Les Tessons à Meursault

Publié le par Patrick Essa

Les Tessons à Meursault

Meursault est l'une des plus importantes commune viticole de Côte d'Or et possède un vignoble de coteau très étendu. Parmi celui-ci des secteurs entiers n'ont pas été classés en premier cru et ont ainsi permis aux viticulteurs de développer la notion de lieu-dit au sein même des vins de Meursault. Ainsi Tessons, Chevalières, Limozin, Bas de Narvaux, Rougeots et Casse Tête tous dignes du titre fictif de "super seconds" murisaltiens méritent-ils un éclairage particulier afin de comprendre leur nature profonde.

Il subsiste une partie du coteau orienté plein Est à Meursault qui n'a pas eu le classement espéré par certains producteurs au début des années 50 après que les différents syndicats communaux aient refusé de se mettre d'accord pour définir une aire en grand cru juste avant la seconde guerre mondiale. On préféra miser alors sur le seul nom de Meursault et la commune s'est retrouvée avec le principal coteau blanc de Côte d'Or à délimiter selon une logique excluant le classement grand cru tout en ayant la volonté de créer un équilibre de production entre les zones "premier cru", "village" et "régionale".

Disons le clairement les groupes de vignerons qui ont œuvré alors ont été remarquablement inspirés car le village s'est retrouvé avec certains des meilleurs climats blancs et rouges de la Côte dans les deux couleurs, sur chaque classe. Parvenir à intégrer les Santenots et les Petures dans le wagon des premiers crus de Volnay tout en autorisant un classement Meursault premier cru blanc dans ces même lieux dits, définir un peu plus de 100 hectares de vignes dans chaque classe et préserver comme dans peu d'endroits l'utilisation de lieux-dits très qualitatifs se vendant chers, tout en gardant "Meursault" et/ou "Volnay" sur chaque étiquette fut assurément d'une rare présence d'esprit. Si l'on excepte le dessous des Charmes un peu juste - dans quelques secteurs seulement - pour affirmer une réelle nature de cru de haut vol l'ensemble du finage à été fort justement évalué et découpé.

Ainsi Le Tesson - ou les Tessons dans les cadastres anciens - est il naturellement à sa place en premier des seconds. Suivi de près par le bas des Narvaux, le Limozin, le Clos des Rougeots et le dessus des Chevalières, ce cru parfois positionné en première classe au 19 ième siècle par le Dr Lavalle ou au début du 20 ième par Camille Rodier n'a pas la classe ultime des sept premiers crus majeurs de la commune, tous positionnés sur le coteau Sud. Il peut, en revanche, être tout à fait au niveau des crus de la zone Blagny ou des crus du Nord, surpassant même je crois, Jeunelotte, Ravelles, la pièce sous le Dos d'Âne et l'ensemble des crus d'altitude situés sur Puligny (Garenne,Sous le Puits, Truffières, Hameau de Blagny et Champs Gains).

Lieu-dit surplombant le village de Meursault, il comporte plusieurs petites cabottes dites de " quatre heures " en pierres et tuiles qui lui donnent un indéniable air bucolique. Souvenirs émouvant de temps paisibles où les ballades dominicales se faisaient à pied et où la fraîcheur estivale se cherchait dans les coteaux légèrement plus frais et ventés. Il n'a d'ailleurs pas toujours été entièrement planté car il comportait des carrés de verdures et vergers pour l'agrément de ses propriétaires chanceux qui après le phylloxéra ne le replantèrent pas tout de suite entièrement en vigne. Profitant de la vue magique qu'il offre sur le village, ces familles ne lui permirent sans doute pas d'acquérir des galons de premier cru dans les années d'après seconde guerre mondiale. On observe encore les portes et grilles de ces entités dédiées aux plaisirs oisifs. Il est d'ailleurs toujours extrêmement agréable de partir du village pour longer le chemin du Tesson et profiter de ce cadre minéral mêlant murs de pierres sèches, petits cailloux d'un sol maigre et allée de graviers blancs.

A bien des égares un lieu mythique pour les murisaltiens de souche.

Mesurant un peu plus de cinq hectares il regroupe différents petits Clos et forme un ensemble entièrement orienté à l'Est de manière très uniforme. À l'inverse du Clos des Rougeots ou des Chevalières, il n'est pas encore sous une légère influence éolienne froide notable venant de la Combe d'Auxey et arrive à maturité au même moment que les crus du coteau Sud, parfois même avant les Bouches-Chères, Poruzots et Goutte d'Or.

Partagé entre neuf propriétaires qui, à l'exception de la maison Bouchard qui l'assemble, en tirent tous une cuvée singulière, il comporte au moins trois sous lieux-dits : le "Clos de Mon Plaisir", le" Clos du Tesson" et le "Clos du Haut Tesson". Le premier inclu deux producteurs mais Pierre Morey laisse ce nom poétique au domaine Roulot, le Clos du Haut Tesson qui le jouxte au Sud n'est pas revendiqué et la maison Sauvestre revendique parfois le Clos du Tesson qui est juste dessous le Mon Plaisir. Le Domaine Buisson-Charles possède ici 34 ares qui ferment le lieu-dit au Sud selon des rangs qui finissent " en pointe ". Deux parcelles différentes ont été plantées en 1964 et 1974 avec des plants très fins qui produisent naturellement peu. Rares sont les années ou les 45hl/ha sont atteints.

Vin de race et d'élégance Les Tessons ont une réelle accessibilité en vin jeune tout en préservant une fraîche tension interne. La nature quelque peu ferrugineuse de son sol rougeâtre et le profil pierreux de son substrat argilo-calcaire confèrent au cru une douceur tactile évidente et un fruité "blanc" finement iodé qui le caractérise nettement. Jeune il embaume les fleurs blanches et plus âgé il décline de forts subtiles notes de tilleul et de fleur de vigne , le tout sur un corps svelte et un profil ciselé...assurément un Meursault élégant qui cousine avec La Goutte d'Or voisine avec plus de finesse et moins de puissance.

(À suivre: Les Chevalières)

Patrick Essa - 2016

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Les Tessons à Meursault
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Comprendre le vignoble de Santenay

Publié le par Patrick Essa

Comprendre le vignoble de Santenay

 

Santenay produit des vins rouges riches et généreux qui s'expriment avec bonheur sur des arômes mêlant fruité mat et accents subtilement épicés. Forts différents de ceux de Chassagne au Nord et de l'ensemble du Beaunois, ils ont un grain de texture plus ferme qui peut en jeunesse confiner à l'austérité mais qui les conduit à vieillir admirablement. Plus proches des Mercurey de la Côte Chalonnaise non loin, ils ont aussi un petit air de ressemblance aromatique avec la partie Sud du vignoble de Nuits Saint Georges - les vins les plus fermes du finage en moyenne - sans toutefois en avoir toute l'ultime profondeur.

 

   Ses meilleurs terroirs vont de paire avec les crus les plus charpentés de Côte d'Or et il est assez curieux d'observer leur relatif manque de notoriété.  Cette bourgade "mixte" qui associe la production de vins et les bienfaits de ses eaux thermales semble souffrir de ce mélange de genre, pourtant les producteurs de la commune ne manquent pas d'atouts car leur vignoble possède une indéniable qualité conférée par des sols multiples exposés quasi entièrement vers l'Est.

 

  Santenay est implanté sur le flanc Sud du synclinal de Volnay dans une zone ou le substrat d'origine jurassique redevient marno-calcaire et rocheux comme plus au Nord dans le Nuiton. Sous l'influence d'un double réseau de failles associant celles nées du Horst du Mont Saint Vincent et les failles bordières de la plaine de la Saône, les strates géologiques se sont entremêlés selon des étages qui marquent fortement les climats où naissent les crus.

 

 

 

   La zone des premiers crus correspond aux strates du Jurassique moyen qui sont articulées sur trois secteurs rectangulaires de formes et de surfaces variables. Ce sont des zones marneuses qui reposent sur le calcaire dolomitique de la grande oolithe. Des sols de tout premier ordre qui bien exposé à l'Est se situent entre 220 et 330 mètres d'altitude.

   On distingue au Nord une première zone mesurant près de 50 hectares qui s'étirent de La Comme touchant Chassagne jusqu'au Passe Temps contre les maisons du village de Santenay. C'est un coteau admirable qui compte parmi les plus beaux de Côte d'Or et qui autorise toujours à ses fruits un mûrissement idéal. Très régulier, il magnifie la nature du pinot noir pour l'entraîner vers des sentiers épicés et intensément fruités très originaux. Il fait avoir goûter à la richesse d'un Gravières ou à la délicate nature du Clos des Mouches pour s'en convaincre. Comme, Clos Faubard et Beauregard plus élevé ont un grain plus frais mais toujours une énergie interne étonnante qui leur procure une remarquable et naturelle buvabilité. Ils se déclinent parfois - rarement - en blancs - mais ils sont rarement au même niveau. Signalons encore le Clos de Tavannes qui est dans le prolongement des Gravières et qui a toujours été historiquement le climat le plus recherché de Santenay. Il n'est je crois pas toujours au dessus des autres crus mais tout en se gardant fort bien , il s'ouvre sans doute un peu plus vite sur un fruité qui évoque les Volnay du secteur Sud. Une partie du finage vraiment originale. 

    Entre Santenay le haut et Santenay le Bas une seconde zone de taille plus modeste comprend les excellents Beaurepaire et Maladière. Le substrat est assez proche du premier mais la zone est plus pentue et un peu plus élevée sur le coteau. De ce fait les vins y puisent une nature plus élégante mais également peut être moins riche et dense. Ce sont des vins délicats et fort goûteux que je place pour ma part au sommet qualitatif de la commune. Quelques chardonnays donnent sur le secteur des vins d'une classe rappelant les vins d'altitude de Chassagne. Rapport qualité prix imbattable.

  Enfin le secteur jouxtant les Maranges non loin des substrats du Lias, les " Clos Rousseau " petits et grands. Peu souvent distingués ils peuvent être d'une rare plénitude et donner des vins corsés et volumineux non dénués de finesse. Les Grands Clos Rousseau plus élevés sont en général plus aboutis encore mais bien malins ceux capables de les distinguer aujourd'hui. Les Fourneaux juste à côté et vendus en Clos Rousseau ne m'ont jamais pleinement convaincus, mais il est vrai que j'en ai goûté trop peu souvent de manière individualisée en élevage ces dernières années... Voir!

santenay.gif

 

   

    Il existe plusieurs zones classées en villages. Elles ont des expressions fort différentes selon qu'elles se situent en partie haute ou en bas de coteau. On retiendra que ces zones sont très souvent inclinées vers l'est ou le Sud-Est et qu'en général elles gagnent à être assemblées pour réaliser des cuvées "rondes bénéficiant" de la richesse des terres argileuses des bas avec le côté plus tendu et frais des zones calcaires d'altitude. Elles ont dans le passé porté des plants - dits de Santenay - un peu productifs et colorés qui manquant de finesse et donnant des vins rustiques ont sans doute porté préjudice à l'appellation. Tout cela a aujourd'hui beaucoup changé sous l'impulsion d'une jeune génération ayant largement replanté avec du matériel végétal de premier ordre même s'il subsiste de ci de là des îlots anciens encore peu intéressants à vinifier pour produire des villages d'élite.

    Le secteur du hameau de Saint Jean et sous les roches situé au dessus de Santenay le haut est marqué par des calcaires durs et un substrat très caillouteux qui est orienté Est Sud Est selon une double pente. Les climats de Sous Roche et de « Bieveau » donnent ici des vins frais et gourmands qui ne manquent pas d'accessibilité et de finesse. Ce sont de très bons villages à rechercher pour eux même et qui se déclinent dans les deux couleurs. Plus proches du hameau les "Saint Jean", "en Charron" et "Sous le bois de la fée" donnent des crus aériens et vifs qui ont de la tenue.

  Entre le bloc des premiers crus du Nord et celui du centre se trouve le très bon climat des "Hâtes" qui donne je crois les pinots noirs les plus aboutis de la commune en appellation village. Parfumés, pleins et ronds, ce sont d'excellentes affaires en général.

  Enfin aux pieds des crus et sur la plaine - incluant une petite partie sur le finage de Remigny la commune voisine - les terres se font plus collantes, argileuses et marquées par des dépôts alluvionnaires. Les vins ont ici un caractère rustique parfois affirmé et il faut peu produire pour générer de bons crus. Le cru le plus vaste se nomme les "Prarons".

Producteurs recommandés à Santenay:

 

Domaine François et Denis Clair

Domaine Lucien Muzard

Domaine Jean-Marc Vincent

Domaine Olivier

 

Domaine Cyrot-Buthiau à Pommard

 

Patrick Essa - 2016

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Cartes Pitiot-Servant

 

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