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Aloxe-Corton: pour un reclassement des climats Grands Crus (partie 1)

Publié le par Patrick Essa

Aloxe-Corton: pour un reclassement des  climats Grands Crus (partie 1)

A bien des égares la commune d'Aloxe a été contraintes de partager "son" Corton avec ses deux voisines de Ladoix et Pernand. Ces deux communes joignantes de son finage lui ont largement fait plier le genou pour s'approprier le nom du prestigieux Cru auquel elles n'avaient historiquement pas droit. Cette forme d'imposture admise de nos jours est née au début du vingtième siècle lorsque le parlement a décrété une loi autorisant les tribunaux à procéder à la délimitation des appellations contrôlées. Ainsi, depuis de nombreuses années les crus sélectionnés par le négoce de la place de Beaune "à la tasse" étaient classés sur la qualité avérée des vins une fois vinifiés et il était d'usage constant de largement puiser dans les communes limitrophes pour "multiplier" la production sans, pensait-on, léser l'acheteur.

   Ces "vins de classe" n'avaient toutefois pas les mêmes cahiers des charges que ceux qui de nos jours sont issus d'origines déterminées selon des règles définies par avance. En somme aujourd'hui le sol confère le nom là où il y a moins de cent ans la qualité de ce qui était produit conférait un nom à la cuvée sans que l'on soit trop regardant sur l'origine elle même! On comprend aisément pourquoi, au moment de classer les sols, les syndicats qui se sont créés dans les années 1920 ont eu la volonté de poursuivre la vente plus lucrative de vins de "premières classes"/ Grand Cru plutôt que de "villages" ou " premiers crus" écoulés avec Ladoix ou Pernand comme village de référence. Aloxe tenta de se rebiffer en ne voulant admettre que le Rognet de Ladoix dans un premier temps et en laissant "Charlemagne" à Pernand sans lui adjoindre le précieux sésame "Corton"...l'affaire fit grand bruit, les syndicats communaux se déchirèrent, les jugements se succédèrent et sans entrer dans toutes les arcanes de ce feuilleton qui anima longtemps le beaunois, un terrain d'entente fut trouvé en attribuant à chaque commune des secteurs Grands crus estampillés "Corton".  

   Durant tout le vingtième siècle les communes de Pernand et Ladoix ne cessèrent d'étendre leurs "pré-carrés en Corton" et des sols aux valeurs agrologiques moindres obtinrent des accessits à tous le moins généreux. Nous y reviendrons lors des chapitres concernant ces finages mais il me paraît évident aujourd'hui que pour comprendre les crus de cette commune et leurs incroyables potentialités, il faut les re-classer selon une logique plus rigoureuse, en déterminant une hiérarchie qui auraient dû apparaître dès l'origine des appellations. Elle en tirerait aujourd'hui un prestige mérité qui s'est quelque peu dilué de nos jours. Hélas, car ce grand Cru à son meilleur est incomparable.

Corton "Premiers" Grands Crus:

Des "classes" existent dans l'imaginaire des producteurs communaux et pas un je crois ne sait que la trilogie "Clos du Roi, Renardes, Bressandes" forme un rectangle unique qui porte en lui la meilleure partie de l'esprit du Cru. Vous lirez sur le site une analyse détaillée de chacun d'eux où leurs caractères respectifs sont isolés car je pense qu'ils méritent d'être reconnus à l'égal des meilleurs dans des chapitres qui leurs sont dédiés. Selon une classification de type bordelaise qui sied parfaitement à la colline, ces trois climats pourraient largement avoir le droit au titre de "Corton premier grand Cru".

Corton "Second" Grands crus

Après l'indéniable podium précédent, des lieux-dits peuvent être considérés comme de vrais Grands crus potentiels ne méritant toutefois pas de faire figurer une origine précise sur leurs étiquettes. Tous peuvent bénéficier de la qualité d'un bel assemblage de différents secteurs. De fait, l'usage veut que ces cuvées soient moins fréquemment revendiquées. Une forme de sagesse à saluer.

Corton Les Paulands:

la Colline est "pentue", large, profonde et comporte une partie médiane où la déclivité s'abaisse pour faire apparaître ses meilleurs secteurs à Vignes. Dans ce périmètre orienté plein Est qui verse doucement en direction de la plaine et qui inclut Clos du Roi, Bressandes et Renardes est encore situé le petit "Paulands". Ce petit carré d'un peu plus de un hectare positionné dans le prolongement des Maréchaudes vient mourir sur les premières pentes Nord-Sud du bon premier cru Valozières et se situe juste sous les Bressandes. Pourtant son sol plus argileux et moins calcaire avec des nuances gréseuses le distingue nettement de ses pairs. Non à cause de sa position plus basse, car son drainage est optimal mais surtout car il développe une nature giboyeuse et sauvage qui parfois le font comparer - à tort! - aux Renardes. Il n'en a toutefois ni la puissance, ni le côté austère et en dépit de son fruité noir prononcé se comporte plus comme un vin à la présence plus immédiate. Bouqueté et charnu il préfigure les Maréchaudes voisins avec sans doute un rien moins de finesse. Mais la nuance est ténue. A-t'on en ce lieu retrouvé une statue de Pallas à la fin du 18 ième siècle ou l'usage vernaculaire a t'il modifié et fait évolué le vieux terme "Pol" qui signalait une terre humide? Bien peu sont aptes à le dire avec justesse. Toutefois, sachant que le bas du climat - classé en premier Cru - a fait l'objet de travaux de drainages importants, il apparaît logique de s'en tenir à la seconde hypothèse. Deux propriétaires se partagent ce petit climat grand Cru, 20 ares au domaine Denis et 80 ares environ pour le domaine Senard. Les deux en tirent une cuvée puissante, un rien rustique et qui s'affine avec le temps.

Corton Maréchaudes:

  4,46 ha sous Bressandes, entre Les Vergennes de Ladoix et les Paulands, la terrasse des Maréchaudes surplombe la partie Sud du village de Ladoix. Encore élevée sur le coteau et composée de sols bruns foncés argileux du bathonien cette zone rectangulaire est idéale pour produire des vins rouges charnus et svelte qui s'affirment sur un grain de texture poli et une finesse constitutive étonnante.

Lorsque l'on observe le positionnement du Cru sur le coteau depuis le bas de la colline, il apparaît assez évident que le classement des deux zones premiers crus a été pensé selon une logique liée à l'inclinaison des sols. La partie haute du grand Cru est quasiment plane, peu large, organisée en terrasses et fait directement suite aux Bressandes dont elle reprend le sol argileux, profond, sombre et collant.

Une bonne partie de ces Vignes est orientée Nord-Sud pour allonger les rangs et sans doute aussi pour procurer un rien plus de fraicheur aux raisins. En dessous de ce secteur "terrasse"'le sol est plus léger et se montre plus "pentu", les vins perdent ici en puissance ce qu'ils gagnent en finesse.

Le bas est curieusement composé de trois parties "premier cru" - Maréchaudes de Ladoix, d'Aloxe et Clos des Maréchaudes de Ladoix -que se partagent Ladoix et Aloxe mais qui se vendent en Aloxe premier cru. L'Aloxe-Corton Clos des Maréchaudes est ainsi un premier cru situé sur la commune de Ladoix et le grand Cru Corton Clos des Maréchaudes du domaine du Pavillon n'a pas d'existence cadastrale...comprenne qui pourra!

On le constate, Corton est miné par les particularismes plus ou moins tolérés par l'administration et qui au final le dévalue mais ce dont nous sommes à peu près sûr, est que le nom du Cru provient de l'ancien vocable "Maresche" qui signalait une terre marécageuse.

   Les Maréchaudes de Chandon de Briaille, Maldant et Capitain ont toujours eu un caractère fin et assez subtil, je vois les recommande si vous êtes amateur de pinot plutôt élégant.

À suivre

Corton Perrières et Corton Les Grèves

Corton Languettes et Pougets

Patrick Essa - Février 2017

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Aloxe-Corton: pour un reclassement des  climats Grands Crus (partie 1)

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Le Corton Clos du Roi est-il un vin de seigneur?

Publié le par Patrick Essa

Le Corton Clos du Roi est-il un vin de seigneur?
Le Corton Clos du Roi est-il un vin de seigneur?

    Entre mythe et réalité: Le Corton Clos du Roi

Ecrit par Patrick Essa, vigneron à Meursault et producteur de Corton-Charlemagne - 2017

  

  Je n'ai que peu de goût pour les légendes invérifiables qui embellissent la vérité pour en tirer profit. Celles qui entourent le Corton sont innombrables et la constance avec laquelle elles mettent en avant "l'historicité romantique" de cette grande colline devrait être négligée et combattue.

   En conséquence je vous livre ici quelques faits historiques avérés:

 

       images--6-.jpgNous sommes certain que les coteaux d'Aloxe, Pernant et Ladouée ( sic)sont en culture depuis le septième siècle car les évêchés environnant conservent des traces d'échanges de biens ou de frais liés à leur entretien. Comme souvent alors, les biens ecclésiastiques sont octroyés par le pouvoir en place et travaillés par des bras paysans. Ainsi, en 858, Modoin évêque d'Autun, cède ses terres de famille noble à la cathédrale qu'il dirige et ce sont les bras du vigneron Jonas qui s'occupent de celles-ci. Dès cette époque les coteaux sont divisés en quartiers qui correspondent à des entités cultivées par les ordres ecclésiastiques, la propriété nobiliaire et celle moins conséquente des notables bourgeois.

   Il y a dès lors des lots - clos ou non - qui sont propriétés ducales car la Bourgogne est sous la domination de ceux ci. Peu enclins à poser genoux à terre devant leur suzerain roi de France en laissant des revenus leur échapper, ils afferment ces terres en les faisant cultiver pour en vendre le fruit et en consommer le vin. Il est ainsi assez vain d'imaginer qu'ils nomment ces terres " Clos des Ducs " à ce moment là. D'autant qu'Aloxe ne possède aucune construction ducale et que le vin est acheminé par chariots à l'hôtel des Ducs de Beaune, la voisine. On comprend aisément que le raccourci communément admis consistant à signifier que ces derniers soient devenus les " Clos des Roi " que nous connaissons aujourd'hui n'a guère de sens. Ce sont des vignes ayant appartenu au roi après avoir été celles des Ducs... nuance.

   L'histoire nous apprend que les grands Ducs de Bourgogne dominent la région de 1363 à 1477 soit une période - la Toison d'Or - qui est éloignée des empereurs carolingiens de près de sic cents ans! Charlemagne est couronné en 800 et son père possède ces terres d'Aloxe par l'entremise de la Cathédrale de Saulieu dont il est suzerain. On pourrait imaginer ici que la générosité carolingienne a conduit ses rois à doter les établissements ecclésiastiques. Que nenni! C'est essentiellement Charles Martel - grand père de Charlemagne - qui a confisqué des terres aux bourguignons pour les attribuer aux religieux de Saint Andoche de Saulieu car il leur reprochait de s'être trop tièdement battus face aux Sarrazins à Poitiers! On le voit la grande histoire résiste aux images d'Epinale naïves qui seront créées de toute pièce quelques siècles plus tard.

   Sur le plan cultural on observe avec acuité que c'est au cours de cette époque que le cépage pinot - sous une forme sans doute plus rustique - évolue progressivement vers le pineault ou pineau fin bien plus souvent baptisé "noirien" du Beaunoy. La terre de Corton est progressivement défrichée et représente pour la part ducale environ 100 ouvrées (4 hectares) en exploitation à la mort de Charles le Téméraire en 1477. Louis le onzième - probablement sans véritablement le savoir tant la domination politique lui est plus importante - voit alors ses terres cultivables lui échoir, les paysans restant évidemment en place et rien ne change véritablement pour eux en dehors de la "destination" de ses fruits du "Courton" comme on l'appelle alors. Cela se fait difficilement car la couronne royale n'est pas la bienvenue en ces contrées.

   Le Clos du Roi n'est à ce moment qu'un simple lieu-dit dont l'usage est essentiellement oral et qui est considéré avec Renardes et la partie basse du Corton originel (les vignes situées au dessus de ces deux climats sans aller jusqu'aux vignes sous le bois qui sont méprisées) comme la meilleure partie des vins d'Aloxe car elle regarde directement le levant et se trouve en terre de "milieu" sur le coteau. Près de 300 années de misère s'écoulent et les vignes royales sont bien mal entretenues jusqu'à la révolution française qui se fera un devoir de revendre les biens nobiliaires - et donc royaux - non sans entériner, pour mieux vendre la parcelle, des usages constants et loyaux attribuant officiellement à la parcelle le nom de "Clos du Roi-Corton". La parcelle passe toutefois de 4 à près de 10 hectares circonscrit entre Pougets Languettes, Bressandes et Renardes... Et n'a probablement jamais été ceinte d'un vrai mur! Comme en Conti des Sans-Culottes se servent de la " noblesse" d' une terre pour la vendre plus chère selon 7 lots identiques. Pour le moins surprenant!

 

   Dans le courant du Dix Neuvième siècle le banquier Ouvrard - qui possède le Clos de Vougeot entier et la Conti entre autres! - réussira à remembrer la quasi intégralité du cru puis il sera divisé à la fin de ce même siècle qui le connaîtra sous le nom de Clos du Roi - Corton uniquement. Puis le phylloxera passera par là avant de voir le Corton replanté en rège rectiligne sur des portes greffes américains et d'être classé grand cru au milieu des années 1930. Ainsi pour la première fois, juste avant la seconde guerre mondiale, naît le Corton Clos du Roi. Et pourquoi ne pas l'avoir nommé Clos du Roi Corton? Et bien simplement car le Corton est situé sur 3 communes et que son identité première est le cru, qui est dès lors mis en avant...simple non!!?? J'en vois certain sourire...

 

  Clos du Roi mesure 10,74 hectares et forme un - quasi - parfait rectangle orienté à l'Est sur une pente ferme comprise entre 270,04 et 320,52 mètres. Son sol du bathonien chargé en oxyde de fer et fait de laves qui se délitent confère aux vins une nature rude et athlétique qui évoque le Champans de Volnay ou le Rugiens de Pommard avec une noirceur de fruit plus prononcée et une impression de plénitude encore plus forte parfois. Climat très homogène, parfaitement drainé et moins marqué par le calcaire que ceux du nuiton, il livre une partition sombre, ombrageuse et d'une rare intensité tannique et demande de la patience. Peu de crus ont cette forme austère et cette ligne générale puissante qui pourtant n'a absolument rien de terrienne. En effet les Corton sont des vins solaires qui captent à merveille la lumière et les vents grâce à une altitude élevée à ce niveau d'appellation et grâce à la bonne inclinaison de son coteau large, régulier et parfaitement filtrant qui draine les eaux de pluies et capte les sels minéraux qu'elles libèrent.

   Clos du Roi est un vin paradoxal car sa maturité de climat solaire n'est pas celle d'un cru chaleureux, tout au contraire, sa situation médiane laisse poindre des accents aromatiques fruités qui jouent sur un registre discret en faisant bonne place à une expression épicée d'une très fine subtilité. Les zones marneuses et cette terre imprégnée de potasse expliqueraient elles ce caractère quelque peu sauvage? Sans doute car ce vin de race, altier et dominateur est destiné à la maturation sous verre. Il ne pardonne jamais aux vinificateurs qui le sous-estiment et veulent forcer sa nature en cherchant le muscle ou - à contrario - en développant artificiellement une expression euphémisée d'une incongrue et inutile délicatesse. La vendange entière lui sied à merveille et sa chance est de souvent être complanté de plants fins qui autorisent ce mode opératoire complexe à mettre en œuvre mais si gratifiant lorsque cela est réussi. Je me souviens d'un éblouissant Clos du Roi 97 de Sénard qui transcendait encore la dimension du climat et puis d'autres jeunes, vieux, très vieux parés des atours nuancés et finement "réglissés/ligneux" de raisin non égrappés qui peuvent illuminer une cuvée.

    De nombreux grands crus possèdent des terres de nature et de valeurs agrologiques variables, ce n'est pas véritablement le cas en Clos du Roi, même si la partie supérieure est plus fortement inclinée et qu'elle ressuie plus vite. Le sol de "laverottes" est assez homogène, sombre et semble marquer tous les vins d'une  égale signature avec une profondeur de texture digne des meilleurs Richebourgs vosniers mais sans ses accents floraux et son infinie douceur. Cru du Beaunoy très affirmé il ne ressemble en rien à ses pairs du Nuiton et pourrait même, je crois, perturber le dégustateur qui y est habitué car sa complexité provient des ses aspérités tanniques et de son équilibre très original centré sur une musculature saillante, une acidité discrète et une expression aromatique qui met les fruits frais en retrait. Point de griotte ou de fraise des bois à Corton mais en revanche cette sensaton de croquer dans une mûre sauvage qui vient juste d'arriver à maturité en y associant des effluves de poivre et de cannelle...Corton est un grand seigneur et Clos du Roi son représentant le plus vibrant du côté de la puissance maîtrisée car il n'a pas la sauvagerie de Renardes voisines.

  Je vous recommande ceux de Sénard, De Montille, Dubreuil-Fontaine, Guyon, Maratray-Dubreuil et Chandon de Briaille. Tous ont en commun le caractère  séveux de ce grand cru de très haut niveau.

Patrick Essa - 2017

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Cartes: Pitiot, Servant

 

Le Corton Clos du Roi est-il un vin de seigneur?

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