Pouilly-Fuissé: Le terroir de Solutré-Pouilly

Publié le par Patrick Essa

Pouilly-Fuissé: Le terroir de Solutré-Pouilly

    Le Cru de Pouilly-Fuissé doit beaucoup aux deux roches calcaires de Vergisson et Solutré  car elles marquent profondément son substrat en dessinant sa morphologie. Cet ancien bassin corallien s’étant soulevé au moment du soulèvement alpin du jurassique, il a formé cet étonnant relief calcaire qui désormais surplombe la plaine de la Saône à son levant.

   Lieu habité depuis la préhistoire cet escarpement calcaire a connu les chasses de chevaux il y a plus de 15.000 ans. Ainsi on retrouve aux pieds de la Roche de Solutré les restes de plus de 100.000 équidés abattus par une population qui ne savait pas encore que le « véganisme »pouvait être une discipline de vie! 

   A plus de 400 mètres le calcaire blanc, dur forme des falaises abruptes. Aux pieds de ces formidables pistes d’escalade pousse la vigne depuis des temps immémoriaux, et sous forme organisée depuis que la puissante abbaye de Cluny voisine a mis en culture ce relief tourmenté si favorable à la liane pérenne. 

   Le vignoble de Vergisson s’appuie sur son contrefort Nord et celui de Solutré Pouilly se déroule sur sa face Sud dans selon des pentes allant de très forte à modérée mais toujours avec un très fort pourcentage de calcaire actif mêlé d’argiles. En somme la condition « sine qua non » pour produire en Bourgogne des blancs d’exceptions. 

   Ces expositions Est et Sud-Est  selon une altitude assez élevée comprise entre 270 et plus de 400 mètres marquent évidemment les lieux de leur emprunte et immanquablement définissent des types de vins singuliers.  Sans doute d’ailleurs  se-ce un des écueils de cette appellation multiple qui sous un seul nom regroupe une multitude d’expressions. 

   Toutefois le Cru entier meure 760 hectares et si on le rapproche des plus de 6000 ha du Nord de la Bourgogne qui ont le droit de disposer le nom « Chablis » sur leur étiquette on ramène le problème à de justes proportions. Par ailleurs seulement 180 hectares de vignes sont classés en premiers crus - ou plutôt seront bientôt classés  - et s’il est assez complexe de savoir à l’instant ou j’écris quels seront les élus définitifs de cette reconnaissance car tout n’est pas encore en place, on perçoit que cela ne représente que ce qui est classé sur la Montagne de Corton en grand Cru! Point d’excès dans ces décision s là encore.

   Évoquer les climats et premiers crus de ce village est complexe tant le fait de les isoler n’a encore pas aboutit à une réelle « personnalisation » de chacun d’eux. La connaissance des lieux est parfaitement ancrée dans les esprits des producteurs mais n’a pas encore véritablement été éprouvée par ceux qui boivent, évaluent et critiquent ces vins. En somme il reste à bâtir des références gustatives admises par le plus grand nombre pour qu’un jour chacun de ses climats deviennent un Cru reconnu. Nous sommes encore loin de la finesse aérienne attribuée au Chevalier de Puligny ou au statut de « vin de cailloux » qui colle aux Perrières murisaltiens ou aux Clos chablisiens. Seul le temps apportera véritablement ces réponses. 

   Premiers crus?: 

   Il se dessine deux entités distinctes n’ayant pas la même taille parmi ces premiers crus:

Une première zone de taille modeste se situe non loin de Solutré, sur les pentes de « sa » Roche. Située en contre haut des maisons, exposée au Sud, elle regroupe les climats de « La Frérie » et  de « En Servy » et un peu plus sur le Sud de la Roche « au Vignerais ». Quelques hectares très calcaires donnent ici des crus assez proches ayant un caractère incisif et droit qui peut confiner à l’épure. Ce sont de très beaux vins de garde. Parmi les producteurs Denis Bouchacourt produit un « En Servy »de belle tenue, alors que sur les terres rouges ferrugineuses d’Au Vignerais la cuve des frères Bret est souvent magnifique. La Frérie quant à elle trouve une belle expression chez Auvigue.

   Le second bloc est situé sur le petit hameau de Pouilly en allant directement vers l’Est, il touche avec « Vers Cras » la commune de Fuissé qui partage avec lui ce vaste climat.         Ainsi « Le Clos de Pouilly », « Les Chailloux », « Les Bouthières », « Les Morlays », « Vers Cras » regardent tous le Sud-Est sur des secteurs calcaires mêlés d’argiles rouges. Difficile de déterminer parmi eux une réelle hiérarchie même si la taille de Vers Cras lui donne une certaine notoriété depuis quelques années. La  cuvées de « Vers Cras » du domaine Cordier est un « must » du secteur mais vous ne serez pas déçu en dégustant les excellents « Aux Bouthières » de Pascal Renaud et « Aux Morlays » de Chloé Bayon au manoir des capucins. 

   Attention également aux nombreux climats qui doublon entre sur les qu’entre communes et qui peuvent induire le dégustateur en erreur car certains sont - seront - premiers crus comme « le Clos » sur le hameau de Pouilly alors que « le Clos » de Solutré reste un simple « village ». 

   Au total ce sont près de 70 hectares qui seront classés premiers crus sur cette commune avec un point d’interrogation pour le Cru « En Montgarcin » qui plus a l’Ouest ne sait s’il obtiendra cet accessit. Si certains de mes lecteurs en savent plus, je les remercie de m’en informer. 

 

Patrick Essa - 2018

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