Domaine Ramonet à Chassagne-Montrachet

Publié le par Le Blog de Patrick Essa

"In situ" - Domaine Ramonet à Chassagne-Montrachet

Je ne sais s'il est imaginable de classer les domaines de la côte des blancs par ordre d'importance et s'il est simplement utile de le faire car au fond ils ont tous une part d'originalité qui les singularise au point de les rendre unique. Cependant certains noms de domaines sonnent avec plus d'harmonie aux oreilles des gens du cru et lorsque l'on évoque la petite bourgade de Chassagne, celui de Ramonet évoque sans aucun doute une engageante mélodie et une de ces adresses naturellement  respectée de tous.

  

Je me souviens d'une visite en ces lieux faîtes en compagnie de Noël Ramonet il y a trois années, un de ces moments uniques qui permet encore et encore de pénétrer le monde des très grands vins blancs de la côte et de mieux s'en imprégner. Non que je sois privé de déguster ces crus uniques car j'ai la chance de taster en de nombreuses caves de la région mais surtout car il est possible sur un très court instant de mieux appréhender de formidables terroirs dans des conditions comparatives uniques tout en ayant le retour technique d'un vigneron  n'hésitant pas à se livrer avec franchise et forces détails. Croyez moi ces dialogues impromptus qui prennent comme point d'appuis les meilleurs crus blancs qui soient apportent une vision infiniment claire à toutes sortes de questions complexes nées de nos pratiques. J'étais rentré de cette descente de cave émerveillé comme un gamin à qui l'on venait d'offrir le jouet qu'il attendait depuis sa commande au père noël, une sensation de bien-être quasi "absolue".

   Le temps forge sans doute une partie de nos goûts et pour moi -comme pour d'autres sans doute!- chaque expérience gustative vibrante semble modeler mes impressions et affiner mes sensations. Depuis ce jour il est certain que de nombreux Montrachet bus - je ne crache jamais un Montrachet - ont décuplé ma perception mais également apporté leur lots de questions "gustatives". Il me semble qu'en avançant dans la connaissance on ne fait d'ailleurs que confirmer avec acuité nos manques et j'aimerais savoir au fond ce qui génère ces sensations si fortes et cette puissance évocatrice si intense qui font que je me présente comme un enfant face à ces producteurs pourtant si simple et humble. J'étais chez Ramonet encore capable de m'émerveiller, ému à chaque instant et tellement heureux de partager ces vins, j'aimerais vous faire partager ces quelques gouttes bues en compagnie de Jean-Claude Ramonet comme si elles pouvaient être mes offrandes pour votre Noël...

  Les vins furent dégustés selon un rite concis qui positionna le Bourgogne en tête de liste avant que de décliner l'ensemble d'une gamme à tous égares proche de la perfection faîtes Montrachet. J'aimerais avant de vous conter ces crus par le menu vous confirmer que la maison se situe sur une planète "à part" qui de mon point de vue de béotien n'a pas d'équivalent dans la galaxie blanche si l'on met en perspective la qualité exceptionnelle des vinifications avec celle absolument unique des terroirs.

  Les notes qui suivent comprennent les vins dégustés ce jour là et quelques bouteilles plus anciennes qui ont été récemment dégustées à la maison ou chez des amis.

Les villages et génériques:

Bourgogne Blanc 2008 : Un assemblage de parcelles situées sur Chassagne qui comportent une notable proportion de vieux plants. Le vin est élevé avec soin et porte déjà la patte de la maison, un fruité mûr, une fraîcheur remarquable et cette belle énergie interne qui caractérise les élevages lents sur lies. Arômes de coing et de fruits blancs. Un bon vin d'emblée. Bien +

Chassagne-Montrachet 2008: Encore un bel assemblage de vignes assez âgées dont une notable proportion est peu éloignée du secteur de Morgeot. L'ensemble est tendu et fringant avec de beaux arômes de pommes vertes et de verveine sur un corps puissant. Jolie finale incisive et longue. Bien ++

Puligny-Montrachet les Enseignières 2008: Ce "village" situé sous le Bâtard est sans doute l'unique finage communal de très grande qualité de la commune de Puligny-Montrachet. Des terre argileuses, collantes presque planes et marquées par des cailloutis donnent ici un vin séveux et plein qui s'ouvre en général assez vite. Ce 2008 se montre très aromatique et richement doté, il semble déjà pouvoir se boire mais se gardera. Une gourmandise. Bien ++

 

Les Premiers Crus:

Puligny-Montrachet Champs Canet 2008: Ce cru fait suite au Perrières de Meursault mais il se présente en général assez différent car son sol maigre fait souffrir la vigne et il en tire un caractère mûr et délicat très original. J'aime sa finesse et sa distinction et son côté classique. Couleur très claire, effluves de fleurs blanches et de mandarine, bouche droite et aromatique...un régal! Très bien.

Chassagne-Montrachet Morgeot 2008: En partie issue du cru Boudriotte et des parties médianes de Morgeot, ce vin est sans doute le plus souple et onctueux de la gamme Ramonet. Robe or vert, nez intense sur la poire, le coing et un soupçon d'écorce d'orange. Bouche droite et structurée qui digère un élevage judicieux et sans fard. Un vin sensuel et très long. Très bien.

Chassagne-Montrachet Boudriottes 2008: La Boudriotte est cette année d'une finesse absolument hors norme et constitue sans doute le plus beau premier cru de la commune que j'ai dégusté en 2008. Couleur très claire à reflets verts. Nez subtil de fleur blanche, de gingembre et de poire william sur une fine ligne mentholée. Bouche très élégante, racée et d'une rare subtilité qui enchante par sa plénitude et sa constitution altière. Un vin long et raffiné qui a la taille d'un grand cru. Hors classe.

Chassagne-Montrachet Les Vergers 2008: Derrière le précédent il se montre plus discret, plus fluide mais avec une égale finesse de texture. J'aime sa retenue et ce côté longiligne qui le destine sans doute à un vieillissement sous verre un peu plus long. Arômes de fleurs blanches et de mandarine en finale, une superbe réussite. Excellent.

Chassagne-Montrachet Caillerets 2008: Voilà sans doute le vin qui réunira le plus de suffrages chez les amateurs de vins longs et aromatiques tant sa forme est aujourd'hui séductrice. Déjà ouvert sur de forts beaux arômes de pêche jaune et d'écorce d'orange il se montre concentré, fin et très élégant. Finale racée qui est magnifiée par un bel élevage. Un délice. Excellent.

Chassagne-Montrachet Les Ruchottes 2008: Plus retenu il offre de fins effluves de verveine et d'alumine qui font suite à une fringante robe or vert. La bouche est compacte et construite sur une matière serrée qui a parfaitement digéré un élevage peu démonstratif. J'aime les notes de poire william, de cannelle et de menthe sauvage qui pointent à l'aération et cette finale droite, précise et très rémanente. La classe! Excellent+

Les Grands Crus récents

 

 

 

 

Bienvenue-Bâtard-Montrachet 2008: Un vin souple et fluide qui a sans doute plus l'envergure d'un premier cru en moyenne que d'un véritable grand cru. Il est clair, précis et construit sur une harmonie doucereuse qui n'atteint peut-être pas la plénitude des meilleurs premiers crus précédents. Bel élevage et aspect accessible. Très bien.

Bâtard-Montrachet 2008: Beaucoup plus altier et dense, le Bâtard se montre ici un peu sauvage et très intense. Robe claire, arômes fins de fruits blancs et de zest d'orange sur une fine ligne mentholée. Elevage très discret pour un vin qu'il faudra attendre une bonne décennie. Superbe harmonie finale. Excellent.

Chevalier-Montrachet 2008: Quel plaisir de déguster ce cru tout en retenue et délicatesse qui tapisse déjà le palais de sa viscosité idéale. Un vin clair, intense et d'une longueur phénoménale qui magnifie l'élégance du chardonnay comme aucun autre cru ne sait véritablement le faire. Hors classe.

Bâtard Montrachet 2007: Assez proche de l'expression du 2008 avec sans doute un rien plus de tension et une matière pour l'heure moins imposante. Sa jolie robe cristalline introduit un nez centré sur des accents de verveine et de tilleul et une petite trace mentholée insinuante. La bouche est compacte, vive et équilibrée par une viscosité juste et semble avoir parfaitement effacé son élevage. Excellent.

Chevalier-Montrachet 2007: Encore une fois le cru séduit par sa douceur de texture et son enveloppe délicate. Plus incisif que le 2008 il n'en garde pas moins une riche matière et une énergie interne remarquable qui le conduira à vieillir avec harmonie. Robe claire à reflets verts, nez centré sur la poire william et la fleur de vigne et bouche aérienne et d'une insigne pureté. Un très grand vin. Excellent +

Montrachet 2007: Je ne recrache jamais un Montrachet et encore moins lorsqu'il vient de cette maison car aucun d'eux ne m'a jamais déçu. Ils sont toujours d'une race inouïe. La parcelle de 26 ares sise sur Puligny-Montrachet dans la partie la plus parfaite du cru donne ici une admirable version de ce que peut -et doit- être un grand Bourgogne moderne. Riche, aérien et racé à souhait ce 2007  dispose d'une robe or vert, d'un nez d'épices et de fleurs blanches sur une texture de taffetas. Longue finale montante...Hors classe.

 

et puis aussi...

Bâtard-Montrachet 2006: D'impression mûr, intense et parfumé, il se révèle qausiment pès à être consommé. Très Bien

Montrachet 2002: Un vin encore un peu fermé mais très riche et qui évoque la texture d'un vin rouge sur des arômes floraux très complexes. Hors classe.

Chevalier-Montrachet 2002: Très fin, racé et aujourd'hui à point. Une très belle acidité rafraîchissante dans la longue finale. Excellent.

Bâtard Montrachet 2000: Près à boire avec une couleur jaune or et des accents lactiques assez marqués. Un vin puissant et mûr. Bien +

Montrachet 1999: Aérien et très long sur une texture presque tannique et un grain tactile étonnant. Quelle classe en finale. Excellent.

Montrachet 1986: Impeccable de jeunesse, clair, juste mûr et encore un peu retenu. Il était vraiment d'une élégance et d'une finesse rare sur une longueur époustouflante. Très grand vin. Hors classe.


Publié dans Côte de Beaune Blanc

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Charmes-Chambertin 1998 - Domaine Perrot-Minot à Morey Saint Denis

Publié le par Le Blog de Patrick Essa

Le cru Charmes est probablement celui qui se retrouve le plus souvent en Bourgogne mais un seul possède le titre de grand cru, celui de Gevrey-Chambertin. Un peu comme son alter ego blanc de Meursault il se décline en plusieurs versions selon les secteurs où il est produit car c'est un "climat" étendu si l'on considère qu'il peut baptiser de son nom le Mazoyères-Chambertin voisin. Il ne mesure seul que 12ha 24a 56ca et est de ce fait plus petit que l'imposante entité du "plat" des Mazoyères. Celle-ci avec ces 18ha 58 a 68ca et le plus vaste des grands crus de la commune. De ce fait même le "vrai" Charmes-Chambertin est un vin assez rare en dépit du nombre considérable de bouteilles qui sont mises sur le marché. Un paradoxe étrange qui s'accompagne d'une grande variété des styles rencontrés car la déclivité des Charmes est un peu plus marquée que celle de son voisin et type nettement les vins et les producteurs qui le diffusent ont tous une manière de vinifier qui singularise leurs vins. Pour toutes ces raisons je suis toujours très surpris de lire des descriptions de Charmes-Chambertin stéréotypées qui la plupart du temps ne font qu'affirmer avec force la supposée finesse de ce terroir en se fondant sur son nom. Un peu court il me semble!

  

  Son sol composé de rendzines a une apparence rougeâtre, il est assez mince, caillouteux, marneux en certaines zones et parsemé de tête de roches qui signalent un sous sol rocheux et fissuré favorisant un enracinement très profond. Ce substrat unique est sans doute en sa partie haute et médiane l'un des plus qualitatifs de la côte de Nuits. Le Charmes originel est directement placé sous le Chambertin et juste en dessous a une orientation légèrement Est Nord-Est qui le rend un rien plus tendu et frais que son voisin.

   La majeure partie de sa partie haute appartient à la famille Camus qui cultive près de 3 hectares de vignes plantées dans le sens Nord-Sud. Certains domaines sont également présents dans ce secteur en sa partie nord et assemblent leurs vignes avec d'autres zones, Huguenot, Duroché, Dupont-Tisserandot par exemple. Le finage se termine au sud par la parcelle du domaine Taupenot-Merme et par les deux morceaux de la famille Perrot-Minot. Cette entité est sans doute celle qui livre les vins les plus sensuels et profonds du cru, ils ont un cousinage certain avec le Chambertin.

   La partie médiane que je surnomme souvent "le plat des "Charmes" est elle aussi extrêmement qualitative car un rien plus solaire et d'exposition plein Est. C'est une zone très pierreuse, pauvre et la vigne y souffre un peu plus que sur le haut. Les vins des Dugat, de Denis Bachelet, de Gérard Seguin, du domaine Humbert ou de Geantet en sont issus. J'aime souvent leur profondeur et ce côté énergique, pur, idéalement mur et suprêmement précis qui les caractérise. Pour toutes ces raisons c'est un des secteurs que je préfère à Gevrey-Chambertin, supérieur à mon sens à la Griotte ou aux Ruchottes.

   Enfin je signalerais une partie basse à ce cru qui est plus argileuse, marquée par des terres plus profondes et moins caillouteuses. Celle-ci donne des vins d'une rare élégance qui ressemblent un peu aux Mazoyères du même étage. Bien peu l'isole complètement mais le domaine Roty possède ici quelques vénérables pieds hors d'âge qui donnent un vin étonnant de raffinement et de sève. Citons également la maison Raphet qui me semble avoir un Charmes très élégant marqué autant par le secteur que par ses vinifications classiques. 

   Le domaine Perrot-Minot possède pour sa part deux parcelles qui forment une parfaite équerre autour de la vigne sud de Camus avec un prolongement en zone médiane. Ces 60 ares constituent sans doute l'un des meilleurs ensemble du cru sur le plan potentiel et l'âge moyen très élevé des deux parcelles contribue sans conteste à la densité de ce vin. Ce 1998 dégusté à l'Inra de Bordeaux en Novembre nous a abasourdi par sa "forme" idéale, sa jeunesse et sa densité.

  Il se présente sous une couleur très sombre, avec des reflets encore un peu violacés qui signalent sa grande fraîcheur et une maturation idéale. Les premiers accents épicés et finement torréfiés du nez se complexifient à l'aération sur des senteurs de réglisse, de caroube et de menthe sauvage, avant de basculer du côté de délicates senteurs de fruits noirs. La bouche se montre énergique, droite et très pure et décompose un spectre aromatique frais et gourmand qui enveloppe avec douceur et sensualité le palais. Quelle belle présence pour ce vin d'un rare raffinement, pourtant issu d'un millésime annoncé simplement bon sans plus". Excellent.

Style classique

  

Domaine Perrot-Minot 54, Route des Grands Crus 21220 Morey-Saint-Denis Tél: 03 80 34 32 51 (+33 380 343 251) Fax: 03 80 34 13 57 (+33 380 341 357)E-mail :  gfa.perrot-minot@wanadoo.fr



Publié dans Côte de Nuits

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