Comprendre Le Vignoble de Gevrey-Chambertin: Les Grands crus

Publié le par Patrick Essa

Comprendre Le Vignoble de Gevrey-Chambertin: Les Grands crus

Gevrey est la commune de rouge la plus vaste de Côte d'Or. C'est elle qui compte le plus de grands crus - neufs - même si Corton a une superficie classée plus importante dans cette catégorie. Elle compte également un coteau entier de haute qualité classé "seulement" en premier cru et, cerise sur le gâteau, plus de 200 hectares de simples "villages". Cette importante surface est largement due au cône de déjection que les dépôts de la Combe Lavaux ont formé.

Vaste surface de limons mêlées aux éboulis calcaires et à l'argile ce tapis "colluvionnaire" qui s'étire de Morey à Brochon est fort qualitatif pour produire des vins aussi complets que réguliers et la commune y puise une part important de sa notoriété. De tout temps il s'est ici produit des cuvées de "Gevrey simple" gourmande et parfumée et c'est peut être la plus grande force de cette appellation célèbre entre toutes.

 

Les Grands crus

Le Chambertin:

Gevrey accole à son nom au 19 ieme siècle celui de son cru le plus connu et diffusé, Chambertin. Pourtant le Clos de Bèze lui est antérieur et ce "champ de Bertin" qui le jouxte au Sud acquière ses titres de noblesse il y a 300 ans par la grâce d'un génial propriétaire et marchand, Jobert De Chambertin et d'un métayer intègre l'ayant précédé de quelques décennies, Claude Jomard. Ce dernier remettra les vignes dans un parfait état en développant la notoriété du cru, le second saura le diffuser et le faire reconnaître dans les grandes cours d'Europe de l'Est - même si son titre ronflant de "marchand de la Cour Palatine" n'est guère avéré - et surtout ils ancreront dans la légende tous les vins de la commune pour les décennies à venir.

Ils mériteraient assurément qu'on leur dresse une statue au cœur de ce grand cru car au fond au moins autant que les moines - dont on décuple de manière folklorique les mérites avec constance et application mais sans grand discernement - ils furent les instigateurs des vins d'origine. Le grand Bourgogne moderne est sans doute pour partie la suite de leur "œuvre" commune et de leur vision du cru sélectionné dans les meilleures terres, y compris au sein même du Chambertin ou du Bèze.

Placé à la sortie du village de Gevrey-Chambertin dans le prolongement du Clos de Bèze et sur une pente assez douce, le climat de Chambertin est orienté plein Est. Il mesure très exactement 12 ha 90a et 13ca mais comme le Clos de Bèze peut également revendiquer ce nom "simple" on le rencontre plus souvent que lui. Je pense qu'aujourd'hui près de 20 hectares de vignes revendiquent donc ce nom. Un paradoxe qui ne fait que confirmer la complexité de la compréhension des terroirs bourguignons et surtout qui modère les analyses essayant avec acharnement de distinguer les deux crus.

Le Chambertin est depuis longtemps considéré comme l'un des cinq meilleurs grands crus de Bourgogne. Sa position médiane sur un coteau peu pentu et légèrement frais et venté lui confère un grain de texture inimitable qui avant même ses arômes envoûtants le désigne comme un des plus personnels de la Côte de Nuits. Ici, le profil aromatique variétal du pinot noir s'efface pour laisser une nature un peu ombrageuse et sauvage s'affirmer sans éclat ostentatoire mais avec une rare intensité.

Lorsque le vin est parfaitement vinifié il libère dès sa jeunesse de prégnants arômes de bâton de réglisse qui le singularise nettement et qui font penser parfois à certains dégustateurs qu'il pourrait manquer de complexité face à son voisin Clos de Bèze, qui serait plus immédiatement élégant et aromatique. Prenons cela avec prudence et circonspection car le Chambertin n'affirme son évidente supériorité que sur la longue durée.

Coiffé par une bande d'arbre, incliné en pente douce vers le levant et sous l'emprise des vents qui sortent de la combe Grisard située juste au dessus au sud ouest, c'est un climat légèrement frais sur l'ensemble de son territoire, mais il est aisé d'imaginer que plus l'on va vers le Nord et plus on se situe au dessus et plus cette fraîcheur est prononcée. Comme le Musigny, Chambertin puise dans cette situation une vibrante et incomparable nature énergique.

Son sol bas et médian est composé de calcaire à entroque du Bajocien inférieur, alors que le haut - légèrement plus pentu et pierreux - est directement marqué par des bans marneux. Ce substratum profond est finement recouvert d'éboulis calcaires et de limons qui se sont déposés au fils des millénaires et mélangés par la façon culturale humaine, multiséculaire.

La finesse supposée des parties hautes associées à la puissance des secteurs peu inclinés du bas marquent quelque peu le cru selon les zones où il est produit et apporte de ce fait un éclairage étonnant sur sa nature de véritable Janus gibriaçois. Ainsi est-il révélateur de comparer les Chambertins "du bas" de Prieur, Mortet ou Charlopin avec ceux exclusivement situés "dans le dessus" de Bichot, Bouchard, Bertagna ou Tortochot. La sève un rien plus délicate et subtile de ces derniers face à la nature plus terrienne, puissante et austères des autres parcelles... il faudrait un "livre pour archiver toutes ces sensations!

Ces deux principales "expressions" ne résistent toutefois pas à la qualité des cuvées qui mêlent en une symphonie d'arômes les diverses origines. Il faut avoir taster les crus de Trapet, Rossignol-Trapet et Rousseau qui tous trois coupent le coteau de bas en haut pour avoir le fin mot gustatif de la "sphère Chambertin", celle qui sans doute permet de définir "le" Chambertin comme l'un des vins les plus incroyablement complet et accompli de Bourgogne.

Soulignons également que ce cru sanguin et fougueux aime les années solaires et qu'il s'exprime en année sèche avec encore plus de classe et de race, comme si sa nature austère aimait à s'épanouir sous les ors. Plus il est récolté mûr et précocement en Septembre, plus il se montre spontané, complexe et jovial. A l'inverse coupé fin Septembre ou en Octobre il rentre dans un froid mutisme qu'il ne quitte bien souvent qu'après quinze années - voire beaucoup plus - sous verre.

Le domaine Rousseau possède ici plus de deux hectares répartis entre partie hautes, basses et médianes et dans les secteurs nord, 50 ares qui longent le cru au dessus, et sud, plus de 1 ha 70 ares qui parcourent l'ensemble du cru dans le sens de la pente.Il produit des vins d'une rare noblesse de texture. Je vous recommande également ceux très denses et racés du domaine Rossignol-Trapet, plus doux et boisés de Charlopin, très énergiques de Prieur et Trapet et fort sensuels et très rares chez Arnaud Mortet ou Leroy.

Mais il n'est de médiocre Chambertin...

 

Le Clos de Bèze:

Le Clos de Bèze est au vin ce que la Bentley est à l’automobile. La quintessence du raffinement et de l’élégance sur une discrète touche de fougue et de sportivité. Ce cru idéalement placé sur la partie médiane du coteau s’étend sur près de 15,4 hectares. Création monastique très précoce de l'abbaye de Bèze des le 8 ieme siècle, il occupe une pente inclinée vers le levant qui s’élève également vers le sud à mesure que l’on s’approche de son alter-ego le Chambertin.

Son sol caillouteux, marno-calcaire est parsemé de cailloutis et composé de terres brunes un peu plus claires que ce dernier. Un rien moins frais que le Chambertin car peu marqué par les vents de la Combe Grisard, il est également plus précoce et en général donne des fruits de belle maturité qui exalte une nature douce et quelque peu féminine. On le compare certaines années aux grands crus voisins de Chambolle-Musigny mais je n’ai véritablement jamais trouvé la comparaison évidente, il est beaucoup plus proche de la nature interne concentrée et tellurique d’un Richebourg ou d’une Romanée. Mais à illustrer les sensations par d’autres crus on en oublie au fond que celui-ci est assez singulier pour se passer de référence.

Les gibriaçois lui attribuent toujours une aura particulière, c’est incontestablement le « leader naturel » d’un finage qui a la chance d’en compter deux. L'abbaye de Bèze le crée donc dès le haut Moyen Âge et sans aller piocher dans les cartulaires il est avéré que son nom a plus de 12 siècles. Il bénéfice donc en compagnie du Tart d'une antériorité sur tous les crus de ce secteur. Il est devenu Chambertin alors que c'est le Chambertin qui doit sa naissance au Bèze, de manière étonnante il peut revendiquer le nom de Chambertin seul et c'est une sorte d'hérésie d'observer ce cru singulier revêtir le nom d'un cru mitoyen créé à partir de lui. De ce fait si le Bèze est plus vaste que Chambertin, il se vend plus de ce dernier! L'ironie s'accentue quand certains se piquent de définir à coup sûr plus de finesse dans le Bèze... Alors que le Chambertin auquel ils pensent peut provenir aussi de son sol!

Au fil des siècles sa forme a peu varié mais il n'est curieusement devenu un vrai Clos ceint des 4 côtés qu'au cours du 14ieme, soit plus de cent ans après que l'abbaye de Bèze l'eut vendu au Chapitre de Langres en 1218. Son nom se prononçant moins agréablement que le Chambertin, Claude Jomard et Claude Jobert, qui en ont successivement la charge, l'assimilent à celui-ci et finissent juste avant la révolution française par le déprécier quelque peu.

Plusieurs secteurs morpho-géologique me semble le caractériser:

La partie nord basse et médiane qui prolonge les Mazis autour de la maison qui appartient au domaine Damoy. Relativement plane, caillouteuse et marquée par quelques limons et bans marneux. Elle se prolonge jusqu'à la vigne du domaine Bart. Les vins y sont très concentrés , bouquetés et pleins.Mais sa qualité a toujours été considérée comme moindre au fil de l'histoire. Ainsi Jobert de Chambertin ne l 'incorporait il pas dans son grand vin. Perfectionniste était-il car assurément l'endroit est des plus favorables et livre les crus les plus élégants.

La partie sud qui se termine également par une parcelle Damoy et qui commence par la parcelle Faiveley en incluant la grande parcelle Marion. Endroit où se situe une petite cabotte rouge. Cette zone est considérée comme la plus parfaite du cru, son épicentre en quelque sorte. Les terres s'assombrissent et la pente y est un peu plus forte, le vin lui y puise une énergie interne encore plus intense. Les Bèze sont ici un peu plus sombres et profonds et préserve une part plus athlétique en leur centre. Le Chambertin n'est pas loin!

Les parcelles hautes des domaines Zibetti, de Dujac et de Rousseau. cette dernière étant assemblée. Finesse, légèreté et distinction.

Les parcelles basses de Stephen Gelin, Drouhin Laroze (une petite partie de son ensemble ici) et Rebourseau. Seul le domaine Gelin propose "ce" Clos de Bèze de partie basse et médiane. Il en tire un vin profond, mûr et soyeux issu de deux parcelles situées dans la meilleure zone du cru

Mazis-Chambertin:

Zone tourmentée, faîtes de pentes et de bosses, le relief des Mazis - surtout dans le haut - a comme en Ruchottes des allures de vignes non mécanisées, comme si le temps s'y était arrêté au milieu du Moyen Âge. Des murs en pierres sèches coupent encore les petites parcelles et les gibriaçois, je crois, aiment à garder cette enclave hors du temps en une sorte de témoins du passé. Le climat de Mazye(sic) est cité dès le milieu du 15 ième siècle et son antériorité sur nombre de crus du nuiton ne fait aucun doute, tout comme sa forme quasi carrée qui mêle partie haute et basse, est presque immémoriale. Le terme de Mazis (ou encore Mazy ou Mazys) se réfère à d'anciennes constructions, il y avait ici probalement de petites habitations encloses dans le courant du premier millénaire.

Le climat cadastralement dit de "Mazis" mesure 9ha 10a 34ca et est coupé en deux parties dont on a longtemps évoqué la diférence qualitative. Le dessus êtant considéré comme plus qualitatif en raison de sa position plus haute sur le coteau et de sa pente plus forte. Cependant ces deux sous-climats sont coupés par une diagonale qui place certains Mazis Bas au dessus de certains Mazis hauts...on le voit "l'affaire" est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, d'autant que l'endroit s'érode vite et que de nombreuses terres du dessus ont raviné vers le bas. Il en résulte toutefois une partie supérieure un rien plus inclinée et solaire avec une couche végétale plus maigre. ou la pierre affleure en certains endroits. Lavalle au milieu du 19 ieme siècle classait le haut en première cuvée et le bas en seconde et il semble évident qu'un supplément d'âme subisite dans le haut qui est conidéré par de nombreux vignerons du cru comme le satellite des Chambertins le plus qualitatif. Car l'érosion qui parfois est annoncée comme nivellant la valeurs des deux sous climats ne peut être appelée à la rescousse, la route séparant les deux climats est suffisament large pour les individualiser et les pente et le ruissellement insuffisants pour que les dépots de ravinement franchissent cette délimitation humaine.

Nous sommes sur une terre du jurassique de l'étage bajocien et le sous sol est composé de calcaire à entroque. Un substrat assez proche de celui du Clos de Bèze voisin mais en plus recouvert sur le plan superficiel d'une terre brune, assez foncée. Le cru est encore un peu sous l'influence éolienne de la Combe Lavaux toute proche et sa situation plein Est est remarquablement uniforme. Plus riche que le Ruchottes voisin , il n'a toutefois pas la finese extrême du Bèze qui est juste à son côté Sud mais en revanche il peut se montrer d'une rare puissance et sa capacité de garde est proverbiale. C'est un seigneur de la Côte dont le terroir se positionne je crois dans le cinq "mineur" qui suit un hypothétique cinq majeur fait des Romanées, Musigny, Richebourg et Chambertin.

C'est donc un vin merveilleux qui se place dans le peloton de tête des vins du nuiton et qui cousine fortement avec Bonnes Mares. Il est sans doute le seul à pouvoir rivaliser avec l'intensité "athlétique" du cru en sa partie cambuléenne car sa texture toujours très profonde et sa générosité légendaire en font un vin de haute tenue qui s'épanouit véritablement sur le long terme.

Le domaine Harmand-Geoffroy exploite ici plus de un hectare dans des parcelles mêlant le haut et le bas du climat, il en tire un vin toujours très élégant et raffiné qui s'exprime depuis quelques années avec autant d'intensité que de douceur de texture. Avec ceux des domaines Dupont-Tisserandot, Guillon,Confuron-Cotetidot, Dugat et des Hospices de Beaune il me paraît être le plus complet de son temps.Déguster un Mazis a toujours été ces dernières années un intense moment de plaisir et je suis souvent séduit par la régularité de ce grand cru qui compte nombre de producteurs ayant la main sûre pour le vinifier.

Quelques Exploitants: Hospices(1.75ha); Faiveley(1.20ha); Harmand-Geoffroy(0.73ha); Rousseau(0.53ha); Dupont-Tisserandot(0.35ha); Esmonin(0.14ha), Confuron-Cotetidot(0.08ha) Auvenay(0.26ha), Dugat-Py(0.22ha)

 

Ruchottes-Chambertin:

A cet endroit le sol est assez tourmenté car il subsiste dans ce haut de coteau de nombreux pierriers et murgers qui donnent à ce grand cru des allures sauvages. C'est un peu comme si la main humaine avait eu en ce climat moins d'incidence sur l'ordonnancement des pentes et des parcelles. C'est un petit grand cru puisqu'il mesure seulement 3,30 hectares mais cela ne l'empêche pas de se décomposer en trois entités distinctes et nettement identifiables sur le terrain:

En premier lieu le Clos des Ruchottes du domaine Rousseau qui mesure un peu plus de 1 hectare et qui se situe dans la partie haute du grand cru. Il est orienté plein Est et n'est séparé des Issarts que par le chemin qui monte sur le haut du coteau. Le vin qui y est produit est souvent exceptionnel de velouté et d'harmonie et surpasse très régulièrement les Mazis et Charmes du domaine. Sa situation dans le prolongement des Issarts est sans doute un peu sous l'influence des vents de la Combe Lavaux, ce qui exalte un fruité frais et gourmand tout en autorisant une singulière "floralité". Il est souvent près à boire avant les autres grands crus.

Dans le prolongement du Clos, les Ruchottes du Dessus - dont le Clos créé au début du 20 ieme siècle par la maison Thomas-Bassot - fait également et naturellement partie qui sont enclavées entre celui-ci et le premier cru Bel-Air. Les parcelles ne sont pas très grandes mais les domaines Roumier exploite ici près d'un demi hectare. Le sol y est sans doute encore un peu plus caillouteux que dans le clos et sur le plan stylistique les vins ont une énergie et une tension un peu plus affirmée encore que dans le Clos.

Enfin les Ruchottes du Bas qui prolongent assez naturellement vers le septentrion le grand cru de Mazis Haut.Elles sont sans doutes un peu plus argileuses mais sont exposées de la même manière.Le domaine Georges Mugneret possède ici une parcelle de 68 ares qui donne un des plus beaux grands crus de Gevrey. Sa capacité de garde est impressionnante et il est en ce sens fort proche des Mazis hauts.

Une seule propriété à ma connaissance produit une cuvée assemblant le Dessus et le Bas à parts égales. Il s'agit du domaine Henri Magnien. Je me souviens en avoir dégusté de vénérables en sa compagnie il y de longues années déjà et le revoit m'expliquer avec passion "ses" Ruchottes" et "son" si précieux finage de Gevrey. Des moments inoubliables qui sans doute ont allumé ma passion pour cette commune à nulle autre seconde.

A titre personnel je place Ruchottes au dessus de Mazis et au même rang que Chapelle haute. C'est peut être le seul vin capable de regarder le Chambertin dans les yeux et il me paraît plus uniforme et régulier que les autres crus en dépit de sa rareté.

 

Chapelle-Chambertin:

Le Grand cru Chapelle-Chambertin mesure aujourd'hui 5 ha 48a 53 ca et se trouve sur une zone en légère déclivité qui regarde le levant. C' est un des secteurs le plus solaires et précoce du finage de Gevrey et il parvient très souvent à idéale maturité quelques jours avant le Chambertin. Son sol est constitué d'éboulis calcaires blancs qui grâce à leur perméabilité assurent un drainage optimal. Ce substratum marno-calcaire laisse poindre en certains endroits du haut du finage des têtes de roches qui affleurent. Les parties basses sont en revanche plus argileuses et collantes et marquent un peu les vins du côté d'une certaine sévérité qui n'est pas toujours associée à ce cru tellurique et infiniment racé.
Sur le plan historique la Chapelle dont il est question se nommait Chapelle du Clos de Beze car elle lui faisait face et se situait donc du côté Est du chemin qui va de Gevrey à Morey (un portique enjambait même le chemin d'est en ouest), elle a été bâtie en 1155 et rasée à la révolution de 1789 à 1792.(Source : le père Cordier, curé de Gevrey). Les Gémeaux n'ont pas toujours été considérés au même niveau que l'ancienne "Chapelle haute" ( coeur historique du climat ) et Lavalle les classe en deuxième classe alors qu'il place le haut en "première".A noter qu'à cette époque la petite Chapelle est classée au même niveau que les Gémeaux et je pense sincèrement qu'elle est plus proche de ces derniers.

Les propriétaires de Gémeaux sont peu nombreux de nos jours et si l'on se base sur les 30 dernnières années il fallait déguster chez Michel Noellat, chez Livera ( au coeur du climat ), Jadot ( la première vigne après les cherbaudes), Ponsot pour isoler le type du cru. Hors ces domaines - en dehors de Jadot - ne présentent pas beaucoup d'échantillons dans les dégustations comparatives.
Aujourd'hui une des parcelles Livera est exploitée par Claude Dugat et le domaine Rossignol Trapet en possède 16 ares car sa vigne est à cheval sur les deux lieux-dits. Il assemble logiquement ces deux entités. On comprend aisément que le lieu-dit est différent lorsque l'on se ballade dans les vignes car la pente est légèrement inclinée vers le Nord et en général la maturité y est plus tardive. David Rossignol a toujours un demi degré d'équart au moins entre ces deux parcelles par exemple. Il en résulte un "Gémeaux-Chambertin" qui est assez personnel car un peu plus raide dans ses premières années. Moins solaire que Chapelle haute (qui est en plus placé sur un sol moins profond), il donne des vins plus charnus, plus stricts aux tanins un peu plus formés. En revanche il gagne en puissance ce qu'il perd en élégance et il est assez sidérant de constater la sève des Gémeaux de Jadot ( vigne de 49 ans )ou de Jean-Marc Noellat qui en a réalisé de très beaux ( et combien méconnus) avant de céder le fermage de la vigne "Tremblay" il y a trois ans. Seul le domaine Rossignol-Trapet est aujourd'hui à même de diffuser un assemblage de Gémeaux et de Chapelle, en l'état précieusement unique.

Le secteur de Chapelle haute a beaucoup souffert des fortes chaleurs de 2003 et du stress hydrique. IL est de ce fait souvent un peu confit, facile et gourmand mais manque de race et d'équilibre pour aller vers la longue garde.Le retour au grand style se fera chez ceux qui ont bien triés en 2004 et qui ne seront pas victimes des coups de grêle , bien que le secteur ait été moins touché que d'autres. Il s'agit sans doute du plus suave des grands crus après les deux chambertin si l'on excepte la partie haute et le plat des grands Charmes. Sa réputation moindre par rapport à la Griotte est due à sa plénitude de constitution et à sa capacité a garder assez longtemps en son centre toute la sève dont elle dispose. Peu exhubérante mais mêlant avec bonheur les notes épicées et finement confites des zones solaires elle mérite vraiment d'être remise à son juste rang.

En plus des excellents producteurs de ce cru cités plus haut vous retrouverez le méconnu domaine des Tilleuls de la famille Livera dont j'ai dégusté de superbes 89 et 90 récemment. Les domaines Trapet qui livre souvent un vin droit et pur; le domaine Damoy qui possède la moitié du grand cru du côté des Griottes, son vin est concentré et très racé et la maison Jadot qui termine le grand cru en Gémeaux du côté des Cherbaudes. A suivre aussi la Chapelle de Cecile Tremblay dont j'ai pu apprécier récemment le 2008.

Le Charmes-Chambertin:

Le cru Charmes est probablement celui qui se retrouve le plus souvent en Bourgogne mais un seul possède le titre de grand cru, celui de Gevrey-Chambertin. Un peu comme son alter ego blanc de Meursault il se décline en plusieurs versions selon les secteurs où il est produit car c'est un "climat" étendu si l'on considère qu'il peut baptiser de son nom le Mazoyères-Chambertin voisin. Il ne mesure seul que 12ha 24a 56ca et est de ce fait plus petit que l'imposante entité du "plat" des Mazoyères. Celle-ci avec ces 18ha 58 a 68ca et le plus vaste des grands crus de la commune. De ce fait même le "vrai" Charmes-Chambertin est un vin assez rare en dépit du nombre considérable de bouteilles qui sont mises sur le marché. Un paradoxe étrange qui s'accompagne d'une grande variété des styles rencontrés car la déclivité des Charmes est un peu plus marquée que celle de son voisin et type nettement les vins et les producteurs qui le diffusent ont tous une manière de vinifier qui singularise leurs vins. Pour toutes ces raisons je suis toujours très surpris de lire des descriptions de Charmes-Chambertin stéréotypées qui la plupart du temps ne font qu'affirmer avec force la supposée finesse de ce terroir en se fondant sur son nom. Un peu court il me semble!

Son sol composé de rendzines a une apparence rougeâtre, il est assez mince, caillouteux, marneux en certaines zones et parsemé de tête de roches qui signalent un sous sol rocheux et fissuré favorisant un enracinement très profond. Ce substrat unique est sans doute en sa partie haute et médiane l'un des plus qualitatifs de la côte de Nuits. Le Charmes originel est directement placé sous le Chambertin et juste en dessous a une orientation légèrement Est Nord-Est qui le rend un rien plus tendu et frais que son voisin.

La majeure partie de sa partie haute appartient à la famille Camus qui cultive près de 3 hectares de vignes plantées dans le sens Nord-Sud. Certains domaines sont également présents dans ce secteur en sa partie nord et assemblent leurs vignes avec d'autres zones, Huguenot, Duroché, Dupont-Tisserandot par exemple. Le finage se termine au sud par la parcelle du domaine Taupenot-Merme et par les deux morceaux de la famille Perrot-Minot. Cette entité est sans doute celle qui livre les vins les plus sensuels et profonds du cru, ils ont un cousinage certain avec le Chambertin.

La partie médiane que je surnomme souvent "le plat des "Charmes" est elle aussi extrêmement qualitative car un rien plus solaire et d'exposition plein Est. C'est une zone très pierreuse, pauvre et la vigne y souffre un peu plus que sur le haut. Les vins des Dugat, de Denis Bachelet, du domaine Humbert ou de Geantet en sont issus. J'aime souvent leur profondeur et ce côté énergique, pur, idéalement mur et suprêmement précis qui les caractérise. Pour toutes ces raisons c'est un des secteurs que je préfère à Gevrey-Chambertin, supérieur à mon sens à la Griotte ou aux Ruchottes.

Enfin je signalerais une partie basse à ce cru qui est plus argileuse, marquée par des terres plus profondes et moins caillouteuses. Celle-ci donne des vins d'une rare élégance qui ressemblent un peu aux Mazoyères du même étage. Bien peu l'isole complètement mais le domaine Roty possède ici quelques vénérables pieds hors d'âge qui donnent un vin étonnant de raffinement et de sève. Citons également la maison Raphet qui me semble avoir un Charmes très élégant marqué autant par le secteur que par ses vinifications classiques.

 

Les Mazoyères-Chambertin:

On positionne souvent Mazoyères comme le moins parfait des grands crus de Gevrey-Chambertin en raison de sa partie la plus à l'Est qui sur une carte se montre fort proche de la nationale. Certains en ont conclu bien vite que ces parties ne méritaient en rien le titre de grand cru...rien n'est plus faux. En effet le sol s'élève depuis la partie nord des Charmes et la partie "basse" des Mazoyères surplombe nettement le "Champs Chenys" mitoyen qui lui n'est qu'un simple - et fort bon - village, elle se trouve même plus haute que le bas de la Griotte et au même niveau que les bas de Charmes. Combien en revanche ces deux climats sont différents, tant Mazoyères un rien plus frais en raison de l'influence des vents venant de la Combe Grisard se montre plus immédiatement bouqueté que Charmes, plus terrien, dense et sans doute dans le dessus "structuré". Mazoyères ne devrait jamais revendiquer sur ces 18 ha 58a 68 ca le nom de Charmes en dépit de sa funeste autorisation par l'INAO depuis son classement en 1936 et préserver sa vraie originalité de terroir.

Celui-ci est caractérisé par un substrat de graviers calcaires. Ces sols peu profonds sont composés d'une terre brune/blonde argilo-calcaire, très arable et mêlée de graviers. Le sol est très fin en ces endroits, ressuie vite en sa partie haute et s'il est plus profond au levant, sa qualité est absolument incontestable. Les parties hautes donnent des vins élégants, ciselés et extrêmement fins qui évoquent stylistiquement les partie médianes des Echézeaux et du Clos de Vougeot. Les parties basses confèrent aux vins des arômes plus bouquetés, généreux et d'une séduction immédiate extraordinaire. Je suis un grand amateur de ce cru minoré qui doit être recherché lorsque l'on aime les crus de pinot mêlant finesse, gourmandise et distinction. De nombreux producteurs d'élite le vinifient et il possède de ce fait une très belle régularité.


Latricières Chambertin:

Latricières du latin « triciae » qui signifie terre infertile, maigre et pauvre est sans doute née sous le nom de « La Tricière », baptisée dès le 14°siècle par de laborieux vignerons peinant à planter leurs paisseaux dans ces terres très dures.

Si l’ensemble du climat repose sur un maigre substrat il est juste de signaler que la partie haute est assez proche au niveau de son orientation et de sa constitution du grand Chambertin qui le borde au septentrion. Un coteau légèrement incliné vers l’Est qui est composé de calcaire oolithique. Dans la partie basse il n’est pas rare de voir affleurer de la roche dure et le sol est alors mince, caillouteux et très exigent pour les ceps de vignes qui y sont plantés. Une partie haute proche de sapins, moins porteuse de la singularité du cru sans doute car plus froide est plus proche du caractère des Combottes, elle est aujourd’hui exploitée par le domaine Arnoux à Vosne Romanée. C'est aussi un vin de fort bon niveau.

Ce cru a longtemps été confondu avec le Chambertin et en 1831 le Docteur Morelot ne le cite pas et passe directement du Clos de la Roche au « vrai » Chambertin. Preuve sans équivoque que ces parcelles étaient vendues comme tel jusqu’au milieu du 19°siècle. Le docteur Lavalle le place ensuite en seconde cuvée avec les Mazis Bas, la petite Chapelle, les Mazoyères et les Charmes Bas. Significativement une classe sous les Cazetiers, les Verroilles, les Saint Jacques et les Estournelles. Avec le temps les classements évolueront mais le cru ne prendra vraiment son « envol » qu’à partir des années 1930, moment où il acquiert son statut de grand cru.

Assez étendu (près de 8 ha) peu morcelé et fort qualitatif, son nom semble le desservir un peu car il n’a pas la grâce de Chapelle, Griotte ou Charmes… il suffit parfois de peu pour minorer une terre ou la faire passer dans la légende.

C’est un vin qui possède un caractère très racé qui se rapproche nettement du Clos de la Roche avec ses notes d’épices, de réglisse et surtout -en année de belle maturité- des accents de clou de girofle très étonnant. Marqué par la fraîcheur des vents de la Combe Grisard, le cru est un rien plus tardif que ses pairs de Gevrey, ce qui lui procure sans doute une finesse unique de constitution. Les domaines Faiveley, Trapet, Camus, Arnoux-Lachaux et Drouhin Laroze possèdent les parcelles les plus conséquentes avec le domaine Rossignol-Trapet.

 

 

La Griotte Chambertin

Ce tout petit cru (2 ha 69 a) se situe immédiatement sous le clos de Bèze, pratiquement à l’endroit où il jouxte le Chambertin. La pente y est très accidentée et le micro climat est sans doute le plus chaud des grands crus, avec une avance de maturité du raisin de cinq à six jours par rapport au Chambertin.

L'endroit est solaire et très précoce, il a reçu une grande partie des limons qui ont dévalés la vallée et constitue en fait une sorte de cône de déjection ( étage géologique du Bajocien) incurvé dans le sens ouest-est avec pour sommets ses bords nord et sud. Il a sans doute été remanié de manière significative par le passé en raison de l'érosion. Il est constitué de quatres zones assez distinctes sur le plan morphologique qui a la dégustation engendre au différences ténues mais réelles :

la partie Drouhin qui est la plus septentrionnale, elle est séparée d'un mur de la "Chapelle haute" de Damoy et correpond donc - comme le signal Michel Bettane a une zone remaniée qui est inclinée assez fotement vers le sud avec une pente ouest-est assez prononcée. L'endroit est très solaire et c'est sans doute là que la précocité des raisins est la plus grande. Le vin est ici toujours très délicat et possède un fruit qu'exalte à merveille Laurence Drouhin. Il ne possède toute fois pas le fond d'un chapelle haute.

Les parcelles Marchand, Fourrier (trois bouts qui encerclent Roty) et Roty sont des parcelles de bas de cône de déjection, limoneuses et un peu plus argileuses, elles sont un peu moins précoces.Il subsiste une petite résurgence d'eau dans la parcelle Marchand. Leur caractère est un peu plus austère et dense. Les vins sont toujours très fins mais possèdent un velouté de texture un peu plus ferme et une certaine retenue.
  La grande parcelle exploitée par Ponsot et celle René Leclerc pour le domaine des Chezeaux - et pour lui même en fermage - sont les seules à bénéficier de deux expositions : sud pour son bord septentrionnal et est pour le versant méridional. Il s'agit sans doute de l'ensemble le plus parfait pour l'expression de ce micro-cru si original.Mais on le déguste peu. J'ai pourtant bu récemment un très très beau 95.

La parcelle Dugat est positionnée à l'extrémité du versant méridional et forme un quasi plat orienté plein est , elle jouxte deux micro-parcelles appartenant au domaine Duroché qui ne sont pas revendiquées en Griotte. J'ai toujours pensé que ce vin était un amalgame des caractères Griotte et du fameux plat du dessus des grands Charmes. De ce fait il s'agit sans doute du vin le plus "personnel" du lieu-dit. Il allie la puissance veloutée des Charmes à la finesse de texture de la Griotte.

Je dirais au final que Griotte de mon point de vue est un climat très séducteur et original mais qu'il ne possède pas toute la classe de Chapelle haute, du plat des grands Charmes ou de Ruchottes. C'est un peu l'Amoureuses de Gevrey-Chambertin en fait!

 

 

Patrick Essa - 2018

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Ness 13/02/2020 11:49

Merci pour votre blog
en attendant votre livre...