La Côte de Beaune du Sud au Nord 16: le vignoble d'Aloxe-Corton

Publié le par Patrick Essa

 

Aloxe-Corton Aloxe est le diamant de la Côte de Beaune. Seule commune à produire des crus rouges et blancs au plus haut niveau de la hiérarchie et à joindre son nom de village au cru de Corton, elle possède avec Chablis la plus grande surface de grands crus de Bourgogne. Certes Pernand et Ladoix participent quelque peu de sa gloire, mais les meilleures zones sont possession de la commune et il n’est, à mon sens de meilleurs Corton-Charlemagne et Corton rouges. Pourtant le village d'Aloxe reste discret et le prix de ses vins est de manière très heureuse parmi les plus raisonnables de Côte d'Or. Quels sont donc les éléments qui expliquent cet étonnant paradoxe tout en positionnant ces vins dans une classe à part entre premiers et grands crus des autres communes?

 

   En premier lieu, sa diversité et son étendue. La colline forme une sorte de rognon flanqué de pentes fortes et très régulières en son sommet et d'étages médians et bas plus adoucis. Exposée Est, Sud et Ouest ce coteau arrondi bénéficie d'influences éoliennes diverses et de secteurs frais et chauds. Difficile dans ces conditions de trouver ici une vraie unité en dehors du substratum des sols. Un grand cru vaste qui tout comme le Clos de Vougeot - qui est beaucoup moins pentu que lui cependant - se doit d'être appréhendé selon des secteurs bien identifiés.

 

  En second lieu la puissance du négoce Beaunois qui est ici largement propriétaire et qui a  contribué il y a 80 ans à classer une large part du site en grand cru pour obtenir des approvisionnements réguliers et très qualitatifs. Certes la plupart des vignes sont dignes de leur statut mais quelques secteurs trop élevés et/ou trop tardifs sont peu en phase avec le potentiel qu'une terre de grands crus doit avoir.

 

  En troisième lieu les volumes de productions produits ne rendent en rien le Corton rare et difficile à acquérir. Si la qualité est là bien souvent, sa notoriété n'est pas au niveau des micros parcelles du Nuiton ou des blancs de Montrachet. Plus de 120 hectares portant le patronyme de Corton le rangerait presque au rang de cru "prêt à porter" face - par exemple - au 1.4 ha des Criots Bâtard "hautes coutures" par exemple!

 

 

 

 

 

 

   Un peu d'histoire:

   L'empereur Othon possédait ici au Moyen âge un important "curtis", ce Curtis d'Othon se contracta au fil des siècles en "Cor'thon" pour baptiser une colline qui appartint par la suite pour partie à Charlemagne. Un lignage peu certain, véhiculé par une tradition orale dont on ne sait si le fondement est avéré mais quoi qu'il en soit un nom absolument magique pour ce cru qui à partir du 16 ième siècle a toujours été considéré comme le meilleur rouge de Bourgogne avec le Chambertin et comme son blanc le plus corsé. Voltaire en commandait en fûts et les grandes Cours d'Europe en raffolaient. Parmi les noms les plus sonores et mélodieux associés aux vins, Corton se tailla alors une part de roi...ou d'empereur! Sa réputation est antérieure à celle de la Romanée ou du Montrachet de plusieurs siècles, il est à lui seul une page de l'histoire des plus grands crus bourguignons.

 

  Un soupçon de géologie:

  La montagne de Corton abrite entièrement le finage d'Aloxe qui se trouve en son centre et qui mesure 255 hectares. A la manière d'un mille feuilles les strates qui composent ce vignoble diffèrent nettement de bas en haut selon que l'on monte graduellement l'échelle des crus. A chaque étage une spécificité géologique, et un grain différents conférés aux vins. Les parties basses qui abritent les villages correspondent à l'étage géologique du Bathonien supérieur. Ces endroits présentent des sols argileux qui ressuient lentement et qui sont en certaines zones mêlés de silice comme dans les Chaillots. Les pieds de coteaux encore assez pentus dans le secteur des Valozières et des Maréchaudes sont marqués par l'oxyde de fer, les sols rougissent, se font plus caillouteux et plus filtrants. La vigne souffre plus ici, produit moins et les raisins sont plus concentrés. Enfin les grands crus qui vont de zones basses quasi planes - ou faiblement inclinées - à des pentes plus élevées et abruptes. Plus on monte et plus les calcaires sont présents. De types noduleux ou gréseux jusqu'au marnes Argoviennes en partie haute, ces sols d'oolithe sont un idéal substrat pour des vins de grande longévité car la terre est ici toujours mêlée d'argiles, de cailloux et est assez profonde jusque dans les parties hautes.

 

 Quelques éléments géophysiques:

  Si sa Montagne forme une sorte de rognon, les parcelles qui appartiennent à Aloxe regardent le Sud ou le Sud-est, elles sont de ce fait précoces et chose importante sous l'influence des vents qui proviennent de la Combe de Pernand. Les maladies de la vigne  sont de ce fait moins funestes sur le coteau et il est permis de les traiter avec modération mais hélas les courants d'air génèrent parfois - comme en 2013 - des orages de grêle dévastateurs. Plus large coteau de Bourgogne orienté au Sud, il a de ce fait même un caractère solaire évident, surtout pour le sublime "vrai" Corton-Charlemagne du secteur "Le" Charlemagne, à bien des égares inégalés pour sa puissance et sa longévité.

 

Le Corton-Charlemagne et le Corton Blanc:

 

   Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes. Les deux secteurs les plus qualitatifs me paraissent être l'intégralité du climat  "Le" Charlemagne sur Aloxe et "En" Charlemagne sur Pernand dans sa partie Sud-Est. Il s'agit d'ailleurs du coeur historique du cru qui a appartenu aux religieux de Saulieu et par suite à l'empereur Othon.

 

    Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. . Les blancs sont sans conteste les plus vineux et les plus riches de Bourgogne et demandent une patience infinie avant de se livrer pleinement. Ils ne sont jamais meilleurs qu'après 25 ans de maturation et certains exemples de bouteilles centenaires peuvent encore aujourd'hui défier le temps.

 

   Les Corton-Charlemagne sont en général plantés sur les versants sud, sud-est et sud-ouest de la "Montagne" et forment une bande médiane haute qui monte jusqu'aux sapins qui coiffent le coteaux. Plusieurs sous lieux-dits le composent mais les plus recherchés sont proche de la fameuse croix du Charlemagne : Le Charlemagne,Languettes, Pougets sont sur Aloxe. Quelques zones existent également du côté de Ladoix et dans la partie qui regarde l'ouest sur Pernand, mais celles-ci sont un peu moins qualitatives en dépit de leur statut de grand cru. Il convient donc de connaître avec précision le parcellaire de ces presque 100 hectares de vignes, sans négliger la qualité de la viticulture qui l'accompagne.

    La colline est très pentue et marquée en ces endroits par des sols clairs, caillouteux et filtrants du jurassique supérieur. Ces terres blondes exposées sud donnent des vins d'une force interne ahurissante qui peuvent parfois évoquer la trame tannique d'un vin rouge en déclinant des arômes épicés extrêmement originaux. Le fait de pouvoir planter différents types de pinots - blancs, liébaut, beurot- en complément du chardonnay dominant, voire d'associer l'aligoté - un usage ancestral- marque encore plus ce vin vibrant et unique lorsqu'il est réussi. Las, l'oenologie moderne a beaucoup nivelé le cru ces 15 dernières années en demandant aux vignerons de couper plus précocement leurs parcelles. Le vin y a sans doute perdu un peu de son âme vineuse, tout en se "recentrant" sur des canons plus actuels liés à la tension acide. Je suis parfois dérouté par le conformisme de l'appellation sur ces dernières millésimes, mais il reste que lorsque le vin est réussi, il peut dominer de la tête et des épaules n’importent quel très grand vin blanc.

  Deux appellations peu usitées complètent cette sphère grand cru blanche. Le Corton blanc naît sur des sols dévolus initialement aux blancs qui n'ont pas droit à l'appellation Charlemagne comme par exemple les vins blancs issus des Renardes ou du Clos du Roi. Les vins y sont très vineux et un peu plus lourds et parfumés. Et puis le très confidentiel "Charlemagne" sans adjonction du mot Corton devant et qui provient des vins du secteur "Le" charlemagne sur Aloxe. Celui-ci est en tous point comparable au Corton Charly et seul le négociant Jadot en produit à ma connaissance.

 

 

Corton rouge:

Corton est le plus vaste des grands crus bourguignons. Il englobe la quasi totalité de la fameuse "Montagne de Corton" que se partagent les villages de Pernand-Vergelesses, Aloxe Corton et Ladoix-Serrigny. C'est une appellation assez difficile à appréhender car elle mêle des expositions variées, des substrats géologiques différents, des cépages multiples, des noms différents sur un même climat et cerise sur le gâteau a le droit de s'exprimer en blanc et en rouge sur toutes ses parcelles! Et encore cela serait-il simple si certains blancs n'avaient le droit de se nommer en quelques endroits "Corton-Charlemagne" et en d'autres "Corton blanc", voire "Charlemagne" seul...Le consommateur peut y perdre son latin et a bien du mal à distinguer en moyenne une vraie unité dans cette complexe "mer" de vignes.

 

 

    Pourtant les vins ne manquent pas d'atouts, tant ils peuvent transcender leurs sols et s'exprimer avec une puissance tellurique inouïe. Ainsi produit-on ici sur certaines parcelles les rouges les plus corsés que le cépage pinot noir peut engendrer, aussi denses que les Chambertin et intenses que les Richebourg vosniens, avec un "je ne sais quoi" de plus sauvage et de moins raffiné, mais également avec un potentiel de longévité hors du commun.

    Placé sur des sols argilo-calcaires bruns mêlés d'oolithe ferrugineuse et de fragments d'ammonite de l'oxfordien, le pinot noir s'épanouit ici sur un substratum de première qualité. Le coteau est exposé au levant, bien drainé, pentu en sa partie haute (Le Corton, Pougets, Perrières, Grèves) et moins incliné à partir des parcelles médianes et basses qui regardent l'Est (Renardes, Bressandes et Clos du roi). C'est un des endroits qui procure le plus de robustesse au très délicat pinot noir et il semble que de tout temps on l'ait considéré comme un très grand vin de garde.



Clos du Roi : un vin sèveux, minéral et droit qui développe des notes de réglisse et d'épices au vieillissement. Garde assurée mais finesse de toucher de bouche dès le plus jeune âge.
Bressandes : Un mélange de puissance et de délicatesse et une trame dense sur des notes de fruits noirs. Aérien et bouqueté il puise sa richesse dans un substrat argilo calcaire de premier ordre et une exposition plein Est merveilleuse.
Renardes : le plus racé et le plus personnel des crus de la montagne de corton. Une capacité de garde qui le place dans les crus les plus inoxydables de bourgogne.Sauvage et fumé il est masculin et demande un peu de temps avant de se livrer. Longévité proverbiale.

Les Grèves: plus fins et délicats, un vin sensuel et aromatique qui s'ouvre un peu plus vite que les autres crus.

Les Perrières: droit et minéral, très racé et d'une puissance considérable. Un très beau Corton à rechercher.

La Vigne au Saint, Les Meix, Les Combes,les Fiètres et les Chaumes sont plus bas sous ou contre  les maisons du village et sont plus proches de jolis premiers crus car ils n'ont pas toute la puissance de leurs aînés. Ils sont souvent assemblés. Ici le classement a été je crois un peu généreux. Mais j'en ai bu de fort bon à l'âge de 10 ans surtout issus de la Vigne au Saint.

 

Les cuvées sont également souvent assemblées en dehors des trois meilleurs vins que sont Clos du roi, Renardes et Bressandes, elles ne portent alors que le simple nom de Corton. Il est par ailleurs assez évident que les meilleurs Corton rouges naissent tous sur la commune d'Aloxe.

 

 

Les premiers crus:

Ils se divisent en deux zones distinctes. La première - qui est la plus favorable - regarde l'Est et se situe juste sous les meilleurs Corton dans des parties en faible déclivité qui regardent l'Est. Ses sols sont excellents mais un peu plus collants et argileux. Les vins y puisent un joli caractère épicé et une certaine austérité en jeunesse. Les Meix, mais surtout Fournières, Chaillots et Valozières donnent des vins masculins et sèveux qui se vendent souvent à bon prix. J'aime particulièrement les Valozières qui est souvent meilleur que les Corton de bas de coteau regardant le Sud.

 Une seconde zone comprend Guérets et Vercots positionnés sur une butte bien orientée Sud-Est et des sols un peu moins lourds que ses voisins de niveau village aux terres plus humides et fraîches. De bons vins , solides qui ont plus le type Pernand de la zone Vergelesses. 

 

Les villages:

Le secteur est assez homogène et restreint. Terres argileuses, lourdes et peu pierreuses, elles peuvent être un peu trop généreuses et diluent les beaux arômes fruités en année d'abondance. Mais si l'on observe des rendements mesurés , les vins y sont toujours très "pinot" un peu rudes et de bonne longévité. Meilleurs secteurs: la boulotte, la partie village des Valozières, le Suchot et le dessus des Crapoussuets.

 

Producteurs recommandés:

 

Domaine Voarick (Corton-Charlemagne)

Domaine Cornu-Camus (Bressandes)

Domaine Tollot-Beaut (Bressandes)

Domaine Maillard (Renardes)

 

Patrick Essa - les 21 Avril 2014

Copies et reproductions partielles interdites sans autorisation d l'auteur

 

     

La Côte de Beaune:

 

La Côte de Beaune du Sud au Nord 1: Le vignoble des Maranges

La Côte de Beaune du Sud au Nord 2: Le vignoble de Santenay

La Côte de Beaune du Sud au Nord 3: Le vignoble de Chassagne-Montrachet

La Côte de Beaune du Sud au Nord 4: Le vignoble de Puligny-Montrachet   

La Côte de Beaune du Nord au Sud 5: Le Vignoble de Saint Aubin

La Côte de Beaune du Sud au Nord 6: Le vignoble de Meursault  

La Côte de Beaune du Sud au Nord 7: le vignoble de Saint Romain

La Côte de Beaune du Sud au Nord 8: le vignoble de Monthélie

La Côte de Beaune du Sud au Nord 9: le vignoble d'Auxey-Duresses

La Côte de Beaune du Sud au Noed 10: Le Vignoble de Volnay      

La Côte de Beaune du Sud au Nord 11: le vignoble de Pommard

La Côte de Beaune du Sud au Nord 12: Le vignoble de Beaune 

La Côte de Beaune du Sud au Nord 13: le vignoble de Savigny Les Beaune

La Côte Beaune du Sud au Nord 14: Le Vignoble de Pernand-Vergelesses

La côté de Beaune du Sud au Nord 15: le Vignoble de Chorey Lès Beaune

La Côte de Beaune du Sud au Nord 16: le vignoble d'Aloxe-Corton

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Distribution de prospectus Paris 12/05/2014 17:26


Merci pour le travail que vous faites sur ce blog qui contient pas mal de bons articles.