Comprendre Le Vignoble de Gevrey-Chambertin

Publié le par Patrick Essa

Comprendre Le Vignoble de Gevrey-Chambertin

Comprendre le vignoble de

Gevrey-Chambertin

 

Ecrit Par Patrick Essa Vigneron en Bourgogne

Janvier 2016

Gevrey est la commune de rouge la plus vaste de Côte d'Or. C'est elle qui compte le plus de grands crus - neufs - même si Corton a une superficie classée plus importante dans cette catégorie. Elle compte également un coteau entier de haute qualité classé "seulement" en premier cru et, cerise sur le gâteau, plus de 200 hectares de simples "villages". Cette importante surface est largement due au cône de déjection que les dépôts de la Combe Lavaux ont formé.

Vaste surface de limons mêlées aux éboulis calcaires et à l'argile ce tapis "colluvionnaire" qui s'étire de Morey à Brochon est fort qualitatif pour produire des vins aussi complets que réguliers et la commune y puise une part important de sa notoriété. De tout temps il s'est ici produit des cuvées de "Gevrey simple" gourmande et parfumée et c'est peut être la plus grande force de cette appellation célèbre entre toutes.

Les Gevrey-Chambertin de niveau "Village"

Plusieurs secteurs existent:

les climats situés sur le village mitoyen de Brochon et qui ont droit à l'appellation Gevrey. Les deux principaux font partie intégrante de la Côte Saint Jacques et sont parfaitement dignes d'être isolés, ce sont En Champs (qui est à cheval sur le finage de Gevrey) et Evocelles. Les deux sont très qualitatifs et constituent sans doute les deux meilleurs lieux-dit "villages" de ce côté Nord.Frais, parfumés et riches ils sont très proches du niveau premier cru et se vendent plus chers, et de manière très souvent individualisées, que les autres. En plus de ces deux super "villages" il faut aussi tenir en haute considération les lieux-dits Creots et Jeunes Rois qui forts gourmands et pleins participent à des cuvées racées et profondes. On notera que Gevrey a historiquement toujours refusé de classer La meilleure partie du coteau de Brochon en cru alors qu'elle se satisfait fort bien d'y puiser des vins en ayant la densité. Funeste pour Brochon qui n'est pas reconnue à son juste niveau mais très heureux pour les consommateurs futés qui peuvent se procurer ici d'excellents rapports qualité prix.

les Climats de la Côte Saint Jacques dans le prolongement de ceux de Brochon. Les vins les plus charpentés naissent ici. Un peu plus rustiques mais bien constitués. Certaines zones basses plus humides sont moins favorables. - les climats situés au cœur du village et qui sont intriqués dans les maisons et leurs accès. Plus délicats car placés sous l'influence des dépôts issus de la Combe Lavaux. Quelques Clos y puisent une réputation méritée (Clos de Tamisot, Clos Village par ex) La zone la plus fraîche regarde le Nord Ouest et s'appelle Marchais, ce sont les crus les moins intéressants.

les climats sur le cône de déjection. Sur les dépôts limoneux et les argiles, elle exalte les fruités gourmands et les matières souples. Les vins y sont séducteurs et peuvent être excellents dans Les Crais et la Justice.

les climats situés sous les premiers crus et grands crus de la Côte Chambertin. Tous très bons et typés Côté Chambertin. Il y a des nuances bien entendu mais Vigne Belle, Etelois, Champs Chenys, Echezeaux et Clos Prieur Bas sont extras. Les quelques climats derrière la nationale sont un peu moins parfaits et leur classement est assez généreux. Cependant Seuvrées peut être intéressant.

 

 

Les Premiers crus de La Côte Chambertin

La commune de Gevrey a été sage au moment des classements des années 1930/1940. Nulle part mieux qu'ici les proportions des villages, premiers crus et grands crus n'ont été aussi équitables. Le client qui cherche à acheter du vin à ici de quoi se fournir dans les trois niveaux de la gamme et peut même, cerise sur le gâteau, compter sur de bons Bourgogne génériques par la grâce d'un vaste cône de déjections créés par des dépôts limoneux forts qualitatifs.

Ainsi de manière assez logique il n'est point de cru qui soit galvaudé sur la Côte Chambertin et tous ont un message aromatique assez personnel à mettre en avant. Seul petit bémol, la petite entité des crus "centraux" entre Côte Saint Jacques et Côte Chambertin qui sans démériter n'est pas au niveau des autres premiers crus du finage qui pour nombre d'entre eux pourraient passer pour des oubliés du sommet du classement. Combien de Clos Prieur, Combottes et autres Cherbaudes pourraient en ses terres rivaliser sans honte avec leurs prestigieux voisins...ainsi va la vie des communes vastes qui ont nécessairement taillé moins larges les contours de leur excellence.

Entre Morey au Sud et la route de la Combe Lavaux, cette côté peu large, assez faiblement inclinée vers l'Est et coiffée par des sapins sombres est sous l'influence éolienne des deux combes qui l'encadrent, Grisard au Sud et Lavaux au Nord. C'est ainsi une zone tempérée qui permet aux pinots noiriens de s'épanouir sur une maturité ni trop tardive, ni trop précoce, leur procurant peaux épaisses et aoûtement des rafles et pépins. Sa ventilation éloigne les maladies, sa pente douce permet un bon drainage en limitant les ravinements et son substrat est incomparable pour charpenter des crus pleins et charnus.

 

La Petite Chapelle:

La petite Chapelle était autrefois dénommée Chapelle "basse" ou encore "champitenois". Pendant inférieur de la Chapelle Haute qui donne aujourd'hui en compagnie des Gesmeaux le grand cru Chapelle-Chambertin, c'est un premier cru naturel qui ne souffre d'aucune contestation. De ce fait il est souvent considéré comme l'un des cinq meilleurs de la commune.

Le cru placé sous la Chapelle-Chambertin et les Gesmeaux encadre le très peu connu et revendiqué climat "en Ergot". Il mesure un peu plus de 4 hectares et montre une nature complexe qui mêle douceur de texture et finesse dans certaines cuvées et fougue et tension dans certaines autres. De ce fait l'aura de vin "plutôt" féminin et tendre qu'il véhicule n'est pas toujours avérée car il existe des exemples étonnants de ce cru aussi masculins et athlétiques que peu délicats. En revanche sa complexité n'est jamais prise en défaut et sa nature tellurique est d'une rare prégnance. Sans doute les parcelles - peu nombreuses - surplombant En Ergot ont-elles même un rien plus de délicatesse...mais en la matière il faudrait organiser une vraie comparaison car mon observation est purement "sensitive".

Je déguste depuis de nombreuses années ceux des domaines Rossignol-Trapet et Trapet mais également par intermittence les vins des domaines Dugat-Py, Humbert, Guillon, Marchand-Grillot et du domaine des Perrières. Il me semble que le vin a toujours un vrai besoin de temps pour affiner sa nature, qu'elle soit délicate ou musclée. Une Petite Chapelle se rapproche nettement du caractère Gesmeaux avec un rien de finesse en plus et sans doute un peu moins de feu intérieur, mais c'est toujours un fort beau vin!

Le Bel-Air:

Dans le prolongement des Ruchottes du Dessus et juste au dessus du Chambertin Clos de Beze, le climat de Bel-Air semble avoir été conquis récemment sur les sapins surplombant actuellement la côte. Il n'en est rien car on retrouve la trace de ce cru dans des parcellaires forts anciens et il semble avoir toujours été planté de vignes...avant même que les résineux ne couvrent le dessus du coteau. Cela dit comme le climat se décompose en parties "villages" au dessus et "premier cru " en bas" il est assez certain que l'homme a augmenté imperceptiblement son pré-carré au fil du temps. Parfois de manière quelque peu intempestive comme récemment...gageons que les instances gibriaçoises continueront d'exercer à bon escient leur vigilance par l'intermédiaire de l'ODG de l'appellation.

Ce cru élevé est le plus frais de la Côte Chambertin. Marqué sur ses 2,66 ha par des terres légères à assez profondes surtout au nord en bas, il est également caillouteux et marno-calcaire. Son exposition plein Est lui confère une bonne insolation et pour peu qu'il soit récolté mûr - et donc assez tardivement - il participe sans doute un peu de la qualité de ces voisisns célèbres.

Je l'ai souvent dégusté dans mes premières années de dégustateur chez Charles Quillardet puis chez Taupenot-Merme et Charlopin en lui trouvant toujours une réelle présence et un grain tactile affirmé. Ce n'est pas le plus délicat de la côte mais son fruité éclatant plaide incontestablement en sa faveur.

 

Les Cherbaudes :

Il s'agit probablement du plus fin des premiers crus de Gevrey-Chambertin. Dans le prolongement septentrional des Gesmeaux qui ont le droit à l'appellation Chapelle-Chambertin, ce cru relativement plat et solaire repose sur un substrat argilo-calcaire mêlé de limons. Assez morcelé si l’on excepte les parcelles Fourrier (17 ouvrées), Beaumont (12 ouvrées) et Boillot (8 ouvrées) il est de ce fait assez rare mais sa qualité est incontestable. Mesurant 2,19 ha il marque les crus du côté de la distinction et ressemblerait "presque" à un Chambolle égaré dans la Côte Chambertin. Je me souviens de "spécimens" d'âges honorables d'une indicible délicatesse dégustés chez Pierre Boillot mais aussi au domaine Marchand à Morey. Je le compare également aux Cailles de Nuits Saint Georges et lui attribue en dépit de sa nature soyeuse et avenante une très belle capacité de garde. Incontestablement à positionner dans la première catégorie des "premiers crus" à mon sens.

La Perrière :

Mesurant 2,47 ha la Perrière est un climat pourtant assez disparate car il comporte en son sein les vestiges d'une carrière exploitée durant plusieurs siècles. Il en résulte une importante dépression que l'on peut facilement observer le long de la route des grands crus juste en face des Mazis Bas. Son sol a par ailleurs longtemps été parsemé de Chenevières dans sa partie haute au sud - d'après les recherches cadastrales de Charlotte Fromont - et il me semble que seules les parties médianes et basses peuvent être considérées comme un substrat naturel non remodelé. Qui qu'il convient d'être ici prudent car le passé recèle d'informations que nous ne connaissons pas toujours.

Assez proches du Closeau voisin, ces terres sombres et caillouteuses ont une belle proportion d'argile et diffèrent sensiblement du haut du Clos Prieur qui touche le climat au sud. Ce n'est pas le vin que je préfère en général car si je lui trouve une vraie finesse de constitution, il manque parfois d'un peu de corps et de profondeur pour égaler les Clos Prieur et Petite Chapelle non loin. Un vin fin et bouqueté, assez proche de la nature variétale du pinot noir mais sans la race ultime des crus mitoyens. Il se déguste en général un peu plus rapidement que les autres.



Au Closeau:

 Petit premier cru mesurant 53 ares Closeau est fort bien situé au pied de la Cote des grands crus juste sous le Mazis-Bas. et comme enclavé dans la Perrière. Je ne sais si ces terres ont été remaniées et s'il a été utilisé comme chenevières ou comme carrière - il y en avait dans la Perrière voisine - mais il est certain que sa situation à la sortie du village lui a vallu diverses attributions au cours des siècles.

Son sol argileux et blond qui mêle cailloux et quelques dépôts limoneux doit sans doute donner des vins dans laquelle la finesse s'affirme. Mais je ne m'aventurerai pas à le caractériser car je le déguste très peu. Deux propriétaires se le partagent- le domaine des Perrières et Drouhin Laroze -et seule ce dernier qui possède les 8/10 du climat en produit un régulièrement.

 

Les Fontenys:

Voilà un cru au fond assez méconnu qui est situé sur le cône de déjection de la combe Lavaux. Marqué par une situation assez singulière qui le fait regarder au septentrion selon une pente relativement accidentée, il mesure 3ha 73 ares.

Il comporte je pense deux parties distinctes, une partie basse qui jouxte les maisons du village est plus fraîche et argileuse. Elle livre des vins charnus et un peu austères qui révèlent souvent une nature un peu ombrageuse en jeunesse mais qui vieillissent bien. L'autre partie, pentue comporte le Clos du Fonteny - 18 ouvrées - exploité par Bruno Clair à Marsannay. Les deux hectares restant sont assez morcelés mais l'on y retrouve deux belles parcelles appartenant au domaine Joseph Roty et à Christian Sérafin. Je n'ai jamais trouvé de réelle unité de terroir dans ces vins qui ne font pas partie de mon panthéon personnel au niveau communal. Ce sont pour moi d'honnêtes "villages" qui n'ont pas souvent la carrure d'un vrai premier cru. Mais sans doute suis-je là un peu sévère...

 

Clos Prieur:

 Entre La Perrière et Cherbaudes le Clos Prieur est un cru qui est souvent considéré parmi les meilleurs de la Côte Chambertin. Une situation juste sous les Bas Mazis sur une zone relativement plane et limoneuse qui combine argile et cailloutis lui procure un caractère « réglissé » qui le rapproche nettement du grand cru voisin.

Il se partage en deux parties distinctes, l'une haute en appellation premier cru et la seconde "basse" en appellation village. Cette dernière plus argileuse et moins « draînante » n'en possède pas moins un vrai potentiel. Certains domaines - comme Marc Roy - possède des parcelles dans les deux zones et les assemble pour les déclarer en "village". Une aubaine pour les particuliers qui le savent! Le "Haut" mesure 1, 97 ha seulement et la plus grande parcelle est exploitée par le domaine Rossignol-Trapet qui en cultive 26,51 ares.

 

Les Corbeaux:

Corbeaux est un peu le vilain petit canard de Gevrey si l'on considère son nom bien peu attractif. Il rejoint en celà certains "Cras" des villages voisins qui eux aussi rappellent le noir et bien peu élégant volatile. Mais en Bourgogne il ne faut pas s'arrêter à la joliesse supposée du nom et il semble avéré que certains Charmes peuvent être un peu surfaits et non moins évident que cet oiseau là n'augure d'aucun mauvais présage.

Terre sombre, mêlée de cailloutis le climat orienté au levant est contigu des Mazis bas et juste séparé de lui par une "coupée". Ses premiers rangs ne sont pas loin de le valoir car ils partagent sont sol et son exposition en même temps que sa douce déclivité. En revanche seule la moitié des 3,20 hectares du climat possède ce caractère car plus l'on s'approche des maisons du village au nord plus la pente s'abaisse et le sol s'alourdit.

C'est un cru que je déguste assez souvent chez Denis Bachelet, Heresztyn, Pierre Boillot et Rossignol-Trapet et il me paraît tout à fait digne des plus belles expressions de cette côte fabuleuse. Un vin plein, sauvage et puissant qui vieillit avec une grâce remarquable dans une registre qui curieusement annonce un peu le caractère de la Côte Saint Jacques

 

Les Champonnets:

Voilà un cru assez méconnu qui cherche un peu sa véritable nature car il est coincé entre les deux Côtes de Gevrey-Chambertin et se situe sur le cône de déjection limonneux de la Combe Lavaux. Il constitue en compagnie d'Issarts, Craipillot Fonteny et du Clos du Chapitre une zone de transition, ventée, assez fraîche mais comportant des sols calcaires de très bonne qualité. Ce sont des crus un peu plus tardifs qui versent un peu vers le nord et qui doivent à mon sens être cueillis un rien plus tard que les autres pour s'exprimer pleinement mais qui peuvent en revanche avoir une capacité de garde étonnante.

Le cru est petit et ne mesure que 3,32 hectares, il est de plus très morcelé si l'on excepte la grande parcelle du domaine des Varoilles (70 ares). Beaucoup de producteurs assemblent leurs quelques ouvrées avec d'autres crus du finage pour revendiquer le vin assemblé en "premier cru" simple, c'est le cas du domaine Denis Mortet. J'aime souvent les vins des domaines Guillon, Louis Boillot et Herestyn car ils sont impeccablement vinifiés et marqués par une petite austérité initiale qui leur sied bien car ils vieillissent avec harmonie. Je déguste parfois aussi celui de Faiveley qui exploite une partie du bord ouest du climat.

 

Les Combottes

Certains crus ont des caractères qui les isolent quelque peu des autres vins de leur finage car ils confinent géographiquement aux limites d'autres communes. Ainsi les Santenots de Meursault ont ils des accents volnaysiens alors que les Combettes de Puligny évoquent irrésistiblement les grands Meursault... On le voit, les frontières cadastrales des villages ne se réduisent pas de manière évidente aux caractères morpho-géologiques qui typent les climats d'une commune.

Les Combottes sont un cru caché de Morey et probablement le meilleur de cette appellation avec les Chaffots, les Façonnières, les Charmes et les Millandes... Pourtant elles sont gibriaçoises! Le problème toutefois est que en situation Sud dans le milieu de la côte Chambertin, elles ne ressemblent en rien aux quelques premiers crus du Nord de cette même Côte qui sont contre Chapelle, Ruchottes et Mazis. En fait lorsque l'on regarde le coteau il apparaît avec une certaine évidence qu'elles prolongent le climat de Monts-Luisants qui comme elles est en certains endroits marqués par des dépôts sableux. Ce sable qui, lorsqu'il reflète les rayons du soleil au moment du travail des sols les fait briller et reluire de milles feux. Ce scintillement là au milieu de la pente a sans doute fait penser aux vignerons piochant à façon que la terre sur laquelle ils étaient,pouvait être un véritable Mont-Luisant. On comprend ainsi mieux cette étymologie du voisin qui rayonne sur Combottes comme on comprend que ce cru plat à faiblement pentu placé sous la Combe Grisard et versant un peu vers le Sud ait été nommé ainsi. Les Combottes sont donc sous une Combe qui se dessinait parfaitement lorsque les "eaux et forêts" n'avaient pas eu la funeste lubie de la parsemer de sapins réfrigérants et coupant les vents, il y a quelques cent ans.

Entre Clos de la Roche des Monts Luisants et Latricières-Chambertin, notre cru dessine sur cinq hectares un presque carré plat qui se relève quelque peu sur son bord Ouest. Son substrat argilo-calcaire mêlé de sable est relativement pauvre et peu épais et la vigne y souffre lorsque les années sont trop sèches. Toujours fin et très délicat, il peut manquer d'un rien de tension et se diriger sur les sentiers de la maturité chaude en décuplant alors ses notes de prune et d'épices. Comme ces deux grands crus voisins, il développe des accents de girofle et de camphre parfois très insinuants en même temps qu'une touche poivrée saisissante.

Propriété de nombreux vignerons de Morey qui ne voient que ce premier cru de Gevrey depuis leur village car ensuite la pente "efface" les Chambertin, c'est un cru charnu et généreux qui se montre très proche de la nature du millésime. En ce sens il n'a peut être pas la capacité à gommer les variations climatiques qu'ont les meilleurs grands crus et est à sa place sur le plan du classement. Un bon premier, n'ayant pas la carrure d'un leader d'appellation.

 

Les premiers crus de la Côte Saint Jacques

Certains premiers crus de la côte ont une « aura » de grand cru pour de nombreux dégustateurs et il est parfois assez incompréhensible de constater leur niveau année après année sans pouvoir expliquer le « pourquoi » qui les a éloigné de la plus haute marche du podium au moment de la naissance des AOC dans les années trente.

A Gevrey à cette époque, le Chambertin brille de tous ses feux et de mémoire d’homme il a toujours été le premier avec son frère de sang le Clos de Bèze. Les vignes qui jouxtent ces deux terres sont plus morcelées, un rien moins bien exposées et moins considérées dans l’imaginaire communal, mais il faut dessiner un périmètre de vignes « grand cru » qui puisse satisfaire à la fois les propriétaires récoltants, les fermiers et le puissant négoce de la place ; tout en conservant la puissance de feu d’une commune qui est déjà à la première place de la côte de Nuits en compagnie de sa jumelle Vosne Romanée. En sommes il faut être capable de donner une belle surface de grand cru tout en préservant la notoriété et le sérieux de la commune en montrant que tout ne peut être classé et que surtout ce classement possède une logique. On découpera donc selon les limites joignantes des deux seigneurs précités. Un classement d’école qui assez loin d’entériner des usages loyaux et constants laisse sur la touche les meilleurs crus de la Côte Saint Jacques en minorant au moins trois crus de très ancienne notoriété : Le Clos Saint Jacques, la Combe aux moines et les Cazetiers.

Le Comte de Moucheron châtelain de Meursault possède alors l’intégralité du Clos Saint Jacques et se montre peu attiré par un classement hiérarchique qui lui paraît superflu du fait de sa position de monopole. A quoi bon classer un Clos qui de toute manière est déjà reconnu comme une tête de cuvée incontournable. Cazetiers, Estournelles et Combe aux Moines plus morcelés ne possèdent pas de vrais défenseurs influents. Les Veroilles appartiennent à M. Joliet et lui non plus ne se montre pas « acharné » pour classer cette merveilleuse entité exposée plein sud. Les instances légales ont semble t’il tranché sans avoir eu à entendre vraiment la « voix de la côte Saint Jacques » et en négligeant de manière fort légère les classements anciens. En effet le docteur Lavalle classe Verroilles, Saint Jacques et Clos Saint Jacques, Estournelles et Castiers (sic) en premières cuvées de finage comme Ruchottes, Grillotte (sic), Charmes haut, Chapelle haute et Mazy haut. Latricières, Mazoyères et toutes les parties basses des crus de la côte chambertin sont reléguées au rang de seconde cuvée…avouons le cette vision là correspond nettement plus à la réalité du terrain et à mon sentiment de dégustateur.

 

Le Clos Saint Jacques:

Voilà un clos qui a appartenu longtemps - en monopole - à la famille du Comte de Moucheron de Meursault. Il fut de ce fait éloigné d'un classement en grand cru car son statut de Clos ne le prédisposait pas plus que cela à ce classement d'un type "nouveau" dans les années 1930...funeste erreur! Aujourd'hui le Clos se partage entre cinq propriétaires et est dans son entier considéré comme le meilleur premier cru de Gevrey-Chambertin et sans doute même de toute la côte nuitonne avec les Amoureuses de Chambolle. Il se vend de ce fait souvent au prix d'un grand cru et en a toute la classe naturelle.

Terroir marno-calcaire, caillouteux et idéalement exposé au levant, il part de la base de la route de la Combe Lavaux pour finir proche des sapins. Sa situation de sortie de Combe associée à sa pente forte qui combine différents étages de températures en font une entité d'une complexité rare. Si l'on ajoute que chacun des propriétaires en possède un ruban le coupant d'Est en Ouest et donc de bas en haut, on comprendra aisément que ce vin est "naturellement" régulier et homogène.

 

Lavaux Saint Jacques:

Le terroir de Lavaux - ou Lavaut - sur Gevrey est sans doute l'un des plus austères de la commune. Placé dans la partie est de la combe dont il porte le nom, il est assez venté et il lui faut plus de temps que les autres pour parvenir à juste maturité. Toutefois lorsqu'il est cueilli parfaitement mûr il dispose d'une puissance et d'une complexité qui le place parmi les meilleurs crus de la commune. N'attendez toutefois jamais d'exhubérance de ce cru retenu en jeunesse. C'est un cru svelte et dense qui possède une nature compacte en même temps que terriblement puissante et un rien sauvage. J'avoue l'apprécier particulièrement et il me semble être le seul à pouvoir rivaliser avec les Cazetiers et le Clos sur cette Côte. Encore faut-il observer où il est produit car les parties hautes - plus caillouteuse - et basses - marquées par les argiles - n'ont pas toute la même expression.

Positionné sur un sol argileux et calcaire parsemé de bans marneux, Lavaux est orienté Sud-Sud Est et si la fraîcheur éolienne des vents de la combe l'impreigne, il est aussi marqué par une forte et tardive insolation. Entre froid et chaleur il dispose d'une des natures les plus originales du finage. Mesurant un peu plus de 9,5 hectares il est assez morcelé mais a la chance de compter de nombreux excellents producteurs le récoltant.

 

Estournelles Saint Jacques:

Tout contre le Clos Saint Jacques qu'il longe dans sa partie supérieure, le petit cru d'Estournelles - ou encore Etournelles - surplombe le Lavaux Saint Jacques. Marqué par des terres assez pauvres calcaro-marneuses il fait sans doute partie des vins les plus élégants et raffinés de la commune avec un caractère qui le rapprocherait singulièrement de l'équilibre d'un grand vin blanc. Terre d'altitude, un peu fraîche, ventée mais parfaitement ensoleillée grâce à son orientation au Sud-Est, je le tiens pour l'une des petites merveilles minorées de Bourgogne.

Les vieux vins d'Henri Magnien, du très discret domaine Esmonin - à ne pas confondre avec Sylvie Esmonin - m'ont toujours séduit par leur style pur et ce côté tacile si caractéristique de ce climat? Emmanuel Humbert produit ici une pièce annuelle d'un vin hors norme qui est sans aucun doute "sa" grande cuvée. Recherchez ce cru car il le mérite!

 

Les Champeaux:

Cru discret idéalement placé à la sortie du village de Gevrey en allant sur Brochon, coincé entre les Evocelles, les Goulots et les Combes aux Moines, Champeaux donne des vins énergiques et puissants à forte capacité de garde. Son sol exposé au levant, pentu et caillouteux est composé également de terres marno-calcaires parfaitement draînées. Il me semble assez évident que le cru porte en lui deux expressions distinctes liées àl'emplacement des vignes sur le coteau. Les parties hautes plus fraîches donnent des vins à tension affirmée qui doivent tempérer leur fougue sur la durée; alors que les parties basses sont plus directement séductrices et possèdent un "soyeux potentiel" de texture plus directement évident. Bien entendu tout cela doit être tempéré par les modes de vinfications dont usent les viticulteurs.

J'ai toujours apprécié ceux puissants du domaine Naddef et l'élégance des vins de Denis Mortet et Gérard Harmand. Je me souviens aussi avoir dégusté de vieilles "quilles" chez Henri Magnien - la mémoire de Gevrey-Chambertin - en compagnie de son fils.

 

Les Cazetiers:

Le cru Cazetiers est situé sur la partie nord du finage, dans ce que l'on appelle localement la Côte Saint Jacques. Son sol brun foncé, argilo-marneux et mêlés de rendzines légères à certains endroits est orienté vers l' Est sur une pente assez forte. Cela procure au vin un caractère masculin affirmé. Les Cazetiers sont des vins corsés, charnus et un peu sauvages qui ont besoin d'une longue maturation sous verre pour donner toute leur mesure. Le climat est composé de deux parties distinctes:

Les Cazetiers proprement dits - 9,12 ha - qui partent du mur du Clos Saint Jacques et vont jusqu'au Combe aux Moines et les Petits Cazetiers - 96 ares -situés juste en dessous de la Combe aux Moines et qui semblent quasiment intégré dans ce cru dans une zone légèrement vallonée. Les "Grands" Cazetiers partent des maisons du vieux Gevrey pour venir mourir tout contre les sapins à une altitude relativement élevée, près de 340 mètres. Ce sont des vins d'une rare complexité, sauvages et aériens qui n'ont d'équivalent dans la commune que le Clos Saint Jacques. Aussi pleins que l'ensemble des grands crus de la Côte Chambertin ils se ditinguent nettement d'eux par un grain de texture plus affirmé et une certaine "dureté" en jeunesse. Mais au vieillissement ce sont des vins sanguins et sauvages absolument incomparables. Je les tiens pour l'un des cinq meilleurs climats premiers crus de deux Côtes "Oriennes" .

Le Poissenot

Poissenot est l'un des premiers crus de Côte d'Or les plus élevés sur le coteau. Enclavé entre Les Varoilles et Estournelles il culmine à près de 355 mètres alors que la moyenne des autres crus et proche de 260 mètres. Son exposition plein sud compense partiellement cette situation en altitude mais n'empêche pas le cru de s'exprimer sur une rectitude qui confine parfois à l'austérité. Je me suis toujours demandé d'ailleurs si cet endroit marno-calcaire très caillouteux n'auraient pas dû constituer un naturel cru blanc. Il y a fort à parier que l'on en vinifierait d'excellents ici et je suis bien certain que dans le passé certains essais y ont été opérés. Si quelqun en a le souvenir, qu'il me contacte!

Sans que je puisse absolument en être certain car mes dégustations de ces 15 dernières années n'ont pas été assez analytiques et comparatives sur ce cru, il me semble de manière intuitive que l'on peut isoler deux secteurs Poissenot. Le premier dans la partie haute contre La Romanée, que je nommerai "la maison bleue" comprend une partie conduite en terrasse et est cultivée par la famille Humbert. Un endroit frais et sec qui bénéficie d'une des plus belles "vues" de la commune sur la fin de Combe et le début du village de Gevrey haut. Le second en dessous jouxte Estournelles au levant en formant une sorte d'enclave dans les Varoilles. Les familles Geantet, Clair et Lucot se partage ce lieu mais seule la première en tire régulièrement une cuvée isolée. Les deux secteurs diffèrent car si le premier est plus fin et élégant, le scond est marqué par une richesse constitutive plus affirmée.

Si son nom et sa petite surface le déservent quelque peu il ne faut pas négliger la qualité de ce vin qui ressemble un peu aux Chanlin et Clos des Ducs de Volnay et à la partie haute du Clos des Chênes.

La Bossière:

Ce tout petit cru mesurant moins de 50 ares est la propriété exclusive du domaine Harmand-Geoffroy. Le climat est situé à l'extrémité de la Combe Lavaux juste dans le prolongement du bas des Verroilles. Son sol brun noir chargé d'argile est également mêlé de petits cailloux. Situé dans une zone fraîche, tardive et orientée au Sud- Est, il y puise une nature délicate et subtile lorsqu'il est récolté bien mûr. En année tardive son grain peut être plus anguleux, sa couleur plus légère et sa tension plus affirmée. j'aime sa personnalité singulière assez atypique à Gevrey si l'on excepte les Estournelles.

Le Clos des Verroilles et la Romanée:

Propriétés monopolistiques de l'extraordinaire domaine des Varoilles ces premiers crus historiques furent hautement considérés jusqu'au début du vingtième siècle, époque à la quelle curieusement ils s'engouffrent dans une sorte de long chemin les conduisant au quasi anonymat qui est le leur aujourd'hui. Terres de fonds de combe et d'altitude, elles sont en compagnie de la Bossière, des Estournelles et du Poissenot les zones les plus fraiches car sous influence de tourbillons éoliens de cette petite vallée sèche au charme incomparable. Les sols sont évidemment de tout premier ordre et leur situation qui verse vers le Sud est assez ensoleillée et compense leur emplacement assez élevé en moyenne, surtout pour les Varoilles.

Terres assez claires et pierreuses, formant un substrat calcaire parsemé de bans marneux, elles confèrent aux fruits qui y sont récoltés une très grande énergie et une tension qui peut être admirable. Le Clos des Varoilles est en général plus terrien, assez puissant et les bouteilles produites doivent impérativement vieillir pour fondre leur masse tannique parfois imposante. Cousin du Lavaux non loin, il est, sur ses presque 7 hectares, toutefois moins austère en moyenne et se révèle souvent plus fin et subtil. Un matériel végétal plus fin est largement replanté aujourd'hui et je crois que ce vin sera l'un des plus en vue dans les décennies à venir si l'on considère le réchauffement climatique actuel dont il tirera forcément profit.Une valeur montante.

La Romanée est un vin très rare, personnel, subtil et élégant qui ressemble au Poissenot voisin mais avec moins de puissance et plus de race. Cette terre extraordinaire pourrait porter des blancs fantastiques tant son cacractère pierreux et élevé ferait ici merveille avec le chardonnay. Mais sans doute est-ce là une vision de producteur de Meursault...Quoi qu'il en soit le cru mérite une attention particulière car il ne se vend pas à des prix exhorbitants.

Les Grands crus

Le Chambertin:

Gevrey accole à son nom au 19 ieme siècle celui de son cru le plus connu et diffusé, Chambertin. Pourtant le Clos de Bèze lui est antérieur et ce "champ de Bertin" qui le jouxte au Sud acquière ses titres de noblesse il y a 300 ans par la grâce d'un génial propriétaire et marchand, Jobert De Chambertin et d'un métayer intègre l'ayant précédé de quelques décennies, Claude Jomard. Ce dernier remettra les vignes dans un parfait état en développant la notoriété du cru, le second saura le diffuser et le faire reconnaître dans les grandes cours d'Europe de l'Est - même si son titre ronflant de "marchand de la Cour Palatine" n'est guère avéré - et surtout ils ancreront dans la légende tous les vins de la commune pour les décennies à venir.

Ils mériteraient assurément qu'on leur dresse une statue au cœur de ce grand cru car au fond au moins autant que les moines - dont on décuple de manière folklorique les mérites avec constance et application mais sans grand discernement - ils furent les instigateurs des vins d'origine. Le grand Bourgogne moderne est sans doute pour partie la suite de leur "œuvre" commune et de leur vision du cru sélectionné dans les meilleures terres, y compris au sein même du Chambertin ou du Bèze.

Placé à la sortie du village de Gevrey-Chambertin dans le prolongement du Clos de Bèze et sur une pente assez douce, le climat de Chambertin est orienté plein Est. Il mesure très exactement 12 ha 90a et 13ca mais comme le Clos de Bèze peut également revendiquer ce nom "simple" on le rencontre plus souvent que lui. Je pense qu'aujourd'hui près de 20 hectares de vignes revendiquent donc ce nom. Un paradoxe qui ne fait que confirmer la complexité de la compréhension des terroirs bourguignons et surtout qui modère les analyses essayant avec acharnement de distinguer les deux crus.

Le Chambertin est depuis longtemps considéré comme l'un des cinq meilleurs grands crus de Bourgogne. Sa position médiane sur un coteau peu pentu et légèrement frais et venté lui confère un grain de texture inimitable qui avant même ses arômes envoûtants le désigne comme un des plus personnels de la Côte de Nuits. Ici, le profil aromatique variétal du pinot noir s'efface pour laisser une nature un peu ombrageuse et sauvage s'affirmer sans éclat ostentatoire mais avec une rare intensité.

Lorsque le vin est parfaitement vinifié il libère dès sa jeunesse de prégnants arômes de bâton de réglisse qui le singularise nettement et qui font penser parfois à certains dégustateurs qu'il pourrait manquer de complexité face à son voisin Clos de Bèze, qui serait plus immédiatement élégant et aromatique. Prenons cela avec prudence et circonspection car le Chambertin n'affirme son évidente supériorité que sur la longue durée.

Coiffé par une bande d'arbre, incliné en pente douce vers le levant et sous l'emprise des vents qui sortent de la combe Grisard située juste au dessus au sud ouest, c'est un climat légèrement frais sur l'ensemble de son territoire, mais il est aisé d'imaginer que plus l'on va vers le Nord et plus on se situe au dessus et plus cette fraîcheur est prononcée. Comme le Musigny, Chambertin puise dans cette situation une vibrante et incomparable nature énergique.

Son sol bas et médian est composé de calcaire à entroque du Bajocien inférieur, alors que le haut - légèrement plus pentu et pierreux - est directement marqué par des bans marneux. Ce substratum profond est finement recouvert d'éboulis calcaires et de limons qui se sont déposés au fils des millénaires et mélangés par la façon culturale humaine, multiséculaire.

La finesse supposée des parties hautes associées à la puissance des secteurs peu inclinés du bas marquent quelque peu le cru selon les zones où il est produit et apporte de ce fait un éclairage étonnant sur sa nature de véritable Janus gibriaçois. Ainsi est-il révélateur de comparer les Chambertins "du bas" de Prieur, Mortet ou Charlopin avec ceux exclusivement situés "dans le dessus" de Bichot, Bouchard, Bertagna ou Tortochot. La sève un rien plus délicate et subtile de ces derniers face à la nature plus terrienne, puissante et austères des autres parcelles... il faudrait un "livre pour archiver toutes ces sensations!

Ces deux principales "expressions" ne résistent toutefois pas à la qualité des cuvées qui mêlent en une symphonie d'arômes les diverses origines. Il faut avoir taster les crus de Trapet, Rossignol-Trapet et Rousseau qui tous trois coupent le coteau de bas en haut pour avoir le fin mot gustatif de la "sphère Chambertin", celle qui sans doute permet de définir "le" Chambertin comme l'un des vins les plus incroyablement complet et accompli de Bourgogne.

Soulignons également que ce cru sanguin et fougueux aime les années solaires et qu'il s'exprime en année sèche avec encore plus de classe et de race, comme si sa nature austère aimait à s'épanouir sous les ors. Plus il est récolté mûr et précocement en Septembre, plus il se montre spontané, complexe et jovial. A l'inverse coupé fin Septembre ou en Octobre il rentre dans un froid mutisme qu'il ne quitte bien souvent qu'après quinze années - voire beaucoup plus - sous verre.

Le domaine Rousseau possède ici plus de deux hectares répartis entre partie hautes, basses et médianes et dans les secteurs nord, 50 ares qui longent le cru au dessus, et sud, plus de 1 ha 70 ares qui parcourent l'ensemble du cru dans le sens de la pente.Il produit des vins d'une rare noblesse de texture. Je vous recommande également ceux très denses et racés du domaine Rossignol-Trapet, plus doux et boisés de Charlopin, très énergiques de Prieur et Trapet et fort sensuels et très rares chez Arnaud Mortet ou Leroy.

Mais il n'est de médiocre Chambertin...

 

Le Clos de Bèze:

Le Clos de Bèze est au vin ce que la Bentley est à l’automobile. La quintessence du raffinement et de l’élégance sur une discrète touche de fougue et de sportivité. Ce cru idéalement placé sur la partie médiane du coteau s’étend sur près de 15,4 hectares. Création monastique très précoce de l'abbaye de Bèze des le 8 ieme siècle, il occupe une pente inclinée vers le levant qui s’élève également vers le sud à mesure que l’on s’approche de son alter-ego le Chambertin.

Son sol caillouteux, marno-calcaire est parsemé de cailloutis et composé de terres brunes un peu plus claires que ce dernier. Un rien moins frais que le Chambertin car peu marqué par les vents de la Combe Grisard, il est également plus précoce et en général donne des fruits de belle maturité qui exalte une nature douce et quelque peu féminine. On le compare certaines années aux grands crus voisins de Chambolle-Musigny mais je n’ai véritablement jamais trouvé la comparaison évidente, il est beaucoup plus proche de la nature interne concentrée et tellurique d’un Richebourg ou d’une Romanée. Mais à illustrer les sensations par d’autres crus on en oublie au fond que celui-ci est assez singulier pour se passer de référence.

Les gibriaçois lui attribuent toujours une aura particulière, c’est incontestablement le « leader naturel » d’un finage qui a la chance d’en compter deux. L'abbaye de Bèze le crée donc dès le haut Moyen Âge et sans aller piocher dans les cartulaires il est avéré que son nom a plus de 12 siècles. Il bénéfice donc en compagnie du Tart d'une antériorité sur tous les crus de ce secteur. Il est devenu Chambertin alors que c'est le Chambertin qui doit sa naissance au Bèze, de manière étonnante il peut revendiquer le nom de Chambertin seul et c'est une sorte d'hérésie d'observer ce cru singulier revêtir le nom d'un cru mitoyen créé à partir de lui. De ce fait si le Bèze est plus vaste que Chambertin, il se vend plus de ce dernier! L'ironie s'accentue quand certains se piquent de définir à coup sûr plus de finesse dans le Bèze... Alors que le Chambertin auquel ils pensent peut provenir aussi de son sol!

Au fil des siècles sa forme a peu varié mais il n'est curieusement devenu un vrai Clos ceint des 4 côtés qu'au cours du 14ieme, soit plus de cent ans après que l'abbaye de Bèze l'eut vendu au Chapitre de Langres en 1218. Son nom se prononçant moins agréablement que le Chambertin, Claude Jomard et Claude Jobert, qui en ont successivement la charge, l'assimilent à celui-ci et finissent juste avant la révolution française par le déprécier quelque peu.

Plusieurs secteurs morpho-géologique me semble le caractériser:

La partie nord basse et médiane qui prolonge les Mazis autour de la maison qui appartient au domaine Damoy. Relativement plane, caillouteuse et marquée par quelques limons et bans marneux. Elle se prolonge jusqu'à la vigne du domaine Bart. Les vins y sont très concentrés , bouquetés et pleins.Mais sa qualité a toujours été considérée comme moindre au fil de l'histoire. Ainsi Jobert de Chambertin ne l 'incorporait il pas dans son grand vin. Perfectionniste était-il car assurément l'endroit est des plus favorables et livre les crus les plus élégants.

La partie sud qui se termine également par une parcelle Damoy et qui commence par la parcelle Faiveley en incluant la grande parcelle Marion. Endroit où se situe une petite cabotte rouge. Cette zone est considérée comme la plus parfaite du cru, son épicentre en quelque sorte. Les terres s'assombrissent et la pente y est un peu plus forte, le vin lui y puise une énergie interne encore plus intense. Les Bèze sont ici un peu plus sombres et profonds et préserve une part plus athlétique en leur centre. Le Chambertin n'est pas loin!

Les parcelles hautes des domaines Zibetti, de Dujac et de Rousseau. cette dernière étant assemblée. Finesse, légèreté et distinction.

Les parcelles basses de Stephen Gelin, Drouhin Laroze (une petite partie de son ensemble ici) et Rebourseau. Seul le domaine Gelin propose "ce" Clos de Bèze de partie basse et médiane. Il en tire un vin profond, mûr et soyeux issu de deux parcelles situées dans la meilleure zone du cru

Mazis-Chambertin:

Zone tourmentée, faîtes de pentes et de bosses, le relief des Mazis - surtout dans le haut - a comme en Ruchottes des allures de vignes non mécanisées, comme si le temps s'y était arrêté au milieu du Moyen Âge. Des murs en pierres sèches coupent encore les petites parcelles et les gibriaçois, je crois, aiment à garder cette enclave hors du temps en une sorte de témoins du passé. Le climat de Mazye(sic) est cité dès le milieu du 15 ième siècle et son antériorité sur nombre de crus du nuiton ne fait aucun doute, tout comme sa forme quasi carrée qui mêle partie haute et basse, est presque immémoriale. Le terme de Mazis (ou encore Mazy ou Mazys) se réfère à d'anciennes constructions, il y avait ici probalement de petites habitations encloses dans le courant du premier millénaire.

Le climat cadastralement dit de "Mazis" mesure 9ha 10a 34ca et est coupé en deux parties dont on a longtemps évoqué la diférence qualitative. Le dessus êtant considéré comme plus qualitatif en raison de sa position plus haute sur le coteau et de sa pente plus forte. Cependant ces deux sous-climats sont coupés par une diagonale qui place certains Mazis Bas au dessus de certains Mazis hauts...on le voit "l'affaire" est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, d'autant que l'endroit s'érode vite et que de nombreuses terres du dessus ont raviné vers le bas. Il en résulte toutefois une partie supérieure un rien plus inclinée et solaire avec une couche végétale plus maigre. ou la pierre affleure en certains endroits. Lavalle au milieu du 19 ieme siècle classait le haut en première cuvée et le bas en seconde et il semble évident qu'un supplément d'âme subisite dans le haut qui est conidéré par de nombreux vignerons du cru comme le satellite des Chambertins le plus qualitatif. Car l'érosion qui parfois est annoncée comme nivellant la valeurs des deux sous climats ne peut être appelée à la rescousse, la route séparant les deux climats est suffisament large pour les individualiser et les pente et le ruissellement insuffisants pour que les dépots de ravinement franchissent cette délimitation humaine.

Nous sommes sur une terre du jurassique de l'étage bajocien et le sous sol est composé de calcaire à entroque. Un substrat assez proche de celui du Clos de Bèze voisin mais en plus recouvert sur le plan superficiel d'une terre brune, assez foncée. Le cru est encore un peu sous l'influence éolienne de la Combe Lavaux toute proche et sa situation plein Est est remarquablement uniforme. Plus riche que le Ruchottes voisin , il n'a toutefois pas la finese extrême du Bèze qui est juste à son côté Sud mais en revanche il peut se montrer d'une rare puissance et sa capacité de garde est proverbiale. C'est un seigneur de la Côte dont le terroir se positionne je crois dans le cinq "mineur" qui suit un hypothétique cinq majeur fait des Romanées, Musigny, Richebourg et Chambertin.

C'est donc un vin merveilleux qui se place dans le peloton de tête des vins du nuiton et qui cousine fortement avec Bonnes Mares. Il est sans doute le seul à pouvoir rivaliser avec l'intensité "athlétique" du cru en sa partie cambuléenne car sa texture toujours très profonde et sa générosité légendaire en font un vin de haute tenue qui s'épanouit véritablement sur le long terme.

Le domaine Harmand-Geoffroy exploite ici plus de un hectare dans des parcelles mêlant le haut et le bas du climat, il en tire un vin toujours très élégant et raffiné qui s'exprime depuis quelques années avec autant d'intensité que de douceur de texture. Avec ceux des domaines Dupont-Tisserandot, Guillon,Confuron-Cotetidot, Dugat et des Hospices de Beaune il me paraît être le plus complet de son temps.Déguster un Mazis a toujours été ces dernières années un intense moment de plaisir et je suis souvent séduit par la régularité de ce grand cru qui compte nombre de producteurs ayant la main sûre pour le vinifier.

Quelques Exploitants: Hospices(1.75ha); Faiveley(1.20ha); Harmand-Geoffroy(0.73ha); Rousseau(0.53ha); Dupont-Tisserandot(0.35ha); Esmonin(0.14ha), Confuron-Cotetidot(0.08ha) Auvenay(0.26ha), Dugat-Py(0.22ha)

 

Ruchottes-Chambertin:

A cet endroit le sol est assez tourmenté car il subsiste dans ce haut de coteau de nombreux pierriers et murgers qui donnent à ce grand cru des allures sauvages. C'est un peu comme si la main humaine avait eu en ce climat moins d'incidence sur l'ordonnancement des pentes et des parcelles. C'est un petit grand cru puisqu'il mesure seulement 3,30 hectares mais cela ne l'empêche pas de se décomposer en trois entités distinctes et nettement identifiables sur le terrain:

 

En premier lieu le Clos des Ruchottes du domaine Rousseau qui mesure un peu plus de 1 hectare et qui se situe dans la partie haute du grand cru. Il est orienté plein Est et n'est séparé des Issarts que par le chemin qui monte sur le haut du coteau. Le vin qui y est produit est souvent exceptionnel de velouté et d'harmonie et surpasse très régulièrement les Mazis et Charmes du domaine. Sa situation dans le prolongement des Issarts est sans doute un peu sous l'influence des vents de la Combe Lavaux, ce qui exalte un fruité frais et gourmand tout en autorisant une singulière "floralité". Il est souvent près à boire avant les autres grands crus.

Dans le prolongement du Clos, les Ruchottes du Dessus - dont le Clos créé au début du 20 ieme siècle par la maison Thomas-Bassot - fait également et naturellement partie qui sont enclavées entre celui-ci et le premier cru Bel-Air. Les parcelles ne sont pas très grandes mais les domaines Roumier exploite ici près d'un demi hectare. Le sol y est sans doute encore un peu plus caillouteux que dans le clos et sur le plan stylistique les vins ont une énergie et une tension un peu plus affirmée encore que dans le Clos.

Enfin les Ruchottes du Bas qui prolongent assez naturellement vers le septentrion le grand cru de Mazis Haut.Elles sont sans doutes un peu plus argileuses mais sont exposées de la même manière.Le domaine Georges Mugneret possède ici une parcelle de 68 ares qui donne un des plus beaux grands crus de Gevrey. Sa capacité de garde est impressionnante et il est en ce sens fort proche des Mazis hauts.

 

Un seule propriété à ma connaissance produit une cuvée assemblant le Dessus et le Bas à parts égales. Il s'agit du domaine Henri Magnien. Je me souviens en avoir dégusté de vénérables en sa compagnie il y de longues années déjà et le revoit m'expliquer avec passion "ses" Ruchottes" et "son" si précieux finage de Gevrey. Des moments inoubliables qui sans doute ont allumé ma passion pour cette commune à nulle autre seconde.

A titre personnel je place Ruchottes au dessus de Mazis et au même rang que Chapelle haute. C'est peut être le seul vin capable de regarder le Chambertin dans les yeux et il me paraît plus uniforme et régulier que les autres crus en dépit de sa rareté.

 

Chapelle-Chambertin:

Le Grand cru Chapelle-Chambertin mesure aujourd'hui 5 ha 48a 53 ca et se trouve sur une zone en légère déclivité qui regarde le levant. C' est un des secteurs le plus solaires et précoce du finage de Gevrey et il parvient très souvent à idéale maturité quelques jours avant le Chambertin. Son sol est constitué d'éboulis calcaires blancs qui grâce à leur perméabilité assurent un drainage optimal. Ce substratum marno-calcaire laisse poindre en certains endroits du haut du finage des têtes de roches qui affleurent. Les parties basses sont en revanche plus argileuses et collantes et marquent un peu les vins du côté d'une certaine sévérité qui n'est pas toujours associée à ce cru tellurique et infiniment racé.
Sur le plan historique la Chapelle dont il est question se nommait Chapelle du Clos de Beze car elle lui faisait face et se situait donc du côté Est du chemin qui va de Gevrey à Morey (un portique enjambait même le chemin d'est en ouest), elle a été bâtie en 1155 et rasée à la révolution de 1789 à 1792.(Source : le père Cordier, curé de Gevrey). Les Gémeaux n'ont pas toujours été considérés au même niveau que l'ancienne "Chapelle haute" ( coeur historique du climat ) et Lavalle les classe en deuxième classe alors qu'il place le haut en "première".A noter qu'à cette époque la petite Chapelle est classée au même niveau que les Gémeaux et je pense sincèrement qu'elle est plus proche de ces derniers.

Les propriétaires de Gémeaux sont peu nombreux de nos jours et si l'on se base sur les 30 dernnières années il fallait déguster chez Michel Noellat, chez Livera ( au coeur du climat ), Jadot ( la première vigne après les cherbaudes), Ponsot pour isoler le type du cru. Hors ces domaines - en dehors de Jadot - ne présentent pas beaucoup d'échantillons dans les dégustations comparatives.
Aujourd'hui une des parcelles Livera est exploitée par Claude Dugat et le domaine Rossignol Trapet en possède 16 ares car sa vigne est à cheval sur les deux lieux-dits. Il assemble logiquement ces deux entités. On comprend aisément que le lieu-dit est différent lorsque l'on se ballade dans les vignes car la pente est légèrement inclinée vers le Nord et en général la maturité y est plus tardive. David Rossignol a toujours un demi degré d'équart au moins entre ces deux parcelles par exemple. Il en résulte un "Gémeaux-Chambertin" qui est assez personnel car un peu plus raide dans ses premières années. Moins solaire que Chapelle haute (qui est en plus placé sur un sol moins profond), il donne des vins plus charnus, plus stricts aux tanins un peu plus formés. En revanche il gagne en puissance ce qu'il perd en élégance et il est assez sidérant de constater la sève des Gémeaux de Jadot ( vigne de 49 ans )ou de Jean-Marc Noellat qui en a réalisé de très beaux ( et combien méconnus) avant de céder le fermage de la vigne "Tremblay" il y a trois ans. Seul le domaine Rossignol-Trapet est aujourd'hui à même de diffuser un assemblage de Gémeaux et de Chapelle, en l'état précieusement unique.

Le secteur de Chapelle haute a beaucoup souffert des fortes chaleurs de 2003 et du stress hydrique. IL est de ce fait souvent un peu confit, facile et gourmand mais manque de race et d'équilibre pour aller vers la longue garde.Le retour au grand style se fera chez ceux qui ont bien triés en 2004 et qui ne seront pas victimes des coups de grêle , bien que le secteur ait été moins touché que d'autres. Il s'agit sans doute du plus suave des grands crus après les deux chambertin si l'on excepte la partie haute et le plat des grands Charmes. Sa réputation moindre par rapport à la Griotte est due à sa plénitude de constitution et à sa capacité a garder assez longtemps en son centre toute la sève dont elle dispose. Peu exhubérante mais mêlant avec bonheur les notes épicées et finement confites des zones solaires elle mérite vraiment d'être remise à son juste rang.

En plus des excellents producteurs de ce cru cités plus haut vous retrouverez le méconnu domaine des Tilleuls de la famille Livera dont j'ai dégusté de superbes 89 et 90 récemment. Les domaines Trapet qui livre souvent un vin droit et pur; le domaine Damoy qui possède la moitié du grand cru du côté des Griottes, son vin est concentré et très racé et la maison Jadot qui termine le grand cru en Gémeaux du côté des Cherbaudes. A suivre aussi la Chapelle de Cecile Tremblay dont j'ai pu apprécier récemment le 2008.

Le Charmes-Chambertin:

Le cru Charmes est probablement celui qui se retrouve le plus souvent en Bourgogne mais un seul possède le titre de grand cru, celui de Gevrey-Chambertin. Un peu comme son alter ego blanc de Meursault il se décline en plusieurs versions selon les secteurs où il est produit car c'est un "climat" étendu si l'on considère qu'il peut baptiser de son nom le Mazoyères-Chambertin voisin. Il ne mesure seul que 12ha 24a 56ca et est de ce fait plus petit que l'imposante entité du "plat" des Mazoyères. Celle-ci avec ces 18ha 58 a 68ca et le plus vaste des grands crus de la commune. De ce fait même le "vrai" Charmes-Chambertin est un vin assez rare en dépit du nombre considérable de bouteilles qui sont mises sur le marché. Un paradoxe étrange qui s'accompagne d'une grande variété des styles rencontrés car la déclivité des Charmes est un peu plus marquée que celle de son voisin et type nettement les vins et les producteurs qui le diffusent ont tous une manière de vinifier qui singularise leurs vins. Pour toutes ces raisons je suis toujours très surpris de lire des descriptions de Charmes-Chambertin stéréotypées qui la plupart du temps ne font qu'affirmer avec force la supposée finesse de ce terroir en se fondant sur son nom. Un peu court il me semble!

Son sol composé de rendzines a une apparence rougeâtre, il est assez mince, caillouteux, marneux en certaines zones et parsemé de tête de roches qui signalent un sous sol rocheux et fissuré favorisant un enracinement très profond. Ce substrat unique est sans doute en sa partie haute et médiane l'un des plus qualitatifs de la côte de Nuits. Le Charmes originel est directement placé sous le Chambertin et juste en dessous a une orientation légèrement Est Nord-Est qui le rend un rien plus tendu et frais que son voisin.

La majeure partie de sa partie haute appartient à la famille Camus qui cultive près de 3 hectares de vignes plantées dans le sens Nord-Sud. Certains domaines sont également présents dans ce secteur en sa partie nord et assemblent leurs vignes avec d'autres zones, Huguenot, Duroché, Dupont-Tisserandot par exemple. Le finage se termine au sud par la parcelle du domaine Taupenot-Merme et par les deux morceaux de la famille Perrot-Minot. Cette entité est sans doute celle qui livre les vins les plus sensuels et profonds du cru, ils ont un cousinage certain avec le Chambertin.

La partie médiane que je surnomme souvent "le plat des "Charmes" est elle aussi extrêmement qualitative car un rien plus solaire et d'exposition plein Est. C'est une zone très pierreuse, pauvre et la vigne y souffre un peu plus que sur le haut. Les vins des Dugat, de Denis Bachelet, du domaine Humbert ou de Geantet en sont issus. J'aime souvent leur profondeur et ce côté énergique, pur, idéalement mur et suprêmement précis qui les caractérise. Pour toutes ces raisons c'est un des secteurs que je préfère à Gevrey-Chambertin, supérieur à mon sens à la Griotte ou aux Ruchottes.

Enfin je signalerais une partie basse à ce cru qui est plus argileuse, marquée par des terres plus profondes et moins caillouteuses. Celle-ci donne des vins d'une rare élégance qui ressemblent un peu aux Mazoyères du même étage. Bien peu l'isole complètement mais le domaine Roty possède ici quelques vénérables pieds hors d'âge qui donnent un vin étonnant de raffinement et de sève. Citons également la maison Raphet qui me semble avoir un Charmes très élégant marqué autant par le secteur que par ses vinifications classiques.

 

Les Mazoyères-Chambertin:

On positionne souvent Mazoyères comme le moins parfait des grands crus de Gevrey-Chambertin en raison de sa partie la plus à l'Est qui sur une carte se montre fort proche de la nationale. Certains en ont conclu bien vite que ces parties ne méritaient en rien le titre de grand cru...rien n'est plus faux. En effet le sol s'élève depuis la partie nord des Charmes et la partie "basse" des Mazoyères surplombe nettement le "Champs Chenys" mitoyen qui lui n'est qu'un simple - et fort bon - village, elle se trouve même plus haute que le bas de la Griotte et au même niveau que les bas de Charmes. Combien en revanche ces deux climats sont différents, tant Mazoyères un rien plus frais en raison de l'influence des vents venant de la Combe Grisard se montre plus immédiatement bouqueté que Charmes, plus terrien, dense et sans doute dans le dessus "structuré". Mazoyères ne devrait jamais revendiquer sur ces 18 ha 58a 68 ca le nom de Charmes en dépit de sa funeste autorisation par l'INAO depuis son classement en 1936 et préserver sa vraie originalité de terroir.

Celui-ci est caractérisé par un substrat de graviers calcaires. Ces sols peu profonds sont composés d'une terre brune/blonde argilo-calcaire, très arable et mêlée de graviers. Le sol est très fin en ces endroits, ressuie vite en sa partie haute et s'il est plus profond au levant, sa qualité est absolument incontestable. Les parties hautes donnent des vins élégants, ciselés et extrêmement fins qui évoquent stylistiquement les partie médianes des Echézeaux et du Clos de Vougeot. Les parties basses confèrent aux vins des arômes plus bouquetés, généreux et d'une séduction immédiate extraordinaire. Je suis un grand amateur de ce cru minoré qui doit être recherché lorsque l'on aime les crus de pinot mêlant finesse, gourmandise et distinction. De nombreux producteurs d'élite le vinifient et il possède de ce fait une très belle régularité.


Latricières Chambertin:

Latricières du latin « triciae » qui signifie terre infertile, maigre et pauvre est sans doute née sous le nom de « La Tricière », baptisée dès le 14°siècle par de laborieux vignerons peinant à planter leurs paisseaux dans ces terres très dures.

Si l’ensemble du climat repose sur un maigre substrat il est juste de signaler que la partie haute est assez proche au niveau de son orientation et de sa constitution du grand Chambertin qui le borde au septentrion. Un coteau légèrement incliné vers l’Est qui est composé de calcaire oolithique. Dans la partie basse il n’est pas rare de voir affleurer de la roche dure et le sol est alors mince, caillouteux et très exigent pour les ceps de vignes qui y sont plantés. Une partie haute proche de sapins, moins porteuse de la singularité du cru sans doute car plus froide est plus proche du caractère des Combottes, elle est aujourd’hui exploitée par le domaine Arnoux à Vosne Romanée. C'est aussi un vin de fort bon niveau.

Ce cru a longtemps été confondu avec le Chambertin et en 1831 le Docteur Morelot ne le cite pas et passe directement du Clos de la Roche au « vrai » Chambertin. Preuve sans équivoque que ces parcelles étaient vendues comme tel jusqu’au milieu du 19°siècle. Le docteur Lavalle le place ensuite en seconde cuvée avec les Mazis Bas, la petite Chapelle, les Mazoyères et les Charmes Bas. Significativement une classe sous les Cazetiers, les Verroilles, les Saint Jacques et les Estournelles. Avec le temps les classements évolueront mais le cru ne prendra vraiment son « envol » qu’à partir des années 1930, moment où il acquiert son statut de grand cru.

Assez étendu (près de 8 ha) peu morcelé et fort qualitatif, son nom semble le desservir un peu car il n’a pas la grâce de Chapelle, Griotte ou Charmes… il suffit parfois de peu pour minorer une terre ou la faire passer dans la légende.

C’est un vin qui possède un caractère très racé qui se rapproche nettement du Clos de la Roche avec ses notes d’épices, de réglisse et surtout -en année de belle maturité- des accents de clou de girofle très étonnant. Marqué par la fraîcheur des vents de la Combe Grisard, le cru est un rien plus tardif que ses pairs de Gevrey, ce qui lui procure sans doute une finesse unique de constitution. Les domaines Faiveley, Trapet, Camus, Arnoux-Lachaux et Drouhin Laroze possèdent les parcelles les plus conséquentes avec le domaine Rossignol-Trapet.

 

 

La Griotte Chambertin

Ce tout petit cru (2 ha 69 a) se situe immédiatement sous le clos de Bèze, pratiquement à l’endroit où il jouxte le Chambertin. La pente y est très accidentée et le micro climat est sans doute le plus chaud des grands crus, avec une avance de maturité du raisin de cinq à six jours par rapport au Chambertin.

L'endroit est solaire et très précoce, il a reçu une grande partie des limons qui ont dévalés la vallée et constitue en fait une sorte de cône de déjection ( étage géologique du Bajocien) incurvé dans le sens ouest-est avec pour sommets ses bords nord et sud. Il a sans doute été remanié de manière significative par le passé en raison de l'érosion. Il est constitué de quatres zones assez distinctes sur le plan morphologique qui a la dégustation engendre au différences ténues mais réelles :

la partie Drouhin qui est la plus septentrionnale, elle est séparée d'un mur de la "Chapelle haute" de Damoy et correpond donc - comme le signal Michel Bettane a une zone remaniée qui est inclinée assez fotement vers le sud avec une pente ouest-est assez prononcée. L'endroit est très solaire et c'est sans doute là que la précocité des raisins est la plus grande. Le vin est ici toujours très délicat et possède un fruit qu'exalte à merveille Laurence Drouhin. Il ne possède toute fois pas le fond d'un chapelle haute.

Les parcelles Marchand, Fourrier (trois bouts qui encerclent Roty) et Roty sont des parcelles de bas de cône de déjection, limoneuses et un peu plus argileuses, elles sont un peu moins précoces.Il subsiste une petite résurgence d'eau dans la parcelle Marchand. Leur caractère est un peu plus austère et dense. Les vins sont toujours très fins mais possèdent un velouté de texture un peu plus ferme et une certaine retenue.

La grande parcelle exploitée par Ponsot et celle René Leclerc pour le domaine des Chezeaux - et pour lui même en fermage - sont les seules à bénéficier de deux expositions : sud pour son bord septentrionnal et est pour le versant méridional. Il s'agit sans doute de l'ensemble le plus parfait pour l'expression de ce micro-cru si original.Mais on le déguste peu. J'ai pourtant bu récemment un très très beau 95.

La parcelle Dugat est positionnée à l'extrémité du versant méridional et forme un quasi plat orienté plein est , elle jouxte deux micro-parcelles appartenant au domaine Duroché qui ne sont pas revendiquées en Griotte. J'ai toujours pensé que ce vin était un amalgame des caractères Griotte et du fameux plat du dessus des grands Charmes. De ce fait il s'agit sans doute du vin le plus "personnel" du lieu-dit. Il allie la puissance veloutée des Charmes à la finesse de texture de la Griotte.

Je dirais au final que Griotte de mon point de vue est un climat très séducteur et original mais qu'il ne possède pas toute la classe de Chapelle haute, du plat des grands Charmes ou de Ruchottes. C'est un peu l'Amoureuses de Gevrey-Chambertin en fait!

 

 

Patrick Essa - Janvier 1999 à Janvier 2016

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