - en grande partie dans le haut - . Son vin est très coloré, profond et finement fumé. C’est un vin terrien et séveux qui exhale le réglisse et la menthe sauvage. Un 79 bu récemment se comportait encore comme un jeune homme et les derniers millésimes semblent gagner en concentration. Mais j'avoue humblement ne pas être un grand afficionado de ce domaine qui est irrégulier.

 

 

 

Domaine Rebourseau à Gevrey-Chambertin : 2 hectares 21 ares en « Marei bas » et « 14 journaux » soit le milieu du clos (la plus grande partie) et le bas du Clos au centre donnent ici un vin d’une rare harmonie. Terrien et dense, les vieilles vignes de 1927 procurent une énergie formidable à ce vin dont les fruits sont pourtant récoltés à la machine à vendanger. Soulignons cependant que le plus grand soin est apporter à cette opération à la propriété et qu’il est impossible à l’aveugle de percevoir une quelconque différence avec les autres crus. Les derniers millésimes ne montrent pas véritablement tout le potentiel de ces terroirs.

 

 

 

Domaine Mortet à Gevrey-Chambertin : La partie la plus basse et « nordiste » du clos dans les « Montiottes basses », elle appartenait autrefois au domaine Prieur et est cultivée par la famille Mortet depuis les années 80.Le style du domaine transparaît, il est fait de gourmandise et d’élégance, mais aussi de race et de volupté. Un Clos sensuel et précis qui magnifie sa partie terrienne par une texture d’une souplesse affirmée. Pas le meilleur cru du domaine, mais un vin à l’impeccable régularité.

 

 

 

Domaine Raphet à Morey Saint Denis : Lui aussi placé dans la partie basse il se veut beaucoup plus classique. Robe rubis, nez fin et discret sur des notes de merise et de fruits rouges, c’est un clos de demi corps, toujours pur et racé mais sans la puissance des meilleures cuvées du haut.

 

 

Domaine Prieur à Meursault : Il reste un hectare 25 ares au domaine sur les 3 hectares 34 ares dont il disposait autrefois. Placé en « Montiotte basses » les vignes y puisent un caractère bouqueté, terrien et austère qui le destine à la très longue garde. Ces dernières années Nadine Gublin et Martin Prieur en ont fait un vin riche et opulent, luxueusement boisé qui doit être mis de côté pour un bel avenir assuré. Mais n’en attendez pas la finesse d’un Musigny ou la personnalité racée d’un Chambertin.

 

 

 

Domaine du Clos Frantin/Bichot à Nuits Saint Georges : Un demi hectare du haut en bas du Clos donne ici un des vins les plus aboutis et complexes de l’ère moderne du Clos de Vougeot. Expression juste de l’assemblage originel des parcelles il a été vinifié depuis 97 par Jérôme Faure-brac qui lui a inculqué sa vision souple et racée des grands crus de pinot noir.Depuis le maestro est parti chez Drouhin vinifié la parcelle voisine ! Mais vous pouvez continuer à faire confiance à la maison, les vins possèdent une classe folle.

 

 

Domaine Lescure à nuits Saint Georges : François Chaveriat s’en défend un peu mais il aime les vins noirs, concentrés et assez extraits. Ce n’est pas un défaut bien entendu mais cela marque assez fortement son vin qui est d’une densité peu commune dans les derniers millésimes. La personnalité du milieu nord du clos (« Montiotte médiane ») est ici imposante et donne une minéralité et une sève de constitution vraiment imposantes. Le boisé est fin et présent, le style résolument moderne et ambitieux.

 

 

Domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges : Voisin de cave avec le domaine Lescure, il est étonnant de constater combien les vins possèdent une certaine gémellité de forme. Puissant et musclé celui de Thibault est un vin racé qui naît dans la partie médiane sud du Clos (« les Baudes basses», partie haute) et qui semble pouvoir défier les décennies. Fruits noirs, épices et grande allonge sur des tanins fermes. Un Clos masculin produit depuis peu (2002) et qu’il faudra suivre avec attention.

 

 

Domaine Mongeard-Mugneret à Vosne Romanée : Deux parcelles (« Grand Maupertui » et « Chioures ») dans le haut du clos, en un endroit qui appartient quasi-exclusivement à des vigneron de Vosne ou Flagey. Le vin est assez proche du style de François Gros, boisé, luxueusement, gourmand et épicé. Un Clos séducteur et tonic qui ravira les amateurs de vins modernes, riches et gourmands.

 

 

 

Domaine Faiveley : Le domaine a toujours produit des vins charpentés à la longévité proverbiale. Son Clos de Vougeot ne fait pas exception à la règle. Trois parcelles – mesurant un hectare 28 ares en tout - se combinent pour donner au vin une complexité cistercienne de très belle facture. La partie de « Baudes basses » apportent le spectre terrien, les « 14 journaux », la puissance et la sève et le « Maupertui » une finesse plus minérale et l’élégance de la texture. Un « clos » complet qui demande une attente patiente et qui est sans doute aujourd’hui un des archétypes les plus aboutis des modernes Clos de Vougeot. Une verticale au long cours serait sans doute passionnante en ces contrées …

 

 

Domaine Christian Amiot et filles : Une splendide parcelle de 83 ares tout contre celle de Liger Belair dans la partie haute des « Baudes basses ». Exploitée à mi-fruit car elle appartient à Gérard Loichet, elle donne un vin trapu, tannique et ferme qu’il faut savoir attendre, mais qui dispose d’un viatique parfait pour affronter les décennies. Le boisé est parfaitement fondu et le style s’est orienté vers plus de souplesse avec l’arrivée de prune et violette Amiot dans les vinifications ces dernières années. A noter le suivi des vinifications réalisé par Pierre Millmann, un œnologue précis et précieux qui conseille entre autres Virgile Lignier-Michelot et les frères Rossignol-Trapet.

 

 

Domaine Michel Noëllat : J’ai dégusté de nombreux vieux millésimes de ce domaine trop méconnu et je reste souvent pantois devant la finesse qui peut se dégager de son Clos de Vougeot. Dans mes souvenirs j’ai « l’inimaginable » vision d’une bouteille de 1990 bue au sommet des « Dents Blanches » après une course de plus de 7 heures. Mon guide avait même apporté les verres à pieds pour me le faire savourer. Magique ! Etonnamment les vins sont en général assez fermes au domaine et disposent de solides arguments tanniques, ce n’est pas le cas de celui-là qui respire la race et la distinction des quartiers de « Marei haut ». La vigne de 21 ares appartient à la famille Tremblay et est cernée par les vignes Engel et Arnoux. Un « must » de ma cave !

 

 

Domaine Jadot : Le puissant négociant beaunois possède ici près de deux hectares et demie dans le secteur des Baudes (basses, hautes et saint Martin). A sa propriété initiale s’est ajoutée assez récemment la vigne de la maison Champy qui appartenait à la famille Mérat. Il en résulte un vin d’une très grande richesse de constitution possédant une assise tannique forte. Jacques Lardières n’hésite pas à imaginer son vin pour demain et lui fait subir de très longue fermentation à température maîtrisée. Le vin est vraiment destiné à la table et au gibier. Sans doute la version la plus « musclée » que je connaisse.

 

 

 

 



Patrick Essa - Webmestre - Email - Biographie
"Ordo ab chao"

 

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