Unesco et Climats de Côte d'Or: un point de vue

Publié le par Patrick Essa



    La requête bourguignonne pour le classement des climats de Côte d'Or - et non de la Bourgogne en entier - a reçu l'approbation du conseil d'état il y a peu. Sa demande sera donc éligible à partir du mois de juin 2015 et les artisans de cette démarche sont aujourd'hui plein d'espoir. Naturel et respectable puisqu'ils ont choisi de s'investir dans cette démarche.

  À titre personnel les mois qui passent m'éloignent de plus en plus franchement de ce besoin que d'autres ressentent comme impérieux. Je m'interroge sur les réalités qu'impliqueraient une telle promotion mondiale et surtout sur la manière dont ce classement sera reçu par les producteurs, les opérateurs et les acheteurs des crus portés par ses terres labellisées. Si d'autres secteurs viticoles ont été classés,... aucun n'a, à ma connaissance, fait reconnaître l'intégralité d'un cadastre lié à des noms de parcelles en décidant que ces usages loyaux et constants séculaires légalisés en AOC au 20 ième siècle seraient figés et identifiés pour les siècles des siècles.

   Contrairement à ce que disent à son endroit les pires idées reçues, le cadastre bourguignon n'a jamais été complètement figé. Au contraire son historicité tient au fait que les décennies n'ont cessé de l'affiner, de le corriger et de parfois de le remembrer. Les climats ne sont pas et n'ont jamais été des entités naturelles figées par le doigt divin, ce sont des constructions humaines progressives qui s'inscrivent dans leur époque et qui subissent ou reçoivent l'aval des mains qui les cultivent.

   Dès lors je ne saisis plus tout à fait le besoin de reconnaissance d'un milieu qui par bien des aspects est déjà largement sanctifié par les professionnels et amateurs de tous horizons. Car soyons clair cette idée là a germé chez ceux qui imaginent être investi d'une mission de pérennisation faisant suite à l'œuvre des grands anciens qui avaient milité pour le classement des crus au détriment celui des classes de vins, il y a environ 80 ans.
Le problème est que si les AOC ont effectivement permis de mettre en valeur des VINS en aidant tous les vignerons, la notion de climat ne renverra elle qu'à la valeur des TERRES en y associant des contraintes légales inévitables. La moindre n'étant pas la hausse annoncée du PRIX de sols déjà totalement hors de rentabilité.
   Il y a fort à parier que ce sont les investisseurs soucieux de faire fructifier leur argent sans s'inscrire le moins du monde dans une culture viticole bourguignonne - qui vise à transmettre biens, savoirs, savoirs-faire et savoirs-être - qui seront à terme  les propriétaires des principaux crus de Côte d'Or et qui n'en doutons pas auront pour but unique de générer des dividendes. Nous allons tranquillement vers une désertification des villages vignerons et des propriétés petites et moyennes au profit d'entité plus conséquentes qui négligeront les vins génériques au bénéfice exclusif de ses noms de climats qui sonnent comme des grandes marques de vêtements.
   Chacun de mon point de vue est entièrement libre de ses actes et de ses choix de vie, il n'entre pas dans mon propos de convaincre qui que ce soit et encore moins d'organiser une fronde contre une idée qui sans doute porte en elle pour ses organisateurs et membres une large part de prestige et une certaine idée de reconnaissance pour une construction humaine admirable. Mais précisément n'allons nous pas avec cette volonté de classement à l'encontre du but initial qui vise à protéger et sécuriser l'ensemble d'une viticulture.
   Mâcon, Chablis et Beaujolais risquent de se frotter les mains de ne pas avoir pris ce train là en marche, je ne le souhaite pas...mais cela me paraît inéluctable.

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Florence Kennel 02/02/2014 09:58


Bonjour Patrick, je suis contente de voir que je ne suis plus la seule à défendre ouvertement une vision dissidente de l'angélisme ambiant autour des Climats et de la candidature bourguignonne,
et je trouve intéressant que ce soit vous, viticulteur, qui la portiez. Je pense que les ambitions liées à un classement UNESCO ont grandement évolué depuis celui de Saint-Emilion. J'en veux pour
preuve les flous du dossier Bourgogne, pas toujours à l'aise avec son terroir millénaire... J'ai fait une petite analyse de ce dossier il ya  un mois, en m'amusant à le comparer, dans deux
articles, le dosiser Bourgogne avec les dossiers Saint-Emilion et Champagne, et je pense que j'ai mis le doigt sur quelques enjeux pas inintéressants ce faisant...Au plaisir de vous lire.