Le Clos de Tart, un terroir unique, un caractère affirmé

Publié le par Patrick Essa

Le Clos de Tart

 

   Vinifié depuis le millésime 1996 et jusqu'en 2014 par Sylvain Pitiot, le Clos de Tart a connu une forte évolution au niveau de son expression depuis cette date. Naguère marqué par une extrême finesse, un élevage très discret et des arômes quelque peu évanescents, centrés sur les fruits rouges et des accents floraux racés, il s'exprime aujourd'hui sur la force de cuvaisons plus longues, d'élevages généreusement boisés et de matières plus serrées.  

 

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Ce changement de cap est sans doute pour beaucoup dans sa reconnaissance internationale actuelle car le grand cru se montre désormais aussi concentré que les plus grands vins bourguignons tout en gardant sa finesse incomparable liée à un terroir hors du commun et classé comme tel sans la moindre variation depuis toujours.

 

   Ce terroir situé sur le finage de Morey Saint Denis représente pour beaucoup le lieu ultime de l'expression du pinot noir en Côte de Nuits. Mélange de la finesse cambuléenne et de la puissance gibriaçoise, il possède la sève du Chambertin, les notes épicées du Clos de la Roche et cette formidable puissance interne que l'on trouve en Bonnes Mares dans la partie qui précisément se situe sur Morey.  20 ares de Bonnes Mares ennviron ont même éré reclassées dans le Clos. Le clos de Tart doit son nom à l'abbaye de Tart le Haut située dans la plaine de Côte d'Or en direction de la Saône. Propriétaire de ces terres au Moyen-âge elle a laissé son emprunte historique au climat.

 

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    Le cru est situé sur un coteau pentu en son exacte partie centrale, bordé au sud par les Bonnes Mares et au nord par le Clos des lambrays qui, lui, monte plus haut sur la pente et regarde légèrement le nord-est. D'une contenance de 7 hectares 53 ares, monopole de la maison Mommessin, il possède une grande homogénéité au niveau de son exposition et est "avantagé" par une plantation des ceps dans le sens nord-sud, soit en fait légèrement en dévers, ce qui vous pouvez me croire n'avantage pas le tractoriste, mais en revanche confère une maturation des plus uniformes aux baies et fait de ce cru un endroit marqué par les rayons solaires et toujours parfaitement mûr.

 

  Son sous sol date de la période bajocienne du Jurassique, il est composé de terres brunes mêlées de petits cailloux draînants et ressuie très vite. Quelques affleurements de roches le marque par endroits et -de manière très originale- il est traversé par une veine calcaire qui part des Bonnes Mares situées au dessus de la carrière Ponnelle. Il puise de ce substrat une merveilleuse finesse de constitution potentielle et semble n'avoir aucun équivalent à ce niveau en dehors des Bonnes Mares qui vont jusqu'à lui à partir de la vigne du domaine Robert Groffier. Légèrement moins incliné vers le levant dans la partie basse et situé à cet endroit sur des terres plus argileuses qui lui donnent une très légère rusticité et des accents épicés très caractéristiques, il est vinifié selon 5 à 7 lots différents, disposant de spécificités particulières, puis unifié au moment de la mise en bouteille.

 

   Embouteillé aujourd'hui après 18 à 20 mois d'élevage dans des chais climatisés en première année et enterré dans d'extraordinaires caves construites sur trois niveaux par la famille Marey-Monge au Dix Neuvième siècle en seconde année, il libère dès sa naissance des arômes floraux généreusement boisés et terriblement séducteurs. Un vin noble et aristocratique est alors diffusé au compte goutte à des prix qui aujourd'hui sont forts proches de ceux de la Romanée et des meilleurs Richebourg et Musigny. Le vin est sans aucun doute digne de ce rang même si comme de nombreux crus il a connu des styles et des époques différents.

 

  Ceux qui ont eu la chance de déguster des bouteilles des années 1920/1930 pourraient ici nous en parler, tel n'est pas mon cas hélas. Je considère - comme écrit plus haut - le cru sur un mode ultra délicat et épuré avant 1995. Le vin était toujours peu extrait, peu marqué par le bois et d'une finesse extrême pouvant confiner à la légèreté sans jamais toutefois manquer de race. Peut être le digne héritier des crus du 19ieme siècle, voire du "vin vermeil" du Moyen Âge. Assurément d'une originalité folle, qui a fini par perturber les tenants de l'oenologiquement correct. Ses cuvaisons  à chapeau immergé sans le moindre pigeage étaient aussi les témoins d'un temps aujourd'hui révolu par la grâce des maîtrises des températures et des connaissances oenologiques modernes.

  Depuis 1996 et l'arrivée de Sylvain Pitiot comme régisseur, le vin a évolué vers des reflets plus sombres, un fruité plus mat et une emprunte tannique mêlant bois et matières en une partition plus austère, quasi cistercienne. Vin tout aussi racé mais désormais construit "dans la pierre" pour défier les décennies, il perturbera forcément les amateurs de pinots pinotant et de petites friandises à boire dans les cinq ans.

 

  Ce vin là s'inscrit désormais dans une logique atemporelle et est produit selon une forme d'ascèse qui l'abstrait des modes et des comparaisons. En grande année - 2002,2005,2009 - il est le plus grand de tous, sans le moindre rival. Éblouissant mais aussi impénétrable aux béotiens manquant de discernement et de culture qui veulent le déguster avant sa parfaite maturation sous verre.

 

Patrick Essa - 2016

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