Alors ces 2011 depuis les vendanges?

Publié le par Patrick Essa

   J'ai posté il il y a une dizaine de jours un article assez détaillé sur la qualité potentielle du millésime 2011. Rédigé juste après le décuvage des vins rouges du domaine, celui-ci se montrait le reflet fidèle de mes ressentis du moment, ceux vécus "in situ" pendant les vendanges et les vinifications. Faites de chiffres et de doutes ces conclusions premières étaient celles d'un viticulteur n'ayant encore pas dégusté avec acuité le fruit de son travail en cours - je parle de vins finis - et donc à fortiori celui des autres. Un exercice qui sans doute relève plus d'une perpective prospective que du jugement avéré. En somme chiffes et déductions ne font pas une évaluation fiable même s'ils se fondent sur des éléments concrets.

 

  Je me propose donc de vous informer au fil des semaines en vous donnant de temps à autre quelques nouvelles de l'évolution de ses précieux vins entrain de naître. Ces "moments" de l'élevage vous permettront peut-être de mieux cerner la nature réelle de ces crus et ils permetront de déterminer leurs futurs profils. Voici les "minutes" observables en ce 2 Octobre, alors que je remonte de la cave après avoir rempli les fûts:

  Les crus blancs fermentent régulièrement. Après des démarrages tumultueux les fermentations alcooliques ont repris un rythme "normal" qui entraîne doucement la fin des sucres. Les cuvées sont mesurables à 1010 de densité en moyenne et si des vins sont en dessous de 1000 il subsiste aussi des cuvées à plus de 1020. Souvent celles qui ont été rentrées avec des degrés potentiels supérieurs à 12°2 et des raisins millerandés. Je remarque également que les cuvées débourbées de manière un peu plus serrée ont quasiment fini leurs sucres. Mais les autres suivront de près et d'ici une petite quinzaine de jours nous devrions voir les premières cuvées s'éclaircir. Au moment de la vente des vins des Hospices je pense qu'il n'y aura que fort peu de cuvées "troubles et nébuleuses".

   Les profils olfactifs sont nets. Heureusement les accents fermentaires ne laissent pas uniquement poindre des notes d'agrumes vertes, les blancs aérés sentent la fleur blanche et la chaire de poire william. Il est notable de voir des fûts encore encombrés de lies en leur partie supérieure, certains d'entre eux dégorgent encore de belles lies fines et grasses, les vins naissants s'épurent spontanément. Je préfère les voir ainsi que trop vite clairs. Les matières semblent parfaitement dominer les acidités maliques et le coeur tartrique assez important des cuvées cette année.

  Les fûts des crus de pinots  sont désormais parfaitement en place et pour les cuvées descendues depuis plus de dix jours, les vins se présentent sur une faible turbidité et d'étonnantes et très profondes couleurs. Le rouge vermillon très vif qui les caractérise annonce dès à présent des fermentations malo-lactiques qui seront assez tumultueuses et sans doute précoces si les caves continuent d'être à des températures avoisinant les 16°. Il fait beau et le vin pousse pour terminer son cycle, il va falloir faire un peu de froid pour ne pas laisser partir trop vite les FML. Un de mes fûts de Bourgogne rouge pétille déjà.

   Les vins rouges se dégustent déjà aisément car si les acidités sont franches (mais pas d'inquiétude les maliques sont élevées!), leur fruit est assez éclatant et les tanins souples. Cette accessibilité m'étonne depuis leur naissance car nous êtions sur des valeurs alcooliques faibles. Mais le fait de l'année est là: nous étions mûr phénoliquement à un peu moins de 12° cette année. Et les vins ont un peu le profil de ceux que l'on coupe fin septembre dans une année saine et tardive...j'en reste coi!

Publié dans Millésimes

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Machine à vendanger et qualité

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   Qui se soucie de distinguer aujourd'hui les vins qui sont récoltés à la main par rapport à ceux qui le sont avec une machine à vendanger? Personne je crois tant je lis peu de commentaires de dégustation assez renseignés pour le savoir. Les miens compris cela dit. Pourtant combien ce "simple"'fait "caractérise" fortement la qualité du cru qui y est produit!

   Oh pas seulement en raison de l'impossible tri qualitatif que ce mode de récolte induit mais surtout car il s'accompagne d'un vraie "bastonnade" des ceps, d'un égrappage automatique et d' une obligatoire trituration des baies. Cela conditionne très fortement les pressurages, sulfitages et débourbages initiaux et marque bien plus en profondeur que le simple terroir les vins qui en sont issus. Qui n'a dégusté de vins aux tanins rêches, végétaux et durs n'est en plus pas à l'abri des goûts d'ails et des amertumes prononcées. 

    Dans les Bourgogne génériques plus de la moitié des récoltes sont sans doute ainsi rentrées, sensiblement moins dans les crus plus huppés mais il y a encore de grands terroirs vendus à prix d'or qui subissent inconsidérément ce process funeste. Chambertin,Charmes,Perrieres... Choquant! Alors la question est aujourd'hui bien simple: quand interdiront nous cette mise en œuvre déshumanisée qui nivelle la qualité des vins bourguignons vers le bas?!

  Récemment certains viticulteurs de Morey Saint Denis et Vosne Romanée ont pris "le taureau de fer" par les cornes et ont décidé de l'interdire à partir de 2014 dans les grands crus Grande Rue, Clos de Tart, Romanée, Romanée-Conti et Tâche. Quelle heureuse et emblématique initiative à l'heure où la Bourgogne valorise ses climats par un salutaire classement UNESCO! J'espère que l'ensemble de la viticulture se sentira concerné par cette décision aussi juste que salvatrice pour l'expression de ses vins. 

  Par ailleurs si la machine à vendanger n'est pas bonne pour les grands crus, elle ne peut l'être pour les appellations génériques. L'outil fonctionne parfaitement ou ne fonctionne pas. Il n'y a pas de demie-mesure possible à mon sens si ce n'est de ne plus avoir à traiter l'humain et/ou à rationnaliser encore un peu plus les coûts. Si je peux admettre le besoin d'économies et de dépenses mesurées dans la gestion d'un domaine, je comprends moins bien la décision de minimiser dès le départ la qualité potentielle de sa récolte.



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