Le Grand Cru Chapelle-Chambertin

Publié le par Patrick Essa

Le Grand Cru Chapelle-Chambertin

  Le Grand cru Chapelle-Chambertin mesure aujourd'hui 5 ha 48a 53 ca et se trouve sur une zone en légère déclivité qui regarde le levant. C' est un des secteurs le plus solaires et précoce du finage de Gevrey et il parvient très souvent à idéale maturité quelques jours avant le Chambertin. Son sol est constitué d'éboulis calcaires blancs qui grâce à leur perméabilité assurent un drainage optimal. Ce substratum marno-calcaire laisse poindre en certains endroits du haut du finage des têtes de roches qui affleurent. Les parties basses sont en revanche plus argileuses et collantes et marquent un peu les vins du côté d'une certaine sévérité qui n'est pas toujours associée à ce cru tellurique et infiniment racé.
Sur le plan historique la Chapelle dont il est question se nommait Chapelle du Clos de Beze car elle lui faisait face et se situait donc du côté Est du chemin qui va de Gevrey à Morey (un portique enjambait même le chemin d'est en ouest), elle a été bâtie en 1155 et rasée à la révolution de 1789 à 1792.(Source : le père Cordier, curé de Gevrey). Les Gémeaux n'ont pas toujours été considérés au même niveau que l'ancienne "Chapelle haute" ( coeur historique du climat ) et Lavalle les classe en deuxième classe alors qu'il place le haut en "première".A noter qu'à cette époque la petite Chapelle est classée au même niveau que les Gémeaux et je pense sincèrement qu'elle est plus proche de ces derniers. 

Les propriétaires de Gémeaux sont peu nombreux de nos jours et si l'on se base sur les 30 dernnières années il fallait déguster chez Michel Noellat, chez Livera ( au coeur du climat ), Jadot ( la première vigne après les cherbaudes), Ponsot pour isoler le type du cru. Or ces domaines - en dehors de Jadot - ne présentent pas beaucoup d'échantillons dans les dégustations comparatives.
Aujourd'hui une des parcelles Livera est exploitée par Claude Dugat et le domaine Rossignol Trapet en possède 16 ares car sa vigne est à cheval sur les deux lieux-dits. Il assemble logiquement ces deux entités. On comprend aisément que le lieu-dit est différent lorsque l'on se ballade dans les vignes car la pente est légèrement inclinée vers le Nord et en général la maturité y est plus tardive. David Rossignol a toujours un demi degré d'équart au moins entre ces deux parcelles par exemple. Il en résulte un "Gémeaux-Chambertin" qui est assez personnel car un peu plus raide dans ses premières années. Moins solaire que Chapelle haute (qui est en plus placé sur un sol moins profond), il donne des vins plus charnus, plus stricts aux tanins un peu plus formés. En revanche il gagne en puissance ce qu'il perd en élégance et il est assez sidérant de constater la sève des Gémeaux de Jadot ( vigne de 49 ans )ou de Jean-Marc Noellat qui en a réalisé de très beaux ( et combien méconnus) avant de céder le fermage de la vigne "Tremblay" il y a quelques années. Seul le domaine Rossignol-Trapet est aujourd'hui à même de diffuser un assemblage de vignes en pleine propriétés venant de Gémeaux et de Chapelle, en l'état précieusement unique. 

Le secteur de Chapelle « haute »  souffre - comme ses proches voisins -  des fortes chaleurs et du stress hydrique. Il est de ce fait parfois  un peu chaud en alcool, facile et gourmand tout en préservant de la race sur cet équilibre procuré par les raisins mûrs, il magnifie même son bouquet au vieillissement. Il s'agit, à chaque millesime quasiment du plus suave des grands crus après les deux « Chambertin » en compagnie de la partie haute et du plat des grands Charmes. Sa réputation moindre par rapport à la Griotte est due à sa plénitude de constitution et à sa capacité a garder assez longtemps en son centre toute l’énergie dont elle dispose. Peu exhubérante mais mêlant avec bonheur les notes épicées et finement confites des zones solaires elle mérite vraiment d'être remise à son juste rang. 

En plus des excellents producteurs de ce cru cités plus haut vous retrouverez ledomaine des Tilleuls où vinifie le talentueux Damien Livera dont j'ai dégusté de superbes 89 et 90 récemment et quelques jeunes millésimes encore plus profonds. Les domaines Trapet qui livre souvent un vin droit et pur; le domaine Damoy qui possède la moitié du grand cru du côté des Griottes, son vin est concentré et très racé et la maison Jadot qui termine le grand cru en Gémeaux du côté des Cherbaudes. La Chapelle de Cecile Tremblay est formidable de finesse et j'ai pu apprécier quelques uns des derniers millésimes qui ont tous un raffinement de texture incomparable. 

  A partir de 2017 le domaine Buisson-Charles dont j’ai la charge produira quelques gouttes de ce précieux Grand Cru. 

Patrick Essa - 2019
Reproduction interdite 
Le Grand Cru Chapelle-Chambertin
Le Grand Cru Chapelle-Chambertin
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Christ Rog 13/01/2019 15:06

Patrick,
une petite question à propos des deux parties de Chapelle-Chambertin en dehors des Gémeaux (tu sais combien je suis pointilleux sur l'emplacement des climats) : ce que tu nommes "chapelle haute" est à mon avis la partie Ouest du cru et "petite Chapelle", la partie Est, c'est-à-dire celle qui revendique un sous-sol plus argileux ... suis-je dans le bon ?
Il y a quelque temps, un aimable producteur m'a donné la grande joie de goûter son Chapelle-Chambertin (c'était la première fois que je portais ce grand cru à mes lèvres) ... il passait après une cuvée exubérante et irradiante, si bien que j'ai été déstabilisé lorsque j'ai approché le liquide, de mon organe olfactif : Chapelle-Chambertin est un cru altier (pas de fanfaronnade) et sous son regard strict, se cache un véritable labyrinthe gustatif ! Ce qui est impressionnant, c'est son aspect épicé et crypté ; le vin a été goûté en fin d'élevage et déjà ces sensations complexes se présentaient sur une rondeur méliorative (certainement le fil d'Ariane) ! Chapelle-Chambertin est une démonstration implicite : il faut avoir le palais perspicace et l'âme attentive pour apprécier à son juste niveau ce si joli cru ! Pour ma part (je réagis la plupart du temps "après coup"), c'est lorsque que j'ai senti le verre vide et que la finale était arrivée à son apogée que je me suis dit : "oulala, c'est du lourd, c'est du fort, c'est du grand !"
PS) Je déplore souvent les débordements rencontrés lors d'actes contestataires ou révolutionnaires : comme j'aimerais passer sous le portique de la chapelle du Clos de Bèze et certainement y faire une halte, lorsque je me dirige vers Morey dans mes " rêveries de promeneur solitaire" !