Comprendre les vignobles de Chambolle-Musigny et Vougeot

Publié le par Patrick Essa

Comprendre les vignobles de Chambolle-Musigny et Vougeot

    Chambolle-Musigny  et Vougeot  

    Ecrit par Patrick Essa - Vigneron à Meursault - 2016

 

  

Avertissement liminaire: ce texte, comme l'ensemble de ceux mis en ligne sur ce site, n'est pas une compilation d'informations antérieures provenant d'autres sources, il est l'expression originale d'une analyse personnelle qui croise savoirs de terrain, dégustations régulières depuis plus de 25 ans et expériences de vinifications. Les seuls éléments effectifs sur lesquels je m'appuie proviennent de savoirs géologiques et/ou historiques publiés par des chercheurs et scientifiques uniquement. Voir la bibliographie mise en ligne.

 

 

 

Chambolle-Musigny 

 

  Le Grognot veille de ses hauteurs le finage de Chambolle. Montagne « Orienne » peu impressionnante, elle surplombe l’un des finages bourguignon les plus précieux   en l’abritant  des vents d’ouest et en autorisant les rayons d’est à rôtir ses côtes. Son sommet ne vaut rien quand ses pentes sont d’or, le mont a le privilège d’enchâsser le diamant Musigny.  

 

   Le village sis dessous est beau, petit, discret et ombragé. Passez à Chambolle un jour de canicule, vous y trouverez  fraîcheur et  climat paisible, comme si la combe éboulée avait permis à ses pierres de trouver une juste place, comme si les ruelles étroites étaient propices à la mesure, au recueillement et à la rêverie…le vin transpire de cet air du temps là, de ce climat prégnant qui vous étreint à la première visite, de cette douceur évanescente qui s’insinue dans les venelles tordues et intriquées.

    J’aime sa terre chaude et blonde qui semble couler dans les verres au moment du partage, qui offre un plaisir franc et charnel, une palette riche et lumineuse, mais surtout  la séduction. Chambolle est la diva de la côte, son Grognot est « peut » mais la danseuse a la grâce  de Judith Godrèche…

 

Caractères historiques :

 

  Jusqu’au début du 15° siècle Chambolle ne fut considéré que comme un hameau dépendant de la paroisse de Gilly. Seules quelques familles liées à la terre vivaient dans des maisons austères. Elles « devaient » auparavant le culte à l’église du bourg principal et ce sont les moines de Cîteaux qui autorisèrent la construction d’une église à l’emplacement d’une très ancienne chapelle. Le village fut dominé par diverses seigneuries, les De Vienne puis les Saulx –Tavannes, les Beaumont et enfin par les Croonenbourg, seigneurs de Vougeot qui ont longtemps possédé la Romanée…qui n’était encore point Conti.

 

   A la révolution, la famille  de Clery ayant succédé au Croonembourg fut dessaisie de ses droits ancestraux, les hommes de bonne volonté  remanièrent les terres, les redécoupèrent et les renommèrent parfois. Il s’en suivit une large redistribution foncière qui  fit le jeu des bourgeois et des paysans fortunés. Ainsi en 1855 le Musigny compte t' il parmi ses propriétaires les de Montille, Marey, de Reulle, Leroy, Coste, Groffier...en 1890 le vignoble ne compte plus que la famille Malbranche  dans ses anciens propriétaires et l’on voit apparaître les Bichot, Ponnelle, Thomas Bassot, tous futurs grands acteurs du Bourgogne du début du 20°siècle… mais aussi les de Vogüé et Mugnier, qui seuls subsistent aujourd’hui. En moins de 35 ans l’intégralité des Musigny change de main !

 

  On imagine assez mal  aujourd’hui que cette période  est celle qui positionne les crus modernes à leur place actuelle et que les premières classifications – par exemple - voient le jour à cette époque. Le docteur Lavalle  en 1855, puis plus tard le comité d’agriculture Beaunois. Celles-ci sont réalisées sans véritables buts commerciaux et entérinent  les classifications locales ancestrales, jugées « loyales et constantes ». A Chambolle il est remarquable de constater que seul Le Musigny est placé en tête de cuvée; et, comme il est de coutume alors on  distingue nettement les Musigny au nord, des petits Musigny plus au sud et incliné un peu sud-est,  en les mettant tout deux à égalité cependant. En revanche le clos Musigni Leroi (notez l’orthographe) est cadastré dans la combe d’Orveaux  et placé lui en première et deuxième cuvée…il est aujourd’hui la propriété du domaine Prieur à Meursault, qui en tire du Musigny par un décret officiel datant des années trente ! Selon que tu seras puissant…on pourrait vite conclure, mais le vin est le meilleur blanc-seing du domaine de la côte de Beaune, car il est régulièrement parfait. Le meilleur Combe d’Orveaux grand cru de Bourgogne sans nul doute !

 

   J’aimerais aussi souligner la très grande précision des classements de l’époque – et surtout celui de Lavalle, infiniment juste et précieux - qui boutent certaines parties de Bonnes Mares en seconde classe (les carrières aux sols remaniés), qui positionnent le très méconnu « Véroilles » ou « Varoilles » à l’égale des Amoureuses tout en excluant les carrières du dessus des Amoureuses de la « première », et en redonnant des titres de noblesse aux Fuées et Cras si injustement minorés aujourd’hui en raison de leurs noms moins porteurs. On ne classait pas les carrières aux sols remaniés comme les crus avoisinants, on ne classait pas les murgers de pierre retirés et partout les limites des premières cuvées ne pouvaient être étendues à l’envi. Que de sérieux et d’application à défendre ce patrimoine aux appellations encore inexistantes ! Quelles leçons faut il tirer de cette droiture à l’heure où l’on ne cesse de vouloir étendre et re-classer.

 

  Le vin est toutefois très rarement mis en bouteille par les vignerons qui le travaillent et à ce titre le paysage viticole du 19° siècle ne ressemble en rien à celui que nous connaissons aujourd’hui. Le « va au vigne » n’est pas le « caviste » qui n’a que peu de relations avec le propriétaire foncier. La distribution  des crus se fait par étape et reproduit en cela les modèles sociaux de l’époque qui cloisonnent le travail de la terre des vignerons, le travail manuel des classes ouvrières  des caves et le commerce de la bourgeoisie de la place, qui contrôle les ventes et les marchés. Il n’existe pas ou très peu  de « petits propriétaires » sérieux à Chambolle avant les années trente. Ceux là naîtront des méventes et des affres de l’après crise phylloxérique qui asphyxia les grosses entités et autorisa les « contremaître » à se créer un foncier durement gagné à la sueur du « fessou ».

  

   Ainsi les familles Amiot, Servelle, Boursot, Moretti, Zibetti, Serveau, Sigaut, Roblot, Volpato, Roumier, Hudelot, purent elles au fil du 20 ° siècle se constituer des patrimoines divers, mais propres, des entités bâties à force de courage et d’abnégation qui finirent par les diriger vers la vente de leurs  précieuses bouteilles. On comprend ainsi l’extrême morcellement de cette étroite bande de terre que constitue le finage communal qui s’est partagée entre les acteurs de sa culture au gré des décennies. On perçoit la nécessaire création de cuvées « premier cru » sans nom car le regroupement de trois « bouts de vignes » premier cru autorisait la mention de « première » et par là même la disparition de très nobles cuvées dans ces amalgames. Le courtier joua longtemps le rôle de l’assembleur dans ces contrées et il est assez clair que les noms « porteurs » ont aujourd’hui une très nette influence sur les cuvées les mieux cotées. Mais nous reviendront en détail sur ce point dans le chapitre sur les crus.

  

        

   Le Musigny  

 

   S'il fallait désigner cinq crus du Nuiton au niveau de l'excellence, Musigny serait sans nul doute parmi ceux là. Climat assez élevé qui surplombe le Clos de Vougeot et les Amoureuses, il forme une bande rectangulaire regardant le levant et versant légèrement vers le Sud. Créé par le paysan "romain" Musinus selon une improbable légende transmise oralement, il coiffe le village et le cru de Clos-Vougeot tout en appartenant à son voisin du nord-ouest, Chambolle. Curieuse incursion d'ailleurs que ces possessions cambuléennes en ce lieu si directement intriqué aux terres sises près des sources de la Vouge située sur Vougeot, commune toute proche en conte-bas.  

    Ces 10,70 ha sont assez éloignés des canons qui assurent la juste et méritée réputation de vin le plus délicat de Bourgogne à Chambolle. Rien n'est en fait moins puissant et concentré qu'un Musigny abouti de grande année et la finesse n'est certes pas son seul caractère. Non! Musigny est d'abord un vin incroyablement parfumé qui en ce sens surpasse tous les autres climats de la Côte en renvoyant dans les cordes  les tenants du pinot qui " pinote " et donc son seul aspect variétal.  

 

  

 

   Ce cru singulier   préserve puissance et finesse de texture tout en embaumant l'aubépine, la griotte et le réglisse à des niveaux d'intensité parfois subjuguant. Rien ne lui ressemble, et il est à l'évidence celui qui possède le nez le plus incroyablement complexe que je connaisse. Proche d'un parfum, il est un peu comme le fameux Patou qui naît des roses sur les hauteurs de Grasse, un cru altier et racé qui année après années possède une régularité remarquable.

 

   Cinq entités le composent il me semble:

 

    1: le Grand-Musigny qui est le plus haut et le plus grand - en taille, 6 ha - de tous et qui part des Amoureuses du dessus et des Borniques pour aller vers le Petit- Musigny. C'est celui qui est le plus important et qui comporte le plus de propriétaires. Puissant, sérieux et destiné à la longue garde, son substrat brun foncé à blond est assez calcaire et procure au vin une extraordinaire capacité de garde. On le décrit souvent comme le plus fin des grands crus car les dégustateurs l'associent au finage de Chambolle. C'est je crois une erreur car il est plus proche de la sève des Clos Vougeot du dessus sur une énergie plus froide et un fruité noir, un rien plus mat. Si Amoureuses est le parangon de Chambolle, Musigny en est sa face sombre et c'est ce qui fait indiscutablement de ce vin le plus grand de Bourgogne. Aucun cru ne parvient à son intensité qui combine l'énergie du Chambertin à la complexité de la Romanée Saint Vivant. Par ailleurs ceux qui ont eu la chance de le boire à plus de 50 ans savent qu'il n'a pas de vrai concurent capable de se bonifier aussi longuement. 

 

   2: le Petit-Musigny est un monopole de 4 ha du domaine De Vogüe et personne en dehors de lui ne le vinifie et donc le déguste séparément. Il est un peu plus précoce et sa pente Nord-Sud se fait plus douce en même temps que ses teres un rien plus profondes. Il a toujours été considéré comme aussi qualitatif que le Grand. Comme en Epenots à Pommard, seule la taille de sa surface le désigne comme "petit". 

   

  3: la Combe d'Orveaux, 80 ares classées en Musigny depuis plus de deux siècles au moins - sauf 22 ares reclassées dans les années 80. Il ne faut pas le confondre avec le premier cru "Combe d'Orveaux" qui le jouxte en haut et au Nord . Il s'agit de l'ancien "Clos Musigni Leroi" (sic in Lavalle)qui apparaît  au milieu du 19 ième siècle et qui est aujourd'hui la propriété unique du domaine Jacques Prieur à Meursault. Il est parfaitement digne de son rang - en dépit de certaines critiques peu fondées à son endroit - car il  préserve une intensité de matière parfois insurpassable sur des notes florales très caractéristiques.

 

   4: le Musigny du domaine JJ Confuron qui est situé en contre-bas des Musignys derrière le mur qui surplombe le Clos de la Perrière et les petits Vougeots + le Musigny de Porcheret qui est au dessus et au nord de ce dernier sur... 1.5 ares! de Des terres classées et non plantées pendant très longtemps et qui sont je pense  de valeurs agrologiques moindres.

 

  5: le Musigny Blanc qui pour 30 ares se trouve au milieu et en haut du Grand Musigny. Replanté il y a une dizaine d'années dans une zone pierreuse - il était plus bas sur le coteau avant - il est pour l'instant vendu en Bourgogne blanc. C'est un blanc très original, puissant séveux et de longue garde. Une curiosité très rare car non produite depuis près de 20 ans.

 

   

Les Bonnes-Mares

 

 

  Les Bonnes-Mares font sans aucun doute partie des vins les plus riches et concentrés de Bourgogne. Dans la lignée des Renardes, Richebourg, Rugiens et Chambertin, le finage exprime sa nature puissante sur un corps athlétique et extrêmement dense. Sans doute est-il même l'archétype du vin parfumé, plein et séveux de la Côte de Nuits tant il exhalte la perfection des arômes conférés par un substrat argilo-calcaires mêlé de marnes blanches, complexe et unique.  

    Il mesure 15 ha 5 a 72 ca  sur lesquelles  deux zones morpho-géologiques sont entremêlées. Des terres rouges dans la partie basse du cru et certaines zones médianes hautes et des sols plus blancs dans les parties élevées plus marquées par les marnes. Situé en grande majorité sur Chambolle, entièrement orienté vers le levant, le grand cru fait également partie du finage de Morey pour 1 ha 51 a 55 ca.

  Les meilleurs domaines du cru produisent des vins qui assemblent les deux origines - comme Roumier et De Vogüe - mais certains petits producteurs vinfiant  de 1 ha à 30 ares,  produisent de petites merveilles d'équilibre et de raffinement: Arlaud, Bart,Groffier, Mugnier, Bertheau entres autres. Même si je pense fermement que le fait de citer ses noms ne peut faire oublier que le vigneron n'est en Bourgogne - comme ailleurs -  que de passage et que seule l'origine mérite dans mes textes d'être réellement mise en valeur.

 

 

   bonnes_mares.jpg Ce cru a longtemps été plus gibriaçois que Cambuléen dans son expression à une époque où le nom de Morey ne figurait dans aucun texte évoquant les crus d'élite du nuiton et où Chambolle était synonyme de vin vermeil construit sur la finesse par la grâce de son sous sol et de cuvaisons plus infusées qu'extraites. Ce vin puissant et masculin n'évoque - pas plus que le Musigny au fond - la classe du finage de Chambolle dont le meilleur exemple est sans aucun doute Les Amoureuses, qui auraient pu largement être élevées au plus haut rang de l'appellation. Est-ce étonnant d'ailleurs si les deux grands crus de la commune occupent ses extrémités et son quasiment interpénétrées par les finages voisins? Non, à l'évidence.

  Bonnes-Mares est un vin de sève et de fougue, ultra serré, aux tanins formés mais jamais durs. Il est moins frais que le Musigny et n'a donc pas son côté fruits rouges très subtilement fraisé et ses notes délicatement florales. Non c'est un vin d'épices et de fruits noirs qui parfois confine à l'abastraction du pinot noir pour ressembler...à un Bonnes-Mares unique, ferrigineux, terrien, altier et terriblement séduisant. Grand vin des amateurs de crus de longue garde qui aiment plus les notes aromatiques secondaires complexifiées par le temps, c'est un vin cérébral qui demande du temps, de la concision dans le choix de son ouverture et une éducation du palais plus importante qu'ailleurs. On ne boit pas un Bonnes-Mares par hasard, c'est un vin qui se savoure comme on hume un très grand havane ou un grand cru du Médoc. Ne souriez pas, il a beaucoup plus à voir sur le plan de son harmonie et de sa "balance" avec un vin de Château Latour ou de Las Cases qu'avec un des crus qui le jouxte. Hors Classe. 

 

  Les Premiers Crus

 

   Les premiers crus de Chambolle en dehors des Charmes et Amoureuses étaient régulièrement assemblés sans que leur nom ne figure jamais sur les étiquettes. Parfois vendus en "premiers crus" simples ils ont jusqu'aux classements des crus été largement diffusés sous le simple vocable de Chambolle-Musigny et au vu de leur nombre on comprend aisément pourquoi ces cuvées avaient en général de la tenue et une incroyable capacité à se bonifier dans le temps.C'était vrai hier et cela l'est encore  mais selon des codes et usages différents.

  Aujourd'hui les classer par origine géographique ne suffit pas à rendre compte de leurs singulières qualités car - fait assez unique - ils ne se ressemblent pas en fonction de leur situation morpho-géologique générale, entendez pas là par leurs positions proches sur le coteaux ou sur cône de déjection.

    Ainsi le coteau Nord qui prolonge le Musigny porte Chabiots et Borniques tendus et friands et Hauts Doix ( du terme Douy signifiant source)  plus souples et immédiatement aromatiques. Le sol pierreux des deux premiers répond ici aux argiles plus prononcées des Hauts Doix sis juste au dessus... des sources de la Vouge. On observera plus loin et en détail dans mon article les nettes différences qui existent entre le Musigny et les Amoureuses mais il faut également évoquer le cas de La Combe d'Orveaux, zone classée en premier cru juste au dessus des Petits Musignys et qui très curieusement n'a ni la distinction de ceux-ci , ni la puissance des Musigny de Jacques Prieur qui eux aussi sont dans ce secteur "Orveaux" mais sur une terre un rien plus argileuse, moins élevée et versant vers le septentrion.

   Sur le cône de déjection qui a été formé par des dépots de limons anciens provenant de la combe - aujourd'hui sèche - de Chambolle en amont se situe des climats d'une distinction et d'une finesse étonnante qui confinent sans doute à l'expression ultime du soyeux potentiel du pinot noir. Vous lirez une analyse plus détaillée des Charmes ci-dessous mais il vous sera loisible d'apprécier le grain fin des Feusselottes et leurs accents épicés à la manière des Brûlées vosniers, la race indéniable du minuscule Derrière la Grange ou de son voisin plus vaste des Gruenchers. Tous méritent d'être individualisés mais le fait est qu'ils peuvent être encore plus éblouissants assemblés. Je suis moins intéressé par le sur-estimé Beaux Bruns qui doit plus à son nom et au savoir faire de quelques vignerons qu'à la nature de son terroir un peu plus collant et lourd. Les vins sont ici un peu moins aériens et annoncent la corpulence plus marquée de ceux de Morey. Toutefois, tout près de ce finage se trouvent deux perles de très haute qualité, Sentiers (voir ci dessous) et le fort restreint mais incroyablement dense et parfumé les Baudes. Génial petit cru sis sous Bonnes Mares qui parfois joue dans la même catégorie et qui entre mains expertes a la plupart du temps le niveau d'un premier cru avec un je ne sais quoi de plus que tous les autres à mon sens , si l'on excepte Amoureuses.

   Prolongeant Bonnes-Mares trois crus de coteaux surplombent le cône de déjection et impressionnent par leur expression sensuelle en même temps que par un grain fin et une maturité de fruit étonnante et régulière. Les Véroilles sont intriquées aux Bonnes Mares et si aujourd'hui leurs mérites en sont amoindris car les terres hautes ont été quelques peu délaissées après le phgylloxera , il reste un petit bout de terre vinifié par Ghislaine Barthod en premier cru avec une maestria incomparable. Un très grand vin rare. Fuées derrière lui au Sud est dans un secteur plus sablonneux et commence à verser vers le levant, il allie texture dense et souplesse racée et peut être d'une étonannte accessibilité en jeuenesse. Misez sur ceux de JF Mugnier. Les Cras sont dans une zone plus argileuse, un peu plus élevée au dessus des maisons et regardent le Sud en êtant sous l'influenece des vents de la Combe. Georges Roumier produit ici une cuvée digne de certains grands crus et signe l'un des plus beaux vins de la commune, année après année.

 

Les Amoureuses

  Le premier cru  "Amoureuses" est l'un des plus célèbres que compte la Bourgogne pour le pinot noir. Archétype déclaré du vin "de dentelle et de velours", il se positionne depuis des décennies comme le vin le plus fin et élégant de Chambolle, qui est elle même la commune évoquant délicatesse et subtilité. Ce petit climat qui mesure 5 ha 40 a 13 ca fait suite au glorieux Musigny en sa partie haute tout en surplombant le Clos de la Perrière situé sur le finage de Vougeot. Son exposition assez élevée, un rien fraîche et regardant le levant procure aux vins une douceur de texture unique et plus que tout l'exhaltation d'un fruit à nul autre pareil. Qui a bu une Amoureuses de noble origine dans sa vie de dégustateur ne peut oublier ces arômes de violette et de griotte pénétrants.

   Reposant sur des sols bruns calcaires mêlés à des éboulis et des limons provenant du cône de déjection de la combe adjacente, la vigne trouve ici un substrat moins chargé en argile que sur le reste de la côte du nuiton et génère des fruits marqués par un supplément de finesse et de grâce. Il subsiste dans la partie haute de ce finage quelques zones où l'on a extrait de la pierre car la roche mère affleure à certains endroits. La route qui mène au Clos de Vougeot coupe le lieu-dit en sa partie haute et environ 1 hectares du cru est directement aligné aux grands Musigny entre les deux merveilleux - et si méconnus - petits climats de Borniques et Chabiots.(voir carte)

 

 

 Parmi les excellents producteurs du climat je vous recommande particulièrement les domaines suivants:

  • Groffier: un vin fruité et souple qui a toujours une indicible finesse. Un hectare idéalement situé et une vinification soignée qui préserve le naturel du terroir.
  • Mugnier: Très subtil et délicat. La matière n'est jamais forcée et le vin de dentelle est toujours là. Un régal.
  • Roumier: un vin puissant et fin avec une énergie rare. Mais attention il faut le boire après dix ans  sans quoi il peut se montrer plus ferme que ses pairs.
  • De Vogüe: Un registre plus ferme, plus austère mais également d'une extrême concentration. Des grands vins de garde.
  • Drouhin: Très délicat, fin et fruité. Le charme dès la naissance.
  • Christian Amiot-Servelle: Proche de Vogüe, des vins d'attente, séveux et concentrés qui savent s'épanouir vers la finesse sur le long terme.  

 

 

 Les Charmes  

 

    Avec les Amouresues, Charmes est la plus connue des "entités" classées en premier cru et sans aucun doute l'une des plus célèbres. Comme elle prolonge Amoureuses au Nord on pourrait imaginer lui attribuer une certaine identité de forme et de structure. Il n'en est rien. Le cru ne possède ni toute la douceur de son célèbre voisin ni son raffinement armatique unique.

  Les pentes se font ici plus douces, le sol est un peu moins marqués par le calcaire et plus marneux et cela confère à ce cru une nature un peu plus rude et ferme. Toutefois nous somes à Chambolle et ce gradian de tannicité supplémentaire ne doit pas vous faire imaginer que le vin est austère et astringent. Non, il conserve une certaine rondeur et ce goût de petits fruits rouges mêlés à des notes florales qui est assez unique. Sans doute les parties hautes - quasiment planes - et médianes - un peu plus inclinées vers le levant - donnent elles les vins les plus délicats et fins du climat mais à ma connaissance il n'existe aucun "Charmes" commun.Très éloigné de son cousin de Gevrey, il ressemble plus stylistiquement au fond aux Charmes murisaltiens, pourtant blancs mais tout comme lui fait de tension et de finesse mêlée.  

   J'ai toujours apprécié les crus altiers et nerveux de Christian Amiot-Servelle dans ce secteur et également ceux très élégant vinifié par Ghislaine Barthod et le domaine Bertheau.

 

   Les Sentiers 

 

   Les Sentiers sont un des meilleurs premier cru de la commune de Chambolle-Musigny. Idéalement placés sous le grand cru Bonnes Mares dans le secteur nord de l'appellation Chambolle, ils mêlent la finesse caractéristique des crus cambuléens à l'énergie et à la densité des cuvées de Morey. Moins brutal que les Baudes qui sont dans le même secteur ce petit cru énegique a très souvent une texture soyeuse et se montre particulièrement régulier.

   Situé dans une zone en pente douce qui regarde le levant sur des terres argilo-calcaires assez profondes et filtrantes, il me fait parfois penser aux Millandes de Morey et à la partie médiane du Clos de Vougeot. C'est de plus un cru très régulier qui est vinifié par de nombreux producteurs de qualité : Groffier, Marchand frères, Stéphane Magnien, Arlaud entres autres...

 

Les Groseilles 

 

    Le  vignoble de Chambolle est l'un des plus morcelé de Côte d'Or, il est constitué de crus de petites superficies qui sont assez souvent assemblés pour produire des cuvées rondes fort complètes. De ce fait certains climats ne sont que fort peu revendiqués. Qui connaît les Plantes, les Combottes ou les Châtelots!? Si Groseilles est un de ces petit secteur "discret", il est pourtant idéalement placé entre les Beaux Bruns et les Gruenchers. Son exposition plein Est en pente douce permet aux vignes qui y sont plantées de donner des fruits assez précoces et comme son substrat est assez riche - argile et calcaire du cône de déjection - ils souffrent rarement de la sècheresse. La production y est de ce fait régulière et génère avec constance des vins équilibrés qui ont une certaine charpente qui n'est pas sans évoquer les crus de Morey et Gevrey. Mais point d'exagération du côté des similitudes, nous sommes à Chambolle et il n'est aucune zone de ce village ou la finesse ne finisse par reprendre ses droits. Puissance et "féminitude" donc...  

  Parmi les bons producteurs de ce finage peu connu, le petit domaine Digioia Royer  produit depuis quelques années certains des meilleurs vins de l'appellation et possède quelques ares de Groseille. Citons également les maison Labouré Roi et JC Boisset.

 

 

 

 

Vougeot

 

 

   La commune est constituée d’un sol presque entièrement classé en premier et grand cru ou il est plus facile de trouver une bouteille de Clos de Vougeot qu’un vin issu d’une parcelle « village ». La seigneurie de Gilly et l’abbaye de Cîteaux ont longtemps contrôlé ces terres, estimées de temps immémoriaux au rang des meilleures parcelles de la Côte. On pense même que l’idée du grand vin de Bourgogne a pris racine en cette contrée très tôt mise en culture non loin de la source de la Vouge. De l’eau, une terre en pente douce exposée au levant et de sols filtrants qui ressuient vite les pluies… les moines avaient un sens éprouvé des potentialités d’une terre et surent la mettre en valeur avec talent.

 

      F9FC8_CV02.jpg Aujourd’hui le finage en vigne est modeste (moins de 80 hectares), jouxte les maisons de Gilly les Cîteaux et se trouvent pris « en tenaille » entre le chemin de Chambolle-Musigny au sud et le mur nord du Clos de Vougeot. Les sols très divers sont un véritable casse-tête pour l’amateur de Bourgogne qui a souvent du mal à s’y retrouver pour choisir un Vougeot à sa mesure. Pour simplifier un peu la lecture de ce terroir complexe il convient de séparer la partie du Clos de Vougeot proprement dîtes de celle des premiers crus et villages placés sous les carrières qui constituent aujourd’hui le Clos de la Perrière du domaine Bertagna.

 

Les Premiers crus et Villages 

 

 

    Les premiers crus et villages  sont peu nombreux et possèdent des qualités diverses. Le meilleur est sans aucun doute « les Petits Vougeots » qui possède la tenue d’une jolie cuvée de Chambolle-Musigny. Le sol est pierreux au dessus du climat et nettement plus argileux en bas, légèrement incliné à l’est et placé dans le prolongement nord du clos. Juste au dessus se trouve le Clos de la Perrière (mais en fait inclu dedans cadastralement parlant) qui livre des vins tendus et minéraux possédant de la finesse. Le chardonnay possède dans les Petits Vougeots un joli potentiel, comme dans le Clos Blanc placé en dessous. De ces deux crus blancs le moins connu a souvent ma préférence pour son côté plus aérien. Les Cras devraient il me semble être classés en AOC communale car ils manquent singulièrement de complexité et d’étoffe et sont d’ailleurs assez peu souvent revendiqués.

 

     

 

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Le Clos de Vougeot

 

    Le Clos de Vougeot est une entité créée par l’homme, longtemps cultivée comme un seul et même tout par un unique propriétaire, les cisterciens ou Jules Ouvrard au 19°siècle. C’est assurément à cette période qu’elle a connu la gloire ultime d’être considérée au rang des trois meilleurs grands crus de la Côte (classement de Lavalle en 1855).

 

   Cependant de nos jours plus de 80 Clos de Vougeot naissent chaque année sur de terres variées, il est évident que cela marque leur nature et autorise sans doute une révision de leurs canons esthétiques. Je pense qu’il faut naturellement dissocier les terres hautes sises proches du Château, et qui vont jusqu’au lieu dit « petit maupertui » au sud et « musigni»et « montiotte hautes » au nord, elles sont plus caillouteuses et maigres et procurent naturellement une tension minérale très racée aux vins qui en proviennent, tout en les marquant de cette inimitable touche fumée mêlée d'épices sur un nez de rose ancienne qui fait la marque des plus nobles crus du secteur.

    Ensuite au lieu de couper le clos selon la hauteur topographique du sol comme il est communément admis je me risquerais à le couper selon une ligne est-ouest pour distinguer la partie basse du sud et la partie basse et médiane du nord, très différentes dans leurs expressions. La première donne les Clos de Vougeot les plus rustiques et terriens, mais aussi parmi les plus charpentés, la seconde plus haute, plus filtrante, placée sur des terres un peu moins argileuses et plus solaires donnent des crus « séveux », velouté et d’une immédiate séduction aromatique, sans toutefois "l’étincelle de génie" du haut. Je placerais la parcelle Jadot actuelle comme la ligne départageant ces deux « identités ».Mais encore faudrait-il pour être parfaitement juste mettre dans une classe à part le coin sud de la vigne "Garenne" qui forme une vague avec un envers derrière le château et qui appartient aux domaines Confuron, Noëllat et château de la Tour 

 

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Caractères des domaines et des crus :

 

 les producteurs du village :

 

  Domaine de la Vougeraie : Unité créée par le domaine Boisset et dirigée jusqu'en 2005 par la canadien Pascal Marchand. Elle dispose d’un des patrimoines fonciers les plus remarquables de la commune. Il correspond en partie aux anciennes vignes de la maison l’héritier Guyot et inclut – en plus d’une parcelle de Clos de Vougeot sise en « Montiotte haute » contre le mur nord du clos – l’intégralité du Clos blanc. Les vins sont aujourd’hui vinifiés avec une maîtrise parfaite qui génère de rouges pleins, riches et denses où les tanins abondants et le bois dominent souvent en vin jeune. Pascal aime ce style serré et dense qui requière plusieurs années de garde avant de libérer son potentiel. Le Clos est souvent d’une concentration incroyable. Les blancs sont aromatiques et assez boisés. Ils développent de arômes puissants et entêtants et séduiront les amateurs d’opulence. Le clos du Prieuré – un village provenant d’une parcelle placée au pied de la Vouge- est souvent élégant et fin et se livre avec une très belle tension. La culture est biodynamique.

 

 Domaine du Château de la Tour : Le seul clos de Vougeot vinifié intra-muros est souvent d’une rare plénitude. Concentré, fin et toujours très noblement bouqueté il tire la quintessence des sols multiples de la partie médiane nord du clos (« Dix journaux » et « Marei bas » mais aussi un peu de « Montiotte médiane »). Vers le haut une petite bande appelée « plante Hamel » possède la finesse mêlée des Echezeaux et du Musigny de la combe d’Orveaux, elle complète à merveille cet ensemble d’une unité rare qui se rapproche sans doute du « vrai » Clos de Vougeot originel par sa texture et sa composition. Une cuvée de Vieilles vignes est aussi vinifiée mais sa diffusion est confidentielle.

 

  Domaine Bertagna : Propriété de la famille allemande Reh durant près de 50 ans. Les vins sont aujourd’hui vinifiés dans un style moderne et accessible qui fait la part belle à la séduction immédiate. Le Clos de Vougeot provient d’une parcelle de 31 ares sise au nord médian du Clos à cheval entre les Dix journaux et les « Montiottes hautes ».C’est un vin charnu et fin qui dispose également d’une belle capacité de maturation. Le domaine possède également trois premiers crus. Les petits Vougeots, toujours minéraux et fluide sur une grande finesse de constitution. Le Clos de la Perrière, plus austère, dense et serré qui réclame du temps pour fondre sa matière riche et bouquetée. Enfin les Cras plus immédiats et ronds, mais moins amples et complexes. La partie blanche des Petits Vougeots détient sans doute l’un des meilleurs potentiels des crus blancs de la Côte de Nuits.

 

  Domaine Leymarie-Ceci : petit domaine - aujourd'hui vendu - peu connu mais qui était de belle régularité. Il produisait des vins très classiques et fins qui ravirent les amateurs de classicisme et les amoureux de Bourgogne séveux et gorgé de fruit. Son clos de Vougeot provenait d’une vigne du sud haut dans le « Petit Maupertui » (51 ares) et se plaçait carrément dans les meilleures cuvées du cru année après années, mais qui le savait !

 

  Domaine Hudelot-Noellat : Trois parcelles de clos de Vougeot formant un ensemble de 43 ares avec deux sublimes parcelles médianes hautes en « Plante l’Abbé » et « Chioures » et une autre – centrale basse – dans les « Baudes saint Martin » ; Le vin est très proche de celui de Leymarie, toujours rubis et harmonieux, jouant l’élégance avant de s’échapper vers la puissance. A destiner aux amoureux de vins à table. Une parcelle de petits Vougeots donne ici un vin d’une suavité indicible, très proche des Hauts Doix et Amoureuses voisins de Chambolle. Pierre Navrocki s’est occupé du domaine jusqu’en 2003 et a su lui insuffler une énergie rare. Le domaine est cadastralement sur Chambolle mais il touche dans les faits les maisons de Vougeot.

 

 

 les propriétés extérieures:

 

Domaine Eugènie à Vosne Romanée : Un hectare 37 ares dans le haut du clos de Vougeot (quartier de « Marei haut ») pour un vin d’une grande élégance, possédant toujours une distinction superlative. Sans doute le meilleur vin – le plus régulier en fait -de ce célèbre domaine qui hélas a connu la disparition de son précédent propriétaire - Philippe Engel - Il y a quelques années. Il a depuis été racheté par l'homme d'affaire par François Pinault qui l'a baptisé Eugènie. Il est vinifié par Monsieur Mallard, un jeune bourguignon du beaunois.

 

Domaine Robert Arnoux à Vosne Romanée : Le style du domaine est très reconnaissable, des vins très soyeux, velouté, sans aucune aspérité, possédant des tanins très souples. La Bourgogne s’éloigne aujourd’hui nettement de cette école stylistique qui a tant fait pour la renommée de ses vins et c’est sans doute une grande erreur. Pascal Lachaux, en compagnie de son fils Charles depuis quelques millésimes, vinifie à la perfection cette parcelle placée tout en haut du clos dans le « Grand Maupertui ». Les derniers millésimes sont tous d’une race et d’une harmonie exemplaire et méritent votre attention.

 

Domaine Anne Gros à Vosne Romanée : L’étiquette du domaine le mentionne ce Clos vient du Grand Maupertui. Le vin est issu d’une très vieille vigne parfaitement travaillée qui donne ici bon an mal an un vin d’une puissance étonnante. Charpenté, il ne manque cependant pas de subtilité et ses notes fumées, terriennes se mêlent souvent aux fruits noirs. Anne Gros est une styliste et aime les vins délicats et concentrés. Domaine Gros frères et sœurs à Vosne Romanée : Sans doute l’une des meilleures parcelles du clos. Placée dans le « Musigni », elle cousine avec son prestigieux voisin. Le bois neuf la farde souvent un peu trop en vin jeune mais elle acquière avec le temps une dimension étonnante. Le vin est à la fois puissant et racé, très minéral et presque sauvage, et d’une longueur impressionnante. Le 99 était ici un chef d’œuvre.

 

Domaine Anne-Françoise Gros à Vosne Romanée : Les vins de ce domaine ont toujours un caractère épicé et des tanins très souples. Boisé fin mais présent, extraction mesurée, chair soyeuse. Les vins ont de l’étoffe et de la longueur. Domaine Lamarche à Vosne Romanée : Si souvent mis en évidence pour la Grande Rue qu’il possède en monopole, le domaine Lamarche produit également un Clos de Vougeot superbement bien placé - en grande partie dans le haut - . Son vin est très coloré, profond et finement fumé. C’est un vin terrien et séveux qui exhale le réglisse et la menthe sauvage. Un 79 bu il t a quelques années se comportait encore comme un jeune homme et les derniers millésimes semblent gagner en concentration.

 

Domaine Rebourseau à Gevrey-Chambertin : 2 hectares 21 ares en « Marei bas » et « 14 journaux » soit le milieu du clos (la plus grande partie) et le bas du Clos au centre donnent ici un vin d’une rare harmonie. Terrien et dense, les vieilles vignes de 1927 procurent une énergie formidable à ce vin dont les fruits sont pourtant récoltés à la machine à vendanger.

 

Domaine Mortet à Gevrey-Chambertin : La partie la plus basse et « nordiste » du clos dans les « Montiottes basses », elle appartenait autrefois au domaine Prieur et est cultivée par la famille Mortet depuis les années 80.Le style du domaine transparaît, il est fait de gourmandise et d’élégance, mais aussi de race et de volupté. Un Clos sensuel et précis qui magnifie sa partie terrienne par une texture d’une souplesse affirmée. Pas le meilleur cru du domaine, mais un vin à l’impeccable régularité.

 

Domaine Raphet à Morey Saint Denis : Lui aussi placé dans la partie basse il se veut beaucoup plus classique. Robe rubis, nez fin et discret sur des notes de merise et de fruits rouges, c’est un clos de demi corps, toujours pur et racé mais sans la puissance des meilleures cuvées du haut.

 

Domaine Prieur à Meursault : Il reste un hectare 25 ares au domaine sur les 3 hectares 34 ares dont il disposait autrefois. Placé en « Montiotte basses » les vignes y puisent un caractère bouqueté, terrien et austère qui le destine à la très longue garde. Ces dernières années Nadine Gublin et Martin Prieur en ont fait un vin riche et opulent, luxueusement boisé qui doit être mis de côté pour un bel avenir assuré. Mais n’en attendez pas la finesse d’un Musigny ou la personnalité racée d’un Chambertin.

 

 Domaine du Clos Frantin/Bichot à Nuits Saint Georges : Un demi hectare du haut en bas du Clos donne ici un des vins les plus aboutis et complexes de l’ère moderne du Clos de Vougeot. Expression juste de l’assemblage originel des parcelles il a été vinifié depuis 97 par Jérôme Faure-brac qui lui a inculqué sa vision souple et racée des grands crus de pinot noir.Depuis il est parti chez Drouhin vinifier la parcelle voisine ! Mais vous pouvez continuer à faire confiance à la maison, les vins possèdent de la classe.

 

 Domaine Lescure à Nuits Saint Georges : François Chaveriat s’en défend un peu mais il aime les vins noirs, concentrés et assez extraits. Ce n’est pas un défaut bien entendu mais cela marque assez fortement son vin qui est d’une densité peu commune dans les derniers millésimes. La personnalité du milieu nord du clos (« Montiotte médiane ») est ici imposante et donne une minéralité et une sève de constitution vraiment imposantes. Le boisé est fin et présent, le style résolument moderne et ambitieux. Je l'apprécie de plus en plus car il gagne en élégance.

 

 Domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges : Voisin de cave avec le domaine Lescure, il est étonnant de constater combien les vins possèdent une certaine gémellité de forme. Puissant et musclé celui de Thibault est un vin racé qui naît dans la partie médiane sud du Clos (« les Baudes basses», partie haute) et qui semble pouvoir défier les décennies. Fruits noirs, épices et grande allonge sur des tanins fermes. Un Clos masculin produit depuis peu (2002) et qu’il faudra suivre avec attention.

 

Domaine Mongeard-Mugneret à Vosne Romanée : Deux parcelles (« Grand Maupertui » et « Chioures ») dans le haut du clos, en un endroit qui appartient quasi-exclusivement à des vigneron de Vosne ou Flagey. Le vin est assez proche du style de François Gros, boisé, luxueusement, gourmand et épicé. Un Clos séducteur et fringant qui ravira les amateurs de vins modernes, riches et gourmands.

 

Domaine Faiveley : Le domaine a toujours produit des vins charpentés à la longévité proverbiale. Son Clos de Vougeot ne fait pas exception à la règle. Trois parcelles – mesurant un hectare 28 ares en tout - se combinent pour donner au vin une complexité cistercienne de très belle facture. La partie de « Baudes basses » apportent le spectre terrien, les « 14 journaux », la puissance et la sève et le « Maupertui » une finesse plus minérale et l’élégance de la texture. Un « clos » complet qui demande une attente patiente et qui est sans doute aujourd’hui un des archétypes les plus aboutis des modernes Clos de Vougeot. Une verticale au long cours serait sans doute passionnante en ces contrées.

 

Domaine Michel Noëllat : J’ai dégusté de nombreux vieux millésimes de ce domaine trop méconnu et je reste souvent pantois devant la finesse qui peut se dégager de son Clos de Vougeot. Dans mes souvenirs j’ai « l’inimaginable » vision d’une bouteille de 1990 bue au sommet des « Dents Blanches » après une course de plus de 7 heures. Mon guide avait même apporté les verres à pieds pour me le faire savourer. Magique ! Etonnamment les vins sont en général assez fermes au domaine et disposent de solides arguments tanniques, ce n’est pas le cas de celui-là qui respire la race et la distinction des quartiers de « Marei haut ». La vigne de 21 ares appartient à la famille Tremblay et est cernée par les vignes Engel et Arnoux. Un « must » de ma cave !

 

 Domaine Jadot : Le puissant négociant beaunois possède ici près de deux hectares et demie dans le secteur des Baudes (basses, hautes et saint Martin). A sa propriété initiale s’est ajoutée assez récemment la vigne de la maison Champy qui appartenait à la famille Mérat. Il en résulte un vin d’une très grande richesse de constitution possédant une assise tannique forte. Jacques Lardières et ses successeurs aux vinifications n’hésitent pas à imaginer son vin pour demain et lui fait subir de très longue fermentation à température maîtrisée. Le vin est vraiment destiné à la table et au gibier. Sans doute la version la plus « musclée » que je connaisse.

 

Carte du parcellaire 2016:

http://mappavini.com/mappavini/clos-vougeot-2016/#parcelle

Patrick Essa - Meursault 2016

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