Caractère général et cru de niveau village du finage de Chambolle-Musigny

Publié le par Patrick Essa

Caractère général et cru de niveau village du finage de Chambolle-Musigny
Caractère général et cru de niveau village du finage de Chambolle-Musigny

Le Grognot veille de ses hauteurs sur le finage de Chambolle. Montagne « Orienne » peu impressionnante, elle surplombe l’un des terroirs bourguignons les plus précieux en l’abritant des vents d’ouest et en autorisant les rayons d’Est à rôtir ses côtes. Son sommet ne vaut rien quand ses pentes sont d’or, le mont isolé formant une double combe sur ses flancs a le privilège en quelque sorte d’enchâsser le diamant Musigny.

  Le village situé en dessous est beau, petit, discret et ombragé. Passez à Chambolle un jour de canicule, vous y trouverez fraîcheur et climat paisible, comme si les combes éboulées avaient permis à ses pierres de trouver une juste place, comme si les ruelles étroites étaient propices à la mesure, au recueillement et à la rêverie…le vin transpire de cet air du temps, de ce climat prégnant qui vous étreint à la première visite, de cette douceur évanescente qui s’insinue dans ces venelles tordues et intriquées. J’aime sa terre chaude et blonde qui semble couler dans les verres au moment du partage, qui offre un plaisir franc et charnel, une palette riche et lumineuse, mais surtout la séduction. Chambolle est la diva de la côte, son Grognot est vilain mais la danseuse a la grâce des belles Amoureuses.

Caractères historiques :

  Jusqu’au début du 15° siècle Chambolle ne fut considéré que comme un hameau dépendant de la paroisse de Gilly. Seules quelques familles liées à la terre vivaient dans des maisons austères. Elles « devaient » auparavant le culte à l’église du bourg principal et ce sont les moines de Cîteaux qui autorisèrent la construction d’une église à l’emplacement d’une très ancienne chapelle. Le village fut dominé par diverses seigneuries, les De Vienne puis les Saulx –Tavannes, les Beaumont et enfin par les Croonenbourg, seigneurs de Vougeot qui ont longtemps possédé la Romanée…qui n’était encore point Conti.

  A la révolution, la famille de Clery ayant succédé au Croonembourg fut dessaisie de ses droits ancestraux, les hommes de bonne volonté remanièrent les terres, les redécoupèrent et les renommèrent parfois. Il s’en suivi une large redistribution foncière qui fit le jeu des bourgeois et des paysans fortunés. Ainsi en 1855 le Musigny compte t' il parmi ses propriétaires les de Montille, Marey, de Reulle, Leroy, Coste, Groffier...alors qu'en 1890 le vignoble ne compte plus que la famille Malbranche dans ses anciens propriétaires et l’on voit apparaître les Bichot, Ponnelle, Thomas Bassot - tous futurs grands acteurs du Bourgogne du début du 20°siècle - mais aussi les de Vogüé et Mugnier, qui seuls subsistent aujourd’hui. En moins de 35 ans l’intégralité des Musigny change de main! 

  On imagine assez mal aujourd’hui que cette période est celle qui positionne les crus modernes à leur place actuelle et que les premières classifications – par exemple - voient le jour à cette époque. Celle du docteur Lavalle en 1855, puis plus tard le classement du comité d’agriculture Beaunois. Celles-ci sont réalisées sans véritables buts commerciaux et entérinent les classifications locales ancestrales, jugées « loyales et constantes ». A Chambolle il est remarquable de constater que seul Le Musigny est placé en tête de cuvée; et, comme il est de coutume alors on distingue nettement les Musigny au nord, des petits Musigny plus au sud et incliné un peu sud-est, en les mettant tout deux à égalité sur le plan de la qualité  cependant. En revanche le clos Musigny Leroi (notez l’orthographe) est cadastré dans la combe d’Orveaux et placé lui en première et deuxième cuvée…il est aujourd’hui la propriété du domaine Prieur à Meursault, qui en tire du Musigny par un décret officiel datant des années Mille neuf cent trente! Selon que tu seras faible ou puissant…on pourrait vite conclure, mais le vin est le meilleur blanc-seing du domaine sis en côte de Beaune, car il est régulièrement parfait. Le meilleur Combe d’Orveaux grand cru de Bourgogne sans nul doute !

   J’aimerais souligner la très grande précision des classements de l’époque – et surtout celui de Lavalle, infiniment juste et précieux - qui boutent certaines parties de Bonnes Mares en seconde classe (les carrières aux sols remaniés), qui positionnent le très méconnu « Véroilles » ou « Varoilles » à l’égale des Amoureuses tout en excluant les carrières du dessus des Amoureuses de la « première », et en redonnant des titres de noblesse aux Fuées et Cras si injustement minorés aujourd’hui en raison de leurs noms moins porteurs. On ne classait pas les carrières aux sols remaniés comme les crus avoisinants, on ne classait pas les murgers de pierres retirées et partout les limites des premières cuvées ne pouvaient être étendues à l’envi. Que de sérieux et d’application à défendre ce patrimoine aux appellations encore inexistantes! Quelles leçons devrions nous tirer de cette droiture à l’heure où l’on ne cesse de vouloir étendre et re-classer!

   Le vin est alors très rarement mis en bouteille par les vignerons qui le travaillent et à ce titre le paysage viticole du 19° siècle ne ressemble en rien à celui que nous connaissons aujourd’hui. Le « va au vigne » n’est pas le « caviste » qui n’a que peu de relations avec le propriétaire foncier. La distribution des crus se fait par étape et reproduit en cela les modèles sociaux de l’époque qui cloisonnent le travail de la terre des vignerons, le travail manuel des classes ouvrières des caves et le commerce de la bourgeoisie de la place, qui contrôle les ventes et les marchés. Il n’existe pas ou très peu de « petits propriétaires » sérieux à Chambolle avant les années trente. Ceux là naîtront des méventes et des affres de l’après crise phylloxérique qui asphyxia les grosses entités et autorisa les « contremaîtres » à se créer un foncier durement gagné à la sueur de la pioche! Ainsi les familles Amiot, Servelle, Boursot, Moretti, Zibetti, Serveau, Sigaut, Roblot, Volpato, Roumier, Hudelot, purent elles au fil du 20 ° siècle se constituer des patrimoines divers, mais propres, des entités bâties à force de courage et d’abnégation qui finirent par les diriger vers la vente de leurs précieuses bouteilles.

   On comprend ainsi l’extrême morcellement de cette étroite bande de terre que constitue le finage communal qui s’est partagé entre les acteurs de sa culture au gré des décennies. On perçoit la nécessaire création de cuvées « premier cru » sans nom car le regroupement de trois « bouts de vignes » en premiers crus autorisait la mention de « première » et par là même la disparition de très nobles cuvées dans ces amalgames. Le courtier joua longtemps le rôle de l’assembleur dans ces contrées,point de climat alors qu'il est assez clair que les noms de crus « porteurs » ont aujourd’hui une très nette influence sur les cuvées les mieux cotées. Mais nous reviendront en détail sur ce point dans le chapitre sur les crus.

Les Chambolle-Musigny de niveau "Village":

  Un vin de niveau village de Chambolle est le plus souvent équivalent à la plupart des premiers crus des communes voisines si l'on s'en tient à la complexité de son bouquet et à ce caractère si affirmé qui conjugue tout le spectre aromatique que les petits fruits rouges peuvent composer. Ce fruité éclatant de fraise des bois et de mûre sauvage sur des accents d'églantine est une signature unique qui ne trouve son alter-ego en Bourgogne que sur les premiers crus de mi-pente de Volnay. Deux appellations qui portent l'étendard de la finesse très haut dans le Coeur des bourguignons.

   Si l'on s'en tient aux différents noms de lieux-dits, on peut constater que comme dans les autres communes ils colonisent le pourtour des crus et grands crus dans les situations les plus diverses.

  Un premier bloc est assez curieusement positionné à la suite des Musigny, La Taupe termine le Musigny de Prieur en partie haute mais n'est je crois jamais revendiquée et La Combe d'Orveaux de niveau village est elle en arrière des Echezeaux de Vosne dans une situation de Bas de Combe fraîche et sous l'influence éolienne de cet étroit couloir. Frédéric Mugnier produit ici une partie de son excellent et délicat vin de niveau "village" qu'il assemble la plupart du temps avec des vignes du premier cru Les Plantes. Anne Gros produit quant à elle un vin gourmand et frais qui prend le nom du lieu-dit.

  Le second secteur se trouve dans une sorte de contre-haut au Sud du village. Sa pente qui va de douce à forte est orientée Nord-Est et repose sur un sol argilo-calcaire dont les hauts sont plus pentus, caillouteux et calcaires. Il part des Argillières pour confiner aux Porlottes et Jutruots en passant par Les Creux Baissants, Fouchères, Derrières le Four, Guéripes et Echezeaux et Les Pas de Chats moins inclinés. Ces climats sont peu souvent revendiqués mais Les Argillieres du négociant Pierre Ponnelle ont eu leurs heures de gloire, quant aux Derrière le Four de Hervé Sigaut et Gérard Seguin et aux Echezeaux d'Armelle et Bernard Rion ce sont tous des vins de fort belle tenue.

  Depuis les sources de la Vouge jusqu'aux limites du finage de Morey Saint Denis et juste en dessous des premiers crus se trouvent la majeure partie des climats de niveau village de Chambolle. Ses terres placées entre 210 mètres et 190 mètres d'altitude sont toutes capables de générer de beaux vins de Chambolle dans des cuvées mixtes très recherchées pour leur grain tannique fin. Composées d'argiles et finement caillouteuses ses secteurs sont à l'origine de certains des meilleurs "villages" de la Côte. On trouvera sur cet étroit ruban faiblement pentu de très bons Clos de l'Orme chez Munier à Vougeot (attention de ne pas confondre avec Mugnier) et de très parfumés Athets chez Jean Tardy. Toutefois les trois meilleurs lieux-dits me paraissent êtres les Fremières, Les Bussières et Les Drazey qui sont juste en dessous des Sentiers et Baudes. Digioia-Royer et la maison Leroy produisent des Fremières de niveau premier cru et Les Bussières de Hervé Sigaut et Hubert Lignier ne sont pas loin de les valoir. Quant au Drazey la cuvée la plus représentative est je crois celle de la maison Jadot.

  Un dernier secteur de "villages" surplombe le grand cru Bonnes Mares et Les Fuées. Il s'agit des partie élevées des Veroilles et des Cras. Naguère cultivés en petites terrasses, ils ont été quelque peu remis en forme par le jeu des murs et de la mécanisation et se distingue parfois en des cuvées aériennes et subtiles, qualités conférées par leurs sols pentus, pauvres et caillouteux. Les meilleurs exemples me paraissent être Les Veroilles de Bart et Bruno Clair et Les Cras de Patrice Rion.

Patrick Essa - 2016

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Comprendre le vignoble de Vosne-Romanée en Côte de Nuits

Publié le par Patrick Essa

Vosne Romanée

Ecrit Par Patrick Essa - Vigneron à Meursault - 2017

 

  Avertissement liminaire: ce texte, comme l'ensemble de ceux mis en ligne sur ce site, n'est pas une compilation d'informations antérieures provenant d'autres sources, il est l'expression originale d'une analyse personnelle qui croise savoirs de terrain, dégustations régulières depuis plus de 25 ans et expériences de vinifications. Les seuls éléments effectifs sur lesquels je m'appuie proviennent de savoirs géologiques et/ou historiques publiés par des chercheurs et scientifiques uniquement. Voir la bibliographie mise en ligne.

   Une ancienne tradition orale positionne la commune comme la " perle de la côte ", une manière de signifier que ses vins sont au cœur d'un écrin formé par l'ensemble des grands crus du Nuiton et qu'ils passent pour être d'une rare élégance en même temps que d'un brillant... aveuglant. Cette perle là est sans aucun doute d'une eau pure et elle n'a cessé de fasciner les dégustateurs depuis le moyen âge. "Il n'est de vin ordinaire en cette commune" disait-on même si à l'observer de plus près il est permis de signifier que tout ce qui y brille ne possède pas la valeur de l'or. Ce que l'on pourrait imaginer lorsque l'on constate les prix stratosphériques que l'ensemble des vins produit atteignent aujourd'hui.

 

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     Qu'en est-il au juste de la réelle qualité de ce finage si l'on fait abstraction des mythiques grands crus qui lui appartiennent. Y a t'il une vie hors la Romanée Conti? Peut on considérer que cette minuscule parcelle résonne sur tous les crus environnants, des limites de Nuits aux mûrs du Clos de Vougeot? Personne ne semble s'être préoccupé de définir de réels paliers qualitatifs en modérant justement les qualités "agrologiques" des différentes parties de terroir qui la compose. Non, Vosne dans les écrits "historiques " - Lavalle, Danguy et Aubertin , Rodier, Bazin - semble toujours unique, depuis le dessus des Malconsorts au bas des Genaivrieres alors que les parties basses de Gevrey ou du Clos-Vougeeot ont toujours eu des détracteurs et essuyé des critiques parfois sévères. Curieux au fond!

  Un certain nombre d'éléments plaident en faveur de cette commune pour expliquer sa notoriété actuelle.

  En premier lieu une histoire complexe qui mêle au fil des siècles de nombreuses familles nobles et bourgeoises ou encore en possession de charges parlementaires. Le Chambertin a eu son Jobert de Chambertin, Vosne aura une succession de dynasties familiales exceptionnelles. Les Croonembourg, Conti, Ouvrard, Liger-Belair,Marey-Monge, Duvault-Blochey, Camuzet, surent tous communiquer avec génie sur ses terres d'élite. En ancrant la légende au fil des siècles cette commune vit son statut se décupler au point de dépasser les noms qui sonnaient plus haut que le sien au Moyen Âge. Vosne est une commune qui progressivement à partir du 18 ième siècle forge sa légende face aux Musignys, Vougeot et surtout Chambertin.

   En second lieu Vosne a su agréger habilement au fil des décennies des terroirs pour dessiner des crus suffisamment large pour être diffusé. À l'exception notable de la Romanée-Conti et de la Romanee - dont on envisage même parfois qu'elles étaient liées jusqu'au 18 ième siècle - on a dans le courant du 19 ième siècle largement "redécoupé" les crus pour en augmenter sensiblement la surface. On a également beaucoup plus récemment "surclassé" La Grande Rue en l'adoubant grand cru alors que ces vins n'étaient pas - de l'avis ne nombre d'observateurs - à la hauteur de ce rang ultime. Il est historique de considérer que La Tâche a été multipliée par 7 en englobant la plus grande partie des Gaudichots, que les Véroilles sous Richebourg ont rejoint Richebourg pour le doubler et que les Echezeaux Du Dessus ont été décuplés pour passer d'à peine 4 hectares à près de 35! Il est non moins historique d'observer que ces parcelles joignantes ont été vendues avec le nom de leur illustre voisin durant tout le 19 ième siècle.Dans les années trente du 20 ième siècle les usages loyaux et constants furent ainsi "naturellement" appelés à la rescousse pour entériner des décisions de justice qui au final s'avèreront généreuses. Bien sûr l'ensemble de ces sols sont d'excellentes - voire formidables en quelques endroits - qualité, mais aujourd'hui, à l'heure où le vignoble de Côte d'Or communique sur l'antériorité et la permanence de ses climats, cela permet d'affirmer que chaque époque sait s'accommoder des circonstances. Pendant ce temps en revanche Chambertins et Clos de Tart ne changeaient pas d'un are et le Clos de Vougeot préservait son unité morphologique grâce à ses mûrs. Il y aurait d'ailleurs une juste analyse à réaliser sur ses climats qui s'étirent au gré de l'histoire, cela en relativiserait à bon escient leur valeur potentielle. Mais c'est sans aucun doute un autre débat.

 

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    Vient ensuite la commune de Flagey, contre Gilly dans la plaine, s'est effacée - ou plutôt a été incluse - de longue date au bénéfice de Vosne. Son finage étroit forme une langue circonscrite entre Vosne au Sud et Chambolle et Vougeot au Nord et le coteau y est assez similaire aux crus Vosniers. Ainsi les Echezeaux, Grands Echezeaux et Beaumonts (pour partie) ne sont point cadastralement Vosniers mais "de Flagey". Une extension aussi naturelle que bien réfléchie qui a permis la diffusion de quantités de grands crus, premiers crus et villages sous une bannière célèbre qui y a aussi puisé une grande énergie vitale: 45 hectares de grands crus! Soit plus de 65% de leur surface total. Excusez du peu.

  Enfin il est absolument évident que cette bande de terre rectangulaire se situe sur une zone morpho-géologique idéale pour l'expression du pinot noir. Une exposition au levant, un coteau fort pentu et assez élevé coiffé par une végétation rase, des sols argilo-calcaires marqués par des argiles à très larges feuillets, une influence éolienne provenant de deux petites combes sèches qui assurent une bonne ventilation aux fruits. Ce sol sombre plus ou moins chargé d'oxyde de fer et fort pierreux en sa partie sommitale concentre toutes les qualités qui permettent au noirien de mûrir selon une maturité aboutie excluant la pourriture et les degrés trop faibles ou trop généreux. Vosne n'est à l'évidence pas une terre touchée du doigt divin, cette image simpliste finit en raison de sa rémanence livresque par être aussi vaine que ridicule, mais un lieu de naturel équilibre pour un cépage qui ici réussit - à son meilleur - à mettre de côté sa "variétalité" pour développer des notes mêlant fruité complexe et "floralité" sous jacente d'une originalité unique. Là se situe sans doute la capacité hors norme de ce finage et de ses crus.

  Les Vosne Romanée de niveau "Village":

   Le vignoble de l'appellation village est essentiellement situé en pied de coteau là où les sols sont un peu plus profonds et au dessus des crus sur des zones parfois très pierreuses incorporant des sables éoliens et des calcaires durs en décomposition.  

    Le secteur haut: Le meilleur et le plus racé est sans conteste Les Barreaux car il puise au dessus de Cros Parentoux et Richebourg une race Vosnière évidente qui le rapproche d'un premier cru. Sur le dessus du coteau, les dessus de Malconsorts, Champs Perdrix et Damaudes lui ressemblent mais n'en ont pas je crois toute la profondeur. La Combe Brulée est peu chargée en oxyde de fer, très caillouteuse et repose sur un sol maigre et solaire, elle livre un vin peu puissant, peu coloré mais très fin et d'une fluidité étonnante. L'esprit Chambolle s'en dégagerait-il? Je l'imagine!  

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   Le secteur Bas: il commence au Sud par une sorte d'enclave sur le coteau de Nuits qui le surplombe. Zone inclinée en forme de cuvette vers le Sud, les Réas et Raviolles reposent sur des terres plus lourdes, plus collantes qui donnent toutefois des vins profonds. Les Jacquines, Croix Blanches et Dessus de la Rivière ne sont quasiment jamais isolés et participent souvent des belles cuvées "rondes" d'assemblages. Ces lieux-dits sont un peu plus fermes et denses que ceux des dessus, ils n'en ont pas le raffinement mais vieillissent bien.

   La partie Nord qui termine le lieu-dit Réas est plus élevée et constitue le premier cru Clos des Réas qui forme un triangle sous Les Chaumes. La zone médiane des villages du bas inclut les Communes et les Genaivrières ces deux climats dont le dessus est encore assez incliné vers le levant sont fort intéressants, le bas, plus frais, quasi plat et souvent dans les brouillards est parfois gélif et les vins qui en sont issus y ont moins d'ampleur mais ils sont bien mieux lotis que les Saules et le Pré de la Folie, des secteurs en contre bas de la nationale qui ont vu d'importants dégâts occasionnés par les gelées ces dernières années. 

   Au dessus de ce secteur les petits clos communaux - Clos du Château, Clos Goillotte, Clos Frantin - et le bon La Colombière plus argileux qu'eux sont sans doute au niveau de qualité des meilleurs lieux-dits villages qui, en majorité,  sont regroupés entre le Clos de Vougeot et le Nord de Vosne sous les premiers et grands crus. Ce sont le bas des Quartiers de Nuits, les Violettes, et les Hautes et basses Maizières. Souvent isolés ces lieux-dits comptent parmi les meilleurs "villages" de pied de coteau du Nuiton.Ils sont largement situé sur le finage de Flagey.

   Il subsiste de manière fort originale un minuscule îlot de blanc dans les Violettes, une tradition ancienne que le domaine Bizot perpétue et qui est à ma connaissance le seul blanc issu d'un finage ayant droit à l'appellation Vosne mais déclaré en Bourgogne car il n'est point d'existence légale en Vosne Romanee " blanc".

 

Vosne-Romanée Premiers Crus:

  

 Si le finage de Vosne Romanée possède nombre de grands crus mondialement célèbre dans le milieu des amateurs de vins, ses premiers crus sont tout aussi courtisés et se vendent souvent aussi chers que les meilleurs premiers crus de la Côte. Je crois en fait qu'il s'agit du niveau de classement qui commence à déterminer la vraie valeur de ce finage.

   En effet si les villages peuvent être de bon niveau selon l'endroit d'où ils proviennent, les premiers crus sont quasiment tous au sommet de la hiérarchie du Nuiton. Plus rares à trouver que les grands crus car leur surface totale est plus restreinte, ils n'ont quasiment aucune unité morpho-géologique car on les retrouve en pied de coteau, entre les grands crus, en dessous d'eux ou encore au dessus! Curieux positionnements qui sont en fait dictés autant par l'histoire des usages "loyaux et constants" et les regroupements asociés à des parcelles de grands crus que par les choix de classer en fonction des valeurs potentielles de ces terres.

   Je n'ai jamais eu l'impression de boire un cru issu du finage de Vosne à l'aveugle comme on pense à un vin de Chambolle à la première gorgée avalée pour ensuite essayer d'en chercher le cru. Non, ces crus sont très singuliers et Beaumonts ou Suchots résonnent hauts et forts sur leur simple nom et ressemblent surtout aux grands crus qu'ils bordent. Toutefois si l'on devait faire émerger un caractère commun à ces vins d'exception, je dirais qu'à leur meilleur ils associent puissance de constitution à velouté tactile.

 

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  Pour les discriminer entre eux j'observe une règle simple qui tient compte de leur position sur le coteau en les associant deux à deux:

  Les Chaumes et le Clos des Réas: non loin du bord Nord du finage de Nuits Saint Georges sont deux crus faiblement inclinés vers le levant placés sur des terres brunes argileuses, assez collantes. Le Clos est en général mieux considéré que les Chaumes mais il est pourtant contigu de la partie basse des Chaumes qui est en moyenne la moins bonne du climat! En effet le haut des Chaumes est plus pierreux, calcaire et moins argileux, il donne des vins plus profonds et consistants. Comme en de nombreux endroits les producteurs ayant la charge des crus sont à l'origine d'une part de leur renommée et dans le Clos des Réas qui est un monopole du domaine Michel Gros depuis 1860, la signature a largement bonifié le climat.

   Ce Clos de 2.2 ha est composé de terres profondes argilo-calcaires entremêlées de marnes de l'Oligocene. C'est un vin plaisant et raffiné qui est dans une zone qui mûrit précocement en livrant des raisins gorgés de sucs. Accessible jeune, il sait aussi vieillir avec bonheur et il me fait parfois penser aux Boudots de Nuits... Pas si éloignés.

   Chaumes est en sa partie haute plus racé et séveux et commence à annoncer la densité de La Tâche au dessus de lui. Mais il n'en a pas toute la puissance. Il vaut en général mieux que sa réputation locale. Sa chance est d'avoir deux producteurs de renom qui ont des parcelles situées aux meilleurs endroits: Méo-Camuzet et Liger-Belair.

   Malconsorts et Gaudichots: si les Gaudichots encadrent en haut et en bas la Tâche dont ils devraient sans doute faire partie si l'on était logique, ils n'ont guère d'unité tant leur position conditionne leur expression. Recherché surtout car l'amateur imagine boire une Tâche à moindre prix, mais les parcelles n'en ont pas la tenue.

   Malconsorts est un des crus les plus homogènes de Vosne et, à bien des égares, digne d'un cru de très haut vol. Sans doute même est-ce le bloc le plus qualitatif du finage premier cru tant il partage l'excellence de la " nouvelle Tâche voisine" qui a englobé la quasi totalité des Gaudichots. Ce parfait rectangle de mi-pente donne des vins puissants et épicés, longs à se faire mais toujours raffinés et aériens. Il est beaucoup plus élégant que Petits Monts et Beaumonts et sa valeur est indiscutable. Je le tiens pour l'un des trois meilleurs premiers crus potntiels du Nuiton, à l'égale du Clos Saint Jacques et des Amoureuses. Comme eux il représente une entité suffisamment vaste et homogène pour être produit depuis des temps immémoriaux en quantités suffisantes sur une qualité exceptionnelle. Ainsi vont les crus majeurs de Bourgogne, ils ne peuvent exister que sur plusieurs siècles avec une permanence liée a leur excellence. Ce cru doit beaucoup à la famille Cathiard qui le vinifie sur plus de 70 ares depuis le début des années 70. J'ai également bu des Malconsorts du Clos Frantin d'une étourdissante puissance.

  Reignots et Petits Monts: "Petits" Monts n'a jamais eu une forte notoriété alors qu'il est placé idéalement au dessus du vrai Richebourg. Le dessus y est moins parfait mais sa partie basse devrait donner sur son sol calcaire de mi-pente des vins hors normes. Je n'en ai jamais bu de meilleurs que chez les sœurs Gerbet qui savent en tirer un vin délicat et parfumé avec une race florale très Vosnière.

   Les Reignots ont longtemps été vinifiés pour leur plus large partie par le domaine Forey pour la maison Bouchard père et fils. Le domaine Liger-Belair qui a repris ces vignes ( 70 ares )à l'orée du vingtième siècle produit ici un vin très puissant, sombre et parfois sauvage qui ne va pas forcément dans le sens des images gustatives associées à la commune. C'est pourtant un formidable cru de tension et de muscle.

  Cros Parantoux et Brûlées: si Brûlées est plus vaste et se décompose en Brûlées et Combe Brûlées, la notoriété actuelle la plus affirmée va vers le petit Cros Parantoux. Cru mis en lumière par Henri Jayer, il est devenu mythique entre les mains de Rouget et Méo. Les bouteilles peuvent atteindre des prix stratosphériques et chacune d'elle semble être un hommage à l'opiniâtreté de feu maître Jayer. Terres incultivables sous leur forme actuelle avant que les bâtons de dynamite ne les arasent, l'endroit remanié livre depuis moins de 50 ans des vins sensuels, profonds et aussi incroyablement émouvants que les Romanées. Preuve s'il en est que le génie bourguignon est aussi celui de l'homme et de sa vision ambitieuse du progrès et de l'évolution.

   Les Brûlées sont souvent le cru le plus solaire de la commune avec un côté épicé décadent qui n'est pas sans rappeler le glorieux Richebourg voisin surtout dans sa partie Sud. Je crois qu'il est au niveau du dessus des Suchots et au niveau des Malconsorts, et... c'est celui de tous que je préfère. Je crois ne pas être le seul...

  Suchots et Croix Rameau: la minuscule Croix Rameau se situe au pied de la Saint Vivant sur sa partie Nord. On déguste peu ce vin qui est essentiellement produit par le domaine Coudray-Bizot qui le vend parfois au négoce. Lamarche et Cacheux en font en moyenne trois pièces chacun, il est donc fort rare et constitue avec le restant des Gaudichots - non classés en Tâche - le plus petit des premiers crus de Vosne. Une curiosité de belle tenue qui n'est pas sans évoquer son illustre voisin mais avec moins de finesse.

   Les Suchots étaient autrefois composés de deux lieux dits et la partie haute se nommait Grands Suchots. Indiscutablement il s'agit de la meilleure partie du cru qui a ici, entre Brûlées et Echezeaux, la classe d'un grand cru. Ce secteur est d'ailleurs bien souvent supérieur aux grands crus sis sur Flagey. Alors pourquoi ne pas l'avoir classé sur la plus haute marche? Simplement car sa partie Sud qui va du chemin de Flagey au cimetière forme une cuvette qui collecte naturellement les eaux du secteur. Un envers regarde le Nord et l'endroit verse au Sud, et au milieu coule parfois une "rivière". Les anciens ont été ici fort sages mais leur zèle a aussi exclu la partie Nord du climat qui est plane et absolument remarquable pour générer des vins bouquetés, fins et d'une sensualité qui évoque la Vivant. Suchots est donc vaste, morcelé et complexe. Osez ceux de Arnoux-Lachaux ou Confuron, ils vous éblouiront à coup sûr.

  Beaumonts Hauts et Beaumonts Bas: la majeure partie du cru est sur Flagey mais une partie haute est encore sur la commune de Vosne. Cru altier et parfumé, il est toujours d'une exquise finesse en même temps que d'une énergie étonnante. Le Bas est fort proche du niveau des Echezeaux et ses notes de mûre et e ronce sont réellement prégnantes. Le haut donne les vins les plus féminins et droits sur des acidités un rien plus franches.

  Les Rouges et En Orveaux: deux petits crus aux confins Nord de la commune de Flagey. Exclus des Echezeaux car plus frais, ils donnent des vins assez similaires avec plus de finesse pour les Rouges et plus de rusticité en Orveaux. Ils sont proches de Chambolle mais curieusement je ne retrouve jamais ici le soyeux de texture qui caractérise ce glorieux voisin. Ils restent de bon niveau et se vendent moins chers en général que les autres crus.

 

 

Les Grands Crus de Vosne Romanée

Echezeaux et Grands Echezeaux

 

     La Commune de Flagey, située dans la plaine n'a jamais chercher à faire connaître les vins de son finage sous son nom. Étonnante incursion sur le coteau à partir d'une langue de terre étroite longeant le Clos de Vougeot que ce vignoble! Il a Longtemps été affermé par les moines de Citeaux qui contrôlaient le grand Clos contigü. Cette bande pentue qui s'élargit vers le couchant est sous la domination des courants éoliens de la Combe d'Orveaux.    

 

   Pourtant il suffit de regarder le coteau depuis le bas du Clos de Vougeot pour comprendre que les Echezaux en sont le prolongement naturel sur ses côtés et en haut de lui. Depuis les moines, ses terres furent fort considérées même si elle n'ont jamais eu l'aura du glorieux voisin qui, on l'oublie aujourd'hui, passait pour l'un des trois premiers vins du Nuiton.

  

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  Les Grands Echezaux actuels sont en réalité les Echezeaux du Bas historiques. Comme enclavés dans le coin supérieur Sud du Clos de Vougeot, on jurerait presque que le mur les a oublié. Ils leur ressemblent assez nettement car fait de profondeur et de densité, ce sont toujours des vins corsés et terriens qui ont une puissance étonnante. Je ne les aime guère quand ils cherchent à se faire trop soyeux et qu'ils sont vinifiés pour tempérer leur fougue. Ce vin là doit avoir de la carrure et s'imposer par des notes aromatiques très pures centrées sur la mûre sauvage, la griotte amère et le cassis frais. C'est un seigneur de la garde... Mais j'en déguste de moins en moins sur ce registre et leur assagissement régulier pour être bu jeune est une funeste orientation de nos temps pressés.

  

 

 echezeaux.jpg  L'Echezeaux sur 37 ha est vaste et multiple. Entre l'extrême finesse des dessus Sud et la rusticité des bas Nord, il navigue en diverses contrées aromatiques. Peu cohérent et à multiples facettes, il est toutefois toujours au moins bon et surpasse assez souvent les premiers crus moyens mais en revanche il n'est véritable grand cru que lorsqu'il est plus qu'un vin délicat marqué par des notes de fruits rouges mûrs, ce qu'il est hélas trop souvent. Demandez lui du corps en plus de cette simple finesse et surtout de la longueur s'étirant dur une saine fraîcheur. Vin de tension, très harmonieux et vigoureux, il peut éblouir par sa race de cru de coteau. La partie Orveaux qui forme une cuvette sous le Musigny et les Quartiers de Nuits et Treux auraient dû être minorés. Le grand cru mesurerait 25 hectares et il y aurait de jolis premiers crus en Orveaux... Suffisant!

 

La Grande Rue

 

   Chacun connaît l'histoire de cette bande de terre sise entre Tâche et Conti dont les propriétaires n'avaient pas demandé le classement en grand cru au début des années trente lors de la création des appellations d'origines contrôlées. Comme souvent les écrits imprécis se répètent sans complètement s'immerger dans la logique qui a présidé aux classements des terres viticoles il y a près de cent ans et surtout sans vouloir vraiment expliciter les faits en faisant abstraction de la volonté des hommes.

  La Grande Rue a un nom reconnu depuis le haut moyen âge et, comme le Richebourg, est alors considérée comme étant au moins équivalente en terme de qualité aux Romanées actuelles qui ne portent pas encore ce nom. le Clos de Saint Vivant qui n'est pas d'avantage Romanée est même au dessus encore en terme de réputation. Sans doute grâce à la puissance commerciale associée aux moines, forts bons marchands. Les Croonembourg à partir du 18ieme siècle et durant 4 générations sauront s'immiscer dans les cours européennes pour finalement décupler très vite le nouveau nom de leur Romanée en la distribuant très chèrement, un nom probablement choisi par eux à dessein au moment où l'admiration pour les "Antiques" sculptures et l'antiquité revient "à la mode". La Grande Rue qui est alors moins étendue en sa partie basse et ne mesure qu'un peu plus de trente ouvrées ne suit pas complètement ce chemin et garde son nom, sa qualité remarquable et sa réputation locale, tout en étant dans l'ombre...une ombre dans laquelle, curieusement, elle se trouve toujours.

    Pourtant à bien des égares son antériorité historique, sa supériorité reconnue sur les Gaudichots devenus Tâche - à tout le moins sa qualité identique - et sa valeur agrologique incontestable auraient dû la positionner comme l'égale des Romanée. Ce qu'elle est à coup sûr si l'on ne considère que sa partie historique, soit environ 1.30 hectare environ. De manière funeste quelques Gaudichots du bas lui ont été adjoints au levant. Ses terres de niveau "super premier cru" n'ont pas la classe ultime de la bande d'environ trente rangs qui coupe le coteau de bas en haut depuis le chemin qui la sépare de la Conti. Je gage que le domaine qui en a la charge sait évidemment ces choses là et se permet une heureuse sélection. Si j'en juge les récents vins dégustés, les avancées sont évidentes.  

   La Grande Rue est un vin qui peut être magistral mais il lui faut une douceur d'extraction capable de magnifier le velours extrême de sa trame et l'inimaginable "floralité" mêlée d'épices douces qui l'imprègne naturellement. C'est avec le Musigny le plus beau bouquet de Côte d'Or, ses notes de roses anciennes associées au poivre blanc sont confondantes de pureté parfois. 2010 dégusté il y a peu montre que ce terroir là n'est probablement à nul autre second. À suivre...  

   Quoi qu'il en soit, Dernier "climat" grand cru à accéder à ce statut en 1992, il est encore aujourd'hui un peu minoré, voire sous estimé car on l'imagine récemment sorti de la tête du législateur et pas au niveau de ses mythiques voisins. Pourtant ses 1.8 ha sont en dépit du rajout des Gaudichots du bas d'une belle unité, très supérieurs aux Echezeaux et sur le même plan que les autres grands crus de la commune. Le temps comme souvent finira par lui rendre raison...

 

 

Le Richebourg

  Mesurant 8ha 3a 4ca, Richebourg est composé de deux lieux-dits distincts: Le Richebourg proprement dit et les Veroilles sous Richebourg qui le jouxte au nord. Historiquement composé du seul "vrai" Richebourg, il a bénéficié d'une naturelle et assez juste extension sur les Véroilles dans le courant du 19 ième siècle et sans doute même dans les usages avant. Difficile de signifier si le cru en a été changé car personne, jamais, n'évoque une distinction entre ces deux finages et en considérant la situation des parcelles des producteurs, je n'ai pas à titre personnel perçu de type particulier. Celui d'Anne Gros issu des Véroilles ou celui de Liger-Belair ont même un esprit commun. Cela m'incline à penser que cette union s'est opérée pour le meilleur ce qui n'est pas toujours le cas.

 

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    Situé au dessus de la Romanée Saint Vivant et séparé par un chemin du Nord de la Romanée Conti, il fait partie des cinq meilleurs climats rouges de Bourgogne, sans conteste. Si Richebourg regarde le levant, la partie Veroilles verse quelque peu vers le Nord-Est et se montre un peu plus tardive en moyenne, d'autant qu'elle monte un peu plus haut sur le coteau jusqu'à longer le très célèbre Cros Parentoux d'Henri Jayer et de Méo Camuzet. Le sol argilo-calcaire est composé d'une couche de terre d'environ 40 centimètres qui est suivie d'un substrat profond d'éboulis calcaires puis de roche. La zone est ici peu fertile - surtout dans le dessus - et les vignes souffrent pour produire des raisins gorgés de sucs et de sève.

 

     Le cru de Richebourg est unique en raison de sa puissance et de son côté toujours massif et sauvage. Il rivalise aisément avec les crus les plus intenses de la Côte et de ce pays et possède une nature "ferrugineuse" qui en fait le concurrent direct de La Landonne ou des meilleurs Hermitage sur le plan de la charpente. Mais celà n'est pas tout, il y associe une douceur de texture et une complexité aromatique unique, à Vosne on dit assez souvent qu'il "richebourde" pour signifier qu'il exprime une nature tellurique des plus individuelles. Rien ne lui ressemble d'ailleurs véritablement en Côte de Nuits si ce n'est le Chambertin en sa partie médiane mais avec toutefois pour ce dernier une nature un peu plus "froide" qui exhalte les arômes de fruits rouges là où Richebourg s'envole sur les épices et les notes de fleur fanée et de girolle fraîche.

 

  La Romanée Saint Vivant

   Ancienne possession de l'abbaye de Saint Vivant située dans les Hautes Côtes, cette entité qui mesure aujourd'hui un peu plus de 9,4 ha a évolué au fil des siècles. Elle a longtemps inclu les Clos des neuf et quatre journaux, le Clos des Croux (actuelle Conti) et le méconnu Clos de Moytant qui revêtait des contours qui ne nous sont pas complètement connus aujourd'hui mais dont on imagine qu'il s'agit largement de la moitié "Sud"de la Saint Vivant actuelle. Ces clos secondaires n'ayant pour nom que celui - unique - de Clos "Saint Vivant". Point de Romanée jusqu'en 1760 date à laquelle le nom apparaît pour la première fois sans que l'on sache aujourd'hui véritablement pourquoi. (si certains savent... Je suis preneur!)

   Sans entrer dans l'évocation des différentes successions liées à cette vigne car elles ne changent aucunement sa valeur, on peut souligner que la famille Marey-Monge qui l'acquière après la révolution l'a contrôlée pendant près de 150 ans en la laissant progressivement se diviser - selon les successions - aux profits des propriétaires actuels. Sa permanence cadastrale son incontestable classe naturelle et le fait qu'on lui a plutôt retirer des terres aux profits des crus voisins, en font le cru de plus de deux hectares le plus homogène du finage. Et son entité actuelle peut tout à fait être comparée au Clos de Tart de Morey. Deux crus si proches en vérité.

  Sur le plan morphologique son sol argilo calcaire est orienté vers l'Est en une pente plus douce que Conti et Richebourg qui sont au dessus de lui. Climat enclavé entre les Suchots au Nord et les maisons du village au Sud et en bas à l'Est, il est le seul à avoir résisté aux agrandissements faciles et à ainsi toujours refusé d'intégrer les 60 ares de Croix Rameau qui pourtant font quasi partie de son bord Nord-Est. Sans doute ces petites parcelles là - comme les quelques Gaudichots spoliés d'un anoblissement en Tâche - ne bénéficiaient elles pas d'appuis puissants dans le milieu des années trente. Ce qui est juste ici ne le sera hélas pas toujours en d'autres endroits. La sagesse ici constatée sera si souvent ignorée dans les deux Côtes.  


La Saint Vivant est un vin de taffetas et au même niveau que les crus les plus équilibrés charme par sa douceur et son harmonie qui combine puissance de la charpente et feu du bouquet en même temps que finesse superlative. Vin frais, énergique et enveloppant, il ne doit jamais être trop mûr car il perd alors ses fameuses notes de violette pour s'envoler vers des accents plus animaux qui ne le servent guère. Incroyablement régulier il se joue des années tardives et des années de canicule car son sol est suffisamment riche pour nourrir ses fruits sans trop de pluie et filtrant pour ne pas leur faire subir la pourriture. Le découvrir parfois fardé de bois torréfié qui en embaumant le café masque sa nature élégante florale est une pitié mais lorsque . illisible, l'élevage se met au service de ce terroir d'exception, le vin de Saint Vivant peut vous tirer des larmes après 7 à 15 ans de maturation sous verre.


   Un des trois crus de Bourgogne pouvant prétendre parfois à la perfection...  

 

La Tâche 


   Le domaine de La Romanée Conti est un mythe qui fonde la qualité des vins ultimes, un nom qui fait rêver la planète vin, devant même Yquem, Ausone ou Pétrus. Il produit des vins chers, contingentés et inaccessibles à la plupart des acheteurs car tout ce qu'il distribue est immédiatement considéré comme valeur étalon et la demande dépasse plusieurs dizaines de fois l'offre qu'il met en vente. Son offre? Schématiquement 25 hectares produisant entre 80 et 130.000 bouteilles dont les prix à la propriété oscillent entre 350 et 1300 euros si l'on a la chance d'être admis comme allocataire et que l'on accepte de panacher sa commande avec mesure...
   La Bourgogne a ainsi sa vitrine très haut de gamme et respecte avec ferveur sa prééminence depuis plus de deux siècles. Aujourd'hui toutefois les "amis" de Bordeaux sont parvenus à vendre des productions de plus de cent hectares plus chères que cette Romanée Conti, Ainsi aujourd'hui tous les premiers crus classés et assimilés partent des chais avec entre 20 et 30% de plus-values que la Romanée Conti produite sur moins de deux hectares. Celle-ci reste toutefois la première sur le marché de la revente et de loin...et son nom ne semble pas le moins du monde souffrir de cette concurrence de l'instant. Le Domaine serait-il au dessus des règles définies par le marché? Sans doute!
   Une visite à Vosne dans les chais qui jouxtent la Saint Vivant suffit à convaincre le visiteur  qu'il entre en en terre de tradition, où les excès et le superflu n'ont pas le moindre droit de cité. Permanence du style et de forme qui n'exclut pas les progrès et les évolutions ancrant également les lieux dans le présent...Les ordinateurs ne sont jamais loin de la pierre en sommes!
  
 
   La Tâche est le second plus grand vin de Bourgogne après la Conti, si l'on se fie à sa réputation locale. Devant Musigny, Chambertin, Tart et Richebourg elle donne souvent tout le meilleur Bourgogne possible avec une originalité aromatique que je n'hésiterais pas à placer en tête de tous les vins de la planète, à l'égale de la merveilleuse Landonne de Guigal. Pourtant c'est un climat qui a changé. Intégrant il y a près de cent ans à sa forme originelle - qui ne mesurait qu'un peu plus d'un hectare - la quasi totalité du climat des Gaudichots. Cette terre argileuse de fin de coteau, presque plane est donc devenu plus caillouteuse, pentue et sans doute marquée par une nervosité plus fraîche à cette époque. Un choix qui certes entérinait des usages vieux de plusieurs décennies mais qui toutefois à considérablement changé la figure de ce Climat hors norme. Désormais il mesure près de 7 hectares et donne entre 15.00 et 20.000 bouteilles par an. Plus grand que Lafleur à Pomerol, aussi large que le Clos de Tart et le Clos Saint Denis, près de dix fois la petite Romanée de Liger-Belair. En sommes, ce n'est pas à proprement parler un vin rare mais un vin très "recherché". Une nuance qui plaide en sa faveur...


   Les terres sombres de ce cru ferrigineux donnent un vin qui repositionne la nature variétale du pinot noir très en retrait. Lorsqu'on le déguste à l'aveugle en compagnie des autres crus du domaine  dans le même millésime, il se montre  moins proche qu'eux de ces notes de griottes amères mêlées à la caroube qui signent la plupart du temps les vins jeunes du domaine. Ce profil d'élevage un peu saillant qui évoque  le bâton de réglisse sur un boisé de haute qualité un peu torréfié, en même temps que les senteurs poivrées des vins issus de vendanges entières partielles s'estompe au bénéfice d'accents plus subtils, finement fumés et et épicés. La couleur est toujours rubis, profonde, figée dans le temps. Les tanins procurent souvent une dimension tactile quelque peu rugueuse et ferme en jeunesse. En bouche la ligne épicée, finement mentholée et marquées par les fruits noirs mûrs et une trace verte ligneuse se montre parfois d'une complexité fougueuse et amie te unique. J'en ai - trop peu -  dégusté - enfin plutôt bu! -mais sur des millésimes qui couvrent plus de 60 ans et de qualités variables, sa permanence dans le temps est assez étonnante.
   Je lui préfère souvent le Richebourg pour une brutalité encore plus marquée mais ce vin là est incontestablement hors norme. 

 

La Romanée et la Romanée Conti

   Portées au firmament des crus rouges de Côte d'Or les deux minuscules Romanées ont un nom qui émerge dans le courant du Moyen âge sans que nul aujourd'hui ne puisse réellement savoir par qui et par quoi elles furent "baptisées". Anciennement nommé "Le Cloux" ce secteur semble avoir depuis au moins trois siècles été considéré comme susceptible de produire parmi les vins les plus raffinés de Bourgogne. L'achat par le prince de Conti en 1760 à la famille Croonembourg de la partie basse du cru a contribué à ancrer la légende aristocratique de ce nom, aujourd'hui mythique. À cette époque seulement les deux crus se distinguent.  La partie "Conti" ne se vend pas, elle est offerte par le prince à ses hôtes. Une sagesse qu'il serait doux de pouvoir observer aujourd'hui.


   La Romanée aurait revêtu ce nom après que la partie basse fut adoubée officiellement Conti. Remembrement de plusieurs petites parcelles dites des Échanges et du Chemin aux Prêtres elle s'est sans aucun doute vendue en  Richebourg - le voisin du Nord -  pendant quelques décennies. Mais bien malin qui pourra le dire avec certitude. Propriété et sans doute même "création" Liger-Belair, elle est constamment minorée face à La Tâche originelle  qui leur appartient aussi - 1,4 ha seulement, dans le milieu bas de la Tâche incluant les Gaudichots - mais aurait sans doute été à coup sur majorée face à l'actuelle. 

carte vosne-romanee
  

  La vigne de Romanée - 0,8 ha seulement! - est exactement au dessus de celle de la Romanée Conti avec même une incursion du bord nord à l'intérieure de la Conti elle même car il fait une sorte d'épaule qui "enchevêtre" quelque peu les deux climats. Les sols sont sans doute un rien plus caillouteux et maigres en Romanée mais ce qui diffèrencie nettement les deux entités est le sens des plants. Est-Ouest en Conti , ils sont orientés Nord Sud en Romanée dans une zone bombée sur une pente d'environ 10%  qui est située juste sous les Reignots. Comme au clos de Tart ils bénéficient d'une insolation plus douce et contenue qui préserve un fruité frais des plus racés en augmentant les sensations florales et ce fameux bouquet de rose ancienne qui, les grandes années, transparaît dans le cru, plus ici qu'ailleurs. 

   La Romanée combine la douceur et l'extrême complexité de la Conti à la race sidérante du Richebourg qu'elle touche au septentrion. C'est un vin d'où transparaît en premier lieu la finesse de texture mais sans jamais oublier la fougue d'une trame ultra-serrée due aux très vieux plants fins autant qu'à l'incomparable qualité de son substrat qui borde une faille le separant des Reignots plus pierreux. Le déguster est un moment unique et je dois bien avouer que lorsque l'on vinifie un peu de pinot noir, ce vin se présente tout simplement comme l'étalon vers lequel il faut - essayer - de tendre. Quel merveilleux et impossible vin!

  La Conti est le vin le plus célèbre de la planète. Son histoire récente est faites de coup d'éclats, de désirs,de passions et d'envies. Mais voila bien une aventure étonnante que la création de ce grand cru qui en vérité a un peu plus de trois siècles seulement.

   Étonnante énigme que cette Conti qui hérite du nom d'un prince de Bourbon en pleine révolution française après avoir été baptisée Romanée un siècle plus tôt dans des conditions assez obscures. De nombreuses hypothèses sont avancées, la plus plausible restant celle qui mise sur la beauté de ce nom que l'on retrouve 150 ans avant à Gevrey et Chassagne.  
 Ce vin n'a donc  qu'un peu plus de deux cents ans d'existence sous ce nom. "Cros des Clous"fut celui sous lequel la famille Croonembourg l'acheta dans le courant du 17ieme siècle. Elle su, durant quatre générations, le mettre largement en valeur - en trouvant sans doute un nouveau patronyme pour mieux la diffuser -  avant que des revers de fortune ne la poussent à vendre. Naturellement le sieur de Gilly et de Nuits - également prince de Conti - s'en porta acquéreur. On le voit les faits sont plus simples que ce que les éternelles légendes romantiques colportent naïvement. Notons que du vivant du prince son nom est Romanée "appartenant au prince de Conti" , Il n'y a qu'au moment de sa vente que les experts zélés de la république accolent les deux noms, en plus de considérablement vanter ses mérites, dans un texte orienté visant à en accroître la valeur de vente. Des "Sans Culottes" au service secret d'une majesté..assez étonnants au fond! 
  Je vous renvoie aux textes concis de JF Bazin pour mieux comprendre la genèse d'un mythe qui se construit véritablement au cours du vingtième siècle, faisant passer la parcelle de potentiel cru hors classe à vin inaccessible et spéculatif concentrant toutes les qualités du Bourgogne. Nos temps inconséquents finissant par ne plus voir en lui que sa capacité à décupler sa valeur marchande lors de sa revente pour en évaluer... sa valeur gustative! 

 

12romaneeconti19052013.jpgLe vin lui même mérite bien mieux que ces stupides considérations mercantiles et si la sagesse l'emportait il serait purement retiré de la vente pour être offert aux invités que la république pourrait ainsi honorer. S'il doit être réservé à une élite, autant qu'il serve dignement les intérêts de la Bourgogne et de la France! Un climat au service des hommes en quelque sorte. Conti le gardait pour lui et ne le vendait jamais...il l'offrait.

Sur le plan formel, elle mesure 1,8 ha, est orientée en pente douce vers l'Est et forme une singulière vague qui rend son aspect étrange et unique. Comme si les plissements de terrain avaient ici concentrés toute la complexité des coteaux alentours. Argilo-calcaires, ces sols de premier ordre - évidemment, on ne saurait créer "le" vin sur un sol médiocre -  produisent peu et les quelques 6000 bouteilles annuelles se vendent environ 1100 euros à la propriété et 5 à 25 fois plus ensuite. C'est un cru élégant et soyeux qui est emprunt de la patte du domaine faites d'un subtil amalgame qui conjugue fine torréfaction, pincée d'épices et "floralité" irisée. Une nature fraîche qui ne supporte pas la sucrosité et conserve un fruité de juste maturité. Elle n'impressionne pas de prime abord mais s'insinue par son bouquet d'églantine et sans agresser s'installe en une olfaction diaphane. Vin de nez surtout, je crois, car le pinot noirien très fin est encore plus raffiné à humer, plus complexe, plus altier qu'à grumer et avaler.

Patrick Essa - 2017

citations et reproductions interdites sans autorisation de l'auteur

Cartes tirées de l'Atlas de Sylvain Pitiot, Jean-Charles Servant et Marie Hélène Landrieu-Lussigny édité dans le cadre de la collection Pierre Poupon.. 

Lien web:https://www.collection-pierrepoupon.com/

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