50 années de Pommard Pézerolles au domaine Joseph Voillot

Publié le par Patrick Essa

50 années de Pommard Pézerolles  au domaine Joseph Voillot
50 années de Pommard Pézerolles  au domaine Joseph Voillot

Verticale de Pommard Pezerolles du domaine Voillot 2019-1969 

 

 

Pommard? 

 

L’appellation Pommard naît tout contre Beaune sur une large bande marno-calcaire marquée par des terres brunes idéales pour la production de grands vins de pinot noir. Ce coteau tourmenté verse vers le Sud à partir du premier cru " Les Charmots"pour se poursuivre sur des terres de plus en plus claires en direction de la Combe jusqu'au climat village de la "Plante aux Chèvres" qui est quasiment orienté au couchant et qui touche le vignoble des Hautes Cotes de Beaune. Ce long coteau est sous la double influence de la Grande Combe de Pommard et de la Combe de Lulunne située au dessus et contre lui sur le finage de Beaune. Les vents circulent ici selon des courants qui hélas peuvent attirer les nuages de grêle au milieu de l'Eté et les risques semblent s'y être multipliés ces dernières années, surtout dans la partie orientée plein Est dans laquelle se trouvent les meilleurs premiers crus. Le cru de Pezerolles est situé dans ce secteur et n’a heureusement pas toujours été impacté par les funestes éléments déchaînés. 

   Cette zone du coteau Nord qui regarde le levant est argilo-calcaire et parsemée de ban marneux, elle regarde l'Est selon une pente qui va de douce à forte au fur et à mesure que l'on s'élève sur le coteau. Elle produit des vins très parfumés et généreux qui n'ont rien de crus aux tanins anguleux et revêches et qui au contraire lorgnent toujours du côté du raffinement et d'équilibres fruités, mûrs sans excès. J'insiste ici pour signifier que les tanins des crus de ce secteur peuvent être parmi les plus fins et veloutés du beaunois. Selon les remarquables travaux de la géologue Françoise Vannier-Petit (voir la carte géologique de l'appellation ci dessous) le coteau se subdivise en différents rubans géologiques qui s'échelonnent au fur et à mesure de leurs  positions  sur le coteau. 

 

Pezerolles?

 

Historiquement les vignes ont - durant tout  le haut moyen âge -  été mise en culture sous une domination ducale régulièrement associée à des propriétés nobiliaires et bourgeoises. La famille Pezerolles - selon Marie Landrieu Lussigny - possédait en ce secteur une vigne largement découpée qui sans doute forma un Clos aujourd'hui disparu du cadastre.

 Ce Clos des Pezerolles ancien se situait dans la partie médiane basse du Climat que d'aucuns considèrent être la meilleure. Signalons toutefois que cette étymologie est parfois contestée et que pour certains rédacteurs le terme proviendrait du vieux vocable Poizerolle signifiant "pois chiche", l'endroit aurait pu en être partiellement complanté au milieu des vignes en foules, comme l'usage le laissait apparaître pour d'autres cultures vivrières.

Cru de milieu de pente assez incliné et ordonné au niveau de ses parcelles selon trois étages, bas, médian et haut, il est situé sous le village Les Noizons, au dessus des Petits Epenots et entre Largillière et Saussille et mesure 5.91 hectares. Son exposition est faite de pentes regardant vers l'Est et d'une influence éolienne sous forme de courants d'air frais qui descendent de la combe de Lulunne juste en contre haut du lieu-dit. Les vins en tirent une rare énergie et un fruité frais éclatant qui tranche nettement avec ses crus mitoyens car il s'exprime avec plus d'élégance que de puissance.

  Toutefois Pezerolles est d'abord un vin structuré et ses accents aromatiques de fruits noirs en font un vrai Pommard, ne reniant aucunement sa nature altière et sa capacité à se magnifier avec le temps. Ce vin de garde prend à plus de sept ans une forme plus souple, moins contenue et très libérée qui exalte les notes épicées que son sol et son exposition lui confèrent naturellement. Ce faux vin tendre et féminin possède la classe d'un intellectuel discret et brillant imposant son savoir par petites touches subtiles lors de conversations apaisées. Incontestablement un vin d'esthète qui se livre toujours avec retenue et pudeur.

 

Il fait partie des cinq meilleurs crus potentiel de la commune et à pour lui d'être aussi homogène que le Rugiens Bas en disposant de la même capacité de garde. Il est en fait son frère du Nord, celui qui sans bruit peut se hisser à son niveau d'intensité.

 

  Fin Novembre 2019 je fus invité à parcourir  le fil des millésimes produit dans de ce génial cru  du beaunois par Jean-Pierre Charlot et son neveu Etienne du domaine Joseph Voillot. Deux vignerons au cœur généreux qui sans bruit et dans un esprit filial surent nous faire remonter le cours du temps en ayant en tête que grandes et petites années sont souvent dépassées par la formidable qualité des terroirs en Bourgogne. Rien ne fût moyen et la permanence aromatique de cet ensemble nous fit toucher du doigt l’esprit dont sont emprunt ces vins  si recherchés. Une vision qui positionne le vin devant celui qui le fait car celui-ci avec humilité sait que s’il peut jouer une partition aussi aboutie, il le doit en grande partie  aux éléments...

 

Verticale 2019 - 1959? 

 

« Verba volant, scripta manent »

 

 

2018:  en fin d’élevage, juste après une légère filtration. Sombre, profond et d’une rare densité. C’est un vin équilibré à la folle complexité qui évoque les plus grandes réussites des cent dernières années. Un monument. Magistrale vinification. 

 

2017:  une Robe assez claire et limpide introduit un nez  très fin sur les petits fruits rouges avec une jolie finesse et un côté mûr. La Bouche est ciselée sur une fraîche acidité qui étire la finale qui possède une belle complexité sur des accents poivrés et sur un fruité sanguin. 

 

Pommard-Pezerolles 2016: couleur assez sombre sur des reflets violets. Nez sombre sur les fruits noirs, intense. Bouche tannique, sévère et très svelte. Un peu austère mais de grand avenir. La complexité épicée du cru est bien là. Sous jacente.

 

Pommard-Pezerolles 2015: robe sombre aux reflets rubis. petite réduction sur le sel de céleri puis arômes racés de griotte. Bouche structurée, vive, très racée sur les fruits rouges et l’orange sanguine. Longue finale tendue par une vivacité étonnante dans le millésime.

 

Pommard Pezerolles 2013: robe médium, nez finement réducteur et torréfié puis centré sur une délicate note végétale qui évoque le millésime plus frais. Bouche vive marquée par un fruité rouge frais sur une acidité franche. Complexité épicée qui pointe en finale. Celle -ci terminant un rien trop sèche. Bien.

 

Pommard-Pezerolles 2011: robe assez sombre dans le contexte du millésime et encore très jeune. Nez marqué par une note végétale insistante - pyrazine des 2011 - et bouche un peu trop marquée par un côté astringent et ligneux. Le fruité final reste assez pur et la longueur moyenne. Assez bien.

 

Pommard-Pezerolles 2010: robe médium. Nez d’une insigne pureté avec un complexité rare sur les épices. Bouche parfaitement équilibrée entre maturité et tension acide avec des arômes de cerises et de fraise des bois. Longue finale harmonieuse. Grand vin.

 

Pommard-Pezerolles 2009: robe rubis. Couleur assez profonde, tres jeune. Nez délicat sur les fruits rouges bien mûrs et une touche de fruits noirs puis des notes fumées et épicées d’une rare noblesse. Quelle classe! 

   Bouche d’une folle complexité avec une jeunesse incroyable et une profondeur magnifique. C’est complexe, long et extraordinairement bon. Très grand .

 

Pommard-Pezerolles 2000: robe assez légère ayant une juste évolution acajou. Nez de griotte amère caractéristique d’une année froide et abondante. Bouche svelte avec une jolie longueur sur une matière de bon aloi. Très bien dans le contexte du millésime.

 

Pommard Pezerolles 1998: Robe sombre et peu évoluée qui introduit au nez des accents de muscade et de poivre blanc. La bouche est assez souple en attaque et est quand même marquée par un côté astringent en finale. Une magnifique réussite dans ce millésime compliqué.

 

Pommard-Pezerolles 1992: robe sans évolution, très  légèrement trouble. Nez sur des accents d’eucalyptus et de menthe avec une note de fougère et une excellente acidité. Un peu moins précis et dense que les précédents, tres bourguignon mais manquant un peu de richesse. Finale saline un peu ferme.

 

Pommard-Pezerolles 1990: robe jeune, évolution impeccable avec une rare présence. Le nez est frais et entre sur les épices douces et le fruit rouge mûr. La bouche est une caresse qui rafraichit le plaisir en l’imprégnant de fruits frais et de caroube...bon à pleurer! Les vins de Voillot sont immortels!

 

 

Pommard-Pezerolles 1988: nez frais sur robe sombre avec une intensité remarquable centrée sur la pivoine. Les arômes sont parfaitement nets et le vin est très fringant sur une acidité fraîche. Superbe.

 

 

Pommard-Pezerolles 1983: couleur légère mais encore jeune. Nez très délicat, fin avec un fruité rouge très frais et une bouche douce en milieu de palais et une certaine fermeté en finale. Très joli vin.

 

Pommard Pezerolles 1984: robe évoluée sur l’acajou qui précède une bouche légère marquée par des notes aromatiques de girolle fraîche et d’amadou, un peu oxydative. La finale est douce et soyeuse avec une longueur médiane. Assez bien.

 

Pommard Pezerolles 1981: robe légère évoluée un peu sur l’acajou. Nez réducteur centré  un peu sur l’eucalyptus - assez proche  du 92 - avec une très belle présence. Bouche marquée par une acidité franche qui déséquilibre un peu l’ensemble mais étire la finale. Un peu alccooleux mais surtout encore en vie. Dans cette année de gelée impitoyable pour les producteurs Joseph Voillot - avec Jean-Pierre à ses côtés -  avait su tirer son épingle du jeu. La marque des grands vignerons. 

 

Pommard Pezerolles 1977: robe légère, évoluée sur l’acajou avec encore de la brillance. Nez qui s’exprime sur de fines notes réduites avec une certaine évolution, puis il évolue à l’aération ensuite sur la girolle séchée. Finale vive et un peu dure. Bien et excellent dans le contexte de cette année très compliquée où la pluie avait impacté les raisins. 

 

Pommard Pezerolles 1976: nez très mûr, avec pourtant un fruit frais et une très belle intensité. La bouche est un peu moins fringante et à un peu évolué. Longue finale sur la douceur. La maturité est là et surtout nous sommes loin des 76 durs et astringents que l’on croise souvent au fil des années et qui évoluent très peu. 

 

Pommard Pezerolles 1969: nez fin, tres subtil  sur des notes de fleurs fanées et d’amadou. Bouche souple, délicate et enveloppante avec une très belle  complexité sur les fruits noirs. Longueur superlative sur des accents de fleurs fanées et d’épices mêlées  indicibles. Un très grand vin.

 

Et puis après cinquante années de bonheur passées en revue, la dégustation s’acheva par un Pommard Clos Micot 1959 encore fringant en bouche dont la couleur peu évoluée et le nez fumé nous rappelèrent avec acuité que Pezerolles surplombe la plaine et que pour cette raison  il en tire une race de terroir inouïe que les bas de Ce Clos Micot ont peine à atteindre en dépit de leur parfaite vinification.  

  Quelle dégustation! Identique en qualité à celle de Rugiens organisée par Laurent Pillot il y a une quinzaine d’année ou d’Epenots de la famille Vaudoisey que j’ai eu maintes fois l’occasion de déguster sur plus de 70 ans. 

  Merci Jean-Pierre et Etienne, merci aussi à toute la famille Voillot qui a su depuis si longtemps préserver ce patrimoine unique en vieilles bouteilles « de derrière les fagots » pour l’offrir très souvent en partage à ses amis  et témoigner de la permanence des crus dans leur contexte historique. 

   Un moment inoubliable.

 

Patrick Essa - 12/2019

 

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