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La Côte de Beaune du Sud au Nord 10: Le Vignoble de Volnay

Publié le par Patrick Essa

Un texte écrit par Patrick Essa - Vigneron à Meursault et Volnay

  On évoque souvent les vins de Volnay sous l'angle de l'élégance et de la finesse. et ces deux mots ne résument pas complètement ce finage entierement consacré aux vins ROUGES. Si les premiers crus sont effectivement marqués en certains secteurs par une expression délicate et souple, la plupart des zones villages est en revanche dévolue par sa nature géologique à la production de  Volnay  fermes et bien structurés. Par ailleurs il existe des écoles de vinifications qui s'opposent  et osciellent entre classicisme de forme un peu rude et souplesse recherchée par des artifices en cuverie. Alors qu'en est-il de ce véritable Janus de la côte, pas plus délicatemebt féminin - uqelle image nâïve et réductrice - que fondamentalement masculin mais parsemés de crus singuliers qui entre eux ont bien souvent assez peu d'éléments en communs. Tentons d'y voir plus clair...

 Repères sur le finage de Volnay et caractéristiques des sols classés en AOC "village" et "Premier cru".

  Sur le plan morpho-géologique le synclinal de Volnay répond à l'anticlinal de Gevrey-Chambertin. Les sols de l'étage jurassique voient en leur partie sud resurgir le calcaire dur de comblanchien qui s'était abaissé au plan profond en terminant la Côte de Nuits à Corgoloin. Le finage de Volnay est placé sur des sols marno-calcaires plus ou moins argileux selon les endroits.

 

Les villages 

   Le finage de niveau "Volnay village" est schématiquement scindé en deux zones distinctes. En premier lieu, Les parties hautes (Bouchères, En Vaut, Sur Roches, Ez Blanches) au dessus des premiers crus. Celles-ci sont calcaires -  du calcaire dolomitisé- et pierreuses et reposent sur un substrat de terre superficielle blanche, pentue et très filtrante. Elles donnent des vins fruités, fins et souples qui ont une rare élégance, et qui sont en général moins robés et charpentés que ceux de la partie basse. Celle-ci est placée sous les premiers crus (Poisons, Grands Champs, Famines...), beaucoup plus argileuse et composée de terres brunes assez profondes. Les vins qui en sont issus sont souvent rudes, un peu austères et très charpentés. Ils sont au fond assez éloignés des archétypes fins et distingués qui sont pris pour "modèle" de l'appellation. En revanche ils ont une énergie rare et une capacité de vieillissement remarquable.

Les premiers crus

  Le vignoble qui est classé en premier cru est souvent délimité en plusieurs zones distinctes, celles-ci étant associées à des emplacements ou à des caractéristiques morphologiques. On oublie cependant de souligner la grande unité de cet ensemble positionné au milieu du coteau qui va de Pommard à Meursault. Une unité qui est due pour partie au fait que le "terroir" de Volnay n'est pas véritablement coupé par une Combe - cas de Pommard par exemple - car l'entaille géologique qui partage le finage est en fait une Combe sèche qui n'a donc généré aucun dépôts limoneux. {C}

    La partie nord qui jouxte la commune de Pommard est toutefois  partiellement marquée par des dépôts limoneux provenant du cône de déjection apporté par la Combe de Pommard, elle est également composée d'un substrat profond argilo-calcaire qui type indéniablement les crus du côté de l'élégance. Cependant plus on s'élève sur le coteau et moins ce ruban exposé vers le levant est marqué par son insolation. Ainsi les Fremiets du bas sont-ils en général un peu plus précoces que les parties hautes, plus enrobés mais également moins énergiques. Le climat des Angles verse quelque peu vers le nord-est et bénéficie de ce fait d'une fort belle tension interne et d'un caractère un peu plus ferme. Il est moins rustique que ses voisins  du bas, Brouillards et l'Ormeau et Mitans mais n'en a peut-être pas toute la sève. Encore qu'il faut être prudent car chacun de ces mini climats porte en son sein des zones variables. Au dessus de Fremiets dans la partie haute de ce ruban de premiers crus se succèdent Chanlins, Pitures et Clos des Ducs. Les sols y sont plus blancs, très pierreux et confèrent aux crus une finesse fruitée insurpassable en année d'équilibre, ils peuvent être en revanche plus "froids et mats sur le plan aromatique" dans les années de faible maturité. Certaines zones de ce secteur pourraient à bon escient porter des blancs de premier ordre. Mais le règlement de l' AOC l'interdit.

  Le secteur prolongeant le finage de Meursault au sud est marqué par la résurgence du Jurassique moyen calcaire de la Côte de Nuits, l'apparition de ce substrat en Santenots, Chevrets, Caillerets et dans une moindre mesure Champans et Carelle sous la Chapelle donne une tenue assez étonnante à ces vins qui sont placés alors sur un sol associant des marnes et des calcaires marneux. Ce sont les vins les plus charpentés de Volnay et lorsqu'ils associent densité à finesse naturelle, ils peuvent être réellement éblouissants. La plus parfaite expression de ce coteau se retrouve sur  trois petites zones hors classes. La partie médiane et haute des Caillerets (Clos des 60 ouvrées en totalité), la partie basse des Champans contre le village et la zone des Santenots du Milieu englobant le Clos des Santenots. J'avoue avoir également un faible pour le petit cru de Chevrets, régulièrement éblouissant et fort comparable à ces trois "sous zones".

  En dessous de ce parfait coteau, à l'Est se placent quelques jolis crus aux caractères un rien moins affirmés mais qui peuvent donner sous la férule d'excellents vinificateurs des vins de très haut vol. Ce sont Gigottes, Carelles dessous, Ronceret,Aussy, Lurets et Robardelles qui terminent la pente de ce coteau et voient leurs parties basses - à l'exception notable des Roncerets - classées en village. Le Ronceret me paraît le plus qualitatif, car placé dans une zone pierreuse au sous sol maigre, les vignes y souffrent et donnent toujours un vin très intense, fort proche des meilleurs Champans. A la suite de Robardelles se place les Santenots du dessous sur Meursault, la partie basse me semble moins intéressante mais le dessus donne des vins pleins, séveux et bouquetés qui peuvent être marqués par une certaine animalité caractéristique.

Au dessus des Champans et Caillerets du côté de la commune de Monthelie se trouve le très important finage du Clos des Chênes qui se poursuit du côté du village de Volnay par le célèbre et plus restreint Taillepieds. Ces deux crus placés un peu plus haut sur le coteau sur des terres qui se font plus blondes à mesure que le coteau s'élève. Les parties médianes et basses plus argileuses donnent des vins pleins, séveux et très racés, alors que le dessus se présente avec un peu plus de tension et un fruité frais très gourmand. J'aime beaucoup le grain de texture des parties médianes et du Clos des Chênes originel qui est situé au milieu nord du cru et qui est exploité aujourd'hui par le Château de Meursault. C'est une zone d'élite qui se poursuit avec les grands Taillepieds, un cru encore plus intense mais peut-être moins raffiné en moyenne que le Clos des Chênes.

  Enfin une dernière entité est placée contre le village et composée d'une multitude de Clos, tous plus vibrants et qualitatifs les uns que les autres car bénéficiant sans doute d'un microclimat "intra muros" qui les singularise du côté de l'élégance. Le plus grand d'entre eux est le Clos de La Bousse d'Or dont la partie haute est prolongée par le Clos du château des ducs de Lafarge. Ce sont deux vins très différents car les"duc" se montrent épicés à souhait là où la Bousse d'Or joue le registre du fruit concentré avec un côté sanguin assez unique. Tout contre celui-ci le Clos de la Chapelle de Louis Boillot est d'une finesse remarquable et le Clos du Verseuil qui le suit - avec une exposition nord-est - semble lui ressembler comme un frère avec un rien de tension en plus. Il en va un peu de même pour le petit Clos d'Audignac placé au dessus de lui. Je suis particulièrement amateur du merveilleux Clos de la Barre  qui peut être le plus grand des Volnay lorsqu'il est vinifié sans fard et avec la volonté d'affirmer sa vraie nature tellurique. Un vin droit, compact et d'une douceur de texture superlative. J'ai bu il y a peu un 1990 d'une indicible classe, je vous en reparlerai. Quelques Clos subsiste du côté des Fremiets et en particulier le Fremiets Clos de la Rougeotte qui termine le cru au sud, mais qui n'est pas un clos véritable. Il a le grain des Fremiets alors que le Clos de la Rougeotte - tout court sans Fremiets avant - me semble plus près de l'esprit du Clos des Ducs et du Clos de la cave des Ducs, ce dernier est aujourd'hui vinifié par Benjamin Leroux et  appartient en partie à la famille Carré-Dureuil, mais je ne le déguste pas souvent hélas...

 Le projet de regroupement de certains premiers crus sera  effectif sur les étiquettes du millésime 2006. Quatre secteurs ont ainsi été associés. Le premier cru Pitures accueille Chanlin sous sa coupe (les vins produits au lieu-dit Chanlin seront étiquetés Pitures). Même schéma pour Les Mitans qui englobent En L'Ormeau, ainsi que pour le Ronceret et Les Aussy (au profit du premier cité). Enfin, les lieux-dits Carelle sous la Chapelle et Carelles-Dessous "fusionnent" pour devenir Carelle-Dessous la Chapelle. Volnay simplifie donc sa palette de premier cru et compte ainsi conforter la notoriété de ceux qui subsistent.

 

 

 

 

    Climat Premier Cru: En Champans

   J'ai toujours eu un faible pour ce cru qui allie puissance de texture à finesse aromatique et qui surtout est capable d'une longévité hors du commun. Sans doute est-il même le cru de la Côte de Beaune ayant le plus grand potentiel de garde avec les Rugiens de Pommard, les Renardes de Corton et le Santenots du Milieu de Meursault. J'ai eu l'occasion de déguster des millésimes plus que centenaires et d'ainsi pouvoir juger de la qualité des incroyables 1929, 1934, 1947 ou en 1959 et, 1962 et 1964 et depuis ces dates il m'a été possible de déguster ce cru chez plusieurs producteurs dans tous les millésimes. De Jean-Philippe Fichet à Joseph Voillot, Lafon, Jacques Prieur en passant par d'Angerville ou encore Pierre et Jean-Marie Bouzereau. A chaque fois la rencontre avec ce cru est unique, au sens où le finage est régulièrement présent sur une définition précise et permanente. Cette régularité de forme est même ce qui positionne à mon sens ce cru comme l'égal des Soixantes Ouvrées ou du Milieu des Santenots avec un "je ne sais quoi" de puissance en plus.

 

 

Comme ses pairs le climat est situé sur un milieu de pente bien abrité des vents qui regarde le levant. Son substrat marno-calcaire marqué par l'oolithe ferrugineuse repose sur la dalle nacrée. En Champans la partie jurassique moyenne qui marquait la Côte de nuits resurgit pour se prolonger en Caillerets et Santenots et ce fait géologique éloigne nettement le cru de ses cousins de Pommard, il puise une énergie tellurique sidérante dans la complexité de ses couches géologiques qui ressemblent fort au Saint Georges de Nuits avec toutefois un sol un peu plus maigre, moins directement marqué par l'argile.

Très homogène le cru forme un rectangle qui est encadré par le Caillerets au sud, La Carelle au nord et Clos des Chênes et Taillepieds au couchant. Sa pente d'abord assez douce en partie basse s'élève nettement à partir du milieu du cru mais cela ne "type "guère le cru en constituant des sous zones car de nombreux propriétaires disposent de parcelles qui coupent le coteau dans le sens de la longueur. Le domaine Voillot possède ici un hectare qui termine le cru au nord contre le village tout contre la Chapelle du bas de Volnay. Cette zone est un peu moins pentue dans le sens Est-Ouest et est marquée par un léger replat en son milieu. De ce fait les raisins puisent à cet endroit une formidable énergie solaire qui densifie encore la matière.

 

 

  Climat premier Cru de Volnay: Le Clos des Chênes 

  Au dessus des Champans et Caillerets du côté de la commune de Monthelie se trouve le très important finage du Clos des Chênes qui se poursuit du côté du village de Volnay par le célèbre et plus restreint Taillepieds. Ces deux crus placés un peu plus haut sur le coteau sur des terres qui se font plus blondes à mesure que le coteau s'élève. Les parties médianes et basses plus argileuses donnent des vins pleins, séveux et très racés, alors que le dessus se présente avec un peu plus de tension et un fruité frais très gourmand. J'aime beaucoup le grain de texture des parties médianes et du Clos des Chênes originel qui est situé au milieu nord du cru et qui est exploité aujourd'hui par le Château de Meursault. C'est une zone d'élite qui se poursuit avec les grands Taillepieds, un cru encore plus intense mais peut-être moins raffiné en moyenne que le Clos des Chênes. 

Sur le plan gustatif le Clos des Chênes est un des crus les plus emblématiques de la commune de Volnay. En compagnie des Caillerets et des Champans, il fait sans doute partie "du" trio de tête de la commune par sa plénitude et sa capacité de garde qui sont proverbiales. Plus élevés que ses pairs car situé dans la partie haute du coteau contre les Taillepieds, il s'exprime toujours avec une tension affirmée et un grain de texture très original. Assez vaste, il mesure près de 20 hectares, il est en fait composé de trois zones distinctes. Le Clos des Chênes originel, situé dans la partie médiane du cru qui est aujourd'hui exploité en totalité par le château de Meursault, les parties basses situées juste sous ce Clos et les vignes hautes qui reposent sur des sols plus blancs marqués par l'oolithe blanche et moins argileuses. Dans tous les cas il s'agit d'un vin harmonieux et racé qui prend de la tension sur le haut du coteau et de la richesse sur la partie basse. Evidemment les domaines qui ont la chance de posséder les parties médianes - le château de Meursault, Bouley, Delagrange entre autres -  se voient souvent gratifiés d'un supplément de complexité et de race.

   Climat Premier Cru de Volnay: Les Angles

   Le docteur Lavalle - sans doute la référence vineuse de Bourgogne pour les terroirs - classait ce petit cru des Angles en tête de cuvée au milieu du 19°siècle. A l'égal du Caillerets. Le cru se divise aujourd'hui en deux parties distinctes: "Les Angles" qui inclu le Clos des Angles et "Pointes d'Angles" qui est situé juste en dessous face aux Fremiets et au dessus des Brouillards. Les deux climats son assez différents car les pointes versent un peu vers le nord-est et sont placées sur des terres un peu plus argileuses, moins blondes et moins caillouteuses que le dessus des Angles. Cela donne des vins vins plus nerveux dans le dessus et plus séveux et aromatiques dans la partie basse.

  J'aime déguster ce cru lorsqu'il a une bonne dizaine d'années car il lui faut du temps pour assagir sa fougue surtout en grand millésime. Très différent de son voisin Fremiets car un poil plus frais et franchement peu ressemblant du Clos des Angles qui le surplombe - tout en êtant intégré dans le climat - car plus austère et serré dans sa jeunesse et centré sur des arômes de fruits noirs caractéristiques.

    Climat Premier Cru: Le(s) Chevret(s) 

    Le petit climat de Chevret - ou des Chevrets - jouxte le terroir de Meursault dans le prolongement exact du fameux terroir des Santenots du milieu, au nord du Clos des Santenots du domaine Prieur. En dépit de ce qui est très souvent écrit sur sa ressemblence avec ce dernier climat, il donne en général des vins plus élégants, moins puissants et d'une séduction immédiate beaucoup plus affirmée. Sa terre blonde mêlée de cailloutis, marno-calcaire, filtrante et en pente douce vers le levant marque fortement le cru du côté de la sensualité. Assez proche de l'esprit des Caillerets du haut et du Clos des soixantes ouvrées , il cousine également avec les Santenots blancs de Meursault et les Petits Epenots du dessus de Pommard.

  Sans doute s'agit-il du premier cru le plus injustement minoré de la commune car je n'hésite pas à le placer dans mon quinté de tête pour l'avoir maintes fois dégusté chez Nicolas Rossignol.

  Climat Premier Cru: Les Fremiets à Volnay  

     Les 7.91 hectares du climat des Frémiets produisent parmi les vins les plus délicats et subtils de la commune de Volnay. Cette finesse affirmée provient autant de la qualité d'ensemble remarquable de ses producteurs que de son exposition et des caractéristiques géo-morphologiques du climat. Le cru forme une sorte de triangle improbabale dont la pointe sud viendrait mourir sous les Clos des Ducs. Il est bordé sur ses côtés par les Angles et les Pointes d'Angle du côté du village, et les Bertins, les Fremiers et les Jarollières  en direction de Pommard. Il se décompose - de mon point de vue - en plusieurs sous zones distinctes ayant sans aucun doute un caractère propre:

 

  1. La partie basse située au dessus des Angles et des Brouillards s'élève doucement vers l'ouest et forme à son début une sorte de méplat très solaire. Son substrat marno-calcaire brun est ici fortement marqué par l'argile et les vins qui y sont produits sont sans doute parmi les plus précoces de la commune. De ce fait ils revêtent souvent une forme souple, délicate et très harmonieuse qui les range parmi les vins les plus veloutés de Bourgogne. Dans cette zone on retrouvera les propriétés Voillot, Huber-Verdereau et le Comte Armand.
  2. La partie située au dessus du chemin qui mène aux Fremiers et Jarollières de Pommard s'élève plus fortement et son substrat s'apauvrit en argile en même temps que ses terres s'éclaircissent d'autant plus que l'on monte dans le coteau. La zone est bien abritée des vents mais un rien moins solaire que la partie basse et les bans marneux se mêlent à une densité de cailloux plus forte. De nombreuses parcelles coupent ce coteau dans le sens de la longueur et bénéficient ainsi de l'intégralité de la complexité de ce sol. Les vins de ce secteur sont souvent un rien plus tendus et fringants et préservent une race et une délicatesse hors du commun. Les parcelles de François Charles et du Marquis d'Angerville - entre autres - se situent dans ce sous climat.
  3. Le Clos de la Rougeotte et le "Village- Clos de la Rougeotte". Le premier appartient au domaine Bouchard père et fils, il ressemble en tous points aux parties supérieurs du climat et en dépit de son nom n'est pas ceint d'un mur. Le second Clos de la Rougeotte est exploité par le domaine François Buffet et situé juste sous le Clos des Ducs, il bénéficie d'un sol brun clair d'une qualité rare. C'est un vrai petit Clos entouré de murs séculaires et la zone devrait l'autoriser à produire des vins remarquables. je ne l'ai dégusté hélas que deux fois, sans pouvoir complètement m'en imprégner.   

    Climat premier cru: Le Caillerets

   Beaucoup d'entre vous connaissent sans doute le dicton qui scande depuis plusieurs siècles que "qui n'a bu de Caillerets ne sait ce que vaut le Volnay". Outre qu'il est un peu restrictif pour celui qui souhaite comprendre le fameux terroir de Volnay il est sans aucun doute fondé sur le fameux adage qui voulait que les propriétés royales fussent les mieux placées des coteaux sur lesquelles elles se situaient. Caille Rey, caille du roi, clos du roi...la partie qui était dévolue au seigneur, celle qu'il s'était choisie pour lui même. Voilà sans doute l'origine de ce secteur si prisé.  Mais une ethymmologie ne suffit guère à convaincre un amateur de vin, encore moins le lecteur aguerri qui "surfe" régulièrement sur DC. il faut un peu plus de "matière" pour expliquer la grande qualité évidente de ce morceau de terre en forme de L couché. Essayons de sérier avec concision les éléments qui caractérisent son aspect morpho-géologique.

 Cette terre exposée au levant est idéalement placée à mi pente et se compose de trois secteurs: le Clos des soixantes ouvrées qui est situé au dessus des Chevrets, une partie élevée qui le prolonge vers le nord et une bande assez étroite qui coupe ce coteau dans le sens de la longueur et descend jusqu'au chemin de Meursault en longeant les Champans. Il existe de ce fait des Caillerets "hauts" et des Caillerets "bas", mais également des cuvées mêlant les deux origines. Les parties hautes sont plus pierreuses , calcaires et moins marquées par les bans marneux, elles s'expriment avec droiture et élégance et produisent les vins les plus sensuels de la commune.. Les parties basses, légèrement plus argileuses et marneuses marquent les vins du côté de la puissance et cousinent déjà un peu avec les Champans.

   De nombreuses cuvées de Caillerets se montrent d'une plénitude digne d'un grand cru et de fait ce secteur devrait naturellement élevé à ce rang car il porte en lui l'évidente nature du Volnay, celle qui positionne le finage communal comme le plus grand de la Côte de Beaune à mon sens, si l'on considère son unité et sa qualité régulière depuis 10 ans. Je vous recommande particulièrement les cuvées de Thierry Glantenay, Jean-Marc et Thomas Bouley, de Nicolas Rossignol, et de Lucien Boillot. Et puis bien entendu celle du fameux Clos des soixantes ouvrées du domaine de la Pousse d'Or.

   Climat Premier Cru: Volnay-Santenots "Les Petures"

   Sans doute l'un des premiers crus les plus étranges de la Côte de Beaune car -très peu connu- il peut produire de grands vins blancs et rouges en AOC premier cru sans que l'on n' évoque jamais son nom sur l'étiquette...car il se vend régulièrement sous le nom de Volnay- Santenots (Meursault-Santenots en blanc) auquel il a légalement droit. Funeste pour la "gloire" de son patronyme, ce choix a pourtant été réfléchi par les diverses commissions syndicales qui l'ont proposé car il enterrine des usages loyaux et constants validés par plus de deux siècles de pratique. On pourrait imaginer qu'il s'agit d'une entité à part ou d'un sous lieu-dit minuscule ne pouvant s'affirmer pleinement seul...il n'en est rien. Magnifique zone de plein côteau, idéalement exposée à l'est et portée par un substrat argilo-calacaire dont l'origine remonte au Bajocien, elle est naturellement destinée à tenir parfaitement son rang de premier cru avec -sans doute- beaucoup plus de personnalité et de caractère que la partie du dessous des Santenots.

  Le terroir des Petures dans la vigne arrachée de la maison Prieur

 Le cru est homogène et pentu et si la partie basse est légèrement inclinée vers le levant les parties hautes sont un peu plus fortement inclinées et par conséquent très filtrantes. En surface les terres brunes, mêlées de cailloux de petites tailles, argileuses, assez collantes et qui réssuient bien en superficie sont portées par un substrat profond rocheux qui permet à la vigne de plonger ses racines loin dans le sol. Cet ensemble donne des vins très originaux qui se rapprochent fortement du Chevret de Volnay et pour la partie haute des Volany-Caillerets de l'étage supérieur. Sans doute un des crus les plus sous-estimés de Meursault car son grain souple et son énergie lui confèrent une personnalité d'une originalité affirmée. 

  Le caractère des vins est similaire à celui des Santenots du milieu- réglissé et fumé sur des accents de fruits noirs - mais n'en possède pas toute l'intensité et surtout le cru se montre régulièrement plus souple en jeunesse. Quelques ilots de blancs donnent des vins vineux, puissants et très aromatiques qu'il ne faut pas cueillir en sur-maturité sous peine de confiner à la mollesse. La vigne de Désirée du domaine Lafon - replantée en 2008 - donne ici un vin blanc - cadastré dans les Petures- sensuel et profond qui termine le climat dans sa partie sud, contre le Clos du Cromin. On notera par ailleurs que le climat "porte" légalement deux vignes hautes qui ont droit à l'AOC Volnay-Santenots, elles sont exploitées par le domaine Roy d'Auxey-Duresses.

  Climat Premier Cru: Volnay Santenots du Milieu 

   Les Santenots sont intégralement situés sur la commune de Meursault dans un zone très qualitative qui prollonge le fameux coteau de Volnay. Très étendu - plus de 30 hectares - le climat intègre plusieurs lieux-dits ayant des profils différents mais possèdant tous de magnifiques qualités morpho-géologiques. Des terres argilo-calcaires brunes du Milieu aux cailloux des Santenots blancs et du dessus des Petures en passant par les zones plus riches des Petures du bas et des Santenots du dessous, il est assez difficile de définir une véritable unité pour ce célèbre cru. Le "milieu" est exposé Est, de terre rouge très argileuse, peu profonde sur un sous-sol de calcaire dur, le site est très solaire et précoce.

    La partie dîtes Santenots du Milieu donne incontestablement sur 8 hectares les vins les plus intenses,sauvages et profonds de l'appellation Volnay avec des notes réglissées/fumées qui évoquent souvent les pinots fins des parties médianes du Clos de Vougeot ou des Renardes à Corton. C'est un cru d'élite qui fait partie des cinq meilleurs finages de la Côte de Beaune. Il possède de plus une capacité de garde époustouflante, certains "spécimen" de 19° siècle conservés chez Bouchard Père et fils sont même dans une forme étincelante en ce moment.

  Parmi les producteurs de ce célèbre finage, Lafon est celui qui a la plus forte production car il en exploite plus de trois hectares. Ces vins sont régulièrement de haut niveau. Citons également dans les producteurs de très bonne qualité les domaines Mikulski, Jacques Thevenot et le Clos des Santenots de Prieur qui est inclu dans "le Milieu".

Cuvées représentatives: Volnay-Santenots "du Milieu" de Jacques Thevenot, Arnaud Ente, Lafon, Mikulski, Hospices de Beaune. Volnay Clos des Santenots de Jacques Prieur

 

Ecrit par Patrick Essa - Citations et reproductions interdites sans autorisation de l'auteur.

         

+...La Côte de Beaune:

 

La Côte de Beaune du Sud au Nord 1: Le vignoble des Maranges

La Côte de Beaune du Sud au Nord 2: Le vignoble de Santenay

La Côte de Beaune du Sud au Nord 3: Le vignoble de Chassagne-Montrachet

La Côte de Beaune du Sud au Nord 4: Le vignoble de Puligny-Montrachet   

La Côte de Beaune du Nord au Sud 5: Le Vignoble de Saint Aubin

La Côte de Beaune du Sud au Nord 6: Le vignoble de Meursault  

La Côte de Beaune du Sud au Nord 7: le vignoble de Saint Romain

La Côte de Beaune du Sud au Nord 8: le vignoble de Monthélie

La Côte de Beaune du Sud au Nord 9: le vignoble d'Auxey-Duresses

La Côte de Beaune du Sud au Noed 10: Le Vignoble de Volnay      

La Côte de Beaune du Sud au Nord 11: le vignoble de Pommard

La Côte de Beaune du Sud au Nord 12: Le vignoble de Beaune 

La Côte de Beaune du Sud au Nord 13: le vignoble de Savigny Les Beaune

La Côte Beaune du Sud au Nord 14: Le Vignoble de Pernand-Vergelesses

La côté de Beaune du Sud au Nord 15: le Vignoble de Chorey Lès Beaune

La Côte de Beaune du Sud au Nord 16: le vignoble d'Aloxe-Corton

 

 

 

 

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La Côte de Beaune du Sud au Nord 4: Le vignoble de Puligny-Montrachet

Publié le par Patrick Essa

   Les blancs secs de Puligny - c'est un simple constat - sont les plus recherchés de la planète. La raison la plus simple à cet état de fait tient à la remarquable exposition d'un finage restreint. Ici le chardonnay est en son jardin et il n'est pas un arpent qui ne puisse y produire un blanc de haut niveau, du simple aligoté jusqu'au "grand" Montrachet. Enclavé entre Chassagne au Sud, Meursault au Nord et Saint Aubin à l'Ouest, la commune forme un presque carré dont la pente est majoritairement versée Ouest-Est.

     

 

    Souvent caractérisée comme fort modeste, l'aire d'appellation mesure tout de même près de 225 hectares et, fait notable, la quasi totalité des vignes en coteau est classée en premiers crus ou en grands crus. Le vignoble est abrité des vents par la Montagne du Châtelet de Montmalin et par le Mont Rachet - mont rachis = mont chauve - qui, pelé originellement, par les vents était marqué par une végétation rase s'assimilant partiellement à celle que l'on trouve sur le pourtour méditerranéen. Ces indices végétaux qui sont avérés ont longtemps laissé conclure les observateurs sur un microclimat chaud idéal à la belle maturité régulière de baies en zones septentrionales.

   Il me paraît plus juste aujourd'hui d'observer le rôle protecteur des petites montagnes qui surplombent les vignes et qui en les protégeant idéalement des courants chauds et froids autorisent une maturation équilibrée et régulière. Le "génie" de la Côte des blancs n'est à l'évidence pas à chercher uniquement dans sa capacité à capter lumière et chaleur mais bien plus dans le fait que la zone tempère naturellement tous les excès climatiques.

   Lieu où le chardonnay continue d'être mûr à 12,6/13,3 degrés quel que puisse être le caractère de l'année lorsqu'il est récolté sur la base de rendements par pieds mesurés, ce secteur du cœur de la Côte des blancs est unique car une des failles qui entaille le système complexe de la Côte de Beaune sépare dans le sens Nord-Sud le vignoble des génériques (Bourgognes et Villages) de celui des crus identifiés.

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   Si la partie supérieure haute est directement sur le calcaire du Bathonien, les parties médianes plus complexes sont souvent plus marneuses et comprennent des éboulis et des têtes de roches provenant de résurgences calcaires sous jacentes. Ce substrat comprend encore des limons et différents types d'argiles selon les zones.

 

   La partie basse portant certains climats de niveau villages et génériques est posée sur des sols bruns calcaires marqué par des argiles du pliocène. Le trio de tête des blancs de Côte d'Or est toujours caractérisé selon l'intensité de la vivacité de ses crus et Puligny est fréquemment présenté comme ayant celui qui dispose naturellement du plus de tension. Je ne vois pas les choses ainsi car il m'apparaît évident que les limites communales ne rendent pas compte d'un type unique et s'il faut expliquer la réelle nature des climats se pencher sur les divers sols et expositions me paraît plus pertinent. Par ailleurs on ignore très souvent que le village de Puligny se situe sur une nappe phréatique qui n'a jamais permis de bâtir des caves profondes et fraîches comme c'est le cas chez les voisins et il est évident qu'historiquement cet état de fait a donné du sens au caractère constaté dans ces vins élevés sur de moins longues périodes et donc justement et naturellement bâtis sur la fraîcheur.

 

   Les parties basses argileuses sont situées sous les villages et produisent de bons Bourgogne blancs fruités qui sur le secteur Sud peuvent rivaliser avec les villages qui sont au dessus. Cas des Houllieres, des Arties ou de la Combe. Plus au Nord, Champ Perrier, Femelottes et Pré de la Dame sous le village "Reuchaux", sont sur des terres plus argileuses et ils produisent des crus pleins et charnus sur des zones dont il faut maîtriser la vigueur. Quelques lieux-dits génériques  se trouvent à l'Est de la N6 et participent quelque peu de cette qualité comme "Les Champans" qui regardent le Sud sur une pente franche dont le bas est toutefois humide. Ce sont des sols plus collants qui ressuient moins vite et qui peuvent avoir les pieds dans l'eau. On peut y observer quelques vignes de pinots.

   Un peu plus haut, au niveau du village et sous les premiers et grands crus se situent des villages de bonne qualité dont les meilleurs s'épanouissent aux extrémités du finage. Au Sud les "Enseignières" et au nord les "Charmes" qui sont tout contre les "Charmes dessous" de Meursault. La zone de village est encore assez argileuse et fertile et une des contraintes importantes pour y produire des vins concentrés est de juguler la vigueur des plants, sans quoi les rendements peuvent être très abondants. Les meilleurs producteurs veillent à produire moins de 55 hectolitres par hectare et savent générer de belles cuvées dans les "Nosroyes" les "Levrons" et les "Grands Champs" en particulier.

 

 

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   Les parties élevées du finage sont forts intéressantes car positionnées très hautes sur le coteau avec certains des premiers crus les plus hauts de la Côte des blancs, plus de 320 mètres parfois. Directement sur le Bathonien ces vignes plus froides et tardives ont pourtant un vrai caractère que l'on assimile au nom du hameau voisin: Blagny. Terres mixtes aujourd'hui largement plantées de chardonnay, elles continuent de fournir le très original Blagny rouge qui peut ressembler à certains crus du Nuiton par sa fraîcheur et son profil centré sur les fruits rouges.

   Sous le Puits et Garennes sont ainsi des climats qui réussissent parfaitement en année chaude et qui ont toujours - dans les deux couleurs - une superbe énergie. Garenne plus fin en son versant Nord ressemble un peu au Hameau de Blagny et aux Champs Gains juste en dessous mais ces trois là n'arrivent pas au niveau des deux meilleurs crus du secteur posés sur des rendzines, marno-calcaires, Chalumeaux et Truffières qui sans doute comptent parmi les vins les plus élégants et floraux de la commune.

  J'ai un faible pour Chalumeaux qui est souvent minoré face aux meilleurs premiers crus mais qui semble mêler la douceur de texture murisaltienne à la finesse innée des zones un rien plus fraîche. Un très grand Puligny!

 

   Le secteur médian - à mi-pente donc - est l'exact pendant du coteau de Meursault avec toutefois une notable nuance, sa pente est plus forte et longue en Folatières et moins élevée dans les autres crus. Un sol brun à blond, caillouteux et marno-calcaires variant selon les climats est quasiment parfait pour l'expression des chardonnays. Cela change quelque peu le caractère de ces crus qui sont toujours magnifiquement constitués et marqués par une vigueur étonnante en même temps que par une structure et une matière unique. Vins de sève ils ne s'épanouissent au niveau de leur race que sur la base de rendements mesurés, sinon ils peuvent se montrer séducteurs mais un peu dilués et sans le caractère que leur morpho géologie leur confère. Chacun d'eux peut être digne d'un grand cru à l'exception du quatuor Perrières, Referts, Clos de la Garenne, Clavoillon qui ne jouent pas tout à fait dans la même division car moins complexes et fins, ils sont au niveau des Champs Gains.

   Combettes, Folatières, Champs Canet, Pucelles et Le Cailleret sont tous éblouissants de puissance et de race mais ils ne se ressemblent guère sur le plan organoleptique. Les décrire est un casse tête mais j'imagine toujours Folatières et Pucelles sur le raffinement de texture et l'élégance avec toujours plus de puissance en allant vers le bas de Pucelles et toujours plus de sensations aériennes en montant le coteau Ez Folatières.

   Cailleret (et son sous climat Sud Les Demoiselles) est un grand cru naturel qui aurait dû être classé car il ne cède rien au Bâtard et se montre souvent plus fin, Combettes à la classe mêlée des Charmes dessus et Perrières du plat sur Meursault... Il se vendait d'ailleurs en Meursault Combettes jusqu'au 19 ième siècle!

   Champ Canet est un vin moins dense, plus spirituel et près plus vite mais est sans doute le plus raffiné de tous à son meilleur.

   En résumé je verrais un classement ainsi:

 

  •   Premier cru A: Combettes, Folatières, Pucelles, Le Cailleret, Chaniot  (dans Ez Folatières)Champ Canet
  •   Premier Cru B: , Chalumeaux, En la Richarde    
  •   Premier Cru C: Referts, Perrières, Truffières, Clos de la Mouchère (Partie Sud des Perrières)
  •   Premier Cru D: Hameau de Blagny, Champs Gains, Garennes, Sous le Puits, Clos de la Garenne, Clavoillon

 

   On les connaît peu mais il subsiste quelques rouges très intéressants sur le finage de Puligny. Le premier est un vin d'altitude, le Blagny rouge qui peut être attractif et gourmand et lorsqu'il est bien vinifié fort plaisant jeune pour ses accents de fruits rouges. N'en attendez pas trop de puissance toutefois. Le second est une rareté et s'épanouit de manière fort confidentiel dans un premier cru: Le Cailleret au Nord du climat. J'en ai dégusté trois ou quatre fois sur des bouteilles ayant plus de 10 ans qui étaient d'une rare et jolie intensité. Très différent du Blagny il se rapproche du Clos Saint Jean de Chassagne. Naguère les climats de Referts et Clavoillon portaient des rouges estimés et si l'on se fie à l'oxyde de fer qui se mêle à ces terroirs un peu plus argileux on ne peut que regretter leur "blanchiement" total actuel. Mais hélas Montrachet et pinot s'accommodent beaucoup moins bien que Montrachet et Chardonnay... Un fait.

 

 

  

 

 Les Grands Crus:

 

   Le cru de Chevalier-Montrachet est au fond assez étendu puisqu'il mesure un peu moins de 8 hectares, mais c'est un vin que l'on déguste peu et surtout que l'on déguste très souvent trop jeune tant ses arômes floraux délicats et son côté étincelant invitent à l'ouverture. Je me souviens avoir dégusté de vieux Chevalier chez Bouchard ou Bernard Clerc et également quelques vieilles bouteilles de M. Deléger et de Niellon, à chaque fois cela fut un enchantement tant la maturation sous verre apporte du poids à ce cru altier et dominateur qui ne révèle jamais mieux son terroir que lorsqu'il a plus de dix annnées de bouteille et qu'il bascule vers des notes de fleur de tilleul, de chèvrefeuille et d'aubépine avec un "je ne sais quoi" d'unique dans sa manière de se donner avec sensualité.

   Il est pour moi sans conteste le plus grand vin de BOurgogne lorsqu'il est réussi et abouti, devant Montrachet lui même. Cousin des Genevrières du dessus et de la partie médiane des Folatières, il acquiert en sa partie "terrasse" une énergie de cailloux qui surpasse encore les parties basses pourtant mieux considérées en moyenne.

 

   Le petit cru des Bienvenues-Bâtard est positionné juste sous le Bâtard et contre les Pucelles. Ce climat en faible déclivité est composé de sols calcaires marqués par des argiles assez lourdes. De couleur brune, presque noire, ces terres assez lourdes en surface marquent les vins du côté de la générosité aromatique et leur confèrent un corps puissant qui les rend parfaitement apte à la longue garde.

   Ce n'est sans doute pas le grand cru le mieux placé de Puligny et il souffre souvent de la comparaison avec le Chevalier beaucoup plus élégant et fin et le Bâtard qui possède encore plus d'énergie et un profil aromatique  souvent plus complexe. Mais sa douceur de texture et son volume de bouche en font un cru accessible et raffiné qui se montre idéal au moment d'accompagner des poissons de rivière cuisinés ou bien entendu de la langouste ou du homard. Il ressemble quelque peu  sur le plan stylistique à la partie médiane des Charmes de Meursault.

  De nombreux bons producteurs en exploitent des parcelles fort morcelées si l'on excepte la large parcelle du domaine Leflaive. Ainsi les vins de Ramonet, Pernot et Carillon font-ils preuve d'une régularité sans faille qui fait honneur à la grande réputation dont jouit le village de Puligny. J'aime également ceux plus confidentiel du domaine Jean-Claude Bachelet - 600 bouteilles bon an mal an - qui sur les 9 a 42 ca qu'il a en production se permet de tutoyer les meilleurs. 

 

Bâtard-Montrachet: Vin recherché se négociant à prix d'or le très puissant Bâtard semble sur son nom concentrer toute la classe des vins de Montrachet. Cher, peu aisé à trouver, toujours dominateur, il est sans conteste l'un des vins les plus puissants et charpentés de la planète chardonnay. A juste titre.

    Les 4 hectares situés sur Chassagne regardent le Sud ou forme un presque plat du côté des Bâtard de Puligny. Plus précoces, posés sur des terres un peu plus claires et caillouteuses cette zone livre les vins les plus sensuels et raffinés du climat avec une note mûre d'une suprême élégance qui n'est pas sans rappeler le grand Montrachet voisin avec encore plus de densité. Il s'agit je crois de la portion grand cru la plus qualitative de Chassagne avec son Montrachet et sans doute aussi la plus personnelle tant un cru issu de ce "Bâtard du Sud" est toujours un émeveillement gustatif. 

   Les 4 hectares de Puligny-Montrachet sont orientés plein Est sur un secteur quasiment plat regardant très légèrement le levant. Stylistiquement un peu plus fin et moins puissant que celui de son voisin il partage avec lui ce côté très dense et riche qui en font de très haute gastronomie. Le meilleurs secteur étant sans doute celui qui est tout contre Chassagne-Montrachet. A noter l'existence d'un Clos qui est planté dans le sens Nord-Sud et qui quasiment plat est posé sur des terres un peu plus riche. Ce Clos Poirier du nom de la famille propriétaire de la parcelle est aujourd'hui exploité en totalité par le domaine Pierre Morey sur près de 1 hectare.

 

  

Le grand cru Montrachet produit certains des plus grands vins blancs secs de Bourgogne et est sans doute celui qui de nos jours se vend le plus cher, tant sa petite surface est courtisée par les vignerons pour sa réputation multiséculaire. Les bourguignons l'ont toujours placé un cran au dessus de leurs autres crus blancs  en le désignant un peu comme le grand cru A de Côte d'Or, sa valeur étalon en quelque sorte.

 

  Cependant boire un Montrachet à maturité est devenu une gageure car les quelques 30.000 bouteilles annuelles produites sont toutes quasiment réservées à l'avance par des buveurs qui ne partagent pas toujours leur fortune avec une fine connaissance des blancs de la région et de leur potentiel d'évolution. Objet de luxe destiné à accompagner des repas prestigieux, il glisse fréquemment dans des gosiers peu attentifs ou alors en admiration "par avance".Dommage.

   Les quelques exemplaires que j'ai en cave sont toujours ouverts après un prélude qui mêle deux finages et qui se poursuit par d'autres grands crus. Je crois qu'il est important de percevoir le caractère vineux évident de ce cru si éloigné des archétypes blancs mis en lumière aujourd'hui. Souvent très riche, peu acide et de texture visqueuse il a - un peu à la manière d'un Rangen en Alsace- une puissance formelle sidérante qui le rapproche? Au niveau de sa matière, d'une granularité de vin rouge.

 

   Produit sur 8 hectares et partagé par les villages de Chassagne et Puligny-Montrachet, il est marqué par trois zones distinctes. La première, côté Puligny, regarde le levant, est assez peu inclinée et est composée d'un substrat argilo-calcaire brun/rouge. Elle donne les vins les plus équilibrés, fins et sensuels du cru. La seconde qui dispose de même substrat du côté de Chassagne verse vers le sud et est ainsi un peu plus solaire et précoce, elle donne des vins légèrement plus opulents et intenses. Enfin une petite zone incluse tardivement dans le cru et située sur Chassagne, se place au dessus du cru au sud en formant de petits enclos en terrasses, ce sont "les dents de chiens", le sol y est un peu plus pierreux et le caractère du vin s'approche quelque peu de l'élégance du Chevalier tout proche. Soyons prudent toutefois car les différences stylistiques sont ténues. Une propriété assemble ce dernier lieu-dit avec la partie Chassagne (Prieur) et seul les domaines Colin et Amiot produisent du "pur" Dents de Chiens.

 

 

 

Quelqes Premiers Crus en détail...

 

 

 

  Le cru de Combettes a très longtemps été vendu en Meursault Combettes tant il ressemble sur le plan stylistique aux premiers crus de cette commune. C'était un usage loyal et constant comme on pouvait le faire avec les Santenots vendu en "Volnay". La création des appellations d'origine a changé la donne et le vin s'est vu classé logiquement sur le finage de Puligny-Montrachet. Le domaine Prieur de carte_puligny_montrachet.jpgMeursault en est toutefois le principal propriétaire - près de 2 hectares - suivi par le domaine Ampeau également de Meursault - 2/3 d'hectare - et par quelques propriétés plus petites dont les plus connues sont Carillon, Sauzet et Maroslavac.

    Le sol de Combettes ressemble beaucoup à celui des Charmes dessus de Meursault avec son substrat argilo-calcaire, très pierreux, ses sols bruns clairs et une orientation vers le levant. Les sols ressuient vite et la vigne y est en général précoce ce qui lui confère une grande intensité et une trame souple et glycérinée extrêmement séductrice. C'est un cru de grande garde, capable de défier plusieurs décennies sans perdre le moins du monde son bouquet particulier d'aubépine et ses arômes de fleurs séchées et de fruits blancs, très subtilement noisettés.

 

Le cru de Folatières est assez étendu et se place juste au dessus des Clavoillons dans une zone de coteau qui s'incline progressivement dans le sens est-ouest.Il mesure 17.63 ha et est marqué par une petite combe qui le surplombe, celle-ci ayant déposé de nombreux colluvions.

  Les parties basses plus planes donnent des vins généreux, vineux et très profonds qui sont très comparables au Caillerets voisin mais avec plus de délicatesse. Il s'agit sans doute de la meilleure partie "premier cru" du village. Le sous climat de Chaniot situé dans cette zone est même sans aucun doute possible le meilleur secteur potentiel classé en premier cru de la commune. Pierre Bouzereau et JM Gaunoux en produisent des exemples magnifiques.

     Le cru est plus pentu à partir des 2/3 supérieurs et également placé sur un substrat plus pauvre et caillouteux qui confère aux vins une tension plus affirmée. Ce caractère d'influence pédologique est souligné par une maturation des fruits un peu plus tardive. Ez Folatières est également marqué par deux sous climats assez hauts sur le coteau: "Peux Bois" et "En la Richarde" qui me paraissent moins qualitatifs et surtout assez différents des Folatières car plus vifs, moins séveux et moins racés.

 

 

   Terroir très homogène le cru de Pucelles, si l'on exclu le Clos de la Pucelle, qui est légèrement en contre-bas des autres vignes, il fait suite au Clavoillon au nord et aux Bâtard au sud. Assez peu pentu, regardant le levant et composé d'un substrat argilo-calcaire. Ses terres fines, brunes et filtrantes en raison d'une proportion importante de petits cailloux donnent certains des vins les plus fins de la Côte des blancs. Les arômes de menthe sauvage, de poire fraîche et d'agrumes qui le caractérisent en jeunesse sont magnifiés par de subtils arômes de fleurs blanches au cours de la maturation sous verre. C'est un cru de très haut niveau qui partage avec Combettes et Folatières le premier rang de cette classe dans la commune. Je le comparerais volontiers au dessus des Genevrières à Meursault

  

 Par chance de nombreux bons producteurs vinifient ce cru qui encadre le Clos des Meix situé en sa partie basse et en léger dévers vers le Nord Est. Le Clos de la Pucelle commence le finage au nord et est intégralement vinifié par la maison Chartron qui n tire un vin très fin et aromatique une personnalité que lui confère ses terres un peu plus argileuses que le reste du finage. Parmi les autres producteurs je citerais la classe des vins du domaine Marc Morey, le fruit et le côté très racé de ceux de Morey-Coffinet, la densité de la cuvée de Vincent Girardin et la très noble expresion de celui de Philippe Chavy., sans oublier ceux très aériens vinifiés par Franck Grux pour la maison Olivier Leflaive.

 

  Le cru des Referts est positionné juste sous celui des Combettes et encadré par les Charmes "du milieu" de Meursault et les Perrières de Puligny (à ne pas confondre avec ceux de Meursault). Classé premier cru et positionné auprès des meilleurs il est cependant un peu le "mal aimé" de la commune tant son nom - peu élégant il est vrai - n'a pas la résonance magique de ses prestigieux voisins. Il s'agit sans doute d'une erreur funeste car il peut en belle année égaler en intensité et en puissance tous les crus de sa commune. Moins fin que les Pucelles ou les Folatières il a en revanche beaucoup plus de corps et de sève que les premiers crus d'altitude comme Garenne ou Champs Gains. Second "premier cru" en somme!

   Son sol argilo-calcaire est traversé par des veines de marne à certains endroits. L'endroit assez peu pentu regarde le sud-est et ses terres profondes et collantes ressuient assez vite. La vigne y pousse bien et sa vigueur doit être jugulée si le vigneron souhaite en faire un vrai vin tellurique exprimant son terroir. J'aime toujours la fougue de ce vin qui se livre assez vite et qui déborde d'arômes de fruits blancs et de fleur de vigne. Variétal s'il est issu de rendement importants il peut évoquer à son meilleur la plénitude des Poruzots du milieu et le caractères des Genevrières du dessous sur Meursault. C'est un vin qui ravira les amateurs de blancs généreux et pleins. 

   Les plus raffinés sont produits chez Arnaud Ente - fins, tendus, racés -  et Jean-Philippe Fichet dans un style un peu plus élégant et aérien. J'apprécie également ceux des domaines Sauzet et Carillon mais ce ne sont sans doute pas leurs meilleures cuvées. Les maison Jadot, Olivier Leflaive, Girardin et Latour en produisent également de très consistants.

 

Le cru de Cailleret, situé sur la commune de Puligny-Montrachet, est l'exact prolongement naturel du vrai Montrachet, ce dernier étant sans conteste le plus célèbre et plus grand des vins blancs bourguignons. Cette promiscuité aurait sans doute dû lui valoir le statut de grand cru tant son exposition au levant, sa pente douce de pied de coteau et son substrat argilo-calcaire le situe parmi les climats les plus qualitatifs de la commune de Puligny.

C'était sans compter sur le fait que tout comme le Clavoillon voisin il comportait nombre de plants rouges en son sein au moment de la réalisation du classements en grands crus il y a près de 80 ans. On a donc décider de le conserver en première classe en raison de la mixité de cépages que son sous sol pouvait à l'évidence supporter. Cela sans observer que le grand cru voisin disposait lui aussi de ces mêmes potentialités et qu'il "aurait" également été complanté de noirien à une époque éloignée. Mais la mémoire des hommes ne peut suffir à affirmer cela avec absolue certitude.

Le Cailleret rata donc l'ultime accessit et fut longtemps le monopole de la maison Chartron-Dupard qui dans sa "corbeille" possédait également le Clos des Chevaliers en Chevalier-Montrachet et l'intégralité du merveilleux Clos de La Pucelle.

Chartron créa le Clos du Cailleret et en fut l'unique propriètaire jusque dans les années 1990 date à laquelle il vendit quelques parcelles aux domaine Michel Bouzereau, Des Lambrays, Boyer-Martenot et De Montille. Ce cru composé d'un substrat mêlant argile rouge et calcaire est assez caillouteux en profondeur en dépit d'une terre qui foisonne sous le soc des charrues. Les vins y puisent une énergie extraordinaire quel que soit le propriétaire considéré et si j'en juge par celui de la Maison Chartron que je goûte assez souvent il a entièrement le corps et la complexité d'un cru d'exception, à nul autre second.

Cru singulier qui mêle la finesse des Pucelles à la puissance du Montrachet, il envoûte par ses notes florales et sa texture svelte en même temps que très dense.

 

Patrick Essa - Maj le 27 Novembre 2014

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