morey saint denis

Le Vignoble de Morey Saint Denis

Publié le par Patrick Essa

 Le Vignoble de Morey Saint Denis

Morey n'a historiquement que peu de notoriété face aux villages de Gevrey, Chambolle ou Vosne. Cette commune discrète s'est en effet souvent effacée au profit de ses voisins. Ainsi ses crus se vendaient souvent sous leurs bannières lorsque le négoce - au 19ième siècle - usait des "classes de vins" pour équilibrer ses cuvées. Encore aujourd'hui ses villages et crus se vendent moins chers que dans les autres communes alors que leur qualité est comparable. Pourtant il est le seul village de la côte de Nuits dont les pentes soient intégralement classées en grand cru du Nord vers le Sud! Des Mont Luisants du bas classés Clos de La Roche aux Bonnes Mares du Nord, point d'interruptions qualitatives sur près de 37 hectares de pentes orientées au levant. Cette originalité ne s'arrête pas là car en dehors d'un minuscule bout de Bonnes Mares ces 4 autres grands crus sont des Clos, dont deux sont des entités quasi parfaites.

Comme les premiers crus de Nuits Saint Georges - en dehors des cinq plus réputés - ces vins sont moins recherchés que ceux de Gevrey-Chambertin et Chambolle-Musigny, les communes qui les encadrent. Ils sont pourtant de niveau tout à fait comparable. Je commence donc aujourd'hui une petite série analytique qui les passera en revue à la lumière des dégustations que j'ai pu réaliser ces dernières années et avec la volonté de porter sur la commune des "Loups" (Le nom de ses habitants) un regard original s'affranchissant des autres références livresques.

les vins d'appellation "village" situés en altitude:

Le finage de Morey est moins étendu que celui de sa voisine Gevrey-Chambertin, il a en revanche une remarquable unité structurelle qui confère à ses parcelles classées en appellation village une certaine similarité avec les crus avoisinants. Loin d'être de simples faire-valoir moins onéreux si on les compare aux crus, les Morey ont une classe qui de mon point de vue les place dans les "meilleures affaires" du nuiton. D'autant que le niveau moyen de la viticulture est ici très élevé.

Quatre blocs différents - dont deux sur le coteau - peuvent être considérés en tenant compte de leur altitude et également de leur encépagement. Ces surfaces sont toutes assez homogènes et il est assez rare d'observer des noms de lieux-dits sur les étiquettes même si quelques uns d'entre eux sont depuis fort longtemps isolés. Enclavés entre le calcaire dur de Comblanchien qui coiffe le coteau, la plaine alluviale à l'Est et les vignobles de Chambolle et Gevrey, ces hauts et bas de coteaux ont longtemps - avant les AOC - été vendus - par équivalence de classe comme le faisait le négoce du 19ieme - sous le nom de Gevrey-Chambertin car leur lignage est sans aucun doute plus affirmé ici qu'avec celui de Chambolle. La commune en a sans doute un peu souffert sur le plan de la notoriété car elle est de ce fait moins renommée que ses voisines. Et puis je crois que les producteurs ne souhaitent pas sur ce nom seul de Morey produire de crus trop onéreux, on retrouve ici une large part de l'esprit simple et sage des loups. Une vision qui a également été portée par la production de coopératives qui tout au long du vingtième siècle ont très largement contribué dans cette commune à produire et diffuser ce vin marchand et très qualitatif. Un fait à souligner car en dehors des hautes Côtes les structures collectives ne se sont jamais complètement implantées dans le Nuiton même si les idées de gauche y étaient un peu plus implantées - à l'époque! - que sur le beaunois.

Le premier bloc de "villages" au Nord est composé de trois lieux dits à forte historicité, on peut l'appeler secteur des Monts Luisants et il est juste situé entre la Combe de Morey et la petite Combe Grisard colonisée par des résineux plantés par les eaux et forêts il y a une petite centaine d'année. Incluant le bord Nord la minuscule Côte Rôtie aujourd'hui dans les maisons et le Pierre Virant. Site "pentu" complanté de pinots, chardonnays et Aligoté, selon les parcelles,il s'agit d'une zone mixte parfaitement digne de porter des blancs fins et frais et des rouges légers et spirituels. Une petite production très rare qu'il faut rechercher au domaine des Monts Luisants ou chez Les frères Lecheneaut qui produisent en Pierre Virant un vin blanc superbe. Il me semble que ce secteur est le meilleur de Morey pour les vins blancs et que c'est ici que devrait se situer les cuvées blanches les plus personnelles de la Côte de Nuits. On y retrouve la densité des belles cuvées de Saint Aubin et le corps de ces vins me rappelle Les Chatenières et Murgers des Dents de Chiens. En vinifier serait un honneur...

Le second bloc fait face au premier, sur l'autre versant de la Combe et ne manque ni d'atouts, ni d'antériorité. En effet les Larrets froids, la Bidaude et le haut des Larrets furent probablement inclus - surtout les deux derniers - dans les cuvées de Lambrays lorsque la famille Rodier les possédait. Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que ces Lambrays là plus élèvés sur le coteau avaient un tout autre caractère. Plus nerveux, plus frais et certainement plus parfumés sur les petits fruits rouges et l'églantine. Mais ce sont évidemment des conjectures. Les Larrets et Les Larrets froids sont des zones élevées positionnées à près de 300 mètres sur le coteau. Les sols très pierreux et blancs sont plus favorables au chardonnay et chose curieuse ils sont séparés par la Bidaude, incluant le petit clos (1,10 ha) convexe qui appartient en monopole au domaine Gibourg qui le vinifie dans les deux couleurs. C'est un vin construit dans les deux couleurs sur l'élégance. A découvrir en même temps que l'une des plus jolies cabottes de Bourgogne. Galeyrand et Jean Pierre Guyon produisent également sur le lieu-dit de jolis vins. Je ne connais qu'une cuvée blanche revendiquée de Larrets chez Frédéric Magnien et elle est de belle tenue, comme l'ensemble de ses vins. Les autres productions sont assemblées avec d'autres lieux-dits. Dans ce secteur le petit cru de En la Rue De Vergy a été assez fortement agrandi dans les années 70/80 par des parcelles essartées et conquises sur un côteau pentu, pierreux et difficile à mettre en forme. Blancs et rouges se mêlent et donnent des vins dynamiques et fins qui avec le vieillissement des ceps ont gagné en consistance. Bruno Clair, Virgile Lignier et Christophe Perrot-Minot savent mettre en valeur ces relativement nouvelles parcelles.

Les vins d'appellation "village" situés en pied de coteau

Longtemps sous la "domination" des abbayes de Tart, de la Bussière, de Vergy ou de Saint Vivant Les parcelles de vignes du village de Morey ont longtemps contribué à leur subsistance en faisant des habitants du village de fidèles vignerons taillables et corvéables. La révolution française changea nettement cette distribution des cartes et les hommes d'affaires et banquiers furent par suite ceux qui contrôlèrent le vignoble en l'organisant pour en tirer un evident profit. Ainsi Louis Joly remembra t'il les Lambrays. Le cas des secteurs bas moins huppés fut un peu différent car ils furent longtemps plantes de cépages ordinaires et servaient plus que Les dessus à une régulière consommation locale.

N'oublions pas que jusqu'au milieu de vingtième siècle le vin a sa place chaque jour et à chaque repas à table et qu'il est - sans aucun doute à juste titre - considéré comme un fortifiant pour des bras qui ne ménagent pas leur peine. Point de mécanisation, tout se faisait à la pioche ou à la cisaille. A Morey Les cuvées de troisième et quatrième classes sont encore situées dans des zones basses très favorables aux pinots et nombreux sont les climats où le substrat argileux et encore calcaire permet de récolter des raisins qui participent largement de la qualité des crus plus élevés sur la pente. Je distinguerai les terres sises au dessus de la route qui va de Beaune à Dijon et celles placées en dessous.

La langue de terre qui va des Porroux situés contre le finage de Chambolle juste sous la Bussière au Bas des Chezeaux qui sont contigus des Echezeaux de Gevrey et qui se trouve à l'Ouest de la nationale fournit de très bons vins de niveau village, ayant de la structure et souvent un corps ferme en jeunesse. Les raisins de ses diverses parcelles - Porroux, Clos Solon, Très Girard, Les Sionnieres, Bas du Clos des Ormes et Bas de Chezeaux - sont fréquemment assemblés pour donner des cuvées rondes harmonieuses qui bénéficient des diverses caractères des raisins dont elles sont issues. Vous en trouverez d'excellents chez presque tous les vignerons de la commune et en particulier chez Alain Jeanniard et Taupenot-Merme. Parmi les cuvées parcellaires Anne et Sebastien Bidault vinifient un fin et joliment bouqueté "Porroux", Gilles Ballorin un raffiné et racé "Très Girard", Fourrier un généreux et gourmand "Clos Solon" et il existe un Clos Les Sionnieres du niveau d'un cru chez Lignier.

La seconde zone à considérer se situe sur la partie Nord-Est du finage en dessous du Bas des Ormes. Zone qualitative en raison des sables et des limons qui composent en partie son sol, elle autorise la production de vins très délicats qui comptent sans doute parmi les plus accessibles jeunes dans la commune. Entre les Crais - plus caillouteux - et Les Seuvrey plus limoneuses les vins ont un profil juvénile et fruité qui ravit les amateurs de vins complexe et aisément accessibles. Pour des prix modérés on peut trouver en ce secteur de vrais bons vins agréables, frais et déjà typé des Morey situés plus haut. Goûtez aux Cognées de Roger Baudraz ou aux Crais Gillon de Sebastien Odoul-Coquard et vous ne serez pas déçus.

Les premiers crus situés en altitude

Les Monts Luisants sont vastes et correspondent géographiquement à un ensemble qui du pied de la colline - assez élevée et pentue en ce lieu - aux limites des résineux est parsemée d'une terre toujours plus pauvre et calcaire à mesure que le sol s'élève. Ce substrat argilo-calcaire mêlé en certains endroits parfois de limon et de sables scintille de mille feux lors des soleils de printemps, ce qui lui a probablement donné son nom. Cru complexe qui peut se décliner en appellation village, les parties hautes, premier cru, les parties médianes et grand cru dans la portion médiane basse qui est incluse dans le Clos de la Roche, il a aussi le droit de revendiquer le titre de premier cru en blanc. Le rouge est assez rare et ressemble beaucoup au Clos de la Roche avec ses accents finement épicés, il est toutefois un peu moins dense et plein et la plupart du temps assemblé à d'autres lieux-dits. Certaines années Stéphane Magnien en produit une confidentielle et extraordinaire cuvée. Il se vend en général en premier cru.

Le blanc est très recherché car il constitue une réelle originalité puisque issu chez Ponsot du cépage aligoté. Nerveux et salin, il vieillit parfaitement et doit plus à son terroir qu'au grain de texture du cépage. Ses arômes de fruits blanc et de cannelle lui donne des petits airs de Charlemagne... Très étonnant! Le domaine Dujac produit également une cuvée blanche mais elle est vinifiée à base de chardonnay. Je la connais peu mais le standard de qualité du domaine est élevé. La Combe Grisard qui entaille la côte au Nord autorise une ventilation régulière et procure au cru une certaine fraîcheur qui bénéficie à mon sens aux vins blancs. De ce fait le cru produit l'un des trois meilleurs blancs de la côte de Nuits aux côtés de celui de l'Arlot à Nuits et du très rare Musigny blanc.

Les Chaffots: Par essence les classements sont imparfaits. A un moment donné il est nécessaire de déterminer ce qui sera classé en grand cru et ce qui restera premier cru ou village. Ainsi dans la logique bourguignonne, les usages loyaux et constants ont présidé à des regroupements et ces Chaffots n'ont été intégré ni au Clos de la Roche, ni au Clos Saint Denis. Du moins c'est ce qu'il apparaît si l'on se cantonne à une lecture de carte rapide. Car, si, plus finement, on se penche un peu sur la question il apparaît que seul le Dessus en a été écarté, en fait la partie qui jouxte au Nord les Calouères qui elles aussi sontintégrées au Saint Denis.

Le Bas des Chaffots donne donc aujourd'hui un Clos Saint Denis profond et sèveux et en constitue l'un des meilleurs secteurs. Il y a de forte présomption pour que les Chaffots actuels n'aient pas toujours été plantés de ceps de pinots fins, du moins pas au niveau où aujourd'hui la pente est la plus forte, soit à partir du milieu du climat dans le sens du coteau. Juste en dessous du village "Pierres Virants". Ce fait semble d'ailleurs parfaitement corroboré par l'évolution de l'orthographe du cru - cf Danguy et Aubertin - qui est passé au fil des siècles de l'Echaffaud à Les Chaffauds" puis les "Les Chaffots". Un Echaffaud qui constitue forcément un endroit assez plat ou le seigneur rendait justice et où parfois l'on pendait les condamnés. D'autres lieux-dits évoquent par ailleurs ces pratiques comme les Fourches à Nuits ou la Justice à Gevrey par exemple.

Premier cru d'altitude un peu frais car sous l'influence éolienne de la Combe sèche de Morey, il est composé d'un substrat argile calcaire ou l'on retrouve de nombreux fossiles, sous forme d'entroques. Sa pente assez forte en partie haute fait qu'il a tendance à raviner et que son entretien est coûteux en temps et en énergie pour les quelques propriétaires qui se partagent ses 6,2 hectares. Cru sombre et puissant, il doit une partie de son énergie à une maturité un rien plus tardive que ses voisins immédiats. Très singulier en raison de sa position élevée sur le coteau qui tranche avec les autres premiers crus communaux sis plus bas que lui - à l'exception du Monts Luisants - et beaucoup plus marqués par les argiles. Vin racé, fin et très élégant il demande à vieillir pour affiner une trame serrée et une vivacité qui lui procure une fort juste tension. Chez les producteurs la cuvée la plus connue est sans doute celle du domaine Hubert Lignier, elle est toujours très réussie et vieillit remarquablement. Le domaine Michel Magnien produit également un vin droit et généreusement boisé.

Les Genavrières: Dans les villages où les grands crus ont été largement remembrés selon des intérêts communaux évidents, subsistent des crus miniatures dont les meilleures parties ont été associées aux grands crus joignants.

Ainsi ces Genavrières ont elles été déclarées aptes à augmenter la surface du Clos de la Roche voisin il y a une petite centaine d'années. Toutefois par soucis de qualité le haut du cru resta alors un simple Morey promulgué par la suite premier cru dans le courant des années 1950. Fort proche des Chaffots voisins, partageant avec lui une pente forte comprise entre 230 et 279 mètres, un bon drainage et une belle exposition Est en même temps qu'un sol pierreux marno-calcaire, c'est un joli cru frais et altier.

Sans avoir la profondeur des grands crus voisins il joue une partition fine et assez délicate qui évoque les crus de Chambolle comme les Fuées sans toutefois avoir toute leur complexité. Si le domaine Marchand Frères possède ici 8 ares et en tire certaines années un vin souple et racé, ce sont les domaines Peirazeau (68 ares) et des Monts Luisants (33 ares) qui en ont le plus en production. Le premier fournit généreusement le négoce haute couture de la place (Marchand-Tawse, Lucien Le Moine) et en produit également, alors que le second diffuse depuis Beaune des vins délicats parfaitement élevés.

Les premiers crus du Sud de l'appellation

La commune de Morey touche Chambolle-Musigny au Sud et dans un passé peu éloigné ses vins issus des parcelles les mieux situées étaient souvent vendus sous le nom du prestigieux voisin. Pour comprendre cela il faut se replacer dans le contexte du 19ieme siècle et de l'émergence du vin "bouché" où la petite propriété bourgeoise - ou nobiliaire - passait quasi exclusivement par le grand négoce de la place pour écouler son vin en fûts, au sortir des caves. Se mettait alors en place un système d'équivalences par classes de vins qui définissait des standards de qualité constants à des appellations peu sourcilleuses de leurs origines réelles.

En dehors des cinq grands crus actuels, dont on est quasi certain de l'adéquation "sol-cru produit" quelques Clos historiques avaient déjà certaines lettres de noblesse et une singulière entité de production. Nous allons voir que dans cette partie du village, au moins deux d'entre eux se sont toujours vendus à part. Mais en nous reportant sur la carte de Sylvain Pitiot, longtemps régisseur du Clos de Tart, la première entité qui apparaît au Sud sous les Bonnes-Mares et le Clos de Tart est le méconnu Ruchots.

Les Ruchots: Les Ruchots, est un climat placé en limite sud de la commune dans le prolongement du cru cambuléen Les Sentiers. Sa géo-morphologie quasi plane qui forme une cuvette très légèrement inclinée vers l'Est procure aux vins une douceur de texture remarquable. Ils n'évoquent toutefois que fort peu les grands crus car leurs complexités est moindre. Les sols légers sont argilo-calcaires et marqués en certains secteurs médians de marnes blanches. Terres à reflets rouges, ferrugineuse car chargée d'oxyde de fer, elle est abritée des vents, bien drainée et filtrante et autorise la production de vins parfumés qui se livrent encore mieux sur la durée. Recherchez ceux des domaines Pierre Amiot et Arlaud.

Le Clos de la Bussière Ce monopole de la maison Roumier constitue un Clos à part sur Morey Saint Denis. Comme Les Ruchots, il termine le finage au sud du côté des villages de Chambolle-Musigny. Un peu isolé par son mur imposant et élevé, il repose sur un sol légèrement valloné et incliné vers l'Est qui est composé d'un substrat original fait de petites laves qui se délitent. Ce secteur forme ainsi un micro-climat singulier qui procure toujours une certaine austérité- quasi "cistercienne" - à ce vin qui -de facto- porte superbement son nom. Clos historique, reconnu depuis le douzième siècle, il a longtemps appartenu à l'abbaye de la Bussière sur Ouche fille de Citeaux. Je déguste souvent ce cru dans sa jeunesse car il s'agit du plus accessible des premiers crus du domaine car celui qui est produit en plus grande quantité. Sa surface exploitée est de 2,6 hectares. Cru ferme et Assez tannique dans sa jeunesse, il est toujours marqué par une trame serrée et des tanins anguleux. Mieux vaut donc l'attendre cinq années au moins. Toutefois, ces dernières années le domaine a cherché me semble t'il à assouplir ses tanins et sans renier le caractère naturel du Clos livre un vin plus immédiatement abordable.

Le Clos Sorbé et Les Sorbets À la différence du Clos delà Bussière le Clos Sorbé n'est pas un vrai Clos ceint de hauts murs. Ce fait assez fréquent en Bourgogne - voir le Clos de Bèze - s'accompagne ici d'une situation peu commune puisqu'il est quasiment entouré d'habitations et repose sur un sol ayant une très faible pente. Sur un substratum du Bathonien, les 4,8 hectares du cru sont argileux et parsemé de rocailles blanches provenant de la décomposition de la roche mère, les vignes livrent des raisins généreux. Maîtriser leur vigueur devient alors dans ce secteur fertile une nécessité si l'on souhaite pouvoir produire des vins de niveau premier cru. Un vin assez régulier et franc qui n'est pas dans le peloton de tête des premiers crus communaux mais qui se montre toujours accessible et parfumé.

Parmi les bons producteurs la maison Drouhin produit ici un vin sérieux et constant, David Duband qui a repris les vignes de Jacky Truchot livre un vin plus généreux et friand et Francois Legros centre ses efforts sur la finesse de texture. Les Sorbets - notez la différence d'orthographe - évoquent avec acuité le Sorbier, arbre à fruits rouges qui a probablement donné son nom aux deux crus. Contigus du Clos au Sud, il dispose d'un sol similaire quoi qu'un rien plus caillouteux. Au milieu des maisons, protégé de l'influence éolienne ce confidentiel premier cru s'exprime en général plus sur la puissance et les tannins et n'est pas sans évoquer le Clos de la Bussière non loin. Le domaine Serveau produit ici une cuvée qui demande du temps mais qui sur la durée révélé un vrai caractère fougueux.

Les premiers crus du Centre

Village méconnu et très souvent dans l'ombre de Chambolle et Gevrey, Morey a sans doute été éclipsé par la notoriété de ses deux principaux grands crus, Le Clos de la Roche au Nord et le Clos de Tart au Sud. Entaillé en son centre par une combe sèche qui laisse passer des vents frais, il est notable d'observer que l'ensemble du vignoble est incliné vers Le levant et que la petite partie qui verse au Sud a vu son principal lieu-dit - La Côte Rôtie - disparaître sous les maisons d'habitations dès la fin du dix neuvième siècle. Il subsiste toutefois une toute petite proportion de cette orientation solaire en Maison Brûlées incluse dans le Saint Denis.

Les premiers crus du centre que je dénomme ainsi en raison de leur situation sous le village, sont assez semblables et constituent probablement la zone la plus qualitative de Morey en dehors des grands crus. Fortement sous influence du Clos de la Roche voisin, ils cousinent largement avec lui en développant de très originales notes épicées et de girofle.

Le Clos Baulet A la suite des Sorbets, ce minuscule premier cru mesure 66 ares et constitue l'une des plus petites entités du nuiton. Son sol en pente douce, argilo-limoneux est idéal pour produire des vins très fins et élégants qui rappellent par leur structure les Chambolle voisins. Regardant l'Est, placé sous les bâtiments du célèbre Clos des Lambrays, il est un peu à part dans le village en raison de son extrême élégance. Ces dernières années le domaine Hubert Lignier produit ici une cuvée très raffinée.

Les Blanchards Comme le Clos Baulet, il est assez peu connu et sa revendication est récente sur les bouteilles, auparavant il était fréquemment assemblé dans des cuvées revendiquant la simple mention de premier cru. Son nom indique t'il une présence de vignes blanches ancestrales, on peut le penser car son sol argileux n'a pas le profil clair d'une zone à terre marno-calcaire comme c'est le cas dans Ez Blanches à Volnay ou dans les Santenots blancs à Meursault. Vin puissant, dominateur et profond, il a une rusticité en jeunesse qui indique qu'il est capable de fort bien vieillir sur des accents épicés caractéristiques du secteur. Les domaines Arlaud, Frédéric Magnien et Hubert Lignier produisent tous trois sur ce cru de sérieux vins de garde.

Les Gruenchers et Le Village Quasiment pas revendiqué ce tout petit cru mesurant 50 ares se situe au dessus des Blanchards dans une zone un peu plus pierreuse que ce dernier. Il porte le même nom qu'un cru de Chambolle secondaire mais toutefois plus réputé que lui. Ce secteur de milieu de coteau est fort bien abrité des vents de la Combe et constitue une zone à fort potentiel. Il jouxte la partie basse d'un autre secteur premier cru nommé Le Village qui possède les mêmes caractéristiques que lui et qui comme lui participe à des cuvées d'assemblage.

La Riotte: Entre les Millandes et les Blanchards, ce mini cru qui longe un petit chemin menant aux maisons au dessus de lui , d'où son nom, s'exprime entre douceur et puissance sur un registre frais très original. Je pense qu'il va de paire avec les Millandes voisines mais sur un mode un peu plus ferme qui requière de la patience. Orienté à l'Est et reposant sur un sol assez calcaire, il est parfaitement drainé et ressuie assez vite. Les domaines Perrot-Minot et Taupenot-Merme en vinifient de forts complexes et ils atteignent souvent le niveau du Saint Denis qui se prolonge au dessus des maisons Le surplombant.

Les Millandes: Au coeur de Morey les Millandes sont Le premier cru Le plus célèbre et sans aucun doute le plus qualitatif de la commune. Proche des grands crus, son sol argilo-calcaire est fort proche de la qualité des climats formant la partie basse du Clos de la Roche. Son nom Mi-lande signale sa position centrale au milieu du finage cultivé par les Loups, nom donné aux habitants de la commune. Les Loups au milieu de leur lande, voilà qui à n'en pas douter donne le caractère de ce vin sauvage et épicé qui a tout à fait la race d'un grand cru et que je positionne parmi les dix meilleurs premiers crus du Nuiton. D'autres explications étymologiques cherchent à relier ce nom avec Le millerandage du raisin qui génère de toutes petites grappes fortement sucrées ou encore avec le millet qui ici aurait pu être cultivé. Outre le fait que ce cas est plus fréquent dans les blancs de chardonnay cela ne semble guère approprié à ces terres parfaitement drainées et fertiles. Arlaud, Legros, Heresztyn et Serafin livrent tous sur ce cru des vins sensuels et profonds qui associent finesse de texture à complexité aromatique.

Les Chenevry: Situé sous les Millandes ce cru plus argileux et faiblement incliné possède des sols blonds et assez profonds qui pourtant ressuient bien. Cru mineur qui est souvent assemblé, il peut surprendre par sa belle accessibilité en jeunesse. Il a aussi la chance d'être cultivé par d'excellents vignerons. Son nom provient sans doute d'ancienne plantation de Chanvre qui signalent une zone humide et fertile. Le bas du climat encore plus argileux est classé en village.

Les premiers crus du Nord:

Finage très ancien, Morey occupe une position à part dans la célèbre Côte Nuitonne et à bien des égares possède le vignoble le plus homogène des rouges de Côte d'Or. Seule commune ayant l'intégralité de ses mi-coteaux classés en grand cru, elle a aussi la chance d'être entaillée en son centre par une combe sèche, inclinée vers le levant, autorisant une influence éolienne uniforme et constante qui préserve équilibre et fraîcheur dans toutes les vignes. Si les sols varient en fonction de leurs localisations, ils ont en de nombreux endroits la capacité - un peu comme à Chassagne - de pouvoir faire naître de grands vins dans les deux couleurs qu'ils soient issus de pinots, de chardonnay et même de l'aligoté.

Évidemment cette mixité tacite penche nettement en faveur du noirien et seuls les secteurs hauts sur le coteau voient leur couleur blanchir. Le rectangle nord des premiers crus qui confinent au finage de Gevrey est ainsi uniquement "rouge" et n'annonce pas - comme on pourrait le penser - le caractère masculin et ferme de cette celèbre voisine. Il y a une évidente raison à cela, les Mazoyères de Gevrey qui les touchent en Chezeaux et Charmes ont tout à fait le profil des Morey! Zone confinée à environ 200 mètres d'altitude, quasiment plane mais un peu plus élevée que le secteur centre, elle penche légèrement en regardant le Sud. Ces vignes situées sous l'influence de la Combe Grisard préservent une nature mêlant exposition solaire, sols calcaires et un peu siliceux, sables et influence éolienne fraîche des vents qui descendent du coteau en s'engouffrant dans la Combe. Par leur nature ils sont proches des Combottes souples et mûres de Gevrey et souvent supérieurs à ces dernières car un rien plus froids et épicés. Toutefois lorsque tous les crus sont à leur meilleur en grande année ils n'ont pas tout à fait le souffle des premiers crus du centre.

Les Faconnières Sur 1,66 ha ce petit premier à tout d'un grand! Sur un substrat argileux associé à de sables, il s'exprime naturellement sur une "tanicité" affirmée qui peut parfois le rendre austère dans les premières années de sa vie en bouteille. Ce cru assez réputé doit son nom aux employés qui le travaillaient "à façons", ainsi les façonnières furent des mains habiles à le mettre en valeur et sans doute à permettre sa vente en Clos de la Roche durant le Dix neuvième siècle et probablement avant. Ce sens plus proche des gens de la terre que le lien que l'on effectue parfois avec la fauconnerie pratiquées par des familles nobles me paraît plus proche de Morey la laborieuse. Le domaine de Virgile Lignier en produit un remarquable qui a un souffle et une allonge en bouche parfois sidérante. Il en est également d'excellents chez les frère Marchand et chez Stephane Magnien.

Les Charrières Proche du style des Faconnières et marqué par des sols du bajocien mêlant argiles et calcaires, les Charrières n'ont me semble t'il pas la profondeur de leurs voisins. Sur ce relief incliné à l'Est, entre les Faconnières et Ormes et en forme de cuvette, les sol filtrants autorise de belles maturités pourtant. De fait ce vin assez élégant et sensuel joue sur un registre délicat et moins ferme qui peut confiner à la légèreté. La forme incurvée de sa morpho-géologie favorise sans aucun doute le ravinement et les mouvements de terre se "charriant" spontanément explique en partie son nom. D'autres étymologies évoquent la clarté d'une ancienne clairière mais il y a peu à parier à mon avis sur la pertinence de ce sens là. En revanche un chemin charretier pourraitégalement une explication plausible. Le Domaine Lecheneaut à Nuits en produit une cuvée aussi confidentielle que délicieuse et Hervé Sigaut (qui a ici 62 ares) à Chambolle également. Le cru est souvent assemblé dans des cuvées premiers crus auquel il apporte sa fluidité et sa finesse.

Le Clos des Ormes Il ne subsiste que fort peu de vrais Ormes dans notre pays, les maladies virales ont eu raison de ce noble arbre qui pourtant était en de nombreuses contrées le symbole de la longévité et de la mémoire des hommes. A Morey ce clos historique dispose d'une entrée en pierre de taille mais en revanche n'est ceint d'aucun mur. Une curiosité qui peut déstabiliser le visiteur mais qui en revanche est assez commune en Côte d'Or. Pré-carré quasiment plat - sauf en partie haute ou le sol se redresse fortement sur dix mètres - appartenant pour une très large part au domaine Georges Lignier - il est situé juste sous le Clos de la Roche sur un substrat argilo-calcaire associant des sables. Influencé par les vents légers et frais provenant de la Combe Grisard, c'est un cru distingué et altier qui évoque un peu le Clos de la Roche avec moins de densité et une jolie douceur de constitution. Sa partie haute est sans aucun doute supérieure mais la zone médiane livre des vins riches et denses qui ne manquent pas d'intérêt. Notons que le bas du climat est un simple village rarement revendiqué.

Aux Charmes et Aux Chezeaux (ou Aux Cheseaux) Faisant suite à la partie Sud des Mazoyères de Gevrey qui ont tout d'un cru de Morey morpho-geologiquement parlant, ces deux crus placés l'un au dessus de l'autre se ressemblent car leurs sous sols voient resurgir comme en Bussieres de petites laves qui se délitent. De ce fait les vins ont un caractère profond et droit que d'aucuns identifieront comme "minéral". Ce terme souvent galvaudé n'est pas sans fondement dans ce secteur, mais prudence car il correspond plus à un équilibre général - une sorte de souffle tellurique - et s'exprime sur la durée.

Rares, ces cuvées très qualitatives ont une vraie originalité qui s'exprime sur des textures très serrées et des tanins abondants et fins en même temps qu'une certaine fraîcheur constitutive qui n'exclut pas l'intensité d'arômes de fruits noirs et d'épices. Plus proches des Latricières de Gevrey je crois, que des Charmes du secteur Mazoyères. Sur "Aux Charmes" la cuvée la plus régulière me semble être celle de Virgile Lignier qui en tire un vin de très haut niveau ayant une très bonne capacité de garde. Le même domaine et ceux d'Arlaud et Duband produisent une cuvée de Chezeaux de belle tenue. Toutes sont recommandables.

 

Les Grands crus

Le Clos des Lambrays: En 1982 le Clos des Lambrays se voit attribuer le titre suprême de Grand Cru que se propriétaires n'avaient pas revendiqué lors des classements des années trente. Un accessit mérité qui ne faisait que remettre l'église au milieu du village et donc le Lambrays en bonne place aux côtés des trois autres Clos grands crus de sa commune.

Le Clos a appertenu à la famille Cosson de 1938 à 1979. Madame Renée Cosson, banquière parisienne, fut soucieuse de tirer la quintessence de ses très vielles vignes, elle a produit jusqu'au milieu des années 50 des vins qui se positionnaient - sans être classés en grand cru - parmi le meilleur de la production bourguignonne. Ils étaient vinifiés par son ami Albert Rodier - frère du co-fondateur des chevaliers du Tastevin, Camille Rodier - qui gérait aussi une maison de négoce nuitonne. le Clos des Lambrays lui doit assurément une partie de sa légende même si celle-ci est plus à relier avec son caractère fantasque hors norme qu'à l'impeccable régularité de son cru. La légende du Clos est au fond assez récente car on ne trouve pas trace de celui-ci dans les écrits du début du 19° siècle. Il naît semble t'il sous ce nom alors que Louis Joly le possède. Il le baptise en associant les Lambrays aux Bouchots et Larreys voisins et en lui attribuant le nom de Clos des Lambrays à une époque où les origines précises et revendicables sont plus nébuleuses qu'aujourd'hui.

Selon le livre exceptionnel de Danguy et Aubertin, il semble même que Le cru incorporait également le très élevé Clos de la Bidaude qui surplombe le Clos des Lambrays d'aujourd'hui. En 1855 il mesure selon Lavalle un peu moins de 7 hectares et bien difficile de dire à quoi cette surface correspondait exactement alors. Il me semble que ces Lambrays excluaient les parties basses actuelles , ce qui au fond semble assez logique. Le terroir est cependant exceptionnel et la famille Rodier qui rachète celui-ci en 1866 continue d'exploiter sous ce nom ce "grand cru classé" avant que des revers de fortune ne pousse Albert Rodier à le vendre à notre chère banquière parisienne Cosson.

A partir de 1938 et jusqu'au début des années soixantes la propriété s'enferme derrière ses murs et vit hors du temps. Elle ne diffuse ses vins qu'après quatre à cinq années d'élevage en fûts usagés et produit toute une série de vins hors normes - glorieux 37 et 47 - qui se vendent au compte goutte...ou pas du tout! De manière concomittente l'état du vignoble dépérit et s'il subsistait jusque dans les années 70 des vignes franches de pieds, elles achèvent leurs vies dans le courant de cette décennie. Le clos est alors racheté par la famille Saïer et deux autres actionnaires en 1979 et depuis lors confié aux soins exigeants de l'excellent et méticuleux Thierry Broin. il y aura des changements de propriétaires et d'actionnaires dans le courant des années 90 puis un rachat par LVMH en 2014 mais l'équipe technique en place n'a que peu varié depuis lors, même si les méthodes culturales et les process de vinifications ont largement évolués ...comme partout en ces contrées!

Le terroir des Lambrays couvre une superficie exacte de 8 ha 66 a 02 ca et il varie nettement selon la situation qu'il ocupe dans le coteau. Les parties basses très argileuses apportent le corps, le fruit, les notes épicées et la relative accessibilité au cru. Les parties médianes plus inclinées vers l'est, solaires, sont composées de terres argilo-calcaires, bien ventilées qui autorisent une parfaite maturation des raisins et des états sanitaires idéaux. Elles apportent un côté racé, droit et très "séveux" au grand vin et s'approchent très nettement du caractère du Clos de Tart avec peut être une fine variation du côté de la fraîcheur. Le dessus plus marneux, mûrit un peu plus tardivement et complexifie les Lambrays au niveau de la finesse en apportant une certaine tension à l'ensemble.

Ainsi le cru est-il avant tout unique par l'assemblage de ses différentes composantes morpho-géologiques, en cela il diffère très nettement du "mini" Clos des Lambrays (5 ares) de la famille Taupenot-Merme - par ailleurs excellent également - car celui-ci est uniquement positionné dans le bas du cru sur la partie basse nord - le rectangle blanc et rouge de la photo - du sous climat Le Meix Rentier. En résumé : 20140421-185632.jpg Aujourd’hui, le « Clos des Lambrays » représente donc 8ha 66a 02ca hectares.Il est composé de 3 lieux dits :

•Les Larrets ou Clos des Lambrays : c’est la partie historique du clos (exactement 5ha 71a 87ca), la seule classée en Première Cuvée par le docteur Jules Lavalle en 1855 (au même titre que Bonnes Mares et Clos de la roche, mais jugée « inférieure » au Clos de Tart par le même docteur). Le terroir est marneux sur le haut du clos et nettement argilo-calcaire sur le bas.

•Les Meix Rentier : situé dans le bas du clos, et coupé des Lambrays par un petit chemin de terre (exactement 1ha 13a 05ca). Classé en Troisième Cuvée par Jules Lavalle en 1855.

•Les Bouchots : la partie Nord du Clos (exactement 1ha 99a 10ca). Classé seulement en Quatrième Cuvée en 1855 par Lavalle (niveau « village »). Sur le plan formel "le" Lambrays est un vin sombre et profond qui mortifie la nature du pinot noir pour s'envoler vers des accents finement fumés et réglissés avec toujours une heureuse dynamique interne. Cueilli assez fréquemment tôt selon les étages de son relief, il se démarque nettement du Tart en étant plus accessible que lui mais en se conservant aussi longtemps. Il est "loup" jusqu'au bout des ongles et les habitants de Morey - dont c'est le surnom - le tienne pour un de leur fleuron sans toutefois que la position dominante du Tart ne soit jamais remise en cause. Du bon sens.

Le Clos de la Roche est un vin de cailloux. Sans doute situé - plus encore dans sa partie haute -sur une des zones les plus rocheuses de la côte, il est composé d'un substrat superficiel qui ne mesure en moyenne pas plus de trente centimètres. Il est parsemé de bans rocheux très durs qui épuisent régulièrement les charrues et les fessous qui servent à travailler les sols. Placé dans les marnes calloviennes du tiers inférieur du coteau de Morey, il grimpe en une pente régulière - orientée à l'est - jusqu'au début de l'escarpement bathonien. C'est une terre parfaitement drainée qui ressuie vite et qui mûrit aisément. Elle n'a cependant plus toute la parfaite homogénéité que lui conférait le Clos de la roche originel. Celui-ci mesurait alors 4 ha 57 a 40 ca et d'après Denis Morelot au début du 19° siècle rivalisait en qualité avec le Clos de Tart.

On ne sait quand le nom du grand cru fut utilisé pour la première fois mais il est assez certain que le 19ieme siècle entérina son usage récurent. Comme pour nombre de grands crus. La création de son appellation d'origine contrôlée en 1936 a englobé de nombreuses parcelles avoisinantes comme cela a été le cas en Echezeaux à Vosne par exemple. Je pense même qu'ici l'unité actuelle du cru est plus grande car on a beaucoup moins largement découpé. Cette rigueur confère au Clos de la Roche actuelle une régularité à saluer. 29573.jpg Ces terres "complémentaires" d'excellentes qualités et donc tout à fait dignes d'être classées en "grand cru" ont cependant des caractères différents et il est toujours passionnant de déguster ce cru en connaissant son origine, voire son assemblage de diverses origines: La finesse aérienne du bas des Mont luisants, les très parfumés Fremières, Froichots et Mauchamps, le côté altier des Chaffots et la sève des Chabiots composent un puzzle d'arômes souvent envoûtant en dégustation comparative, y compris dans les vins "nouveaux". Le Clos de la Roche initial a gardé cette plénitude de constitution et ce côté épicé et sauvage unique, qu'il faut absolument avoir dégusté à maturité pour évaluer les ultimes potentialités de ce cru d'exception.

Ce Clos de la Roche "originel" est assez peu étendu et si l'on s'en tient au cadastre de Lavalle il n'englobe que moins de 5 hectares de ce cru. A ma connaissance seul le domaine Raphet en produit un "pur" car les autres englobent tous des parcelles contigües. C'est le cas de Ponsot, Dujac, Leroy,Remy, Duband et Rousseau. Notons toutefois que Duband et Leroy n'ont qu'une faible proportion d'un autre lieu-dit. et que le plus important producteur de ce cru originel est Ponsot avec près de 1 ha 65a. morey.gifMesurant aujourd'hui 16ha 90a 27ca comprises entre les Latricères, les Combottes et le Clos saint Denis, le Clos de la Roche donne régulièrement des vins athlétiques, fougueux et très vineux qui portent en eux de violents arômes d'épices (poivre, cannelle et girofle) et de fruits noirs.

C'est un vin de longue garde, toujours constitué sur une acidité juste et une richesse tannique qui n'exclu nullement la finesse. Improbable mélange du Tart et du Chambertin, il est un peu le Mouton-Rotschild de la Côte de Nuits: "A nul autre second!" C'est un cru qui a la chance de compter de nombreux excellents producteurs parmi ceux qui le vinifient. Je citerais Virgile Lignier et Armand Rousseau pour la finesse du grain de texture; Hubert Lignier pour la race absolue de ce cru épicé et droit et bien entendu le domaine Ponsot qui sur ses trois hectares livre année après années un vin naturel, tellurique et d'une délicatesse rare.

Il existe également de très bons Clos de la Roche au domaine Pierre Amiot, au domaine Arlaud, chez l'excellent Jérôme Castagnier, au domaine Duband, au domaine Raphet et dans l'esprit "vendanges entières" chez Dujac. J'ai été favorablement impressionné ces dernières années par la tenue de ce climat qui possède une grande régularité et dont pas un vigneron à ma connaissance ne tire un vin moyen. Par ailleurs ses prix ont souvent moins flambés que dans les autres grands crus et il est permis d'en trouver aux abords de 70 euros, ce qui est toujours une très belle affaire. Cela dit cette tendance s'amenuise depuis 2012 et les vins à plus de 130 euros augmentent inexorablement. Si je devais choisir parmi les grands crus bourguignons qui sont encore - un peu - accessibles (Corton, Echezeaux, Charmes, Ruchottes, Chapelle, et Latricières Chambertin, Clos de Vougeot, Clos Saint Denis) je le placerais en tête de liste avec Charmes mais avec une meilleure unité. Et comme je suis certain que vous recherchez les bonnes affaires, vous pourriez essayer d'acquérir quelques flacons chez Jérôme Castagnier,Pierre Amiot, Virgile Lignier ou chez les frères Marchand. Le meilleur de la Bourgogne est ici proposé à des niveaux de prix attractifs...

Le Clos Saint Denis: Morey n'a historiquement que peu de notoriété face aux villages de Gevrey, Chambolle ou Vosne. Cette commune discrète s'est en effet souvent effacée au profit de ses voisins. Ainsi ses crus se vendaient souvent sous leurs bannières lorsque le négoce - au 19ième siècle - usait des "classes de vins" pour équilibrer ses cuvées. Encore aujourd'hui ses villages et crus se vendent moins chers que dans les autres communes alors que leur qualité est comparable. Pourtant il est le seul village de la côte de Nuits dont les pentes soient intégralement classées en grand cru du Nord vers le Sud! Des Mont Luisants du bas classés Clos de La Roche aux Bonnes Mares du Nord, point d'interruptions qualitatives sur près de 37 hectares de pentes orientées au levant.

Cette originalité ne s'arrête pas là car en dehors d'un minuscule bout de Bonnes Mares ces 4 autres grands crus sont des Clos, dont deux sont des entités quasi parfaites. img-9-small580.pngClos Saint Denis se situe entre Lambrays et Chaffots, il a donné curieusement son nom en 1927 à cette commune, mais si l'on se penche de plus près sur la question on observera aisément qu'il ne pouvait en être autrement à une époque ou la religiosité de la Côte cherche à s'affirmer. Tart est historiquement lié à l'abbaye, Lambrays est une entité peu usitée encore et le Clos de la Roche est un brin trop roturier. Quant à Bonnes Mares c'est d'abord le cru des cambuléens, pas celui des Loups! Ce grand cru est donc "de Morey", peu étendu et situé dans la partie médiane du coteau qui domine le village. Le sol connaît une pente douce à cet endroit et est composé d'un susbstrat marno-calcaire moins caillouteux que dans le Clos de la Roche voisin. Il réunit aujourd'hui 4 lieux-dits très qualitatifs qui ont tous des caractéristiques morpho-géologiques similaires: le Clos saint Denis originel, Maison Brûlée, Calouères et une partie des Chaffots.

Ensemble ils mesurent 6 ha 62 a 60 ca. morey Moins connu que les autres il s'agit également du plus délicat et du plus fin des grands crus de Morey et l'on peut facilement le rapprocher des Charmes de la partie haute, des Amoureuses et des Griottes tant sa texture souple possède un soyeux avéré. J'aime toujours sa forme discrète qui le rend moins démonstarif que ses pairs en jeunesse mais qui en revanche procure en bouche une sensation tactile sensuelle quasiment inégalée dans la côte. Un grand Clos saint Denis rivalise au vieillissemnt avec les meilleurs crus du nuiton et sait séduire par son infinie complexité aromatique épicée et délicatement florale. C'est souvent un vin harmonieux construit sur une évidente "floralité". Il introduit je crois le Tart voisin et me paraît participer un peu de sa gloire sur un registre moins puissant mais tout aussi délicat. Sa situation à mi pente entre 220 et 270 mètres d'altitude verse quelque peu vers le Sud sur le bord qui longe la route le séparant des Lambrays lui confère cette nature très fine et une trame douce et subtile. C'est un grand cru de haut vol!

Les excellents producteurs ne manquent pas sur ce petit finage et je vous recommande particulièrement celui de la famille Heresztyn (Calouère) toujours très aérien, finement réglissé et d'une douceur inouïe, celui du domaine Pierre Amiot (depuis 2010 le Domaine Amio-Servelle a pris le relais sur la parcelle) , régulièrement délicat, parfumé et "giroflé" de manière racée et ceux bien entendu des domaines Dujac et Castagnier. Le domaine Arlaud quant à lui possède ici un peu moins de 20 ares partagées entre le Clos saint Denis originel et un "bout" de Chaffots contigu, juste au dessus. Il en tire souvent l'un des vins les plus délicats de la commune.

Le Clos de Tart: Vinifié depuis le millésime 1996 et jusqu'en 2014 par Sylvain Pitiot, le Clos de Tart a connu une forte évolution au niveau de son expression depuis cette date. Naguère marqué par une extrême finesse, un élevage très discret et des arômes quelque peu évanescents, centrés sur les fruits rouges et des accents floraux racés, il s'exprime aujourd'hui sur la force de cuvaisons plus longues, d'élevages généreusement boisés et de matières plus serrées.

Ce changement de cap est sans doute pour beaucoup dans sa reconnaissance internationale actuelle car le grand cru se montre désormais aussi concentré que les plus grands vins bourguignons tout en gardant sa finesse incomparable liée à un terroir hors du commun et classé comme tel sans la moindre variation depuis toujours. Ce terroir situé sur le finage de Morey Saint Denis représente pour beaucoup le lieu ultime de l'expression du pinot noir en Côte de Nuits. Mélange de la finesse cambuléenne et de la puissance gibriaçoise, il possède la sève du Chambertin, les notes épicées du Clos de la Roche et cette formidable puissance interne que l'on trouve en Bonnes Mares dans la partie qui précisément se situe sur Morey. 20 ares de Bonnes Mares ennviron ont même éré reclassées dans le Clos. Le clos de Tart doit son nom à l'abbaye de Tart le Haut située dans la plaine de Côte d'Or en direction de la Saône.

Propriétaire de ces terres au Moyen-âge elle a laissé son emprunte historique au climat. morey Le cru est situé sur un coteau pentu en son exacte partie centrale, bordé au sud par les Bonnes Mares et au nord par le Clos des lambrays qui, lui, monte plus haut sur la pente et regarde légèrement le nord-est. D'une contenance de 7 hectares 53 ares, monopole de la maison Mommessin, il possède une grande homogénéité au niveau de son exposition et est "avantagé" par une plantation des ceps dans le sens nord-sud, soit en fait légèrement en dévers, ce qui vous pouvez me croire n'avantage pas le tractoriste, mais en revanche confère une maturation des plus uniformes aux baies et fait de ce cru un endroit marqué par les rayons solaires et toujours parfaitement mûr.

Son sous sol date de la période bajocienne du Jurassique, il est composé de terres brunes mêlées de petits cailloux draînants et ressuie très vite. Quelques affleurements de roches le marque par endroits et -de manière très originale- il est traversé par une veine calcaire qui part des Bonnes Mares situées au dessus de la carrière Ponnelle. Il puise de ce substrat une merveilleuse finesse de constitution potentielle et semble n'avoir aucun équivalent à ce niveau en dehors des Bonnes Mares qui vont jusqu'à lui à partir de la vigne du domaine Robert Groffier. Légèrement moins incliné vers le levant dans la partie basse et situé à cet endroit sur des terres plus argileuses qui lui donnent une très légère rusticité et des accents épicés très caractéristiques, il est vinifié selon 5 à 7 lots différents, disposant de spécificités particulières, puis unifié au moment de la mise en bouteille.

Embouteillé aujourd'hui après 18 à 20 mois d'élevage dans des chais climatisés en première année et enterré dans d'extraordinaires caves construites sur trois niveaux par la famille Marey-Monge au Dix Neuvième siècle en seconde année, il libère dès sa naissance des arômes floraux généreusement boisés et terriblement séducteurs. Un vin noble et aristocratique est alors diffusé au compte goutte à des prix qui aujourd'hui sont forts proches de ceux de la Romanée et des meilleurs Richebourg et Musigny. Le vin est sans aucun doute digne de ce rang même si comme de nombreux crus il a connu des styles et des époques différents. Ceux qui ont eu la chance de déguster des bouteilles des années 1920/1930 pourraient ici nous en parler, tel n'est pas mon cas hélas. Je considère - comme écrit plus haut - le cru sur un mode ultra délicat et épuré avant 1995.

Le vin était toujours peu extrait, peu marqué par le bois et d'une finesse extrême pouvant confiner à la légèreté sans jamais toutefois manquer de race. Peut être le digne héritier des crus du 19ieme siècle, voire du "vin vermeil" du Moyen Âge. Assurément d'une originalité folle, qui a fini par perturber les tenants de l'oenologiquement correct. Ses cuvaisons à chapeau immergé sans le moindre pigeage étaient aussi les témoins d'un temps aujourd'hui révolu par la grâce des maîtrises des températures et des connaissances oenologiques modernes. Depuis 1996 et l'arrivée de Sylvain Pitiot comme régisseur, le vin a évolué vers des reflets plus sombres, un fruité plus mat et une emprunte tannique mêlant bois et matières en une partition plus austère, quasi cistercienne.

Vin tout aussi racé mais désormais construit "dans la pierre" pour défier les décennies, il perturbera forcément les amateurs de pinots pinotant et de petites friandises à boire dans les cinq ans. Ce vin là s'inscrit désormais dans une logique atemporelle et est produit selon une forme d'ascèse qui l'abstrait des modes et des comparaisons. En grande année - 2002,2005,2009 - il est le plus grand de tous, sans le moindre rival. Éblouissant mais aussi impénétrable aux béotiens manquant de discernement et de culture qui veulent le déguster avant sa parfaite maturation sous verre.

Patrick Essa - 2018

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 Le Vignoble de Morey Saint Denis
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