Le Corton-Renardes est il le plus grand cru rouge du Beaunois?

Publié le par Patrick Essa

   Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.

     

    Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniers, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun.

 

29-ALOXE-CORTON.jpg

 

    Placé sur des sols argilo-calcaires bruns mêlés d'oolithe ferrugineuse et de fragments d'amonithe de l'oxfordien, le pinot noir s'épanouit ici sur un substratum de première qualité. Le coteau est exposé au levant, bien draîné, pentu en sa partie haute( Le corton) et moins incliné à partir des parcelles médianes et basses( renardes, Bressandes et Clos du roi). C'est un des endroits qui procure le plus de robustesse au très délicat pinot noir et il semble que de tout temps on l'ait considéré comme un très grand vin de garde.


  Renardes est le plus racé et le plus personnel des crus de la montagne de corton. Une capacité de garde qui le place dans les crus les plus inoxydables de bourgogne.Sauvage et fumé il est masculin et demande un peu de temps avant de se livrer. Positionné au milieu du coteau sur le finage d'Aloxe Corton, il borde les Cortons positionnés sur Ladoix au Nord et surplombe le très qualitatif Bressandes. Zone de faible pente, caillouteuses, marquées par des argiles à larges feuillets et bénéficiant d'une superbe orientation vers l'Est, il mûrit toujours bien et ne souffre que fort peu souvent de la pourriture.

 

   Pour illustrer mon propos j'ai ouvert deux vins de propriétaires situés à Chorey les Beaune, un 2010 de Maillard et un 2011 de François Gay.Bien entendu ils ne viennent que conforter de nombreuses impressions anciennes dont les bouteilles couvrent la période 1929 -2012.

 

   corton-charlemagne.jpgCe qui est fascinant est sans aucun doute la permanence aromatique de ce vin qui est invariablement marqué par des notes épicées mêlées à une très subtile animalité sous jacente. Ce petit côté sauvage ne dérive jamais - lorsque la bouteille est aboutie - vers des accents foxés vulgaires qui tirent l'olfaction vers la venaison ou la fourrure humide, il s'agit alors de défauts de vinifications ou plus souvent d'une évolution déficiente en raison d'un bouchon défectueux ou  d'une mauvaise entreposition.

 

    Un Renardes est avant tout un vin puissant et dominateur à l'épaisseur tannique affirmée et au grain tactile dégrossi sans être parfaitement poli, surtout lorsqu'il est jeune. Ce vin de sève demande à fondre sa matière et les deux exemples qui me servent en sont de vibrant témmoins. Sur une année concentrée comme 2010 ou plus fluide comme 2011 le cru conserve ce côté un peu anguleux sans pour autant perdre sa race affirmée. Moins "Côte de Beaune" qu'un Savigny ou un Volnay, il n'a pas non plus l'expression fraîche des crus du nuiton sis en milieu de pente, il fait un peu penser - au niveau de son équilibre -  à certain Hermitages - dont le Méal - produit beaucoup plus au Sud.On le servira avec des gibiers en sauce et même si la mode est aujourd'hui passée il fait un excellent compagnon pour le fromage. 

   

   Je le tiens pour l'un des cinq vins rouges de Bourgogne ayant la plus grande longévité potentielle.

 

Grands Millésimes: 1929,1947,1959,1964,1966,1976,1985,1990,1999,2005

Producteurs dont j'apprécie les vins: Maillard, François Gay, Delarche,Gaunoux, Anne Parent

 

 

Patrick Essa  - Janvier 2017

citations et reproductions interdites sans autorisation 

 

+...Aloxe-Corton:

 

La Côte de Beaune du Sud au Nord 16: le vignoble d'Aloxe-Corton

 

 

 

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Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Publié le par Patrick Essa

Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Corton Bressandes:Un grand cru de plaine?

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault et producteur de Corton-Charlemagne - 2016 

   10351082_822761297780682_1742277480956534152_n.jpg On imagine aisément les pentes abruptes de la Montagne de Corton, ce rognon de terre coiffé d'une épaisse chevelure de résineux se caractérise par des pentes larges et fortes qui forment une mer de vignes sur lesquelles s'articulent différentes vagues de ceps formant des blocs distincts qui constituent les crus. Ainsi Bressandes est au pied de Clos du Roi et des Renardes, là où les plissements du terrain forment une sorte de long rectangle régulier qui pourraient faire penser à un cru de plaine.

    N'a t'il d'ailleurs pas été cultivé par des gens du plat pays de Bresse?

   La légende est belle mais On ne le sait véritablement car ce nom récurrent dans le beaunois pourrait aussi avoir été attribué par les abbayes et moines réguliers qui ont mis en culture ses lieux selon des quartiers qu'ils ont à coup sûr identifiés. Est-ce un hasard si Bressandes, Clos du Roi, Grèves et Perrières sont tous des noms que l'on retrouve à Beaune la cité voisine? Sans aucun doute non. Mais bien malin qui aujourd'hui saura retrouver les origines de ces noms de crus!

  Bressandes est un cru qui n'a historiquement jamais eu la notoriété des vignes du Roi ou des Renardes mais il est patent que le Clos Charlemagne originel - qui mesurait moins de trois hectares! - non plus! Le Corton d'Aloxe est un vin rouge corsé et à peu près uniquement cela jusqu'au moment ou le phylloxera ravage la colline, soit à la fin du 19ieme siècle. Son vin blanc est modérément estimé et ses Bressandes considérées comme une très bonne cuvée, pas une "grande".

  Toutefois ces classements de "climats" historiques ne sont guère pris en compte par un marché qui évalue ses vins "à la tasse", c'est à dire en fonction de leurs qualité gustatives avérées, ce pour chaque millésime. De surcroît les communes voisinent d'Aloxe prennent l'habitude de vendre leurs meilleures cuvées en Corton et jusqu'au milieu des années 1930 - soit avant la législation des appellations d'origine - le cru de Corton est un cru de sélection et la plupart du temps d'assemblage. Bressandes est avec ces deux voisins du dessus parfois identifiés mais il n'a pas la réputation de ceux-ci et Lavalle au milieu du 19 ieme siècle le positionne en première cuvée alors que Clos du Roi - Corton et Renardes - Corton sont " Hors Lignes". Voilà qui est à l'évidence fort juste.

  Le syndicat d'Aloxe militera d'ailleurs pour un Corton restreint à son finage et avec la volonté avouée de ne pas y associer les finages de Pernand et Ladoix. Cela débouchera sur une guerre de personne et juridique extrêmement nourrie qui verra de nombreux vignerons monter au créneau pour défendre leurs idéaux et bien entendu leurs intérêts. La guerre mondiale, le temps, les changements de génération et sans doute aussi une vision plus productiviste d'après seconde guerre mondiale aboutiront à un très large découpage qui classera la quasi intégralité des grands et premiers crus naturels de la montagne sur la plus haute marche d'un podium n'en comptant qu'une!

    Ainsi Bressandes est sans doute plus un "super premier" qu'un "vrai grand" et les prix où il se vend le positionnent finalement bien mieux que son classement dans la hiérarchie du Beaunoy.

   Mesurant 17,42 hectares il est officieusement le plus grand cru de la Côte de Beaune et sans doute l'un des plus accessibles car sa diffusion est loin d'être confidentielle. Zone orientée plein Est formant un replat au dessus des Maréchaudes il est composé d'une terre ferrugineuse fort caillouteuse. Chargé en potasse le substrat est encore assez filtrant et c'est un secteur qui réssuie vite en évitant aux fruits de se gorger d'eau. À une altitude moyenne de 260 mètres il a incontestablement un potentiel de cru racé et parfumé sur un registre assez élégant dans le contexte de la Montagne.

  Il a aussi pour lui de s'ouvrir assez tôt et de libérer des arômes insinuants de pruneaux et de réglisse finement fumés sur un corps svelte et harmonieux. Cru régulier qui évoque le Champans Volnaysien et plus encore pour ces notes épicées le Pezerolles de Pommard. Mais soyons clair ce cru est avant tout un Corton et il préserve de ce fait une certaine noirceur dans son fruité et un grain tannique un peu sauvage et austère.

 J'aime les vins du domaine Jacques Prieur d'une profondeur toujours incroyable, le style de Nadine Gublin magnifie le Cru et puis aussi les superbes vins du domaine Edmond Cornu de Ladoix et de ceux dont vous observerez les étiquettes en bas de cet article.  Régulièrement des vins sensuels et pleins.

 

Patrick Essa - 2016

citations et reproductions interdites sans autorisation de l'auteur

Cartes: Pitiot, Servant

Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?
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Le Corton-Bressandes: Un grand cru de plaine?

Publié dans Côte de Beaune Rouge

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