Où en est le millésime 2014 en Côte de Beaune? Réponses...

Publié le par Patrick Essa

Ecrit par Patrick Essa - Vigneron à Meursault

 

   En matière de qualité associée au millésime certains signes ne trompent pas et permettent de définir des valeurs stables qui constitueront les premières "vérités" à propos de l'année, mes visites d'après décuvage dans les domaines que je connais le mieux sont dès lors essentielles. Signal fort reçu chez des vignerons intègres et passionnés qui s'attachent à l'expression juste de chacune de leurs récoltes, la dégustation des nouvelles cuvées à peine en fûts est au mois d'Octobre toujours un grand moment de concentration et d'enseignement.

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        La plupart des médias ont évidemment déjà parlé de 2014 en centrant leurs analyses essentiellement sur l'ensemble des points négatifs qui le caractérisaient et surtout, en Côte de Beaune, sur la grêle qui s'est abattue le 28 Juin. Ces constats volontairement porteurs de propos  à caractères "sensationnels" oublient avec constance de recentrer le débat sur les réelles qualités des raisins pour toujours mieux informer sur la détresse qu'engendre les pertes quantitatives de récolte. Hors - et c'est une simple évidence - qualité et quantité ne vont pas automatiquement de paire et l'acheteur lui n'est concerné que par la première dimension.

 

 Va t'il boire de bons 2014 à Pommard, Beaune,Volnay et Meursault?...

 

...Assurément oui si j'en juge les observations sans concession que j'ai effectuées sur ces vins. Mais alors me direz vous pourquoi est ce bon, puisque la région a été sinistrée et que tous les observateurs évoquent un millésime "délicat"?

 

   D'abord avouons le, les évaluateurs professionnels et amateurs qui arpentent le terrain lors des vendanges sont rares. Je n'en ai à titre personnel jamais vu circulant en bottes et questionnant les équipes de vendanges ou de cuverie. L'information est prise de loin et traitée depuis le confort d'un bureau comportant clim', webcam et clavier avec une solide connexion net et un iPhone pétaradant qui tisse force relations verbales avec le vignoble. Assez pauvre... 

 

    A ne rien voir "in situ" on peut tout déduire "sui generis" mais il est clairement établi qu'on ne peut ainsi servir que toujours le même brouet imprécis et dénué d'intérêt. Donc à part le petit film habile de "Marthe l'actu du vin"  juste après les vendanges chez quelques vignerons de ses connaissances...Nada!

 

    millesime21x27-1_jpg_pagespeed_ce_LY7M93OCYg.jpg2014 a donc vu la grêle fin Juin sur Meursault, Volnay, Pommard et Beaune Sud. Une grêle sur des raisins n'ayant pas connu la véraison et dont les grappes en phase de développement ne comportaient pas de jus. Cela signifie que l'on a perdu de la récolte mais qu'en aucun cas les fruits restants ne furent altérés. Ceux scalpés sont tombés tout de suite et ceux entaillés ont avorté, séché et sont tombés avec les vents d'Aout et de début Septembre. Bref il n'y a jamais eu de réelles craintes sur la qualité des fruits que ces 4 communes allaient récolter. JAMAIS.

 

   Certains s'en souviennent peut être, la vie végétative des vignes a démarré très tôt en 2014. Dès fin Février les bourgeons commençaient à devenir duveteux puis une période de trois mois sans pluie lui succéda en étant de plus fortement ensoleillées. Si elle a pu faire craindre les gelées, elle a aussi conduit la vigne à adopter une pousse lente et régulière. Tout se passa bien! Une bénédiction pensait-on! Après des 2012 et 2013 pénibles à accoucher, nous allions " faire le plein " et sur de beaux raisins! Las, Mai à fait comme il lui plait et le froid du 10/20 Mai n'a pas permis à la fleur de "passer" sans heurt. Petites pertes, voire plus conséquentes en certains secteurs... Mais "même pas peur"! On y croyait toujours...

 

  ...il aura fallu deux tirs de canons anti grêle pour constater avec "éclats" qu'en dépit de leur action, quand la nature se déchaîne, elle fracasse tout sur son passage. Le 28 Juin des mitrailles de grêlons mirent à mal l'ensemble du travail des viticulteurs en privant ceux ci de 60% des raisins potentiels que portaient les ceps, au bas mot! Et en les laissant amorphes et à bien des égares muets et abattus. Sur l'instant seulement.

 

   Au delà des pertes financières et des possibles dégâts économiques, une viticulture était fauchée par des rafales de glace et abasourdie par ses effets destructeurs. Quatre années de dégâts successifs, du jamais vu de mémoires d'hommes... Et livresques!

 

   Ce funeste enchaînement "inédit" venu de cieux en colère a je crois catalysé toutes les énergies car à ce degré de malchance il ne s'agit pas de savoir comment on va s'en sortir... Il faut se battre pour produire des vins de haut niveau par tous les moyens! Premiers indices, les vignerons ont pour la plupart passé la majeure partie de l'Eté dans leurs vignes pour les "entretenir/soigner" comme jamais et pour faire du peu qu'il restait des raisins parfaits!

 

   Voilà la réalité cher lecteur: en dehors de quelques attaques de mildiou, la plupart du beaunois était un vrai beau vignoble sain au 10 Septembre. Inespéré! Je n'estime guère les dictons stupides du type " Août fait le moût " car tout est fruit du travail des hommes, force est toutefois d'observer que les 5 semaines qui ont précédé les vendanges ont largement aidé la main de l'homme en faisant mûrir les beaux raisins et sécher les baies altérées. Kudos!

 

   En ce jour de Toussaint il m'est déormais possible de determiner si les blancs et rouges de la Côte de Beaune seront au rendez vous de la qualité, et je suis optimite car ce que je place en premier dans mes critères de réussite est la concentration et de ce point de vue le millésime se rapproche nettement des excellents 2010 rouges et des superbes 2012 blancs.  Nul besoin d'aller puiser dans des observations plus anciennes car notre climat est désormais celui d'un cycle singulier qui, je le crois, durera encore quelques années, comme celui qui a marqué les froides années 60/75 et les glorieuses années 76/2002. Depuis 2003 nous alternons le feu et la glace et ces années tourmentées nous enseignent que notre vignoble est dans une période marquée d'excès et de vins à forts caractères. Comment ainsi comparer 2003, 2007 et 2013...aucun axe commun, aucune correpondance organoleptique et des rendements allant du simple au quadruple. Sidérant!

 

 

   Meursault a grelé et les rendements véritables ne dépasseront jamais 30 hl/ha cette année à l'exception des vignes du Sud et... des aligotés! Le reste de la Côte des blancs proposera des vins plus élégants et moins denses qui auront une reelle buvabilité et qui ont été peu ou pas chaptalisé. Meursault jouera la carte de la densité et de la profondeur face à des voisins surfant sur la finesse et la douceur, dans les deux cas les terroirs auront un joli message à livrer et comme il y a de plus en plus de bons techniciens et de cuverie modernes et parfaitement propres, il est clair que vous ne serez pas déçu.

 

 

   Les pinots vont à l'évidence en surprendre plus d'un avec leurs couleurs très profondes et une abondance tannique incroyable conférérée par des rendements très souvent inférieurs à 25 hl/ha. Ne les négligez surtout pas d'autant que la Côte de Beaune n'a quasiment pas été marquée par le funeste "suzuki" ravageurs, générant des piqures acétiques sévères. Supérieurs aux 2011,2012 et 2013 ces vins me paraissent atteindre la plénitude de constitution des 2010. Une sacrée bonne nouvelle, d'autant que la pureté des vins est d'une très impressionante expression.

 

 En ce début d'année 2015 les vins semblent avoir évolué favorablement et selon des rythmes fermentaires qui varient en fonction de leur couleur. Les rouges très purs se montrent concentrés et étonnamment accessibles en moyenne car les malos-lactiques sont souvent en passe d'être achevées. Bien entendu les caves fraîches retarderont ce cycle mais leur forme est assez avenante et surtout la grêle de fin Juin semble les avoir concentrés sans les durcir. 

  Les chardonnays ont une naturelle tendance à fermenter lentement car leurs teneurs en azote n'étaient pas des plus élevées sous le pressoir et comme ils ont été récolté sains sur des acidités confortables mais loin de celles de 2013 ils prennent leur temps. La plupart ont fini leurs sucres en Décembre mais des cuvées continuent de pétiller en dégradant les deniers sucres. Il faut les surveiller d'autant que certaines fermentations FML sont en route. Ils sont vraiment très riches et des plus impressionnants...

 ... Mais nous reparlerons de tout cela après la fin des fermentations malo-lactiques pour évoquer un peu plus en détail les profils olfactifs et organoleptiques...

 

 

 

 

 

Patrick Essa - Janvier 2015

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Pommard Pezerolles: L'outsider de Pommard

Publié le par Patrick Essa

  Les Pézerolles - Premier cru de Pommard

 

 Ecrit par Patrick Essa Vigneron à Meursault - 2015

 

  Pommard est une bourgade dont le finage étendu est enclavé entre ceux des communes de Beaune au Nord et Volnay au Sud. Comme cette dernière ses vignes ont durant le haut moyen âge été mise en culture sous une domination ducale régulièrement associée à des propriétés nobiliaires et bourgeoises. La famille Pezerolles - selon Marie Landrieu Lussigny - possédait en ce secteur une vigne largement découpée qui sans doute forma un Clos aujourd'hui disparu du cadastre.

 

   Ce Clos des Pezerolles ancien se situait dans la partie médiane basse du Climat que d'aucuns considèrent être la meilleure. Signalons toutefois que cette étymologie est parfois contestée et que pour certains rédacteurs le terme proviendrait du vieux vocable Poizerolle signifiant "pois chiche", l'endroit aurait pu en être partiellement complanté au milieu des vignes en foules, comme l'usage le laissait apparaître pour d'autres cultures vivrières.

 

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   Cru de milieu de pente assez incliné et ordonné au niveau de ses parcelles selon trois étages, bas, médian et haut, il est situé sous le village Les Noizons, au dessus des Petits Epenots et entre Largillière et Saussille et mesure 5.91 hectares. Son exposition est faite de pentes regardant vers l'Est et d'une influence éolienne sous forme de courants d'air frais qui descendent de la combe de Lulunne juste en contre haut du lieu-dit. Les vins en tirent une rare énergie et un fruité frais éclatant qui tranche nettement avec ses crus mitoyens car il s'exprime avec plus d'élégance que de puissance.

 

   Toutefois Pezerolles est d'abord un vin structuré et ses accents aromatiques de fruits noirs en font un vrai Pommard, ne reniant aucunement sa nature altière et sa capacité à se magnifier avec le temps. Ce vin de garde prend à plus de sept ans une forme plus souple, moins contenue et très libérée qui exalte les notes épicées que son sol et son exposition lui confèrent naturellement. Ce faux vin tendre et féminin possède la classe d'un intellectuel discret et brillant imposant son savoir par petites touches subtiles lors de conversations apaisées. Incontestablement un vin d'esthète qui se livre toujours avec retenue et pudeur.

 

  163_pommard_pezerolles_dancer_2003.jpgIl fait partie des cinq meilleurs crus potentiel de la commune et à pour lui d'être aussi homogène que le Rugiens Bas en disposant de la même capacité de garde. Il est en fait son frère du Nord, celui qui sans bruit peut se hisser à son niveau d'intensité sans toutefois jamais le dépasser en complexité. Vous pourrez en boire d'excellents chez De Montille, Vincent Dancer, Joseph Voillot et au domaine Moissenet-Bonnard.

 

 

 

  Patrick Essa - 2015

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Cartes: Pitiot, Servant 

  

 

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