Comprendre le vignoble de Volnay

Publié le par Patrick Essa

Carte des crus de Volnay extraites de l'Atlas de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

Carte des crus de Volnay extraites de l'Atlas de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

Comprendre le Vignoble de Volnay 

Par Patrick Essa - vigneron à Meursault et producteur de Volnay 

 

 

Partie 1 - Le terroir de Volnay en quelques mots...

Repères sur le finage de Volnay et caractéristiques des sols classés en AOC "village" et "Premier cru".

 

   Sur le plan morpho-géologique le synclinal de Volnay répond à l'anticlinal de Gevrey-Chambertin. Les sols de l'étage jurassique voient en leur partie sud resurgir le calcaire dur de comblanchien qui s'était abaissé au plan profond en terminant la Côte de Nuits à Corgoloin. Le finage de Volnay est placé sur des sols marno-calcaires plus ou moins argileux selon les endroits.

 

   Les villages 

   Le finage de niveau "Volnay village" est schématiquement scindé en deux zones distinctes. En premier lieu, Les parties hautes (Bouchères, En Vaut, Sur Roches, Ez Blanches) au dessus des premiers crus. Celles-ci sont calcaires -  du calcaire dolomitisé- et pierreuses et reposent sur un substrat de terre superficielle blanche, pentue et très filtrante. Elles donnent des vins fruités, fins et souples qui ont une rare élégance, et qui sont en général moins robés et charpentés que ceux de la partie basse. Celle-ci est placée sous les premiers crus (Poisons, Grands Champs, Famines...), beaucoup plus argileuse et composée de terres brunes assez profondes. Les vins qui en sont issus sont souvent rudes, un peu austères et très charpentés. Ils sont au fond assez éloignés des archétypes fins et distingués qui sont pris pour "modèle" de l'appellation. En revanche ils ont une énergie rare et une capacité de vieillissement remarquable.

Les premiers crus

  Le vignoble qui est classé en premier cru est souvent délimité en plusieurs zones distinctes, celles-ci étant associées à des emplacements ou à des caractéristiques morphologiques. On oublie cependant de souligner la grande unité de cet ensemble positionné au milieu du coteau qui va de Pommard à Meursault. Une unité qui est due pour partie au fait que le "terroir" de Volnay n'est pas véritablement coupé par une Combe - cas de Pommard par exemple - car l'entaille géologique qui partage le finage est en fait une Combe sèche qui n'a donc généré aucun dépôts limoneux.

    La partie nord qui jouxte la commune de Pommard est toutefois  partiellement marquée par des dépôts limoneux provenant du cône de déjection apporté par la Combe de Pommard, elle est également composée d'un substrat profond argilo-calcaire qui type indéniablement les crus du côté de l'élégance. Cependant plus on s'élève sur le coteau et moins ce ruban exposé vers le levant est marqué par son insolation. Ainsi les Fremiets du bas sont-ils en général un peu plus précoces que les parties hautes, plus enrobés mais également moins énergiques. Le climat des Angles verse quelque peu vers le nord-est et bénéficie de ce fait d'une fort belle tension interne et d'un caractère un peu plus ferme. Il est moins rustique que ses voisins  du bas, Brouillards et l'Ormeau et Mitans mais n'en a peut-être pas toute la sève. Encore qu'il faut être prudent car chacun de ces mini climats porte en son sein des zones variables. Au dessus de Fremiets dans la partie haute de ce ruban de premiers crus se succèdent Chanlins, Pitures et Clos des Ducs. Les sols y sont plus blancs, très pierreux et confèrent aux crus une finesse fruitée insurpassable en année d'équilibre, ils peuvent être en revanche plus "froids et mats sur le plan aromatique" dans les années de faible maturité. Certaines zones de ce secteur pourraient à bon escient porter des blancs de premier ordre. Mais le règlement de l' AOC l'interdit.

  Le secteur prolongeant le finage de Meursault au sud est marqué par la résurgence du Jurassique moyen calcaire de la Côte de Nuits, l'apparition de ce substrat en Santenots, Chevrets, Caillerets et dans une moindre mesure Champans et Carelle sous la Chapelle donne une tenue assez étonnante à ces vins qui sont placés alors sur un sol associant des marnes et des calcaires marneux. Ce sont les vins les plus charpentés de Volnay et lorsqu'ils associent densité à finesse naturelle, ils peuvent être réellement éblouissants. La plus parfaite expression de ce coteau se retrouve sur  trois petites zones hors classes. La partie médiane et haute des Caillerets (Clos des 60 ouvrées en totalité), la partie basse des Champans contre le village et la zone des Santenots du Milieu englobant le Clos des Santenots. J'avoue avoir également un faible pour le petit cru de Chevrets, régulièrement éblouissant et fort comparable à ces trois "sous zones".

  En dessous de ce parfait coteau, à l'Est se placent quelques jolis crus aux caractères un rien moins affirmés mais qui peuvent donner sous la férule d'excellents vinificateurs des vins de très haut vol. Ce sont Gigottes, Carelles dessous, Ronceret,Aussy, Lurets et Robardelles qui terminent la pente de ce coteau et voient leurs parties basses - à l'exception notable des Roncerets - classées en village. Le Ronceret me paraît le plus qualitatif, car placé dans une zone pierreuse au sous sol maigre, les vignes y souffrent et donnent toujours un vin très intense, fort proche des meilleurs Champans. A la suite de Robardelles se place les Santenots du dessous sur Meursault, la partie basse me semble moins intéressante mais le dessus donne des vins pleins, séveux et bouquetés qui peuvent être marqués par une certaine animalité caractéristique.

Au dessus des Champans et Caillerets du côté de la commune de Monthelie se trouve le très important finage du Clos des Chênes qui se poursuit du côté du village de Volnay par le célèbre et plus restreint Taillepieds. Ces deux crus placés un peu plus haut sur le coteau sur des terres qui se font plus blondes à mesure que le coteau s'élève. Les parties médianes et basses plus argileuses donnent des vins pleins, séveux et très racés, alors que le dessus se présente avec un peu plus de tension et un fruité frais très gourmand. J'aime beaucoup le grain de texture des parties médianes et du Clos des Chênes originel qui est situé au milieu nord du cru et qui est exploité aujourd'hui par le Château de Meursault. C'est une zone d'élite qui se poursuit avec les grands Taillepieds, un cru encore plus intense mais peut-être moins raffiné en moyenne que le Clos des Chênes.

  Enfin une dernière entité est placée contre le village et composée d'une multitude de Clos, tous plus vibrants et qualitatifs les uns que les autres car bénéficiant sans doute d'un microclimat "intra muros" qui les singularise du côté de l'élégance. Le plus grand d'entre eux est le Clos de La Bousse d'Or dont la partie haute est prolongée par le Clos du château des ducs de Lafarge. Ce sont deux vins très différents car les"duc" se montrent épicés à souhait là où la Bousse d'Or joue le registre du fruit concentré avec un côté sanguin assez unique. Tout contre celui-ci le Clos de la Chapelle de Louis Boillot est d'une finesse remarquable et le Clos du Verseuil qui le suit - avec une exposition nord-est - semble lui ressembler comme un frère avec un rien de tension en plus. Il en va un peu de même pour le petit Clos d'Audignac placé au dessus de lui. Je suis particulièrement amateur du merveilleux Clos de la Barre  qui peut être le plus grand des Volnay lorsqu'il est vinifié sans fard et avec la volonté d'affirmer sa vraie nature tellurique. Un vin droit, compact et d'une douceur de texture superlative. J'ai bu il y a peu un 1990 d'une indicible classe, je vous en reparlerai. Quelques Clos subsiste du côté des Fremiets et en particulier le Fremiets Clos de la Rougeotte qui termine le cru au sud, mais qui n'est pas un clos véritable. Il a le grain des Fremiets alors que le Clos de la Rougeotte - tout court sans Fremiets avant - me semble plus près de l'esprit du Clos des Ducs et du Clos de la cave des Ducs, ce dernier est aujourd'hui vinifié par Benjamin Leroux et  appartient en partie à la famille Carré-Dureuil, mais je ne le déguste pas souvent hélas...

 Le projet de regroupement de certains premiers crus sera  effectif sur les étiquettes du millésime 2006. Quatre secteurs ont ainsi été associés. Le premier cru Pitures accueille Chanlin sous sa coupe (les vins produits au lieu-dit Chanlin seront étiquetés Pitures). Même schéma pour Les Mitans qui englobent En L'Ormeau, ainsi que pour le Ronceret et Les Aussy (au profit du premier cité). Enfin, les lieux-dits Carelle sous la Chapelle et Carelles-Dessous "fusionnent" pour devenir Carelle-Dessous la Chapelle. Volnay simplifie donc sa palette de premier cru et compte ainsi conforter la notoriété de ceux qui subsistent.

 

 

Climat Premier Cru: Champans 

J'ai toujours eu un faible pour ce cru qui allie puissance de texture à finesse aromatique et qui surtout est capable d'une longévité hors du commun. Sans doute est-il même le cru de la Côte de Beaune ayant le plus grand potentiel de garde avec les Rugiens de Pommard, les Renardes de Corton et le Santenots du Milieu de Meursault. J'ai eu l'occasion de déguster des millésimes plus que centenaires et d'ainsi pouvoir juger de la qualité des incroyables 1929, 1934, 1947 ou en 1959 et, 1962 et 1964 et depuis ces dates il m'a été possible de déguster ce cru chez plusieurs producteurs dans tous les millésimes. De Jean-Philippe Fichet à Joseph Voillot, Lafon, Jacques Prieur en passant par d'Angerville ou encore Pierre et Jean-Marie Bouzereau. A chaque fois la rencontre avec ce cru est unique, au sens où le finage est régulièrement présent sur une définition précise et permanente. Cette régularité de forme est même ce qui positionne à mon sens ce cru comme l'égal des Soixantes Ouvrées ou du Milieu des Santenots avec un "je ne sais quoi" de puissance en plus.

Comme ses pairs le climat est situé sur un milieu de pente bien abrité des vents qui regarde le levant. Son substrat marno-calcaire marqué par l'oolithe ferrugineuse repose sur la dalle nacrée. En Champans la partie jurassique moyenne qui marquait la Côte de nuits resurgit pour se prolonger en Caillerets et Santenots et ce fait géologique éloigne nettement le cru de ses cousins de Pommard, il puise une énergie tellurique sidérante dans la complexité de ses couches géologiques qui ressemblent fort au Saint Georges de Nuits avec toutefois un sol un peu plus maigre, moins directement marqué par l'argile.

Très homogène le cru forme un rectangle qui est encadré par le Caillerets au sud, La Carelle au nord et Clos des Chênes et Taillepieds au couchant. Sa pente d'abord assez douce en partie basse s'élève nettement à partir du milieu du cru mais cela ne "type "guère le cru en constituant des sous zones car de nombreux propriétaires disposent de parcelles qui coupent le coteau dans le sens de la longueur. Le domaine Voillot possède ici un hectare qui termine le cru au nord contre le village tout contre la Chapelle du bas de Volnay. Cette zone est un peu moins pentue dans le sens Est-Ouest et est marquée par un léger replat en son milieu. De ce fait les raisins puisent à cet endroit une formidable énergie solaire qui densifie encore la matière. 

Climat premier Cru: Le Clos des Chênes 

 Au dessus des Champans et Caillerets du côté de la commune de Monthelie se trouve le très important finage du Clos des Chênes qui se poursuit du côté du village de Volnay par le célèbre et plus restreint Taillepieds. Ces deux crus placés un peu plus haut sur le coteau sur des terres qui se font plus blondes à mesure que le coteau s'élève. Les parties médianes et basses plus argileuses donnent des vins pleins, séveux et très racés, alors que le dessus se présente avec un peu plus de tension et un fruité frais très gourmand. J'aime beaucoup le grain de texture des parties médianes et du Clos des Chênes originel qui est situé au milieu nord du cru et qui est exploité aujourd'hui par le Château de Meursault. C'est une zone d'élite qui se poursuit avec les grands Taillepieds, un cru encore plus intense mais peut-être moins raffiné en moyenne que le Clos des Chênes. 

Sur le plan gustatif le Clos des Chênes est un des crus les plus emblématiques de la commune de Volnay. En compagnie des Caillerets et des Champans, il fait sans doute partie "du" trio de tête de la commune par sa plénitude et sa capacité de garde qui sont proverbiales. Plus élevés que ses pairs car situé dans la partie haute du coteau contre les Taillepieds, il s'exprime toujours avec une tension affirmée et un grain de texture très original. Assez vaste, il mesure près de 20 hectares, il est en fait composé de trois zones distinctes. Le Clos des Chênes originel, situé dans la partie médiane du cru qui est aujourd'hui exploité en totalité par le château de Meursault, les parties basses situées juste sous ce Clos et les vignes hautes qui reposent sur des sols plus blancs marqués par l'oolithe blanche et moins argileuses. Dans tous les cas il s'agit d'un vin harmonieux et racé qui prend de la tension sur le haut du coteau et de la richesse sur la partie basse. Evidemment les domaines qui ont la chance de posséder les parties médianes - le château de Meursault, Bouley, Delagrange entre autres -  se voient souvent gratifiés d'un supplément de complexité et de race.

  Climat Premier Cru: Les Angles

   Le docteur Lavalle - sans doute la référence vineuse de Bourgogne pour les terroirs - classait ce petit cru des Angles en tête de cuvée au milieu du 19°siècle. A l'égal du Caillerets. Le cru se divise aujourd'hui en deux parties distinctes: "Les Angles" qui inclu le Clos des Angles et "Pointes d'Angles" qui est situé juste en dessous face aux Fremiets et au dessus des Brouillards. Les deux climats son assez différents car les pointes versent un peu vers le nord-est et sont placées sur des terres un peu plus argileuses, moins blondes et moins caillouteuses que le dessus des Angles. Cela donne des vins vins plus nerveux dans le dessus et plus séveux et aromatiques dans la partie basse.

  J'aime déguster ce cru lorsqu'il a une bonne dizaine d'années car il lui faut du temps pour assagir sa fougue surtout en grand millésime. Très différent de son voisin Fremiets car un poil plus frais et franchement peu ressemblant du Clos des Angles qui le surplombe - tout en êtant intégré dans le climat - car plus austère et serré dans sa jeunesse et centré sur des arômes de fruits noirs caractéristiques.

 Climat Premier Cru: Le(s) Chevret(s) à Volnay

  Le petit climat de Chevret - ou des Chevrets - jouxte le terroir de Meursault dans le prolongement exact du fameux terroir des Santenots du milieu, au nord du Clos des Santenots du domaine Prieur. En dépit de ce qui est très souvent écrit sur sa ressemblence avec ce dernier climat, il donne en général des vins plus élégants, moins puissants et d'une séduction immédiate beaucoup plus affirmée. Sa terre blonde mêlée de cailloutis, marno-calcaire, filtrante et en pente douce vers le levant marque fortement le cru du côté de la sensualité. Assez proche de l'esprit des Caillerets du haut et du Clos des soixantes ouvrées , il cousine également avec les Santenots blancs de Meursault et les Petits Epenots du dessus de Pommard.

  Sans doute s'agit-il du premier cru le plus injustement minoré de la commune car je n'hésite pas à le placer dans mon quinté de tête pour l'avoir maintes fois dégusté chez Nicolas Rossignol ou au domaine Henri Boillot.

 Climat Premier Cru: Les Fremiets à Volnay

   Les 7.91 hectares du climat des Frémiets produisent parmi les vins les plus délicats et subtils de la commune de Volnay. Cette finesse affirmée provient autant de la qualité d'ensemble remarquable de ses producteurs que de son exposition et des caractéristiques géo-morphologiques du climat. Le cru forme une sorte de triangle improbabale dont la pointe sud viendrait mourir sous les Clos des Ducs. Il est bordé sur ses côtés par les Angles et les Pointes d'Angle du côté du village, et les Bertins, les Fremiers et les Jarollières  en direction de Pommard. Il se décompose - de mon point de vue - en plusieurs sous zones distinctes ayant sans aucun doute un caractère propre:

 

  1. La partie basse située au dessus des Angles et des Brouillards s'élève doucement vers l'ouest et forme à son début une sorte de méplat très solaire. Son substrat marno-calcaire brun est ici fortement marqué par l'argile et les vins qui y sont produits sont sans doute parmi les plus précoces de la commune. De ce fait ils revêtent souvent une forme souple, délicate et très harmonieuse qui les range parmi les vins les plus veloutés de Bourgogne. Dans cette zone on retrouvera les propriétés Voillot, Huber-Verdereau et le Comte Armand.
  2. La partie située au dessus du chemin qui mène aux Fremiers et Jarollières de Pommard s'élève plus fortement et son substrat s'apauvrit en argile en même temps que ses terres s'éclaircissent d'autant plus que l'on monte dans le coteau. La zone est bien abritée des vents mais un rien moins solaire que la partie basse et les bans marneux se mêlent à une densité de cailloux plus forte. De nombreuses parcelles coupent ce coteau dans le sens de la longueur et bénéficient ainsi de l'intégralité de la complexité de ce sol. Les vins de ce secteur sont souvent un rien plus tendus et fringants et préservent une race et une délicatesse hors du commun. Les parcelles de François Charles et du Marquis d'Angerville - entre autres - se situent dans ce sous climat.
  3. Le Clos de la Rougeotte et le "Village- Clos de la Rougeotte". Le premier appartient au domaine Bouchard père et fils, il ressemble en tous points aux parties supérieurs du climat et en dépit de son nom n'est pas ceint d'un mur. Le second Clos de la Rougeotte est exploité par le domaine François Buffet et situé juste sous le Clos des Ducs, il bénéficie d'un sol brun clair d'une qualité rare. C'est un vrai petit Clos entouré de murs séculaires et la zone devrait l'autoriser à produire des vins remarquables. je ne l'ai dégusté hélas que deux fois ce qui ne me permet pas de le caractériser avec justesse.

 Climat Premier Cru: Le Cailleret à Volnay

   Beaucoup d'entre vous connaissent sans doute le dicton qui scande depuis plusieurs siècles que "qui n'a bu de Caillerets ne sait ce que vaut le Volnay". Outre qu'il est un peu restrictif pour celui qui souhaite comprendre le fameux terroir de Volnay il est sans aucun doute fondé sur le fameux adage qui voulait que les propriétés royales fussent les mieux placées des coteaux sur lesquelles elles se situaient. Caille Rey, caille du roi, clos du roi...la partie qui était dévolue au seigneur, celle qu'il s'était choisie pour lui même. Voilà sans doute l'origine de ce secteur si prisé.  Mais une ethymmologie ne suffit guère à convaincre un amateur de vin, encore moins le lecteur aguerri qui "surfe" régulièrement sur DC. il faut un peu plus de "matière" pour expliquer la grande qualité évidente de ce morceau de terre en forme de L couché. Essayons de sérier avec concision les éléments qui caractérisent son aspect morpho-géologique.

 Cette terre exposée au levant est idéalement placée à mi pente et se compose de trois secteurs: le Clos des soixantes ouvrées qui est situé au dessus des Chevrets, une partie élevée qui le prolonge vers le nord et une bande assez étroite qui coupe ce coteau dans le sens de la longueur et descend jusqu'au chemin de Meursault en longeant les Champans. Il existe de ce fait des Caillerets "hauts" et des Caillerets "bas", mais également des cuvées mêlant les deux origines. Les parties hautes sont plus pierreuses , calcaires et moins marquées par les bans marneux, elles s'expriment avec droiture et élégance et produisent les vins les plus sensuels de la commune.. Les parties basses, légèrement plus argileuses et marneuses marquent les vins du côté de la puissance et cousinent déjà un peu avec les Champans.

    De nombreuses cuvées de Caillerets se montrent d'une plénitude digne d'un grand cru et de fait ce secteur devrait naturellement élevé à ce rang car il porte en lui l'évidente nature du Volnay, celle qui positionne le finage communal comme le plus grand de la Côte de Beaune à mon sens, si l'on considère son unité et sa qualité régulière depuis 10 ans. Je vous recommande particulièrement les cuvées de Thierry Glantenay, Jean-Marc et Thomas Bouley, de Nicolas Rossignol, et de Lucien Boillot. Et puis bien entendu celle du fameux Clos des soixantes ouvrées du domaine de la Pousse d'Or.

 

Climat Premier Cru: Volnay-Santenots "Les Petures"

  Sans doute l'un des premiers crus les plus étranges de la Côte de Beaune car -très peu connu- il peut produire de grands vins blancs et rouges en AOC premier cru sans que l'on n' évoque jamais son nom sur l'étiquette...car il se vend régulièrement sous le nom de Volnay- Santenots (Meursault-Santenots en blanc) auquel il a légalement droit. Funeste pour la "gloire" de son patronyme, ce choix a pourtant été réfléchi par les diverses commissions syndicales qui l'ont proposé car il enterrine des usages loyaux et constants validés par plus de deux siècles de pratique. On pourrait imaginer qu'il s'agit d'une entité à part ou d'un sous lieu-dit minuscule ne pouvant s'affirmer pleinement seul...il n'en est rien. Magnifique zone de plein côteau, idéalement exposée à l'est et portée par un substrat argilo-calacaire dont l'origine remonte au Bajocien, elle est naturellement destinée à tenir parfaitement son rang de premier cru avec -sans doute- beaucoup plus de personnalité et de caractère que la partie du dessous des Santenots.

  Le terroir des Petures dans la vigne arrachée de la maison Prieur

 Le cru est homogène et pentu et si la partie basse est légèrement inclinée vers le levant les parties hautes sont un peu plus fortement inclinées et par conséquent très filtrantes. En surface les terres brunes, mêlées de cailloux de petites tailles, argileuses, assez collantes et qui réssuient bien en superficie sont portées par un substrat profond rocheux qui permet à la vigne de plonger ses racines loin dans le sol. Cet ensemble donne des vins très originaux qui se rapprochent fortement du Chevret de Volnay et pour la partie haute des Volany-Caillerets de l'étage supérieur. Sans doute un des crus les plus sous-estimés de Meursault car son grain souple et son énergie lui confèrent une personnalité d'une originalité affirmée. 

  Le caractère des vins est similaire à celui des Santenots du milieu- réglissé et fumé sur des accents de fruits noirs - mais n'en possède pas toute l'intensité et surtout le cru se montre régulièrement plus souple en jeunesse. Quelques ilots de blancs donnent des vins vineux, puissants et très aromatiques qu'il ne faut pas cueillir en sur-maturité sous peine de confiner à la mollesse. La vigne de Désirée du domaine Lafon - replantée en 2008 - donne ici un vin blanc - cadastré dans les Petures- sensuel et profond qui termine le climat dans sa partie sud, contre le Clos du Cromin. On notera par ailleurs que le climat "porte" légalement deux vignes hautes qui ont droit à l'AOC Volnay-Santenots, elles sont exploitées par le domaine Roy d'Auxey-Duresses.

  

Climat Premier Cru: Volnay Santenots du Milieu 

  Les Santenots sont intégralement situés sur la commune de Meursault dans un zone très qualitative qui prollonge le fameux coteau de Volnay. Très étendu - plus de 30 hectares - le climat intègre plusieurs lieux-dits ayant des profils différents mais possèdant tous de magnifiques qualités morpho-géologiques. Des terres argilo-calcaires brunes du Milieu aux cailloux des Santenots blancs et du dessus des Petures en passant par les zones plus riches des Petures du bas et des Santenots du dessous, il est assez difficile de définir une véritable unité pour ce célèbre cru. Le "milieu" est exposé Est, de terre rouge très argileuse, peu profonde sur un sous-sol de calcaire dur, le site est très solaire et précoce.

 

   La partie dîtes Santenots du Milieu donne incontestablement sur 8 hectares les vins les plus intenses,sauvages et profonds de l'appellation Volnay avec des notes réglissées/fumées qui évoquent souvent les pinots fins des parties médianes du Clos de Vougeot ou des Renardes à Corton. C'est un cru d'élite qui fait partie des cinq meilleurs finages de la Côte de Beaune. Il possède de plus une capacité de garde époustouflante, certains "spécimen" de 19° siècle conservés chez Bouchard Père et fils sont même dans une forme étincelante en ce moment.

  Parmi les producteurs de ce célèbre finage, Lafon est celui qui a la plus forte production car il en exploite plus de trois hectares. Ces vins sont régulièrement de haut niveau. Citons également dans les producteurs de très bonne qualité les domaines Mikulski, Jacques Thevenot et le Clos des Santenots de Prieur qui est inclu dans "le Milieu".

Patrick Essa - 2017

 

Carte: Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant
Carte: Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

Carte: Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

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Comprendre le vignoble de Pommard

Publié le par Patrick Essa

Pommard est le vin rouge bourguignon le plus célèbre de la planète. Aujourd'hui comme hier son nom évoque un vin sombre, puissant et de très longue garde. C'est un seigneur de la Côte de Beaune.

Patrick Essa

Le vignoble de Pommard 

 

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault  et producteur de Pommard - 2017

(cartes tirées de l'Atlas de S Pitiot et JC Servant)

 

Il n'y a pas de nom de vin rouge plus connu dans le monde. Pommard est un nom court et sec qui se prononce bien dans de nombreuses langues et qui est pour beaucoup d'amateurs synonyme de vins rouges puissants et structurés capable d'affronter la longue garde. Toutefois en creusant un peu cette réputation - méritée! - on peut s'apercevoir aussi que son nom peut être associé à la rusticité tannique de vins durs qui mettent beaucoup de temps à se faire. Qu'en est-il exactement? À l'évidence si l'on se fie au potentiel de ses terroirs, la relative austérité qu'ils impliquent en raison d'un substrat marneux affirmé n'est pas le seul élément qui permet de les définir.

Le vignoble se divise en deux coteaux distincts séparés par une Combe importante qui positionne certains climats sous une évidente influence éolienne. Ces courants frais ont la particularité de retarder un peu la maturité des fruits tout en permettant de lutter favorablement contre les maladies. Il en résulte fréquemment des récoltes de coteau naturellement saines selon des fruits ayant une maturité légèrement froide et, de ce fait des peaux un peu plus épaisses avec toujours un potentiel tannique affirmé.

Toutefois une zone basse sise en aval sur le cône de déjection de la combe repose sur une couche de limons assez épaisse qui procure aux vins plus de douceurs et une féminité "possible" que les vignerons ne recherchent pas toujours...

...Ainsi Pommard n'est pas l'alter-ego masculin de son voisin féminin Volnay. C'est une comparaison qui a le vie un peu trop dure et qu'il convient de dépasser selon les coteaux et secteurs considérés car la finesse et l'élégance ne lui ont jamais manqué si j'en juge les très régulières dégustations et vinifications que j'ai eu et ai encore l'occasion de faire.

 


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Un premier coteau s'élève au Nord de l'appellation. Il naît tout contre Beaune sur une large bande marno-calcaire marquée par des terres brunes idéales pour la production de grands vins de pinot noir. Ce coteau tourmenté verse vers le Sud à partir du premier cru " Les Charmots"pour se poursuivre sur des terres de plus en plus claires en direction de la Combe jusqu'au climat village de la "Plante aux Chèvres" qui est quasiment orienté au couchant et qui touche le vignoble des Hautes Cotes de Beaune. Ce long coteau est sous la double influence de la Grande Combe de Pommard et de la Combe de Lulunne située au dessus et contre lui sur le finage de Beaune. Les vents circulent ici selon des courants qui hélas peuvent attirer les nuages de grêle au milieu de l'Eté et les risques semblent s'y être multipliés ces dernières années, surtout dans la partie orientée plein Est dans laquelle se trouvent les meilleurs premiers crus.

 

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Cette zone du coteau Nord qui regarde le levant est argilo-calcaire et parsemée de ban marneux, elle regarde l'Est selon une pente qui va de douce à forte au fur et à mesure que l'on s'élève sur le coteau. Elle produit des vins très parfumés et généreux qui n'ont rien de crus aux tanins anguleux et revêches et qui au contraire lorgnent toujours du côté du raffinement et d'équilibres fruités, mûrs sans excès. J'insiste ici pour signifier que les tanins des crus de ce secteur peuvent être parmi les plus fins et veloutés du beaunois. Selon les remarquables travaux de la géologue Françoise Vannier-Petit (voir la carte géologique de l'appellation ci dessous) le coteau se subdivise en différents rubans géologiques qui s'échelonnent au fur et à mesure de leurs  positions  sur le coteau. 

   Le plus connu d'entre eux est Les Epenots ( je vous renvoie à leur analyse détaillée en bas de page ) qui sont suivi de près par le très épicé et racé Pézerolles au corps impeccable et à la proverbiale longévité. On citera également les excellents Argillières (Largillière ou l'Argillières parfois) et Saussilles (prononcez Saucile) qui sont peut être un peu moins profonds et le gourmand et original Boucherottes en bas au Nord qui commence à ressembler aux pinots Beaunois voisins, un peu plus variétaux mais toujours très francs. Ces Crus de mi-coteau sont portés par des sols de type calcaires oobioclastiques et graveleux, le Boucherotte étant lui sur le calcaire de Ladoix.

   Il faut avoir dégusté un Pezerolles de Vincent Dancer ou de Joseph Voillot pour apprécier ce fruité épicé unique qui signe le secteur un peu à la manière du Clos de la Roche à Morey. Le secteur plus argileux du cru quasi éponyme Argillière est à rechercher au domaine Lejeune ou chez Anne Parent, deux cuvées d'élite très régulières. Jean Marc Boillot et Thierry Glantenay produisent quant à eux des Saucilles qui raviront les degustateurs de vins racés et gourmands avec une texture un rien plus ferme et un grain tannique à mailles un peu plus larges.

Les Charmots amorcent un changement d'orientation vers le Sud et une zone plus chaude et précoce qui également sous l'influence de la Grande Combe donne des vins subtils et délicats. Charmots est le cru le plus élégant du village, il égale la finesse des meilleurs crus de Volnay et de Beaune et fait sans doute partie des plus beaux crus du Beaunois. Les domaines Moissenet, Cyrot-Buthiau et Vaudoisey produisent ici dès vin d'une extrême plénitude.En dessous de lui le Clos Blanc, La Refène, le Clos de la Commaraine et le Clos de Verger sont marqués par un substrat marno-calcaire - calcaires de Ladoix - mêlés à des colluvions dans les parties basses. Ce sont de bons climats mais en dépit de leurs races fruitées et de leurs sombres couleurs, ils n'ont pas tout à fait la même complexité d'expression. Recherchez le Clos de Verger de Laurent Pillot car il se fait rare en raison d'une partie replantée, il est delicieux.

Les Arvelets plus pentus et tourmentés et toujours sur le calcaire de Ladoix ont une présence plus affirmée et me paraissent qualitativement un cran au dessus car leur nature séveuse et leur fruité noir et un peu mat en font des crus qui vieillissent avec grâce.François Parent, David et Daniel Rebourgeon - qui exploitent le Clos des Arvelets - et Olivier Cyrot vinifient des vins emplis de sève qui comptent parmi les plus belles cuvées de la commune. Les petits crus de Chanière et Platière - sur le calcaire ooclastique et avec une influence oolithique ferrugineuse  sont moins constitués et fermes mais ont une douceur fruitée et un grain délicat qui en font des vins vraiment séducteurs.

Les meilleurs "villages" de la commune se positionnent sur ce coteau Nord et regardent le Sud-Est et le Sud. Le plus qualitatif d'entre eux est le formidable Vignots qui a souvent la classe et la profondeur d'un premier cru. Ses terres plus claires dans les parties hautes - marnes de Pommard - caillouteuses et fort calcaires - ooclastique - pourraient en certains secteurs donner des blancs d'élite. Mentionnons aussi le très bon Noizons et le large et toujours très typé coteau " Bœuf " entièrement positionné sur des calacaires Blancs du jurassique supérieur.Son profil salin et énergique l'éloigne nettement de son nom cadastral qui pourrait faire penser à un vin pataud.

 

 

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Le coteau Sud est un peu moins vaste mais il monte jusqu'à plus de 330 mètres sur une surface pentue et assez accidentée, il est également entaillé par une petite Combe au cœur du lieu-dit en Vaumurien. Cette combe étant elle même sur une faille qui la traverse transversalement au plan profond. 

 

La zone des premiers crus plus restreinte est entièrement tournée vers le levant et s'élève depuis une zone plane riche en limons, colluvions  et oxyde de fer jusqu'à un coteau pierreux aux terres plus légères et claires de type Grèzes litées. Le plus emblématique des climat est le merveilleux Rugiens qui a dans sa partie basse le statut de grand cru naturel. Le fait que le haut de pente et le versant qui regarde l'Ouest (zone village) portent aussi le nom de Rugiens l'a sans doute desservi au moment des classements mais sa fougue est indéniable et sa longévité absolument hors du commun. Le plus grand cru de tout le Beaunois à mon sens. Vins d'une race folle chez François Gaunoux,  De Montille, Voillot, Pillot et Lejeune. Son substrat de calcaire de Ladoix, da situation parfaite entre deux lignes de faille et sa terre argileuse sombre et rougeoyante marquée par l'oolithe ferrugieneuse

 Fremiers, Jarollières, Chaponnières et Croix Noires sont quatre crus de coteau de haut niveau qui me paraissent conjuguer les qualités de finesse des Fremiets de Volnay voisins tout en bénéficiant de la chaleur de ce coteau peu influencé par les vents de la Combe. Consistants, puissants et charpentés ils pourraient assez facilement rivaliser en qualité avec la bande des meilleurs Volnay sise au Sud de l'appellation, voire avec les crus de la Côte Saint Jacques de Gevrey auxquels ils ressemblent nettement sur le plan de leur équilibre. Jarollières dans le prolongement de Rugiens bas dispose des mêmes qualités que lui avec en son centre haut la présence de Grèzes litées et devrait naturellement être considéré comme son égal. Supérieur aux Hauts de Rugiens placés quasi  entièrement sur des Grèzes litées son sol est celui d'un grand Cru. Fermiers, Chaponnieres et Croix Noires sont sur Le calcaire de combla chien dans leurs parties basses, elles confèrent un grain tannique plus souple, une finesse plus immédiate mais aussi un rien moins de profondeur et de sève.

 Ce n'est pas le cas des plus tanniques et souvent un rien moins élégants Poutures et Bertins qui plus terriens reposent sur des terres plus lourdes - colluvions de pieds de versant - et moins complexes. Les vins ont un caractère plus sévère mais ne manquent pas de puissance. Les Combes Dessus et le Clos Micot (ou Micault ou encore Micaut) n'ont pas complètement le niveau de cru je crois. Leurs sols plus limoneux et alluvionnaires  leurs confèrent une certaine finesse mais ils n'ont pas le fond des meilleures cuvées.Ce sont des premiers crus de plaine.

 

Chanlins plus haut sur le coteau dans un secteur marqué par le calcaire de Nantoux peut être excellent mais se présente plus frais, sur un fruité éclatant qui signale peut être une zone à blanc... Voir!

Les villages de ce secteur Sud sont soit un peu trop élevés, soit orientés vers le Nord-Est pour être au niveau des premiers crus. Ils bénéficient en revanche d'un terroir calcaire mêlé d'alluvions de grande qualité et chargéd'un peu  d'oxyde de fer sont positionnés sur des zones marneuses et fort caillouteuses. Le meilleur est sans doute le Vaumurien - une terre qui "vaut mieux que rien"!- qui regarde le Sud. C'est un vaste climat aux expositions diverses qui est incliné selon des pentes envers/endroits Nord-Est ou Sud-Est. Il peut livrer des vins profonds et intenses. Autour de lui au Sud Chanlins Haut est une vraie terre calcaire à blanc plantée en pinot qui donne des vins gourmands, et au Nord La Vache, Mareau, Trois Follot et Chiveau sont des zones plus tardives mais des sols de tout premier ordre identique aux Jarollieres et Rugiens bas, soit ferrugineux sur le calacaire de Ladoix., les vins y ont plus de race mais un fruité plus mat et une approche austère qui colle bien à l'image que véhicule le village. Mention au petit Clos Beauder plus précoce et un peu plus fin. Lambot est un endroit frais et élevé qui s'approche du caractère "Haute Côte", il est situé sur une zone de calcaire blanc  de Nantoux. 

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Les villages situés à l'Ouest du village sur une zone marquée par les colluvions issus de la Grande Combe sont plus argileux et les terres y sont plus collantes, moins drainantes et sans doute idéales pour les productions de pinots charpentés surtout dans la partie Sud. Dans ce secteur Rue au Port, Croix Planet et Les Cras livrent des vins qui n'ont pas les caractéristiques des vins anguleux et rêches que les amateurs ont en tête lorsque l'on évoque la commune. Ils livrent des vins un peu terriens certes mais toujours bouquetés et engageants qui ont une puissance contenue étonnante à ce niveau d'appellation.  

 Au Sud les vins sont plus souples et immédiatement accessibles en raison d'un substrat limoneux plus maigre et de bans marno-calcaires. Ainsi Perrières, Croix-Blanche, Tavannes et Riottes peuvent atteindre des intensités aromatiques envoûtantes sur une élégance un peu incongrue pour l'appellation. Il faut les rechercher, surtout le formidable Croix Blanche. Le Château de Pommard - aujourd'hui Clos Marey Monge -  est cadastré dans le climat " Le Village ", il est intégralement sur une zone alluvionnaire  et certains de ses quartiers comme le bord Nord-Ouest peuvent atteindre le niveau des meilleurs villages de pied de coteau de la commune en ressemblant à Croix Blanche.

 

Le cas des grands crus potentiels

 

  Les vignerons de la commune ont présenté ces derniere années un projet visant à classer grands crus certaines climats premiers crus du village. Il serait juste qu'il y ait au moins une zone classée dans la plus haute des catégories sur le finage car le potentiel du terroir est bien là.

   Hélas les deux zones les plus favorables que sont Rugiens et Epenots ont été depuis des temps immémoriaux un peu trop largement découpées et elles portent des secteurs qui sont de haut niveau aux côté de zones plus faibles même si de qualité. Les seuls lieux-dits indiscutables me paraîssent être le Rugiens-Bas, les Grands-Epenots et les Petits Epenots du Dessus. Mais exclure le Clos des Epeneaux, le Grand Clos des Epenots qui sont dans les petits Epenots de zone quasi plane, ainsi que la partie haute des Rugiens créerait un tolé général que j'imagine aisément assourdissant!

    Le projet risque de ne pas passer avec l'ensemble cadastral de ces deux crus et pour qu'il soit viable je suggère à leurs instigateurs de cadastrer Rugiens Bas en grand cru et l'ensemble des Grands Epenots en intégrant le dessus des petits Epenots dans ces Grands Epenots pour définir deux grands crus à mon sens naturel:

 

 

Rugiens-Bas

Grands-Epenots

 

+...Analyses de quelques premiers crus

 

Les Epenots est un vin délicat, subtil et très élégant qui s'ouvre en général plus vite que ses pairs situés au sud de la commune, comme le célèbre Rugiens. Placé sur un substrat caillouteux, porté par des terres blondes et brunes, marno-calcaires, le climat est orienté en pente douce vers le levant et se décompose  en 4 grandes entités.

  •   Les Grands Epenots à la sortie du village qui incluent le Clos de Citeaux;
  •   les Petits Epenots qui jouxtent le finage de Beaune dans lesquels se trouve le Grand Clos Des Epenots du domaine De Courcel; 
  •  le Clos des Epeneaux du Comte Armand qui se situe schématiquement entre ces deux premiers sous lieux-dits;
  •  ainsi qu'une dernière partie - très qualitative - qui correspond aux parties hautes des Petit Epenots, localement appellée Petits Epenots du Dessus. Il me semble que dans cette dernière entité se trouvent les vins les plus bouquetés et séveux et qu'année après année il sont marqués par un côté aérien que n'ont pas complètement les autres lieux-dits. En revanche ils sont sans doute un rien moins "puissants".       

 

Les Pézerolles:

Pommard est une bourgade dont le finage étendu est enclavé entre ceux des communes de Beaune au Nord et Volnay au Sud. Comme cette dernière ses vignes ont durant le haut moyen âge été mise en culture sous une domination ducale régulièrement associée à des propriétés nobiliaires et bourgeoises. La famille Pezerolles - selon Marie Landrieu Lussigny - possédait en ce secteur une vigne largement découpée qui sans doute forma un Clos aujourd'hui disparu du cadastre.

 Ce Clos des Pezerolles ancien se situait dans la partie médiane basse du Climat que d'aucuns considèrent être la meilleure. Signalons toutefois que cette étymologie est parfois contestée et que pour certains rédacteurs le terme proviendrait du vieux vocable Poizerolle signifiant "pois chiche", l'endroit aurait pu en être partiellement complanté au milieu des vignes en foules, comme l'usage le laissait apparaître pour d'autres cultures vivrières.

Cru de milieu de pente assez incliné et ordonné au niveau de ses parcelles selon trois étages, bas, médian et haut, il est situé sous le village Les Noizons, au dessus des Petits Epenots et entre Largillière et Saussille et mesure 5.91 hectares. Son exposition est faite de pentes regardant vers l'Est et d'une influence éolienne sous forme de courants d'air frais qui descendent de la combe de Lulunne juste en contre haut du lieu-dit. Les vins en tirent une rare énergie et un fruité frais éclatant qui tranche nettement avec ses crus mitoyens car il s'exprime avec plus d'élégance que de puissance.

  Toutefois Pezerolles est d'abord un vin structuré et ses accents aromatiques de fruits noirs en font un vrai Pommard, ne reniant aucunement sa nature altière et sa capacité à se magnifier avec le temps. Ce vin de garde prend à plus de sept ans une forme plus souple, moins contenue et très libérée qui exalte les notes épicées que son sol et son exposition lui confèrent naturellement. Ce faux vin tendre et féminin possède la classe d'un intellectuel discret et brillant imposant son savoir par petites touches subtiles lors de conversations apaisées. Incontestablement un vin d'esthète qui se livre toujours avec retenue et pudeur.

 

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 Il fait partie des cinq meilleurs crus potentiel de la commune et à pour lui d'être aussi homogène que le Rugiens Bas en disposant de la même capacité de garde. Il est en fait son frère du Nord, celui qui sans bruit peut se hisser à son niveau d'intensité sans toutefois jamais le dépasser en complexité. Vous pourrez en boire d'excellents chez De Montille, Vincent Dancer, Joseph Voillot et au domaine Moissenet-Bonnard.

 

Les Rugiens

   Pommard doit son nom à la déesse Pomone, ancienne divinité gauloise associée aux vergers et fruits, elle les cultivait mieux que personne et savait les mettre en valeur pour qu'ils mûrissent idéalement. Placé aux pieds de deux coteaux se faisant face le finage célèbre de cette petite bourgade porte des crus anciennement réputés et depuis plusieurs siècles vinifiés en cuvées isolées, Rugiens est l'un de ceux là.

  Cuvée adulée au dix neuvième siècle et considérée avec les Corton comme le meilleur vin du beaunois, elle s'est un peu effacée au profit du nom du village lors de son non classement en grand cru dans les années 1930. Pommard est alors le vin rouge de Bourgogne le plus connu des gastronomes, sans doute pas celui que l'on imagine le plus abouti mais en revanche, par la grâce d'un nom facile à prononcer dans toutes les langues, celui qui symbolise la qualité générique que le négoce souhaite mettre en avant dans la composition de ses vins de classe.

  Nul autre vin ne sera plus contrefait et étendu aux vignes des secteurs voisins, Monthélie et Auxey en particulier en "fourniront" pendant plusieurs siècles selon la logique des équivalences gustatives. Cela ne signifiait pas que les vins étaient moins bons mais qu'ils étaient simplement "construits" sur la base d'assemblages choisis et complémentaires. Un autre temps. Rugiens sera rayé de la liste des grands crus au nom d'une unité que les villages rouges du Sud de Beaune revendiquaient avec fierté, refusant de faire disparaître leur nom sur les étiquettes des cuvées issues de leurs finages.

   Ce n'est ainsi pas un hasard si Meursault, Pommard, Volnay et Beaune n'ont jamais associé leur patronyme à celui d'un cru. Une noble idée qui ne doit rien - comme on le lit ou l'entend parfois de manière très naïve - à une soi-disant faiblesse de terroir face à ceux des autres villages de Côte d'Or. Ce climat exigu doit son nom à l'oxyde de fer qui marque son substrat et qui en absence de végétation, avant la tombée de la Nuit ou au matin, lorsque le soleil est ras, fait rougeoyer sa terre en lui conférant des reflets moirés très surprenants. Cette perspective obtenue depuis le village en contrebas laisse apparaître un coteau régulier qui se découpe en deux blocs distincts ayant des caractéristiques forts différentes.

  Ainsi Rugiens-Bas et Rugiens-Hauts sont deux crus différents qui n'ont de commun que leur nom. Non que l'un soit supérieur à l'autre mais parce qu'ils s'expriment sur des modes diamétralement différents.

 

   Rugiens-Bas mesure un peu plus de 5,83 hectares et se trouve sur une portion de coteau formant un quasi replat en pente douce et orientée plein Est. Son sol est argileux, assez épais et fortement chargé en oxyde de fer ce qui procure aux vins une grande fermeté et une incroyable puissance en même temps qu'une proverbiale longévité.La cuvée a toujours été isolée depuis deux cents ans et s'il semble qu'au cours du vingtième siecle la mention " Bas" ait été quelque peu négligée, son retour récent sur les étiquettes  annonce nettement le souhait pour ses producteurs de la positionner en "tête de cuvée"...ce qu'elle était si l'on considère les classements anciens de Lavalle ou du comité d'agirculture de Beaune en 1890.

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Mais sa singularité évidente doit plus à son équilibre et à un fruité sombre et mat qu'à une évidente supériorité gustative.Sa race de terroir s'exprime assez peu aisément jeune face au dessus du climat et doit être attendue plus de dix ans lorsqu'elle est bien née pour que les tanins se fondent et que son "centre aromatique" parvienne à exhaler les très fines notes réglissées et épicées dont il recèle régulièrement. Vin austère et précieux, il ne se livre pas aisément aux palais pressés et aux gastronomes gourmands d'arômes exhubérants. En revanche il plait aux épicuriens goûtant les délices de gibiers et venaisons au coeur des hivers rigoureux que la région subi.

   Joseph Voillot et De Montille produisent ici des vins de très haut niveau.

 

Rugiens-Hauts, en dépit de mes écrits ci dessus, n'est pas un parent pauvre qui profiterait de la gloire de son voisin du dessous. Sur 6.83 hectares son sol plus fortement incliné, moins sombre et plus marneux imprime des accents fruités subtils aux vins qui en proviennent. Moins rougeoyant, de teinte chamois, sa terre pierreuse ressuie vite et par sa situation haute conjuguée, confère une certaine tension aux vins.

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Plus proche des Chanlis qui le touche - dont on néglige très souvent la qualité - il pourrait même être plus régulier que le dessous car la vigne souffre assez pour autoriser des fruits concentrés et profite d'un parfait drainage et d'une situation un rien plus fraîche et ventée pour contrecarrer les maladies et la mauvaise pourriture. Rugiens-Hauts est un vin nervceux, minéral, parfumé et moins austère que son voisin du dessous. Il s'ouvre un peu plus vite et préserve une capacité de vieillissement étonnante.Toutefois il doit être cueilli un peu plus tard que le bas pour éviter les pièges d'une "végétalité" toujours possible sur les terres hautes proches de  limites cultivables  des coteaux.

    Thomas Bouley et son père  à Volnay produisent un Rugiens Haut pur de toute beauté, Thierry Glantenay  également.

   Soulignons encore qu'il existe une parcelle de Rugiens classée en "village" car elle regarde un peu plus vers le nord-Est. Elle borde les Rugiens-Hauts au Nord et est la propriété du domaine Lambert. Jean-Luc Joillot l'a vinifiée jusqu'en 2016 car il l'exploitait en métayage avec une belle adresse, il en tirait un vin très énergique et subtil. Enfin certaines cuvées assemblent les différentes origines et lorsque les "hauts" se mêlent aux "bas" la cuvée peut également être extraordinaire. Essayez celle du Domaine Laurent Pillot à Chassagne-Montrachet qui est régulièrement de haut niveau.

 

  S'il fallait trancher sur le plan des classements, il apparaît assez clairement toutefois que Rugiens Bas aurait plus de chance d'être adoubé mais la sagesse commanderait peut-être de laisser à l'intégralité de ce secteur le nom de Pommard aux côtés de lui et de le conserver comme "super premier cru" du beaunois: Premier cru Classé A...voilà qui lui irait vraiment! 

 

Producteurs de Pommard recommandés:

 

Domaine Cyrot-Buthiau

 

Domaine Rebourgeon-Mûre

 

Domaine Vaudoisey-Creusefond

 

Domaine Moissenet-Bonnard

 

Domaine Joseph Voillot

 

Domaine Jean-Luc Joillot

 

Domaine Thierry Violot

 

Domaine Lejeune

 

Domine Anne Parent

 

Domaine Laurent Pillot 

 

Patrick Essa 

Reproductions et citations interdites sans autorisation de l'auteur 

 

         

Comprendre le vignoble de Pommard

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