Climat Grand Cru: Corton-Charlemagne

Publié le par Patrick Essa

Le Corton-Charlemagne

Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.

Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniens, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun. Les blancs quant à eux sont sans conteste les plus vineux et les plus riches de Bourgogne et demandent une patience infinie avant de se livrer pleinement. Ils ne sont jamais meilleur qu'après 25 ans de maturation et certains exemples de bouteilles centenaires peuvent encore aujourd'hui défier le temps.

Les Corton-Charlemagne sont en général plantés sur les versants sud, sud-est et sud-ouest de la "Montagne" et forment une bande médiane haute qui monte jusqu'aux sapins qui coiffent le coteaux. Plusieurs sous lieux-dits le composent mais les plus recherchés sont proche de la fameuse croix du Charlemagne qui est située au coeur du finage : En Charlemagne,Languettes, Pougets. Quelques zones existent également du côté de Ladoix et dans la partie qui regarde l'ouest sur Pernand, mais celles-ci sont un peu moins qualitatives en dépit de leur statut de grand cru. Il convient donc de connaître avec précision le parcellaire de ces presques 100 hectares de vignes, sans négliger la qualité de la viticulture qui l'accompagne.

La colline est très pentue et marquée en ces endroits par des sols clairs, caillouteux et filtrants du jurassique supérieur. Ces terres blondes exposées sud donnent des vins d'une force interne ahurissante qui peuvent parfois évoquer la trame tannique d'un vin rouge en déclinant des arômes épicés extrêmement originaux. Le fait de pouvoir planter différents types de pinots - blancs, liébaut, beurot- en complément du chardonnay dominant, voire d'associer l'aligoté - un usage ancestral- marque encore plus ce vin vibrant et unique lorsqu'il est réussi. Las, l'oenologie moderne a beaucoup niveller le cru ces 15 dernières années en demandant aux vignerons de couper plus précocément leurs parcelles. Le vin y a sans doute perdu un peu de son âme vineuse, tout en se "recentrant" sur des canons plus actuels liés à la tension acide. Je suis parfois dérouté par le conformisme de l'appellation sur ces dernières millésimes, mais il reste que lorsque le vin est réussi, il peut dominer de la tête et des épaules n'importe quel très grand vin blanc.

   Plusieurs zones ne recoupant pas nécessairement les lieux-dits cadastrés peuvent être il me semle isolées:

  •  En premier lieu la zone originelle qui est positionnée "à cheval" sur les communes des Pernand-Vergelesses et d'Aloxe-Corton et qui regroupe la partie Est du lieu-dit En Charlemagne - les vignes qui regardent le Sud - et l'intégralité de celle qui la suit sur Aloxe-Corton et qui se nomme "Le Charlemagne". Les vignes sont orientées Sud et ce côté très solaire leur procure toujours une puissance interne insurpassable en même temps qu'une nature mûre et épicée - la fameuse cannelle du cru - d'une rare originalité. Il s'agit de la zone la plus typée Charlemagne et sans doute à mon sens de la seule qui possède toutes les qualités de ce grand cru unique. Elle mesure moins de 30 hectares.
  • En second lieu la zone Ouest du lieu-dit En Charlemagne qui est aussi intéressante au niveau de son substrat mais qui plus froide, donne des vins plus directements vifs et tendus avec une olfaction qui évoque d'avantage les agrumes que les fruits blancs et une matière souvent moins riche et puissante. C'est la zone qui exhalte sans doute le plus le fruité variétal du cépage et qui parfois est parsemée de pinot blanc pour conférer aux vins un peu plus de viscosité sur leur trame acide.
  • Une troisième zone englobe Languettes et Pougets sur Aloxe-Corton et est d'une rare élégance car l'exposition qui verse vers l'Est impacte le cru du côté d'une "floralité" aussi étonnante que racée. Les vins qui en sont issus sont potentiellement les plus fins et distingués du coteau et souvent ils rivalisent avec le secteur originel en année d'équilibre. Climats réguliers d'une étonnante sensualités, ils sont sans doute les "fils" des vins que l'on trouve sur la Côte des Blancs entre Meursault et Chassagne au niveau de leur équilibre, de leur texture et de leur profil olfactif.
  • La dernière zone inclu les parties situées sur Ladoix-Serrigny qui  font suite aux vignes rouges d'Aloxe (Bressandes-Clos du Roi-Renardes) et qui me semble moins denses et moins qualitatives en ayant plus le profil de beaux premiers crus en raison autant de leur situation élevée que d'un substrat moins qualitatif pour la production d'un Charlemagne racé. Ainsi Hautes Mourottes, Mourottes et Carrières devraient être exclus de ce grand cru car ils n'en ont pas toute l'extrême puissance. Le meilleur endroit du secteur est sans aucun doute les Vergennes mais il se vend soit en rouge soit en Corton-Vergennes sans mention de Charlemagne.
  • Signalons enfin que le Corton-Blanc est un blanc produit sur des finages à rouge et qu'il est souvent plus pataud, moins acide et plus glycériné. C'est un vin original qui vient souvent de Renardes ou Bressandes mais qui n'a pas le souffle épicé des Charlemagne des meilleurs secteurs.

 

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Vin et internet: Y'a des informations qui me manquent ou alors y'en a trop!

Publié le par Patrick Essa

Je cherchais cet après-midi une information sur un producteur de Sancerre pour savoir comment il vinifiait et élevait ses vins blancs. Comme il est communément admis que depuis que le net existe on peut s'informer en un clin d'oeil grâce aux amateurs et pros de tous bords qui communiquent, je m'attendais à avoir pléthore d'informations et nombre de conclusions sur les relations causales régissant ses vinifications et les sensations de dégustation observées par les dégustateurs.
Eh bien non, quasiment RIEN d'informatif pour des kilomètres de jugements,avis, descriptions et surtout bla-blas...plus j'avançais dans mes recherches et moins je découvrais d'éléments avérés, clairs et concrets pouvant m'éclairer un tant soit peu, comme si le foisonnement des pages de toutes origines diluaient la connaissance en la survolant sans jamais la mettre en évidence.
Peu enclin à admettre que les sites et blogs ne puissent livrer de messages, je me suis mis à les interroger en les soumettant à mes questions/recherches. Et là, quelles deceptions! Entre lieux communs, chapelles, blagues de comptoirs et redites, il reste bien peu à l'internaute pour puiser quelques bribes intelligibles le renseignant véritablement sur des points clés de son parcours d'apprentis degustateur ou plus simplement de simple consommateur en quête d'un savoir pouvant rationnaliser un achat.
On n'apprend rien sur rien avec pourtant des centaines de milliers de vins décryptés, analysés et évalués... au mieux, lorsqu'ils ne sont pas jugés et parfois condamnés. On peut donc lire des types qui utilisent des péri-phrases alambiquées pour donner un "avis libre et indépendant" et qui ne possèdent pas le début d'une information sur ce qu'ils goûtent et même qui invoquent qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un tant soit peu de culture pour se permettre un avis. Okay, qu'ils continuent ainsi si tel est leur bon plaisir mais moi je cherche des faits sous la plume de gens compétents qui pourraient me rendre moins ignares.
En tapant quelques noms de blogueurs plus médiatiques, je ne trouve toujours pas mes infos sur les FML éventuelles de Pascal Cotat mais en revanche sur une collection de textes hauts perchés évoquants le vin comme dans une thèse de troisième cycle avec forces références et doctes avis assénés comme des dogmes aussi ambitieux que prétentieux. Pfffiiiooouuu je ne cherchais pas cela non plus! Juste un paragraphe m'expliquant de manière concise comment le talentueux sançerrois s'y prenaitpour vinifier le sauvignon avec autant de doigté et comment il conservait une subtile varietalité ne gommant en rien son grand terroir...
Si d'aventure l'un de vous peut me dire cela dans un langage sans fioriture, il aura en partie compris l'esprit qui anime ce site...et je l'en remercie par avance! -))

Publié dans Techniques

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