Corton-Charlemagne 2008 Maison Seguin Manuel

Publié le par Patrick Essa

 

   Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.

    Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniens, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun. Les blancs quant à eux sont sans conteste les plus vineux et les plus riches de Bourgogne et demandent une patience infinie avant de se livrer pleinement. Ils ne sont jamais meilleur qu'après 25 ans de maturation et certains exemples de bouteilles centenaires peuvent encore aujourd'hui défier le temps.

   Les Corton-Charlemagne sont en général plantés sur les versants sud, sud-est et sud-ouest de la "Montagne" et forment une bande médiane haute qui monte jusqu'aux sapins qui coiffent le coteaux. Plusieurs sous lieux-dits le composent mais les plus recherchés sont proche de la fameuse croix du Charlemagne : En Charlemagne,Languettes, Pougets. Quelques zones existent également du côté de Ladoix et dans la partie qui regarde l'ouest sur Pernand, mais celles-ci sont un peu moins qualitatives en dépit de leur statut de grand cru. Il convient donc de connaître avec précision le parcellaire de ces presques 100 hectares de vignes, sans négliger la qualité de la viticulture qui l'accompagne.

 

    La colline est très pentue et marquée en ces endroits par des sols clairs, caillouteux et filtrants du jurassique supérieur. Ces terres blondes exposées sud donnent des vins d'une force interne ahurissante qui peuvent parfois évoquer la trame tannique d'un vin rouge en déclinant des arômes épicés extrêmement originaux. Le fait de pouvoir planter différents types de pinots - blancs, liébaut, beurot- en complément du chardonnay dominant, voire d'associer l'aligoté - un usage ancestral- marque encore plus ce vin vibrant et unique lorsqu'il est réussi. Las, l'oenologie moderne a beaucoup niveller le cru ces 15 dernières années en demandant aux vignerons de couper plus précocément leurs parcelles. Le vin y a sans doute perdu un peu de son âme vineuse, tout en se "recentrant" sur des canons plus actuels liés à la tension acide. Je suis parfois dérouté par le conformisme de l'appellation sur ces dernières millésimes, mais il reste que lorsque le vin est réussi, il peut dominer de la tête et des épaules n'importe quel très grand vin blanc. Tel est le cas de celui-ci...

    La maison Seguin-Manuel est très ancienne et a été relancée récemment par l'excellent Thibault Marion après qu'il ait fait ses armes à la maison Chanson de Beaune. Son 2008 est une merveille d'équilibre qui mérite une véritable "ovation" tant il se positionne au sommet de ce que le cru a produit de meilleur ces 10 dernières années.

  J'ai dégusté ce cru lors du repas "Grandes Maisons - Grands Crus" qui a eu lieu lors des Grands jours de Bourgogne au Clos de Vougeot. J'ai été époustouflé par la jeunesse d'une robe or-vert scintillante, par les senteurs de tilleul, de verveine et d'agrumes mêlées produisant un profil olfactif épicé, intense et ultra complexe à l'arération. Après celui du remarquable Blair Pethel et ceux régulièrement excellents de Maratray-Dubreuil à Ladoix, je me dis que le cru est en pleine mutation. La bouche est longiligne, précise et presque tranchante en finale mais elle réussit le tour de force de préserver une vraie vinosité grâce à  une texture visqueuse qui enveloppe durablement le palais.Elevage discret, notes de mangue, de cannelle, de chair de poire blanche...et longueur infinie. Une pépite, au potentiel de garde immense! Hors classe.

style classique

Publié dans Côte de Beaune Blanc

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