Pommard Epenots 1976 et Pommard Epenots 1964 Pierre et Henri Vaudoisey à Pommard

Publié le par Patrick Essa

 

   Le finage de Pommard a la réputation de produire des vins fermes ayant une certaine austérité constitutive. Cela se traduit souvent par une austérité initiale et un grain tannique juvénile, un peu anguleux. Cet "image d'Epinale" a la vie dure et je rencontre souvent des dégustateurs ayant une relative aversion pour la commune, pourtant -comme souvent- il me semble évident qu'un seul caractère associé à une commune soit très - trop!- réducteur. Ainsi les Epenots qui s'épanouissent au nord du finage après la combe qui coupe le vignoble en deux morceaux distincts, dans le prolongement des Charmots et sous les Pézerolles, ont-ils une finesse affirmée qui est très éloignée des archétypes sauvage et abrupte "communément admis".

   Epenots est un vin délicat, subtil et très élégant qui s'ouvre en général plus vite que ses pairs situés au sud de la commune, comme le célèbre Rugiens. Placé sur un substrat caillouteux, porté par des terres blondes et brunes, marno-calcaires, le climat est orienté en pente douce vers le levant et se décompose  en 4 grandes entités. Les Grands Epenots à la sortie du village qui incluent le Clos de Citeaux; les Petits Epenots qui jouxtent le finage de Beaune dans lesquels se trouve le Grand Clos Des Epenots du domaine De Courcel;  le Clos des Epeneaux du Comte Armand qui se situe schématiquement entre ces deux premiers sous lieux-dits; ainsi qu'une dernière partie - très qualitative - qui correspond aux parties hautes des Petit Epenots, localement appellée Petits Epenots du Dessus. Il me semble que dans cette dernière entité se trouvent les vins les plus bouquetés et séveux et qu'année après année il sont marqués par un côté aérien que n'ont pas complètement les autres lieux-dits. En revanche ils sont sans doute un rien moins "puissants". Dans cette zone le domaine Moissenet-Bonnard exploite près de un hectare et produit un vin très savoureux et de fort longue garde. Se trouve également à cet endroit la petite parcelle - 28 ares - du domaine Vaudoisey Creusefond dirigé par Henri Vaudoisey aujourd'hui et autrefois par son père Pierre. Le vin se diffusait alors sous le nom de Vaudoisey-Buisson, Madame Vaudoisey êtant la soeur de Michel Buisson, du domaine Buisson-Charles à Meursault.

    La dégustation de ces deux vins au cours d'une mémorable cérémonie pour les soixante années d'union de Pierre et Geneviève fut un moment d'intense émotion. Ces deux vins furent tastés sur un pigeon  parfaitement cuit et donc légèrement saignant et nous montrèrent combien un même cru - issu de très vieilles vignes à ces époques - peut se montrer sous des facettes différentes. Le  1976 très sombre, sans la moindre évolution, s'est montré dominateur avec ses arômes réglissés qui asociaient la girolle séchée, le cacao amer et le pruneau noir. Sa matière suave, encore une peu tannique, peu acide et très sensuelle s'est montrée à un très haut niveau, le vin a encore au moins 20 années devant lui pour se révéler pleinement et quelle longueur! Le  1964 était attendu comme le messie par cette tablée de presque 50 vignerons...il fut simplement hors norme! Robe rubis se parant de reflets acajous , nez très fin sur la fraise, la griotte, le réséda et une fine ligne sous jacente de truffe blanche, bouche sensuelle, très douce et sans la moindre aspérité et longueur magistrale pour ce vin de légende qui a illuminé notre repas. Deux vins Hors classe, témoins de leurs temps et symbole du partage entre vignerons, un très beau moment.

Publié dans Côte de Beaune Rouge

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