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Qu'est-ce qu'un grand vin?

Publié le par Le Blog de Patrick Essa

Qu'est-ce qu'un grand vin?
 

Voilà un  sujet très difficile à circonscrire car il revêt des niveaux de réponse bien différents. Parle t'on de la classe absolue d'un vin au regard de ses pairs, de la qualité de son élaboration, de la transformation de son potentiel initial lié au terroir, de sa présence face à un met, de son importance social liée à une ouverture "de prestige" ou simplement du moment hédoniste passé à le déguster?


 Je crois que c'est ce dernier point qui est essentiel car sans relation à l'autre, sans la joie du partage, sans ce "je ne sais quoi" qui fait que l'on a envie de boire, il y a comme une absence fondamentale, comme un truc qui fait que nous n'avons - que je n'ai! - pas envie de m'émouvoir.

 Je me souviens d'expériences liées à certains flacons que j'avais en mon cellier, des grands vins qui me faisaient vibrer simplement parce que dans la cave je les croisais du regard, je savais pouvoir les ouvrir, je les sentais presque à travers le verre, mirant parfois leur couleur dans le rat de cave juste au dessus ou sentant les étiquettes légèrement moisies pour m'imprégner de ces odeurs de "bon" de ces senteurs porteuses d'espoirs, de rêve et sans doute même de folie. Combien j'ai aimé boire virtuellement mes vins en solitaire dans les méandres de ma grande cave voûtée séculaire.  Qu'ils étaient grands et combien je les ai compté, imaginé et espéré!

  Plus tard j'enchaînai les grands vins comme d'autres alignent des trophées, cela fut une expérience sèche, enrichissante et quelque peu fastidieuse qui me fit toucher du doigt la réalité cachée derrière les reflets du verre, celle qui autorise à pénétrer les breuvages et à les envisager selon un cahier des charges aussi rigoureux... que dénué de vibration. J'appris beaucoup, je voulais tout boire, tout connaitre, tout ressentir, tout savoir! Las, en dépit de cette ronde gustative frénétique de crus plus grands les uns que les autres, il me sembla vite que je passais à côté de sensations plus simples, plus justes, plus subtiles et moins "formelles".

 Le temps vint de boire le vin sans le disséquer et surtout de comprendre qu'un flacon doit d'abord être facile à boire car sans buvabilité aucun cru ne peut être réellement intéressant. Expliquez moi pourquoi certains Porto "pesant" 20 degrés d'alcool glissent mieux que des bombes "sucreuses" en exprimant 6 de moins, dîtes moi pourquoi vous terminez à l'aise tel petit vin gourmand alors qu'il vous reste des fonds de "premiers grands" et donnez moi la raison qui vous conduit à encaver toujours le - ou les! - même vin chez le même propriétaire? Simple...vous vous régalez à chaque fois et vous aimez l'avaler! Le genre de sensation caressante et subtile qui vous apporte de la gaieté en flattant votre niveau de compréhension le plus spontané...hmmmmmm que c'est bon!

  J'en suis là! Comme de nombreux degustateurs chevronnés, j'ai dû boire tout ce qui se fait de plus raffiné en matière de vin depuis la fin du 18° siècle jusqu'à avant-hier, mais aujourd'hui je ne boude pas mon plaisir devant un simple Chablis de 2013 offert par mon bouchonnier et s'il n'est pas "grand" je sais qu'il va me permettre de comprendre pourquoi dans sa simple expression, il m'autorisera à avoir le verbe silencieux, l'émotion retenue et le palais subjugué lorsque la prochaine fois je tomberai sur une immense bouteille!


  A la vôtre!

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Dégustation à L'aveugle: Sens dessus dessous!

Publié le par Patrick Essa

Dégustation à L'aveugle: Sens dessus dessous!

Il est de bon ton d'envisager une dégustation comparative "sérieuse" en mode "aveugle" car cela autorise dans l'esprit des tasteurs une meilleure lecture des résultats qui sont alors censés être plus justes, plus impartiaux et sans les à priori liés à la connaissance d'un terroir ou d'un vigneron, voire d'un millésime. Le jeu consiste lors de ces instants secrets à faire usage de ses ressentis corticaux " du dessus", ceux qui consciemment envisagent le vin sous l'angle objectif de ses couleurs, senteurs et arômes. Une sorte de test qui vise à éprouver le breuvage en fonction des références stylistiques que l'on a élaboré patiemment et mis bien des années à paramétrer. Logiquement vous dégustez un cru avec des "attentes" placées au dessus de votre goût de l'instant et sans doute aussi de votre potentiel gustatif de ce même instant "t".

 

Le risque est alors de mal comprendre ce qui est devant vous car la plasticité de votre raisonnement n'acceptera pas les possibles déviances afférentes à ce qui est attendu. En gros vous n'aimez pas car cela ne doit pas être comme cela et il serait bon que le producteur comprenne ce qui est attendu avant que d'oser vous faire perdre votre temps. Bon là je caricature un peu. Mais à bien y repenser combien ai-je entendu de phrases péremptoires condamnant sans appel un flacon camouflé sous une chaussette, avant que de revenir à des déductions plus mesurées...suite au "décachetage"! La chair est faible...le palais aussi.

A l'inverse déguster en mode visuel des bouteilles identifiées est une épreuve de longue haleine qui oblige celui qui déguste avec acuité et compétence à faire émerger des souvenirs "du dessous" positionnés au plan mnésique et porteur de ressentis déjà éprouvés qu'il sait sans doute aujourd'hui obsolètes ...car le vin évolue. Boire en imaginant que l'image fugace d'un équilibre gustatif entrevu ne peut être qu'une base imparfaite à la compréhension de celui que l'on appréhende ce jourd'hui est une des vraies gageures de celui qui ose interpréter un vin en mode "connu".

Dès lors je sens intuitivement que le jury préfère très souvent se cacher derrière le "secret" d'une bouteille anonyme qu'il évaluera selon "son" mode opératoire, sans que celui-ci ne puisse lui renvoyer son manque de connaissance, sa faiblesse d'intuition sur les vinifications ou encore la médiocrité de ses organes sensitifs; que de sous peser avec impartialité le vin d'un ami ou d'un proche qu'il connaît bien et dont il sait que celui-ci est à même de pouvoir interpréter sa propre dégustation et sa vraie efficience dans son "dur" labeur de dégustateur.

Sens dessous ou sens dessous? A quel niveau vous situez vous!?

 

Patrick Essa - Domaine Buisson-Charles à Meursault

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