Climat Premier Cru: Les Saint Georges à Nuits Saint Georges

Publié le par Patrick Essa

Nuits-St-Georges.png    Le finage de Nuits est complexe car, étendu de Premeaux aux "portes" de Vosne-Romanée, il possède une multitude de facettes géologiques et des expressions diverses qui typent très fortement ses terroirs. De la finesse des Cailles à la puissance d'un saint Georges il y a un véritable monde de saveurs d'écart. On sépare traditionnellement le coteau en deux entités - coupées par la vallée du Meuzin - qui positionnent la finesse du côté nord et la puissance du côté sud. Mais un peu comme à Pommard rien n'est aussi définitivement tranché.  - Cailles est ainsi sur le côté "ferme" du sud et il est peu pertinent de ne considérer les "nordistes" Cras, Richemone et Chaignots que sous l'angle de leur seule délicatesse. En conséquence une pratique régulière des vins de ce finage montre définitivement que chacun de ses climats possède une personnalité affirmée et que s'il y a un vecteur commun à l'ensemble de ses vins, cela serait sans doute leur caractère énergique associée à une certaine abondance tannique. Mais là aussi prudence car les vinifications impriment souvent un style propore à chacun des cuvées en les typant fortement du côté de la longévité ou à contrario de leur accessibilité.  

 

 

   Il faudrait sans doute un ouvrage entier pour expliquer pourquoi cette commune si prestigieuse n'a pas eu de crus classés "grands" dans les années 1930, au moment où les appellations controlées font une apparition remarquée sur la scène des vins de France les plus qualitatifs. Ce précieux sésame suit de quelques années la création de la confrérie des Chevaliers du Tastevin qui - naissante - trouve refuge dans les bas de Nuits Saint Georges , au château de la Berchère. Avant d'investir les batiments du Clos de Vougeot que Leonce Bocquet possédait, cette jeune confrérie compte sur quelques figures de la Côte dont le très rigoureux nuiton Henri Gouges, qui a bien des égares est à l'origine avec quelques autres des fondements de la viticulture bourguignonne moderne.

 

    Loin de tirer la couverture à lui, sa vision moderne et sans concession passe par une discipline de fer qui impose le respect. Classer les terres se fera en toute transparence et sur Nuits il est hors de question de placer Vaucrains et Saint Georges sur la plus haute marche car il en possède de larges parcelles, mais pas seulement. Ce ne sont pas les crus les plus huppés et reconnus de cette fameuse Côte de Nuits bénie pour le pinot fin. Intelligemment il classe quelques parcelles contigües en premier cru sur certaines zones - selon des usages loyaux et constants - et imagine avec les membres des commissions qu'il vaut mieux produire le meilleur des premiers que l'un des grands crus les plus anodins.Certes ces vins n'ont rien de faire-valoirs mais en dépit de l'ancienne  classification de Lavalle publiée dans le courant du 19 ieme siècle il est assez évident que Saint Georges et Vaucrains - qui ont une capacité de garde époustouflante - n'ont pas toute la finesse des plus gtrands. Hors en terre bourguignonne, la finesse et le soyeux ont toujours été positionnés comme des qualités premières fondamentales. 

 

   carte_large-copie-1.jpg

 

 

        Sur le plan de son caractère le finage de la commune de Nuits génère plusieurs profils organoleptiques qui doivent beaucoup aux substrats géologiques caractérisés de haut en bas du coteau par les strates du calcaire de Comblanchien, l'oolithe blanche et la calcaire rosé de Premeaux. Si la partie nord est peu marquée par les marnes, le sud en comporte un pourcentage plus important, celles-ci associées à des sols argilo-calcaires mêlées à des éboulis calcaires et à des zones limoneuses "typent" fortement les crus. De petites combes entaillent la Côte sur cette partie Sud (Vallerot par ex), elles marquent le climats en leur apportant des influences éoliennes distinctes et des zones plus ou moins fraîches, en particulier en altitude.

 

 

 

  panneau-nuits-saint-georges.png  Le cru de Saint Georges quant à lui est idéalement positionné au milieu du coteau dans un secteur argileux où les terres rougissent quelque peu tout en êtant mêlées à des cailloutis. Il possède indiscutablement un air de ressemblance stylistique avec les Rugiens de Pommard et les Champans de Volnay, des crus qui ont besoin d'un long vieillissement pour affirmer une grande puissance sur une finesse contenue qui peut-être toutefois éblouissante . Ne leur demandez pas de séduire dès leur jeunesse, ces vins anguleux et austères requièrent de la patience et une certaine abnégation. Il faut aller les chercher et savoir les appréhender au bon moment. Mais alors, gare, car la puissance qu'ils développent est unique et souvent même déroutante. Glorieux 1964/1966/1990 et 1999 encore en pleine forme aujourd'hui et capable de se bonifier en préservant une fraicheur fruitée aussi singulière qu'intense.

     Je ne sais si le classement en grand cru que l'on veut aujourd'hui lui apporter sera bénéfique car les vins ne changeront que fort peu. Les terres du secteur sont en moyenne peu productives et la concentration restera identique. Ils étaient encore accessible en termes de prix, ils risquent hélas rejoindre les crus  comme le Clos de Vougeot ou les Echezeaux et en boire deviendra un acte plus rare. Un fait inéluctable ou une vision pessimiste...nous verrons!

 

Producteurs recommandés:

 

Domaine Chicotot

Domaine Henri Gouges

Domaine Thibault Liger-Belair 

Domaine Robert Chevillon 

 

Ecrit par Patrick Essa    le 11/11/2014

citations et reproductions interdites sans autorisation  - Cartes de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant

 

+...

Perspectives générales du vignoble de Nuits Saint Georges

Nuits Saint georges: Les premiers crus du finage de Premeaux

Les Pruliers: Premier Cru de Nuits Saint Georges

Les Cailles, le vin de Nuits le plus élégant

Un grand cru oublié: Les Vaucrains de Nuits Saint Georges

Climat Premier Cru: Les Saint Georges à Nuits Saint Georges

 

+...

Sommaire Côte de Nuits

Publié dans Côte de Nuits

Partager cet article

Chablis Grand Cru: Bougros

Publié le par Patrick Essa

   Après le très étendu et hétérogène les Clos, Bougros est le plus vaste des grands crus de Chablis en même temps que le dernier classé à ce niveau. Ses 15.8 ha terminent le coteau Nord-Ouest des grands crus contre Vaudésir et Preuses.

 

 

    Mal aimé serait sans doute une expression excessive pour évoquer sa notoriété chez les gens du cru mais il est évident qu'il n'arrive jamais en tête dans les classements qui émergent chez les producteurs et dégustateurs.

 

6CZ58_chablis-GC-copie-1.jpg

 

   Une erreur?

 

   Difficile de l'affirmer car les bouteilles ont toujours une belle tenue et un côté très typique des Chablis de Côte fait de tension et de caractère incisif. Cependant le bloc de Bougros est marqué par une dissymétrie morphologique - comme en Preuses - qui à l'évidence lui procure plusieurs facettes selon le lieu où il est produit.

 

    La partie basse est pentue et à longtemps été délaissée en raison de son caractère peu cultivable et surtout gélif. Cette Côte de Bouguereau - notez l'orthographe distincte - est ancienne et le climat y trouve sans aucun doute son origine étymologique. En effet Bouque-eau en patois correspond à l'endroit inondable où l'on pouvait franchir le Serein à gué. Ce vocable médiéval a de toute évidence servi à "baptiser" les vignes et l'on conçoit aisément pourquoi le lieu - comme les envers de Valmur et Vaudésir - n'a jamais eu une très haute réputation: humide, non cultivable, gélif et fortement en pente...les fées ne se sont pas penchées sur son berceau... Du moins au moment de la naissance du vignoble!

 

   Le climat de Bougros comporte donc, de manière fort logique, deux grandes parties:

 

    10606622_10203202494528497_353929015373003167_n.jpg

 

La première est formée par la Côte de Bouguereau qui, si elle a été plantée tardivement en plants fins est celle où le sol - kimmeridgien - est le plus pauvre et pierreux. Sa partie superficielle est composée d'un substrat clair qui colmate vite et empêche les eaux de pénétrer, de ce fait le ruissèlement vers le Serein y est assez marqué. Les vins ont ici un caractère iodé et salin prononcé qui donne du punch à des bouches sveltes et très racées. William Fèvre exploite ici près de 4 ha qui sont individualisés et qui méritent d'être découvert après quelques années de garde.

 

10704367_10203198710313894_5831325763533024856_o.jpgPlus haut sur le coteau la pente qui jouxte Preuses est beaucoup plus douce mais ne possède curieusement pas le même grain que son voisin. Les vins y sont plus "bourrus" et moins délicats et ont une forme puissante qui évoque les terres un peu plus chaudes et précoces. Les vins vieillissent bien et ont de la tenue mais semblent être souvent plus proches des "premiers" que des "grands". Je ne suis d'ailleurs pas certains que tous soient déclarés en grands crus tant l'étiquette "Bougros" est assez discrète. Dégustez ceux du Domaine du Colombier, de Dampt, et de Thierry Lafay.

 

Patrick Essa  le 31/10/2014

citations et reproductions interdites sans autorisation  - photos Bivb, sources Bivb, JP Droin. 

 

+...Sur Chablis

Climat Grand Cru: Les Clos à Chablis  

Climat Grand Cru: Vaudésir à Chablis

Climat Grand Cru: Grenouilles à Chablis Climat

Climat Grand Cru: Valmur à Chablis

Chablis Grand Cru: Blanchot   

Chablis Grand Cru: Les Preuses   

Chablis Grand Cru: Bougros

 

Chablis premier Cru: la Côte des Vaillons et des Lys

Chablis Premier Cru: la Côte de Léchet à Milly

Chablis Premier Cru: La Côte des Montmains, de Forest et des Butteaux

Chablis Premier Cru: La Côte de la Fourchaume 

Chablis Premier Cru: Le Mont de Milieu  

Chablis Premier Cru: La Montée de Tonnerre  

Chablis Premier Cru: les Côtes de Beine et Poinchy

Chablis Premier Cru: Les Côtes périphériques

 

Publié dans Chablis

Partager cet article