Pourquoi les Meursault de Buisson-Charles ne seront pas coupés avant le 7 Septembre

Publié le par Patrick Essa

Pourquoi les Meursault de Buisson-Charles ne seront pas coupés avant le 7 Septembre

Cette année 2015 est une année quasiment bénie. Un printemps alternant petite pluie et soleil régulier dès le mois d'Avril puis une vie végétative homogène parfaitement saine et enfin un débourrement mesuré. Ensuite, en l'absence de toute maladie, la floraison s'est déroulée rapidement et uniformément dans les deux couleurs sous une intense chaleur. Ce temps ensoleillé commença le 23 Mai pour se poursuivre quasiment jusqu'aux premiers jours des vendanges.

La floraison annonçait des récoltes possibles aux abords du 8/10 Septembre selon un temps médian et d'après le fort pertinent repère des 100 jours la suivant pour récolter. Dès ce moment là, la seule crainte nous habitant était que "le ciel nous tombe sur la tête".Hors si les hautes chaleurs nous firent craindre orages et grêles, nous fûmes obligés de constater que les précipitations furent rares, voire - et ce fut la seule inquiétude du vigneron - un peu trop espacées sur un temps chaud et sec. Cependant si Juillet fut caniculaire, dès le début d'Aout, 70 millimètres de pluie nous renvoyèrent directement à un potentiel de très grande année. Ce superlatif qualifiant n'étant pas ici écrit avec légèreté. Soyons clair.
Dès le 15 Août notre potentiel lié aux caractères des raisins était parfaitement identifié: ils seraient concentrés, marqués par des pellicules épaisses, de très belles acidités tartriques, un potassium médian ET en raison de la chaleur et des fortes insolations, une acidité malique modérée. Il n'y avait dès ce moment aucune possibilité de jouer sur la variation du paramètre acide qui s'accompagnerait automatiquement d'un PH plus elevé qu'en 2013 et 2014, d'une acidité totale - on verra plus loin que ce n'est pas un réel problème - plus faible mais en revanche d'extraits secs extraordinaires dans nos vignes peu chargées.



Dès lors deux paramètres nous ont conduit à positionner nos dates de récoltes:



1/ couper une fois la vraie maturité phénolique obtenue en évitant absolument de chaptaliser les moûts et viser 13-13,2 degrés naturels en l'absence de tout botrytis.



2/ considérer que la dégustation des baies - doublées de valeurs prisent au réfractomètre - devait être réfléchie autour de l'amertume, de la maturité des peaux et des pépins en admettant qu'elles seraient de toute manière peu vive au goût car la valeur malique est moyenne. Cette sensation première ne devant aucunement obérer les superbes acidités tartriques.



En fonction de ces observations forts simples j'ai opéré des relevés réguliers sur mes crus qui tous en cette fin Août me signifient que mes raisins sont encore en phase de charge de sucre, commencent à peine à dorer et amplifient chaque jour leurs potentiels aromatiques.

Les pinots qui étaient en avance sont désormais quasiment rejoints par les chardonnays et les deux cépages ont encore à augmenter leur proportion de jus grâce aux pluies que l'on nous annonce au début de Septembre. A cette condition seulement nous pourrions atteindre je crois la perfection faites chardonnay et pinot à partir du 7 Septembre.

Bien entendu ces pluies du 1/2 Septembre pourraient être accompagnées d'orages, bien entendu un coup de grêle est toujours possible et nous serions alors perdant d'avoir osé prendre tous les risques pour rentrer les plus grands raisins du 21 ieme siècle...

...Mais il n'est pas envisageable de ne pas tout tenter pour tutoyer les sommets car cette possibilité là se présenter peut être trois fois dans une vie.



Nous couperons les rouges le 5 et le 6 Septembre et les blancs du 7 au 11 Septembre. Les fûts d'élite sont là, une nouvelle cuverie a été achetée cet Été et la cave voûtée s'est agrandie. 2015...

...good vibrations!

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Guillaume 05/09/2015 02:34

Bonjour Patrick,
Bien que l'acide tartrique soit à un niveau suffisant, les manques en acide malique ne risquent-ils pas à terme d'avoir un impact sur la garde de ces vins ?
En comparaison d'une année caniculaire typique (2003), quelles différences notables ressentez-vous au niveau composés polyphénoliques / acides et en espérance de garde ?

Fgarnier 29/08/2015 22:20

Merci Patrick pour ces belles explications !
On a l'impression de vivre d'un peu plus près, le choix et les raisons de la date des vendanges...

Benveniste 29/08/2015 20:03

Article passionnant. La recherche de la maturité optimale est une noble tâche mais les aléas sont nombreux. Les enjeux sont parfaitement expliqués et permettent de comprendre pourquoi le viticulteur est prêt à prendre les plus grands risques.