Le Corton 1988 Maison Bouchard Père et Fils à Beaune

Publié le par Patrick Essa

 

  Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.

 

    Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniens, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun.

    Placé sur des sols argilo-calcaires bruns mêlés d'oolithe ferrugineuse et de fragments d'amonithe de l'oxfordien, le pinot noir s'épanouit ici sur un substratum de première qualité. Le coteau est exposé au levant, bien draîné, pentu en sa partie haute( Le corton) et moins incliné à partir des parcelles médianes et basses( renardes, Bressandes et Clos du roi). C'est un des endroits qui procure le plus de robustesse au très délicat pinot noir et il semble que de tout temps on l'ait considéré comme un très grand vin de garde.

   La maison Bouchard père et fils exploite plus de 3.50 ha de ce cru dans la partie haute du coteau juste en dessous des sapins. C'est un sol de tout premier ordre car en dépit de sa position haute il permet toujours des niveaux de maturité élevé. A condition de le couper légèrement plus tardivement que les Renardes voisines. Je trouve qu'année après année il cousine nettement avec ce cru en disposant même d'un rien de tension en plus dans les grands millésimes de garde. Tel est le cas de ce 1988 aujourd'hui à pleine maturité mais encore capable de  se bien tenir durant des décennies!

   Robe sombre qui se pare de légers reflets acajoux mais également d'une fort agréable brillance. Le vin a dû être délicatement filtré. Son nez fumé impressionne d'emblée avant d'évoluer doucement à l'aération vers des accents de mûres, de fève de cacao et de menthol, très racés et intenses. La bouche est suave, tannique mais sans excès et procure de douce sensation tactile au palais. L'ensemble est concentré et harmonieux et marqué par une fraîcheur finale qui signe les grandes réussites de ce millésime de longue haleine... qu'il fallait donc savoir patiemment attendre. Longue finale sur le réglisse et le pruneau...Un très beau Corton, noblement aromatique et parfaitement vinifié dans le sens de ce terroir d'énergie. Excellent.

Style classique

Publié dans Côte de Beaune Rouge

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