A propos des notes grillées dans les vins blancs de Bourgogne

Publié le par Patrick Essa

    Je n'aime pas la plupart des accents aromatiques grillés dans les vins, particulièrement lorsqu'ils sont blancs. De nombreux exemples de vins marqués par cette note olfactive ont émaillé mes dégustations ces dernières années et j'avoue être de plus en plus sévère dans mon jugement lorsque je les sers à ma table. En tant que client je trouve cela désagréable et ce manque évident de pureté me fait d'autant plus réagir qu'il marque en général des vins de très haut niveau potentiel si l'on considère leurs terroirs. Je me pose alors cette simple et pourtant fort importante question: Pourquoi des bibines sans intérêt comme le moindre rosé de linéaire sont construits sur des matières inexistantes et une olfaction nette alors que de grands terroirs peuvent être galvaudés par des notes vulgaires et impures?

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   Comment accepter que des déviances manifestes soient prises pour des sommets de complexité aromatique par des palais pourtant affûtés et comment expliquer qu'une note d'élevage résiduel soit le plus souvent souvent le fruit d'un travail inabouti?  


Pour illustrer mon propos je vais tenter d'isoler ce qui génère cette fameuse note grillée qui signerait les arômes les plus nobles d'un couple vinification/élevage de pointe dans le monde des "winemaker" de blanc. De quels ordres sont elles:

    La note grillée "soufrée": perception plus ou moins intense sur l'allumette suédoise et le silex frotté. Il s'agit la plupart du temps de résidus de soufre qui ont été épandus longuement et tardivement selon une pulvérisation sèche par poudrage. Lessivables par la pluie, ces épandages répétés finissent par imprégner les peaux de raisins et ils marquent durablement les moûts lors des vinifications et élevages. Impure.

     La note grillée "torréfiée": artifice d'un élevage mené avec une généreuse proportion de bois neufs chauffés lourdement. Elle "cacahuète" ou "caféine" ou encore dégage une odeur de "pain grillé" selon la lourdeur de son emprunte... toujours vulgaire. Une impureté que beaucoup adorent voire recherchent. L'élevage en futs de grandes contenances a nettement tendance à amplifir ce phénomène.

     La note grillée "rôtie": senteurs nasales discrètes qui évoquent la noisette fraîche et la peau d'abricot -ou de raisin- dorée au soleil. Signe de juste maturité sans botrytis, elle anoblit le vin. Pure.

    La note grillée " réduite ": elle apparaît au cours de l'élevage lorsque la proportion de lies est un peu élevées par rapport au potentiel de micro-oxygénation du contenant. Notes fines lors d'un élevage bien mené qui souhaite être peu interventionniste sur les sulfites, elle peut masquer irrémédiablement les arômes les plus fins des vins blancs - et en particulier ceux qui sont floraux - si elle est trop marquée. Pure si elle ne trace finement que lors de l'élevage. Impure dès que le vin est sous verre car un seul soutirage doit suffire à la faire disparaître. Fortement impure lorsqu'elle se combine au grillé "allumette" qui conduit le dégustateur à ressentir une note olfactive désagréable de "pétard à mèche" après emploi.

    Le grillé "praliné": note ultime et fraîche de noisette se lignifiant elle évoque au nez la limite entre le fruit et le végétal et marque les terroirs les plus à même de porter de grands raisins à maturité complète sans trop de degrés naturels. Perdue si le fruit rencontre sous maturité, surcharge de rendement ou excès d'alcool, ce grillé noble ne se livre qu'en grande année. La dernière fut par exemple dans la Côte des blancs, 2009, mais on pourrait évoquer 1999, 92 ou encore 89,82,79,76 et 73. Pure.

    La note "grillée vanillée/coconut": note lourde apportée par la sur-maturité du fruit et un boisé très présent. Moins déplaisante que l'allumette ou la torréfaction empyreumatique de prime abord, elle est sans doute pire car elle signale une matière déséquilibrée. Impure.

Sachez donc que l' expression grillée d'un blanc de Bourgogne doit toujours être retenue et que si elle se superpose "en avant" du spectre aromatique du vin, elle le gâte irrémédiablement. Sa place olfactive est donc naturellement sous jacente, subtile et infiniment discrète.

   Sans cela...le vin n'est simplement pas bon et perd tout caractère lié à l'expression climatique de son terroir.

 

Ecrit par Patrick Essa  -  le 20/11/2014

citations et reproductions interdites sans autorisation 

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De la vigne au verre: la Réduction dans les vins

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Climat Premier Cru: Les Saint Georges à Nuits Saint Georges

Publié le par Patrick Essa

Nuits-St-Georges.png    Le finage de Nuits est complexe car, étendu de Premeaux aux "portes" de Vosne-Romanée, il possède une multitude de facettes géologiques et des expressions diverses qui typent très fortement ses terroirs. De la finesse des Cailles à la puissance d'un saint Georges il y a un véritable monde de saveurs d'écart. On sépare traditionnellement le coteau en deux entités - coupées par la vallée du Meuzin - qui positionnent la finesse du côté nord et la puissance du côté sud. Mais un peu comme à Pommard rien n'est aussi définitivement tranché.  - Cailles est ainsi sur le côté "ferme" du sud et il est peu pertinent de ne considérer les "nordistes" Cras, Richemone et Chaignots que sous l'angle de leur seule délicatesse. En conséquence une pratique régulière des vins de ce finage montre définitivement que chacun de ses climats possède une personnalité affirmée et que s'il y a un vecteur commun à l'ensemble de ses vins, cela serait sans doute leur caractère énergique associée à une certaine abondance tannique. Mais là aussi prudence car les vinifications impriment souvent un style propore à chacun des cuvées en les typant fortement du côté de la longévité ou à contrario de leur accessibilité.  

 

 

   Il faudrait sans doute un ouvrage entier pour expliquer pourquoi cette commune si prestigieuse n'a pas eu de crus classés "grands" dans les années 1930, au moment où les appellations controlées font une apparition remarquée sur la scène des vins de France les plus qualitatifs. Ce précieux sésame suit de quelques années la création de la confrérie des Chevaliers du Tastevin qui - naissante - trouve refuge dans les bas de Nuits Saint Georges , au château de la Berchère. Avant d'investir les batiments du Clos de Vougeot que Leonce Bocquet possédait, cette jeune confrérie compte sur quelques figures de la Côte dont le très rigoureux nuiton Henri Gouges, qui a bien des égares est à l'origine avec quelques autres des fondements de la viticulture bourguignonne moderne.

 

    Loin de tirer la couverture à lui, sa vision moderne et sans concession passe par une discipline de fer qui impose le respect. Classer les terres se fera en toute transparence et sur Nuits il est hors de question de placer Vaucrains et Saint Georges sur la plus haute marche car il en possède de larges parcelles, mais pas seulement. Ce ne sont pas les crus les plus huppés et reconnus de cette fameuse Côte de Nuits bénie pour le pinot fin. Intelligemment il classe quelques parcelles contigües en premier cru sur certaines zones - selon des usages loyaux et constants - et imagine avec les membres des commissions qu'il vaut mieux produire le meilleur des premiers que l'un des grands crus les plus anodins.Certes ces vins n'ont rien de faire-valoirs mais en dépit de l'ancienne  classification de Lavalle publiée dans le courant du 19 ieme siècle il est assez évident que Saint Georges et Vaucrains - qui ont une capacité de garde époustouflante - n'ont pas toute la finesse des plus gtrands. Hors en terre bourguignonne, la finesse et le soyeux ont toujours été positionnés comme des qualités premières fondamentales. 

 

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        Sur le plan de son caractère le finage de la commune de Nuits génère plusieurs profils organoleptiques qui doivent beaucoup aux substrats géologiques caractérisés de haut en bas du coteau par les strates du calcaire de Comblanchien, l'oolithe blanche et la calcaire rosé de Premeaux. Si la partie nord est peu marquée par les marnes, le sud en comporte un pourcentage plus important, celles-ci associées à des sols argilo-calcaires mêlées à des éboulis calcaires et à des zones limoneuses "typent" fortement les crus. De petites combes entaillent la Côte sur cette partie Sud (Vallerot par ex), elles marquent le climats en leur apportant des influences éoliennes distinctes et des zones plus ou moins fraîches, en particulier en altitude.

 

 

 

  panneau-nuits-saint-georges.png  Le cru de Saint Georges quant à lui est idéalement positionné au milieu du coteau dans un secteur argileux où les terres rougissent quelque peu tout en êtant mêlées à des cailloutis. Il possède indiscutablement un air de ressemblance stylistique avec les Rugiens de Pommard et les Champans de Volnay, des crus qui ont besoin d'un long vieillissement pour affirmer une grande puissance sur une finesse contenue qui peut-être toutefois éblouissante . Ne leur demandez pas de séduire dès leur jeunesse, ces vins anguleux et austères requièrent de la patience et une certaine abnégation. Il faut aller les chercher et savoir les appréhender au bon moment. Mais alors, gare, car la puissance qu'ils développent est unique et souvent même déroutante. Glorieux 1964/1966/1990 et 1999 encore en pleine forme aujourd'hui et capable de se bonifier en préservant une fraicheur fruitée aussi singulière qu'intense.

     Je ne sais si le classement en grand cru que l'on veut aujourd'hui lui apporter sera bénéfique car les vins ne changeront que fort peu. Les terres du secteur sont en moyenne peu productives et la concentration restera identique. Ils étaient encore accessible en termes de prix, ils risquent hélas rejoindre les crus  comme le Clos de Vougeot ou les Echezeaux et en boire deviendra un acte plus rare. Un fait inéluctable ou une vision pessimiste...nous verrons!

 

Producteurs recommandés:

 

Domaine Chicotot

Domaine Henri Gouges

Domaine Thibault Liger-Belair 

Domaine Robert Chevillon 

 

Ecrit par Patrick Essa    le 11/11/2014

citations et reproductions interdites sans autorisation  - Cartes de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

 

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Perspectives générales du vignoble de Nuits Saint Georges

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Les Cailles, le vin de Nuits le plus élégant

Un grand cru oublié: Les Vaucrains de Nuits Saint Georges

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