Côte d'Auxerre:Finage de Saint Bris le Vineux

Publié le par Patrick Essa

 

 Apellation méconnue du vignoble auxerrois, Saint Bris produit sur les quelques 100 hectares de son finage quelques uns des vins les plus originaux de Bourgogne. Sept communes se partagent cette modeste appellation et peuvent ainsi mettre en évidence les qualités d'un des deux Sauvignon s'épanouissant dans la région Bourgogne. Si le blanc fumé de Pouilly revendique une logique appartenance ligérienne, le Saint Bris est lui le seul sauvignon produit par des vignerons bourguignons. Une curiosité mais sans doute également une des meilleures expressions connue du cépage.

 

   Les sols de calcaires durs de l'étage portlandien sont complétés par des zones du kimméridgien et sur une bande étroite de mi-coteau,  relativement fraîche permettent au cépage sauvignon d'avoir un cycle végétatif lent qui gomme largement son effet variétal, parfois un peu marqué en d'autres contrées. Il est assez caractéristique de pouvoir déguster ces vins vinifiés selon des préceptes bourguignons qui commandent de réaliser les fermentations malo-lactiques. Le vin y trouve une complexité absolument sans égale dans la production mondiale car le cépage s'efface alors derrière la grandeur de ce formidable terroir, aussi qualitatif par exemple que les meilleurs crus du chablisien. Je suis également convaincu depuis de nombreuses années que ce site historique est largement sous-estimé et que les vins qui en sont issus constituent de formidables rapport qualité prix. Sans doute même "Le" meilleur rapport qualité prix de Bourgogne.

Producteurs de qualité : Domaine Goisot, Domaine Clotilde Davenne, Domaine Brocard, Domaine William Fèvre

 

Patrick Essa

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Publié dans Chablis

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Climats: Ambiance...

Publié le par Patrick Essa

  affiche-exposition-les-climats-de-bourgogne.jpgClimat.

  Terme mis en évidence il y a peu pour espérer classer au patrimoine mondiale de l'UNESCO les crus de Côte d'Or, le vocable ancien de "climat" revêt aujourd'hui une importance grandissante et semble porter à lui seul toute l'historicité du cœur de la Bourgogne. Il ne m'appartient pas ici de juger du bien fondé de la demande faîtes par le comité qui la porte car au fond si celle-ci aboutit c'est qu'elle aura trouvé suffisamment d'audience pour générer un intérêt planétaire. Si cela ne se produit pas on continuera de louer l'énergie des personnes motivées qui s'en occupent au quotidien. Normal et respectueux.

  On peut ici en revanche se poser une question bien simple: "qu'est ce qu'un climat et comment sont ils apparus dans notre paysage"? Serions nous face à des entités multi-séculaires voire millénaires où avons nous user d'un concept mis en lumière plus récemment pour d'évidentes raisons liées à la communication vineuse?

  Il est avéré historiquement que le terme n'apparaît guère avant le 18 ième siècle mais il serait réducteur de ne s'attacher qu'à sa seule utilisation car à l'évidence il recoupe des zones cadastrées beaucoup plus anciennement. Il semble qu'au cours du Moyen âge se soient constituées des entités agraires ayant des spécificités culturales précises, que les 18 ième et 19 ième siècles aient largement contribués à ancrer ces "prés carrés" dans la culture populaire et qu'à partir du 20 ième se soient légalement créés les crus s'y rapportant. Une chose est donc certaine si les vignes sont millénaires en Bourgogne leur reconnaissance en tant que crus à moins de cent ans.

  Étonnant?

  Non, si l'on considère que le négoce qui est le créateur de la vente de vin avec des origines précises a fonctionné près de 3 siècles avec une vision qui classifiaient les vins selon leurs caractères organoleptiques associées aux noms mis en avant. Ces classes de vins définies selon leur équilibre et leur caractère pouvaient dépasser l'origine géographique exacte des raisins et être le fruit de coupages savant visant à retrouver une " qualité " donnée ou un goût " recherché ". Assurément la mise en avant des plus grands noms "climatiques" ou de communes d'aujourd'hui s'est réalisée en tenant compte de leur caractère plus que de leur positionnement cadastral identifié clairement, selon des frontières strictes.

 Corton, Chambertin,Montrachet et Meursault ou Vosne furent durant deux siècles au moins des marques commerciales diffusées un peu comme le sont aujourd'hui les grands châteaux médocains. Beaucoup moins nombreuses qu'aujourd'hui ces dénominations visaient à rendre compacte et hiérarchisée une offre négociante aux volumes intéressants. C'est avec cette antériorité commerciale historique en tête que Charles Bouchard - patron du Négoce - se positionne face aux nouveaux et anciens propriétaires de parcelles pour affirmer que la notion de Classe est plus intéressante pour hiérarchiser officiellement les crus du vignoble bourguignon et principalement Orien.

  Nous sommes dans les années 1925/1935 à un moment charnière de la viticulture bourguignonne, elle se relève de la crise phylloxérique et nombre de propriétés songent à vendre leurs bouteilles, toutes ou en partie sans le négoce. Il faut aux propriétaires des leviers pour se faire connaître et ils tiennent particulièrement à la primauté géographique de l'origine. Les grands crus naissent alors dans les communes qui les demandent contre le Négoce de la place qui parvient à se ménager en Côte de Beaune - celle où il est tout puissant des "greniers" pour ses vins de Classe. Le train des premiers crus passera 20 années après - la seconde guerre mondiale ayant ralenti sa marche - et c'est alors, dans le milieu des années 50 que l'on voit véritablement naître une Côte d'Or "climatisée".

  À l'heure ou Négoce et propriétaires semblent se donner la main pour " sanctifier " les Climats de Côte d'Or, il est bon de se remémorer le cheminement assez récent de ce concept original et sans aucun doute largement aussi culturellement créé, qu'historiquement avéré. 

  A méditer...

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